Article rédigé par Erica

Tout le monde ou presque a déjà été témoin de cette loi de la jungle à l’école : harceler ou être harcelé. Même si la réalité est plus complexe que cela, on observe un taux excessivement élevé de harcèlement scolaire ces dernières décennies. Récemment, une histoire a bouleversé la France, lorsque la petite Evaëlle, 11 ans, a mis fin à ses jours, désemparée par le harcèlement qu’elle subissait quotidiennement au collège. Une histoire qui remonte à la surface par la mise en examen de ses bourreaux le mois dernier. Aujourd’hui, il est primordial de ne plus se taire sur ce fléau qui ravage la vie de nos jeunes générations.
LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE, QU’EST-CE QUE C’EST ?
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le harcèlement scolaire, qu’il soit physique, moral ou en ligne, est un comportement d’agression d’un(e) ou plusieurs élèves sur d’autres, entraînant des préjudices physiques, psychologiques ou sociaux répétés. Bien que j’omette quelques réserves sur ce point, l’OMS nous précise ici qu’on parle de harcèlement scolaire en dehors d’une fratrie ou d’une relation amoureuse. En soi, je ne suis pas forcément d’accord, car l’un n’empêche pas l’autre. De plus, il me semble important de souligner que plusieurs cas de harcèlement par des enseignants ont été rapportés.
Dans leur étude « Santé des adolescents et des jeunes adultes », nous apprenons que plus de 40% des garçons et 37% des filles en milieu scolaire ont été exposés au harcèlement. Ces chiffres sont plus qu’alarmants, surtout lorsque l’on connaît les conséquences sur les conditions de vie des victimes : perte de confiance, anxiété, isolement, troubles du comportement, chute des résultats scolaires, dépression et parfois même suicide.
Le harcèlement à l’école est principalement caractérisé par 3 constantes :
- La répétition : les agressions, quelles qu’elles soient, sont régulières, voire perpétuelles pendant une durée plus ou moins longue. Sur le chemin de l’école, en classe, en cours de sport, à la récréation, à la sortie, la victime sait qu’elle ne pourra pas y échapper et cela conduit souvent à une peur de l’école. Certains faits ont même duré plusieurs années ;
- La violence : le harcèlement se traduit par un rapport de force déséquilibré. Les bourreaux ont besoin de montrer leur pouvoir sur les plus faibles, mais l’agression en elle-même n’est pas forcément manifeste pour autant. Cela peut aller de la moquerie discrète jusqu’à la brutalité physique ;
- L’isolement : la victime est souvent dans une position de vulnérabilité et peu amène à se défendre, sans amis pour se soutenir ou se protéger, par exemple.
Les différentes formes de harcèlement
Le harcèlement physique
Il s’agit d’agressions de contact, qui portent atteinte à l’intégrité physique de la victime : bousculades dans les couloirs, torture physique, enfermement dans des lieux clos ou des poubelles, passage à tabac en groupe, agressions sexuelles…
Le harcèlement moral
Plus subtile à déceler, le harcèlement moral fait effet sur le plus long terme, à force de torture psychologique : moqueries et brimades, humiliations publiques, insultes, menaces…
Le cyberharcèlement
Ce type de harcèlement à distance se fait en ligne (sur internet) ou via les technologies. Il peut s’agir de messages injurieux par sms, sur les forums ou les réseaux sociaux. Le cyberharcèlement est une des circonstances aggravantes qui peut conduire à une peine de prison.
Quelle est l’origine du harcèlement scolaire ? Dans les 3 cas, la cause de ces agressions est souvent le rejet de la différence, aussi minime soit-elle, et le profit des faiblesses des autres. Les stigmatisations les plus fréquentes se font sur des caractéristiques comme le sexe, le poids, la taille, la couleur de cheveux, le handicap, physique ou mental, la religion, la nationalité, la culture, l’identité ou l’orientation sexuelle, etc.
LES SIGNES DU HARCÈLEMENT
Il est vrai que les parents ne le voient pas toujours, non pas parce qu’ils ne sont pas attentifs au bonheur de leurs enfants, mais tout simplement parce que ceux-ci savent donner le change. Sans parler du fait qu’ils ne peuvent pas toujours compter sur les adultes censés les protéger, mais qui n’agissent pas en conséquence.
