LE SOMNAMBULISME

Article rédigé par Erica

Vous avez déjà dû voir à maintes reprises le cliché du somnambule qui déambule dans la nuit comme un robot, les bras tendus, tel Augustin Bouvet dans La Grande Vadrouille. Pourtant, la réalité n’a rien à voir avec ça. Tant qu’on n’en a pas fait l’expérience, il est difficile de comprendre comment fonctionne le somnambulisme, mais je vais tâcher de faire de mon mieux pour vous expliquer.

QU’EST-CE QUE LE SOMNAMBULISME ?

Si l’on décompose le mot « somnambulisme » tel que nos cours de latin nous l’ont enseigné, on trouvera la base « somnus » qui veut dire sommeil et « ambule », issu du verbe « ambulare », signifiant littéralement « se promener ». Vous le saviez sûrement déjà, mais maintenant vous en êtes certain·e : un·e somnambule est donc une personne qui se promène pendant qu’elle dort.

Plus précisément, le somnambulisme est un trouble du sommeil qui appartient à une plus grande famille de comportements anormaux, appelée la parasomnie. Il touche environ 17% des enfants et 4% des adultes et n’intervient que pendant les phases 3 et 4 du sommeil, c’est-à-dire le sommeil profond.

Typiquement, læ somnambule se déplace pendant la nuit sans en avoir conscience et ne se souvient en général de rien à son réveil, même s’iel peut entraîner son cerveau à garder quelques bribes. Le comportement du somnambule peut énormément varier d’une personne à l’autre, allant de la simple promenade, du rangement d’une pièce ou de la pâtisserie jusqu’à des actes plus violents comme des agressions.

LES TYPES DE SOMNAMBULISME

Niveau 1 : le somnambulisme simple

C’est le cas le plus fréquent et il se décline en deux comportements anodins :

• Le sujet s’assoit dans son lit, gesticule de manière floue et parle ;
• Le sujet se lève, fait quelques actions qui n’ont un sens que dans son rêve et retourne se coucher.  

Ce type de somnambulisme est facilement gérable, car l’individu n’est pas trop agressif, seulement déboussolé. Un jour, je me suis tout bonnement plantée devant ma penderie en essayant d’attraper quelque chose avec mes doigts. Lorsque mon compagnon m’a demandé ce que je faisais, je lui ai répondu que j’essayais de chasser le démon de fumée noire qui n’arrêtait pas de me donner des ordres. Voilà…

Niveau 2 : le somnambulisme à risque

Cette forme du trouble est plus longue et plus inquiétante, car læ dormeur·euse se manifeste par des actions violentes et dangereuses, pour iel-même comme pour autrui. Une femme a affirmé avoir des relations sexuelles avec différents hommes sans en être consciente, tandis qu’un homme s’est réveillé avec un couteau à la main.

Niveau 3 : le somnambulisme dissociatif

Plus rare chez les enfants, ce type de somnambulisme est caractérisé par une grande terreur, une agressivité accrue et une difficulté à calmer le sujet. Les symptômes sont semblables à ceux présentés après l’ingestion de drogues hallucinogènes, comme le démontrent les activités cérébrales. Lors de ces crises, le risque de défenestration est deux fois plus important, car læ dormeur·euse, quoiqu’inconscient·e, est dépassé·e par des émotions et des sensations qu’iel est læ seul·e à percevoir.

LES ORIGINES DU SOMNAMBULISME

Comme toute parasomnie, le somnambulisme est une manifestation des états dissociés du sommeil. Qu’est-ce que ça signifie ? Simplement que notre état d’éveil est superposé à notre état de sommeil non paradoxal (le sommeil profond), ce qui met notre cerveau et notre corps dans la confusion : l’un dort, tandis que l’autre est éveillé. Le Dr Christophe Petiau, neurologue à Strasbourg, précise également que « les situations qui fragmentent le sommeil favorisent les épisodes de somnambulisme chez les sujets prédisposés ». C’est sûrement pour cela que j’ai une crise presque à chaque fois que mon compagnon perturbe mon sommeil en venant se coucher après moi.

Entre les phases 3 et 4 du sommeil, les ondes courtes ne se régulent pas correctement, à cause de notre système thalamo-cortical qui engendre une paralysie musculaire naturelle. C’est également ce qu’il se passe dans les cas de somnolence diurne. En même temps, c’est normal : si tu ne dors pas la nuit, eh bien tu te rattrapes le jour. Heureusement pour les somnambules, leur cerveau associe le rêve mental avec la perception de leur environnement, ce qui explique qu’ils tombent rarement dans les escaliers et ne se cognent pas aux murs. Pour autant, il n’est pas exclu que leur perception du danger en rêve diffère de la réalité. Pour exemple, il m’est souvent arrivé de me mettre en danger en me suspendant au-dessus du vide ou en essayant de sauter d’une fenêtre mais, étrangement, je me réveillais juste à temps.

La cause de ce trouble chez l’adulte est souvent psychologique ou psychique. Trop de stress, de pression ou d’angoisse dans la vie courante va favoriser des crises de somnambulisme. J’ai toujours été une grande anxieuse, mais à chaque période difficile de ma vie, mes réveils nocturnes se sont multipliés. Freud disait d’ailleurs que le somnambulisme est un résidu des événements traumatiques. À méditer… 

Chez l’enfant, les causes peuvent être beaucoup plus anodines que cela et ne démontrent en aucun cas une maladie psychologique ou émotionnelle. Beaucoup sont d’ailleurs également sujets aux terreurs nocturnes, ce qui provient le plus souvent d’un manque de sommeil ou d’un changement affectif (séparation, deuil…). Souvent, les crises de somnambulisme deviennent plus « fainéantes » à mesure que le temps passe et les balades nocturnes se transforment en discussion à soi-même, assis dans son lit.

