Article rédigé par Dawn

Aujourd’hui, nous n’allons pas parler de pathologie ni de trouble. Non, aujourd’hui, je vous emmène avec moi pour un tour d’horizon sur la mémoire et ses différentes facettes. Et, par la même occasion, je vais casser l’un des plus grands neuromythes connus… Installez-vous confortablement, prenez votre boisson chaude préférée, et on est parti.
QU’EST-CE QUE LA MÉMOIRE ?
Avant de commencer, définissons ce qu’est la mémoire. Il s’agit d’un mécanisme neuronal qui permet d’enregistrer des informations, de les conserver et de les restituer ultérieurement. Parmi ces informations, on retrouve les automatismes, comme écrire ou faire du vélo, ainsi que nos connaissances, mais aussi les souvenirs.
On associe souvent la mémoire à la région de l’hippocampe, une zone située à la base du cerveau qui serait le “siège” du processus de mémorisation. En réalité, toutes les zones du cerveau se trouvent impliquées dans ce phénomène. En effet, nous n’avons pas une, mais cinq mémoires, formées par des réseaux neuronaux différents présents dans des zones du cerveau distinctes. Chacune de ces mémoires possède un rôle propre, et la mémorisation d’une information ou d’un événement implique plusieurs réseaux en même temps. De même, lorsque l’on restitue une information mémorisée, différents réseaux neuronaux sont impliqués, toutefois avec moins d’intensité que lors du processus inverse.
LES 5 TYPES DE MÉMOIRE MAJEURS
Comme dit précédemment, nous avons cinq types de mémoire majeurs, que je vais essayer de vous décrire en détail.
• La mémoire de travail, ou mémoire à court terme : la mémoire la plus sollicitée, puisqu’elle constitue la mémoire du présent. Lorsque l’on mémorise un numéro de téléphone pour le noter ou le composer dans les minutes qui suivent ou que l’on retient des chiffres pour un calcul, c’est à elle que nous faisons appel. Vous connaissez la petite voix que vous entendez dans votre tête et qui répète en boucle l’information dont vous devez vous souvenir ? C’est votre mémoire de travail qui est à l’œuvre. Elle permet ainsi de se souvenir momentanément d’une information, et de l’oublier après, ou au contraire de la mémoriser à long terme.
• La mémoire sémantique : elle représente la mémorisation des concepts, comme les noms des objets qui nous entourent et leurs fonctions, ainsi que les connaissances générales sur soi-même comme son nom et son âge. C’est celle que nous faisons le plus travailler lorsque nous nous cultivons, et qui se trouve être en constante évolution. Souvent, c’est celle qui nous fait défaut : vous avez déjà eu la sensation d’avoir un mot sur le bout de la langue, de connaître quelque chose sans pouvoir ressortir l’information ? Eh bien, quand cela vous arrive, ce n’est pas que vous avez oublié l’information. C’est simplement que votre cerveau n’arrive plus à retrouver le “chemin” vers cette connaissance.
• La mémoire épisodique : elle contient à proprement parler nos souvenirs. Elle permet de mémoriser les événements vécus, et c’est à elle que l’on fait appel lorsqu’on raconte un souvenir, mais aussi lorsque nous nous projetons dans le futur. Par exemple, lorsque vous imaginez comment se passera votre weekend, c’est la mémoire épisodique que vous sollicitez. C’est également celle qui est touchée en priorité dans certaines pathologies comme la maladie d’Alzheimer.
• La mémoire procédurale : elle regroupe l’ensemble de nos automatismes et savoir-faire. On parle aussi de “mémoire inconsciente”, car on la sollicite sans le savoir au quotidien lorsque l’on exécute des gestes habituels. Lorsque nous écrivons, que nous faisons du vélo ou que nous conduisons, nous n’avons pas conscience de mobiliser nos muscles pour réaliser ces tâches, tout se fait de manière automatique et ce grâce à cette mémoire. C’est celle qui est la plus sollicitée chez les enfants, lorsqu’iels apprennent entre autres à marcher, à lire et à compter. Elle est également à l’œuvre dès lors que l’on apprend à effectuer une nouvelle tâche, afin d’en faire un automatisme plus tard.