Nous avons tendance, en tant qu’adulte, à nous dire que ce ne sont que des chamailleries d’enfants, que ça finira par passer, que ça forge le caractère… Mais il y a une différence entre apprendre l’adversité et souffrir en permanence, au point d’en garder des séquelles. Pour le bien de ces enfants et adolescents, soyez attentifs aux signes :
- L’élève ne veut plus aller à l’école : vous auriez tort de croire qu’iel est devenu(e) paresseux.se parce qu’iel ne veut plus se lever le matin ou peut faire des crises pour se rendre à l’école. L’explication réside peut-être dans le fait qu’iel vit dans la terreur constante ;
- L’élève présente des marques, des blessures, des hématomes, des vêtements sales ou déchirés : c’est un signe qui ne trompe pas. Si votre enfant revient tous les jours de l’école avec des plaies ou des bosses, il n’est pas simplement maladroit, il est harcelé ;
- Son matériel de classe est souvent cassé ou « perdu » : si vous trouvez étrange qu’il lui faille des cahiers et des stylos toutes les semaines, demandez-vous si iel n’est pas racketté.e ou si son matériel n’est pas vandalisé par ses camarades ;
- Iel souffre de troubles de l’attention ou du comportement : fatigue, insomnies, prise ou perte de poids, refus de se nourrir, terreurs nocturnes, accès de violence. Le rejet et la peur constante d’être agressé(e) s’expriment souvent de manière physique, par des maux de ventre, des vomissements, des crises de panique, des réactions allergiques ou épidermiques ;
- Ses résultats scolaires sont en baisse : l’école est d’abord supposée être un lieu d’étude, d’évolution et de sécurité. S’iel se sent en danger, l’élève ne réussira plus à s’investir pleinement. Ses angoisses l’empêcheront d’être en forme et de se concentrer en classe. De même, iel tentera tout ce qu’iel peut pour éviter cet environnement hostile, quitte à accumuler les retards, voire les absences ;
- Iel est isolé(e) ou ne parle presque plus : souvent, dans les cas de harcèlement, l’élève devient le « laissé pour compte », sans ami ni soutien, seul face à ses tortionnaires, qui entraînent leurs camarades dans leur jeu. La seule échappatoire : se cacher dans les toilettes, la bibliothèque, les lieux isolés, éviter la cantine et les clubs, devenir mutique, même à la maison.
QUE FAIRE EN CAS DE HARCÈLEMENT ?
La plupart des établissements scolaires ont mis en place des campagnes de lutte contre le harcèlement et les violences scolaires. Commencez donc par prévenir les personnes compétentes au sein de l’établissement : les membres du personnel scolaire (proviseur, enseignants, surveillants…) seront dans l’obligation d’intervenir et d’avertir le procureur immédiatement. La victime sera alors interrogée sur les faits pour expliquer en détail la nature du harcèlement. Vous pouvez également demander à changer l’élève d’établissement en contactant la direction académique des services de l’éducation nationale (DASEN).
Si vous-même, en tant qu’élève, vous vous sentez harcelé(e), sachez que vous n’êtes pas seul(e). Il est possible que vous n’arriviez pas à en parler à vos parents ou professeurs, par peur, honte ou gêne, mais peut-être serez-vous plus à l’aise avec un.e spécialiste que vous ne connaissez pas :
- Non au harcèlement est une association téléphonique à l’écoute des victimes et témoins de harcèlement scolaire. Vous pouvez l’appeler gratuitement au 3020, du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h, toute l’année à l’exception des jours fériés ;
- Net écoute est un réseau d’aide aux victimes de cyberharcèlement, que vous pouvez contacter gratuitement de façon anonyme et confidentielle au 0800 200 000, du lundi au vendredi de 9h à 19h.
En cas de harcèlement en ligne, contactez directement la police ou la gendarmerie via leur messagerie instantanée : vous serez alors en mesure de discuter directement avec un agent, de manière sécurisée et confidentielle. Le service public précise que votre historique de conversation pourra être entièrement effacé de votre canal de contact (téléphone, ordinateur, tablette…), si vous le désirez.
