Article rédigé par Edda Charon

Se faire tatouer. Une pratique qui s’est démocratisée avec le temps. Aujourd’hui, des individus de tout âge, de genre, de sexe, de bord et d’horizon différents viennent dans les salons de ces artistes pour se parer d’encre intradermique. La gravure peut être grande, moyenne, petite, en noir ou en couleur. Il y a un point qui peut, éventuellement, relier ces amateurices de tatouage : c’est qu’iels ne semblent jamais en avoir assez sur leur corps.
QU’EST-CE QUE LE TATOUAGE ?
Pour celleux qui ignorent ce qu’est un tatouage, selon le dictionnaire Larousse, “le tatouage est un dessin pratiqué aux moyens de piqûres introduisant sous la peau des colorants indélébiles”. La durée d’une séance de tatouage varie selon beaucoup de critères et selon le nombre de séances nécessaires pour la gravure. Le tatouage n’est absolument pas un phénomène récent. En effet, ses plus anciennes traces remonteraient à 53 000 ans avant J.-C. avec Ötzi, “l’Homme des Glaces” ; ce corps momifié a été découvert en 1991 sur la frontière italo-autrichienne, dans le glacier de Similaun.
Avant qu’il devienne une mode dans les sociétés modernes, notamment à partir de 1970 avec le mouvement hippie, le tatouage va se détacher de son côté sacré, rituel, etc. pour se démocratiser (notamment en France) ; surtout grâce à Bruno Cuzzicoli, dit “le père du tatouage”, qui créa le tout premier salon de tatouage en 1962 à Paris, forma pas moins de 400 apprentis et sera le seul dessinateur intradermique pendant plus de vingt ans (Edda : on ne disait pas tatoueur à cette époque, cette fonction appartenait aux bourreaux).
QU’EST-CE QUI SE PASSE AU NIVEAU DE NOTRE CORPS LORS DE LA SÉANCE ?
Lorsqu’on se fait tatouer sur certaines zones de notre corps, selon notre propre seuil de douleur, on a mal (Edda : captain obvious, bonjour~). Et encore, ce n’est pas une douleur ressentie comme lorsqu’on se casse le bras ou qu’on se tord la cheville. Cette douleur est l’équivalent d’un plat épicé qui va nous brûler la gorge. On sait que cela va être (très) désagréable, mais cela ne nous dérange pas étant donné qu’on a conscience que ce côté négatif de la séance aboutira à quelque chose de bien plus positif à la fin (le tatouage terminé et de toute beauté). Du coup, les vibrations, la douleur liée aux piqûres (Edda : n’oublions pas que le tatouage est considéré comme une plaie ouverte), etc., dans notre esprit, on le supporte et on l’accepte. Il y a également une part de fierté à avoir survécu à plusieurs heures de douleur. C’est comme si on venait de vivre un rite de passage.
Du côté de notre corps, les piqûres du tatouage provoquent la sécrétion d’un bon nombre d’hormones comme l’adrénaline, mais surtout l’endorphine qui est un équivalent à la morphine. De ce fait, on finit par s’habituer à la douleur jusqu’à ne plus la ressentir. (Edda : Pourtant, certain·e·s d’entre nous assurent avoir eu mal tout le long de la séance jusqu’à avoir une sensation de brûlure).
PEUT-ON VRAIMENT ÊTRE ACCRO AU TATOUAGE ?
Celleux qui pensent que c’est effectivement le cas parleront du rapport à la douleur du tatoué ; en plus de la fierté d’avoir tenu 5 heures de session. Il y a le désir d’égalisation qui entre également en compte. Par exemple, lorsqu’on se fait graver sur le bras gauche, on peut être amené à prendre un prochain rendez-vous pour le bras droit. Pour égaliser. Et puis, certain·e·s peuvent penser que seulement des tattoos aux bras, cela fait bizarre. Donc on en fait aux jambes, au dos… jusqu’à trouver étrange qu’on ait encore de la place et de ne plus voir que ça, une zone de notre peau pas encore encrée.
