Article rédigé par Edda Charon

La cigarette est quelque chose qui fait dorénavant partie de la vie courante. On en voit partout. Chez nos amis, nos collègues, chez nous, dans les poubelles, par terre. Il peut même arriver qu’un.e inconnu.e nous accoste pour nous demander une clope ou du feu. Mais quelle est donc cette dépendance et par quoi se caractérise-t-elle ?
LA CIGARETTE, UN EFFET DE MODE
En effet, avant que cela devienne un acte commun, la cigarette ne devient réellement connue qu’à partir de 1945 à travers le monde, les grandes compagnies imposant la clope comme un nouveau standard en premier chez les hommes, puis chez les femmes et les jeunes (actuellement, 80 % des fumeurs auraient commencé avant l’âge de 18 ans). Ainsi, pour rejoindre un club dit huppé, il fallait fumer. Pour faire comme les acteurs et actrices idolâtrés, il fallait fumer. On retrouvait la cigarette partout : dans les films, les publicités, dans les restaurants avec les clients fumeurs… Fumer permet aussi d’entrer et de se faire accepter dans un groupe social. Consommer un Camel, une Gauloise, un Malboro ou un Lucky Strike serait un indicateur de votre personnalité, selon certains.
Cependant, depuis quelques années, le fumeur devient de plus en plus mal vu, écarté des lieux publics, obligé de fumer à l’extérieur quel que soit le temps et la saison. La fumée étant reconnue comme une gêne et un danger pour les non-fumeurs.
UNE DÉPENDANCE EN TROIS TEMPS
Selon le docteur, addictologue, tabacologue et formateur en tabacologie dans le 14ème arrondissement de Paris, Bernard Antoine, “Contrairement à ce qu’on peut croire, la dépendance n’est pas que chimique : elle est comportementale et psychologique”. Selon lui, au bout de deux à trois semaines sans nicotine, l’addiction est passée, mais la dépendance comportementale et psychologique restent. Notamment à cause de la fumée comportant des enzymes nommées “monoamines-oxydases” et qui contrôlent certains neurotransmetteurs. Ces dits enzymes sont, en quelques sortes, des “inhibiteurs” et c’est ce qui créerait la véritable dépendance, car ils donneraient un effet antidépresseur au fumeur. Ce serait donc à cause de ces éléments que le fumeur aura un sentiment d’anxiété et de déprime liés à l’arrêt du tabac.
L’anxiété et la déprime ne sont pas les deux seules réactions du consommateur lorsqu’il se retrouve en manque de nicotine. Il peut devenir également agressif, nerveux, irritable et irrité, agité. Il rencontrera des troubles du sommeil, des troubles de la concentration intellectuelle, l’augmentation de l’appétit, voire même de la constipation.
TOUT AUTOUR D’UN RITUEL
Même les non-fumeurs auront, au moins une fois, entendu parlé de l’habitude café/clope. Que ce soit le matin, durant la pause au travail, entre deux cinématiques d’un jeu vidéo ou encore dans l’après-midi. D’ailleurs, le banal mouvement de lever le bras et la main vers la bouche en devient un réflexe conditionné. Le simple fait d’allumer sa cigarette devient alors un automatisme. Certaines personnes ont même leur briquet fétiche, que ce soit le zippo, le clipper…
Tout est prétexte pour “aller s’en griller une”. Par exemple, qui n’a pas déjà vu un membre de sa famille sortir entre deux assiettes lors d’un long repas familial ? Il peut être aussi excitant pour un adolescent de braver l’interdit de ses parents, de tirer deux ou trois lattes avant de “s’installer dans le quotidien” et en faire ainsi un rituel.
Par ailleurs, plus qu’un rituel, la cigarette est aussi reliée à la sensation de plaisir (mais le plaisir reste illusoire étant donné que ce n’est que le besoin de combler un manque). Elle permet : de se détendre, de gérer son stress et son anxiété, de gérer ses émotions, de se concentrer, d’être utilisé comme coupe-faim, etc. Certains consommateurs iront jusqu’à penser qu’ils ne peuvent pas vivre sans cigarette.
Cependant, cette dépendance et ses conséquences varient selon les fumeurs. Niveau de dépendance que l’on peut découvrir grâce au questionnaire de Fagerström (un score de 4 ou de plus révèle une forte dépendance ou un gros fumeur).