Quel que soit votre âge, vous êtes en droit de porter plainte contre vos agresseurs, dans les 6 années suivant le harcèlement. Rendez-vous dans un poste de police ou de gendarmerie, où l’on sera dans l’obligation d’enregistrer votre plainte. L’affaire sera alors portée devant le procureur de la République.
SANCTIONS CONTRE LE HARCÈLEMENT
Le harcèlement, scolaire ou non, est passible d’une amende et de peines de prison, selon la gravité des cas et l’âge des agresseurs.
- Les enfants de moins de 13 ans ne peuvent ni payer d’amende ni aller en prison et encourent des sanctions spécifiques, déterminées par un conseil ;
- Pour les personnes mineures de plus de 13 ans, la sanction est de 7.500€ d’amende et d’une peine de prison de 6 mois sans circonstances aggravantes et jusqu’à 18 mois en cas de circonstances aggravantes ;
- Pour les personnes majeures, la sanction est portée à 15.000€ d’amende et une année de prison sans circonstances aggravantes, de 30.000€ et de 2 ans de prison avec une circonstance aggravante et de 45.000€ et de 3 ans de prison à partir de 2 circonstances aggravantes.
Qu’est-ce qu’une circonstance aggravante ? C’est un contexte particulièrement sensible, qui augmente la gravité des faits :
- Une victime âgée de moins de 15 ans ;
- Une victime dont la vulnérabilité est connue ou apparente (handicap, maladie…) ;
- Un harcèlement conduisant à une incapacité de travail supérieure à 8 jours ;
- Du cyberharcèlement.
LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE DANS LA LITTÉRATURE
Le harcèlement à l’école est un sujet de plus en plus répandu par les artistes et créateurs contemporains, qui ont à cœur de faire connaître ce fléau, de dénoncer des pratiques violentes et d’alerter les parents.
Des œuvres telles que le roman Treize raisons de Jay Asher ou la bande-dessinée Sasha, survivre au collège de l’illustratrice Yatuu, permettent à un jeune public de prendre conscience de la gravité du harcèlement. Certain(e)s sont victimes, certain(e)s sont bourreaux, mais peut-être qu’aucun(e) ne s’en rend compte.
Le roman japonais Chère Fubuki Katana (2019), par Annelise Heurtier, met en scène une jeune fille harcelée, Emi, qui ne peut en parler à personne. Certes, le harcèlement n’y est pas surréaliste, ni spectaculaire, mais l’immersion est telle qu’on ressent pleinement son isolement et la torture d’une agression sournoise et perpétuelle.
L’album Dans les vestiaires (2020) de Timothé le Boucher nous raconte avec poigne comment un simple vestiaire peut se transformer en micro-société, où règne la loi du plus fort et dans laquelle la cruauté des uns, extermine la sensibilité des autres. Agressions, harcèlement, moqueries… un témoignage bouleversant de la puberté.
Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de :
- A silent voice (2013-2016), de Yoshitoki Ōima ;
- Mots rumeur, mots cutter (2014), de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini ;
- Gros sur le cœur (2018), de Carene Ponte ;
- #Trahie (2020), de Luison Nielman ;
- AliN : Tous différents (2018), de Axelle Colau ;
- De la rage dans mon cartable (2014), de Noémya Grohan ;
- Seule à la récré (2017), de Ana et Bloz.

LES SOURCES
✺ « Qu’est-ce que le harcèlement ?« , le 25 novembre 2017 [En ligne] Qu’est-ce que le harcèlement (info.arte.tv) [Consulté le 05 février 2021]
✺ « Vos droits contre le harcèlement » [En ligne] Vos droits contre le harcèlement (service-public.fr) [Consulté le 05 février 2021]
✺ « Le harcèlement, c’est quoi ? » [En ligne] Le harcèlement, c’est quoi ? (service-public.fr) [Consulté le 05 février 2021]
✺ « Étude Santé des adolescents et des jeunes adultes« , le 18 janvier 2021 [En ligne] Étude Santé des adolescents et des jeunes adultes (who.int) [Consulté le 05 février 2021]


Laisser un commentaire