• La mémoire perceptive : il s’agit de la mémoire des sens. C’est grâce à elle que nous sommes capables d’identifier ce que nous voyons, sentons, entendons, goûtons et touchons. C’est également cette mémoire qui nous permet de nous souvenir d’un visage, d’une voix, et de se repérer dans l’espace. Elle participe aussi aux automatismes de notre corps : lorsque vous rentrez chez vous, votre cerveau a mémorisé plusieurs repères visuels qui vous permettent de trouver votre chemin sans difficulté, au point que vous n’avez même plus besoin de vous concentrer sur votre itinéraire.
Et lorsque nous mémorisons des informations, toutes ces mémoires sont impliquées à parts plus ou moins égales. Lorsque nous restituons les informations, ce seront les mémoires épisodique et sémantique qui seront sollicitées en priorité.
MÉMOIRES VISUELLE, KINESTHÉSIQUE, AUDITIVE : UN NEUROMYTHE TENACE
Avez-vous déjà entendu parler des profils de mémoire ? Une croyance voudrait que l’on ait soit une mémoire visuelle, soit une mémoire auditive, soit une mémoire kinesthésique. Oui, oui, j’ai bien employé le terme croyance, pour la simple et bonne raison que les profils de mémoire n’existent pas : c’est ce que nous appelons un neuromythe, une croyance populaire sur le cerveau qui n’a aucun fondement scientifique. Mais, alors, d’où vient cette croyance me direz-vous ? Eh bien, la réponse est très simple : de notre société. Pour mieux comprendre les choses, nous essayons sans cesse de catégoriser ce que nous voyons, ce qui parfois peut mener à de la stigmatisation et à des concepts erronés ou incomplets. C’est le cas ici avec le modèle VAK : en voulant mieux comprendre les processus de mémorisation – en particulier chez les étudiant.e.s, puisque ce concept est très répandu dans le milieu scolaire –, la catégorisation en trois classes est vite apparue. D’un côté, celleux qui utilisent beaucoup de couleurs et de graphiques pour mémoriser les informations, les visuel.le.s. De l’autre, celleux qui récitent leurs cours ou ont besoin de l’entendre pour mémoriser, les auditif.ve.s. Et enfin, celleux qui ont besoin de réécrire leurs cours ou d’associer le geste à la parole, les kinesthésiques. (Dawn : oui, dis comme ça, ça fait très factions de Divergente…).
Cependant, cette catégorisation stricte est erronée, puisque nous utilisons au quotidien ces trois méthodes – découlant toutes trois de la mémoire perceptive – pour enregistrer ce que nous vivons, sans même nous en rendre compte. Cela peut également porter préjudice aux enfants et étudiant.e.s qui, défini.e.s par un modèle de mémorisation précis, se voient parfois obligé.e.s d’utiliser des méthodes qui ne leur conviennent pas ou plus parce qu’on leur a “diagnostiqué” telle ou telle mémoire, et on leur impose ainsi une méthode de travail à cause d’une étiquette (Oui, certains sites proposent des tests – parfois payants – pour déterminer le type de mémoire de son enfant pour obtenir des conseils et un suivi pour qu’iel puisse prétendument mieux réussir à l’école, ce qui pousse parfois les parents à investir pour des méthodologies qui ne conviennent pas forcément). Selon moi, les profils VAK ne devraient pas être vus comme des catégories cloisonnées, mais plutôt comme un spectre : nous pouvons très bien utiliser des méthodes impliquant les trois profils de mémoire, même si nous avons forcément un sens qui est plus exploité que les autres. (Dawn : À titre d’exemple, je me suis moi-même catégorisée comme étant visuelle pendant un long moment, car je retenais mieux mes cours lorsqu’ils étaient très imagés et colorés. Finalement, il se trouve que je suis à la fois visuelle et kinesthésique : j’ai besoin de réécrire mes cours pour les apprendre (méthode kinesthésique), tout en utilisant un code couleur pour mieux mémoriser les catégories d’informations (méthode visuelle).) Ne limitez donc pas vos capacités !