LES EFFETS SUR LE CORPS HUMAIN
On a parlé d’enzymes qui contrôlent nos neurotransmetteurs, on va parler maintenant de la nicotine et des conséquences sur le corps humain. Tout d’abord, il est intéressant de savoir que ladite nicotine est une molécule qui a été découverte en 1809 par un certain Louis Nicholas Vauquelin et qu’on peut retrouver dans des plantes – notamment les feuilles de tabac – et dans certains animaux. Les effets sont multiples et peuvent être immédiats (on peut également y ajouter des conséquences secondaires).
Les impacts directs :
- beaucoup de maux de tête (céphalées),
- des nausées et des vomissements,
- les muscles qui s’affaiblissent,
- des fourmillements, des tremblements, des palpitations ainsi qu’une fatigue générale,
- une respiration et un rythme cardiaque qui s’accélèrent, de la sécrétion de sueur et des contractions du tube digestif,
- de l’insomnie,
- de la pâleur,
- ainsi qu’une chute de la température cutanée et de la tension.
Le long terme avec la nicotine (et, généralement, le tabac) :
- des troubles de la concentration en glucides dans le sang,
- des maladies cardio-vasculaires, respiratoires et une diminution des performances immunitaires,
- des troubles du système nerveux, notamment la perturbation du Cortisol et des hormones neurologiques.
Mais les conséquences néfastes ne sont pas que celles que nous venons de lister. Cela touche aussi les organes et pas uniquement les poumons. Cela peut également provoquer le diabète ou le cancer du foie. Cela peut, d’ailleurs, entraîner des complications chez des personnes atteintes d’un cancer ou d’une tuberculose, des problèmes d’érection, des grossesses extra-utérines, de l’arthrite ainsi qu’une inflammation et des dysfonctionnements immunitaires. Le tabac dégrade aussi le système cardio-vasculaire. Les artères peuvent également se boucher, il peut y avoir de l’hypertension artérielle, un anévrisme et des AVC (Accident Vasculaire Cérébral). Ensuite, selon le tabacologue Jean-Noël Dubois “l’accumulation de dépôts gras réduit le diamètre des vaisseaux et des artères, limitant l’apport de sang. Le cœur bat plus vite pour compenser et s’use donc davantage”.
Mais la longue liste de conséquences ne s’arrête pas là (Utini : ce ne serait pas drôle, sinon). En effet, un fumeur sera plus sujet à des angines, des rhinopharyngites, des laryngites ou des otites. On ajoute souvent la voix rocailleuse des grands fumeurs (eh oui, fumer le tabac touche aussi les cordes vocales). Cela peut être aussi dangereux pour la vessie et les reins. Ensuite, la peau n’est pas épargnée. En effet, on peut y noter l’apparition de rides plus abondantes, l’épaississement de la peau et le teint grisâtre. Enfin, il augmente le risque de rhinite (inflammation des fosses nasales) et de conjonctivite allergique (allergies qui sont aggravées et/ou déclenchées).
Bien évidemment (Utini : et je me suis permise de vous passer tous les termes scientifiques et compliqués), bien que le sujet de cet article soit la dépendance au tabac et donc, à la nicotine, il est important de comprendre que ladite nicotine n’est pas quelque chose de foncièrement nocif et peut être utilisée à des fins pharmacologiques lorsqu’on souhaite effectuer un sevrage et cesser notre consommation du tabac.
VAINCRE SON ADDICTION
Si un fumeur désire se débarrasser de sa dépendance, il s’agira avant tout de faire un long travail sur soi. Selon certaines personnes, le temps et la difficulté de sevrage peuvent varier. Cela peut s’effectuer de manière tout à fait personnelle, via des patchs, des chewing-gums anti-nicotine, ou via des coaching personnalisés, des séances d’hypnose ou de thérapie, etc. La cigarette électronique peut également être utilisée comme transition dans le sevrage.
Le temps du sevrage peut être variable, “entre six mois et un an”, explique le docteur Bernard Antoine. Il s’agit tout d’abord de se mettre dans de bonnes conditions psychologiques et environnementales, de supprimer ses habitudes ou seulement de les modifier. Cela prend du temps, de la patience et beaucoup de volonté et le fumeur est pourvu de tout ceci (parce qu’il faut pourtant une sacré volonté pour fumer les premières clopes parfois désagréables lorsque nous ne sommes pas habitués). Des livres peuvent notamment aider à l’arrêt de la consommation de cigarettes comme “La méthode simple pour en finir avec la cigarette” d’Allen Carr.