Le tatoueur Guillaume Ricard reste très terre à terre et explique dans son article “Pourquoi les tatouages sont addictifs ?” qu’il y a également le fort désir de s’affirmer, de s’approprier notre corps et notre image ; « Personnellement, chaque tatouage que j’ai devient éventuellement une partie de moi, de la même façon que ma peau « vierge » était une partie de moi avant. La différence, c’est que la partie de moi qui est tatouée, c’est moi qui l’ai choisie”. On pourrait donc penser que le tatouage en lui-même ne crée pas une dépendance, c’est juste nous qui avons découvert qu’il y avait un nouveau moyen de s’approprier notre corps comme on redécore à notre goût l’appartement dans lequel on vient d’emménager.
De plus, selon Mark Griffiths, professeur de dépendance comportementale à l’Université de Nottingham : “être dépendant à une pratique nécessite de remplir certains critères, et ce peu importe la nature de ladite pratique”. Toujours selon l’expert, pour qu’une personne soit réellement accro au tatouage, il faut que la gravure corporelle se trouve en tête de ses priorités. Il faut que cela devienne quelque chose de vital, qu’il y ait une sensation de manque à la manière d’un alcoolique et/ou d’un drogué et que son humeur se dégrade s’il ne peut pas satisfaire son besoin. Selon l’enseignant universitaire, il n’est pas possible d’effectuer une telle comparaison avec le tatouage étant donné qu’on ne peut pas se faire tatouer aussi souvent. La psychologue Tracy Alderman affirme à son tour qu’il n’est guère possible de relier le désir de se faire tatouer et le désir de se faire mal comme l’auto-scarification qui est une véritable addiction.
LA DÉPENDANCE AUX TATOUAGES ET LA LITTÉRATURE
S’il existe énormément de livres parlant de tatouages et/ou illustrant différents styles, motifs et emplacements afin d’inspirer les amateurices de tatouage, il existe aussi des livres centrés sur un type de gravure (exemple : les tatouages japonais, haïtiens,etc.). Cependant, à l’heure actuelle, je n’ai déniché aucun livre traitant de la dépendance aux tatouages. Les quelques informations se trouvent sur internet et si certains arguent qu’on peut en devenir accro à cause de l’endorphine, d’autres démontrent que cela n’est pas le cas. C’est juste qu’on n’a découvert un moyen de montrer qui on est et qu’on prend autant de plaisir à réfléchir à un nouveau tatouage qu’à se le faire tatouer.
Cela peut aussi expliquer qu’il n’existe aucune réelle addiction aux gravures corporelles. Qu’en pensez-vous ?

LES SOURCES
✺ Edda T. Charon, « L’Encre de la Pieuvre » [En ligne] L’Encre dela Pieuvre (lencredelapieuvre.wordpress.com) [Consulté le 20 mars 2021]
✺ MaxiPoche+ Larousse, Édition 2021
✺ Guillaime Ricard, « Pourquoi les tatouages sont addictifs« , le 27 novembre 2017 [En ligne] Pourquoi les tatouages sont addictifs (guillaumericardtattoo.com) [Consulté le 20 mars 2021]
✺ Yohan Demeure, “Peut-on développer une addiction au tatouage ?”, le 27 juillet 2019 [En ligne] Peut-on développer une addiction au tatouage ? (sciencepost.fr) [Consulté le 20 mars 2021]
✺ Thomas Messias, “Personne n’est accro aux tatouages”, le 14 juillet 2019 [En ligne] Personne n’est accro aux tatouages (slate.fr) [Consulté le 20 mars 2021]
✺ Ondori, “La soif d’encre”, le 15 février 2015 [En ligne] La soif d’encre (lesupportetlencre.wordpress.com) [Consulté le 20 mars 2021]


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