D’autant plus qu’il ne faut pas oublier que notre mémoire est en perpétuelle évolution, selon la manière et l’intensité avec laquelle vous la stimulez.
LA MÉMOIRE ET LA LITTÉRATURE
La mémoire est très souvent présente dans les œuvres littéraires, et de bien des manières : une jeune femme qui repense à ses repas de famille en sentant l’odeur d’un plat, ou encore un chevalier relatant ses exploits dans une taverne. Sans que cela ne soit décrit explicitement, tous les types de mémoire sont abordés couramment dans les romans, en particulier les mémoires épisodique et perceptive. C’est grâce à la présence de ces souvenirs que nous apprenons ainsi à connaître les personnages, et que l’auteurice crée son univers et tout le background de l’histoire. De la même manière, nous pouvons également nous attacher aux personnages, en apprenant leur vécu, et parfois même en s’identifiant à eux.
Autre façon dont la mémoire intervient : la présence des flash-backs. En effet, lorsque nous entamons un roman, nous ne connaissons rien du personnage principal, puisque nous arrivons au milieu de sa vie, et ne connaissons donc pas son passé. Ces flash-backs nous permettent ainsi de découvrir ce qu’iel a vécu des années avant les événements que nous suivons. Toutefois, ces procédés de flash-backs sont à prendre avec des pincettes car ils ne correspondent pas réellement à ce dont la mémoire est capable : à moins d’avoir une mémoire eidétique (mémoire qui fera l’objet d’un article particulier très prochainement), les personnages sont dans les faits incapables de restituer des dialogues et des actions avec autant de précision que le font les flash-backs.
Les pathologies liées à la mémoire peuvent aussi se retrouver au centre des intrigues littéraires. Edda vous avait déjà parlé du cas des personnages atteints d’Alzheimer dans l’article correspondant, mais les personnages amnésiques peuvent également faire leur apparition. Dans ce dernier cas, ledit personnage sera bien souvent à la recherche de son passé, ce qui peut laisser penser que notre identité repose sur nos souvenirs. Comme si perdre une partie de nos souvenirs, c’était perdre un fragment d’identité. Parmi les romans mettant cette situation en scène, on peut citer La Vie d’une Autre de Frédérique Deghelt où la protagoniste se réveille un beau matin en se découvrant mariée et mère de trois enfants, n’ayant aucun souvenir des douze ans écoulés entre ce jour et celui de la rencontre avec l’homme dont elle partage la vie.
Les romans autobiographiques sont une autre catégorie d’œuvre où, cette fois-ci, la mémoire est au cœur même de l’histoire, puisque l’auteur relate ses souvenirs. Dans ces ouvrages, l’auteurice désire avant tout nous partager son vécu, ses anecdotes, avec plus ou moins de précision selon la manière dont les faits l’ont marqué.e.
La mémoire est donc un sujet très courant dans les écrits, et bien souvent abordé de manière involontaire en relatant les souvenirs de nos personnages pour apprendre à les connaître et leur donner toute leur profondeur.

LES SOURCES
✺ « Sébastien Martinez, « Les différents types de mémoire » [En ligne] Les différents types de mémoire (sebastien-martinez.com) [Consulté le 20 août 2021]
✺ « Les 5 types de mémoire » [En ligne] Les 5 types de mémoire (dys-positif.fr) [Consulté le 20 août 2021]
✺ « Mémoire, une affaire de plasticité synaptique« , le 23 juin 2017 [En ligne] Mémoire, une affaire de plasticité synaptique (inserm.fr) [Consulté le 20 août 2021]
✺ Luc Rousseau, « Non, vous n’êtes pas visuel ou auditif… Pour en finir avec les neuromythes ! » [En ligne] Non, vous n’êtes pas visuel ou auditif… Pour en finir avec les neuromythes ! (theconversation.com) [Consulté le 20 août 2021]
✺ Caroline, « [Neuromythes] Les styles d’apprentissage n’existent pas« , le 09 novembre 2018 [En ligne] Les styles d’apprentissage n’existent pas (apprendre-reviser-memoriser.fr) [Consulté le 20 août 2021]


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