LE TABAC ET LA LITTÉRATURE
Le tabac est quelque chose que l’on voit assez souvent dans la littérature. Aussi souvent que dans le cinéma. On peut citer le très célèbre Sherlock Holmes, détective privé londonien créé par Sir Arthur Conan Doyle, qui accompagne souvent ses réflexions de sa pipe et/ou de son violon. L’américain John Barth, à travers son roman “Le Courtier en tabac” nous relate l’histoire d’un poète anglais envoyé, par son père, dans le Maryland, dans une plantation de tabac. Dans une célèbre pièce de Molière, “Dom Juan”, l’auteur tiendra ces éloges envers le tabac : ”[…] c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. […] tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. […]”. Un romancier français, Michel Houellebecq aura tenu ces propos “J’ai besoin d’une cigarette, je ne peux pas penser sans tabac”. Et qui ne se souvient pas de la pipe de Bilbo ou de Gandalf dans “The Lord of the Rings” par Sir J. R. R. Tolkien ? (Ce n’est pas du tabac, mais de l’herbe à pipe. Mais ça revient au même, surtout que dans Bilbo, plusieurs fois, ce dernier pense à l’herbe à pipe durant son voyage, on peut donc imaginer qu’il y a addiction de son côté : dixit Elodye). Et je me permets de rebondir sur cette parenthèse pour parler également de Pippin qui est aussi dépendant étant donné qu’il termine bien plus vite sa réserve d’herbe à pipe que son ami Merry, preuve qu’il est plus rapidement en manque que Brandebouc
Néanmoins, au-delà du fait de vouloir montrer qu’un personnage est cool, mature, adulte, parce qu’il fume, il y a tout un pan de la psychologie qui peut être amené, réfléchi, étudié et expliqué pour le.la lecteurice. Pourquoi fume-t-il ? Pour rejoindre un groupe ? À cause d’une dépression ? Il y a également le fait que le fumeur n’est plus si bien vu de nos jours. Alors, cela pourrait être fortement intéressant de montrer un.e fumeur.se se faire engueuler/insulter/charrier par des inconnus. Ce besoin de clope, ces prémisses de l’addiction peuvent être étudiés plus en détails plutôt que de passer directement par la case “Jeanine fume depuis des années”. Je ne l’ai pas noté plus en haut (et merci Roberta de me sonner les cloches), mais un timide peut se mettre à fumer pour se faire des amis et non pour être cool. Parler de cet aspect donnerait plus de profondeur au personnage. De ce fait, cela pourrait être très intéressant de ne pas retranscrire la cigarette comme quelque chose de cool, mais l’exacte opposé. Où le fumeur est jugé, injurié, où se mettre à fumer révèle un mal-être profond chez le personnage (Roberta : Il peut choisir de montrer la dépression de son personnage à travers sa descente aux enfers qui commence avec une innocente cigarette).
Ainsi, le tabac garde une place importante dans la littérature, que ce soit vis-à-vis des personnages que des auteurices. Pourquoi ? Sûrement grâce au fait que la cigarette puisse représenter beaucoup d’informations sur un personnage à elle seule. Même si Lucky Luke a troqué sa cigarette contre une tige de foin afin de ne pas donner une mauvaise image à la jeunesse grâce à la pression des associations américaines anti-tabac.

LES SOURCES
✺ « Fumer, un effet de mode » par Justine Ferrari [En ligne] La cigarette – Fumer, un effet de mode (la-cigarette.com) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ « Dépendance au tabac : durée, symptômes, test« , le 10 octobre 2019 [En ligne] Santé-Le Journal des Femmes – Dépendance au tabac : durée, symptômes, test (sante.journaldesfemmes.fr) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ Test de Fagerström : test-addicto.fr [Consulté le 05 juin 2020]
✺ Test de Fagerström : Nicorette.fr [En ligne] Nicorette – Test de Fagerström (nicorette.fr) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ Tabagisme et dépendance : Nicorette.fr [En ligne] Nicorette – Tabagisme et dépendance (nicorette.fr) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ La dépendance au tabac : Tabac-info-service.fr [En ligne] Tabac Info Service – J’arrête de fumer (tabac-info-service.fr) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ Astrid de Larminat, « Quand la fumée inspire les écrivains« , le 11 mars 2010 [En ligne] Le Figaro – Quand la fumée inspire les écrivains (lefigaro.fr) [Consulté le 05 juin]
✺ « Le guide pour savoir comment arrêter de fumer » [En ligne] Pharmacie87 – Le guide pour savoir comment arrêter de fumer (ordremedecins87.com) [Consulté le 05 juin 2020]
✺ Charlotte Ace, « Tabagisme : fumer affecte tous les organes du corps« , le 23 juillet 2018 [En ligne] Pourquoi Docteur – Tabagisme : fumer affecte tous les organes du corps (pourquoidocteur.fr) [Consulté le 05 juin 2020]


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