ET LA GÉNÉTIQUE DANS TOUT ÇA…

Le somnambulisme possède des prédispositions génétiques, comme l’a prouvé une étude de l’hôpital universitaire de Berne, où 80% des sujets atteints de somnambulisme possédaient au moins un parent dans le même cas. Mieux encore, un chercheur a mis en évidence un possible « gène du somnambulisme », présent dans plus de la moitié des cas du trouble. Ce gène, nommé HLA DQB1*05, permet normalement d’identifier les cellules étrangères à l’organisme, mais on ne connaît pas encore l’incidence précise de ce gène sur le somnambulisme. Y aurait-il alors un lien entre notre système immunitaire et les crises de somnambulisme ? Si c’est le cas, ce trouble pourrait bien être une sorte de maladie auto-immune. Dans ma famille, ma mère et ma grand-mère étaient également somnambules, mais leurs crises se sont atténuées avec l’âge. Du coup, je me dis que, pour moi, il y a de l’espoir.

COMMENT RÉAGIR FACE À UN·E SOMNAMBULE ?

Même s’il n’affiche aucune expression sur son visage, car son cerveau n’a conscience de rien autour de lui, le sujet a l’air réveillé : il a les yeux ouverts, est capable de parler, d’entretenir une conversation, voire de répondre à des questions de manière cohérente. Mon grand-père racontait souvent qu’il avait découvert que mon oncle fumait des cigarettes en lui faisant passer un interrogatoire nocturne. Si cette anecdote a bien sûr fait rire toute la famille, moi y compris, j’ai tout de même prié pour que ma mère ne prenne jamais exemple sur lui.

Une phase de somnambulisme peut être très succincte ou très longue et dure entre 30 secondes et 30 minutes environ. Si vous en avez la possibilité, essayez de læ surveiller pour éviter que læ dormeur·euse ne se blesse durant ce laps de temps, même si les risques sont minimes dans la majorité des cas. La rumeur qui affirme que réveiller un·e somnambule serait dangereux n’est pas fondée. Bien entendu, si vous le secouez dans tous les sens ou si le réveil est brutal, le sujet peut être perturbé et surréagir (mais quel sujet éveillé ne le ferait pas non plus ?). Mais la plupart du temps, il lui faudra seulement quelques secondes ou minutes le temps de réaliser ce qu’il s’est passé. Le mieux est encore de rentrer dans son jeu : parlez-lui doucement, expliquez-lui que ce n’est pas l’heure de faire la cuisine et que ce serait une bonne idée de faire un petit somme. Si vous sentez que le sujet est plutôt dans un cas de niveau 2 ou 3, ne vous approchez pas trop de lui et appelez un médecin.

TRAITEMENT

Certaines de mes crises ont été si dangereuses et effrayantes qu’à une époque, je n’avais qu’une idée en tête, celle de me soigner par tous les moyens. Finalement, je n’ai toujours pas franchi le pas. Peut-être qu’au fond, ça m’amuse plus que ça ne m’inquiète et, en vérité, je ne serais plus vraiment moi-même si ça s’arrêtait. Après tout, mes crises de somnambulisme ont énormément inspiré les histoires que j’ai écrites.

Mais qu’en est-il de ceux et celles qui veulent vraiment en finir avec cette tare, qui peut se révéler aussi peu pratique que dangereuse ? Existe-t-il une solution ? Malheureusement, aucune véritable thérapie n’a été prouvée comme étant totalement efficace et il n’existe pas de médicament miracle. Pour autant, chaque cas étant différent des autres, de nombreuses personnes atteintes de somnambulisme ont vu leurs symptômes diminuer grâce à de l’homéopathie ou à des interventions psychologiques : hypnose, psychanalyse, thérapie brève, méditation… Il existe également des essais cliniques sur l’apnée du sommeil qui semble parfois avoir un lien avec les crises.

QUID DE LA LOI DANS TOUT ÇA ?

Oui, car, comme je vous le disais, il existe des cas de somnambulisme à risques. Ces sujets en particulier ont des comportements agressifs, parfois violents, voire carrément dangereux. Sont-ils responsables de leurs actes ?

  • Le somnambule qui prend le volant pendant son sommeil n’a pas l’intention de blesser qui que ce soit s’il veut simplement se balader ou se rendre en urgence quelque part. Mais que se passe-t-il s’il crée un accident ?
  • La personne qui n’arrive pas à contrôler ses pulsions et qui commet un viol ou même un meurtre, aurait-elle eu cette intention dans un état éveillé ?

En France, l’article 122-1 du Code Pénal exige que la responsabilité pénale se base sur l’état de conscience et d’intention de l’accusé. Elle n’est engagée que lorsque l’individu possédait véritablement le discernement et le contrôle nécessaires à l’acte. Mais encore faut-il réussir à le prouver et c’est une affaire des plus délicates.

Par contre, l’article 414-3 du Code Civil ne se base que sur les faits tangibles et non sur l’état de conscience de l’accusé. Qu’il ait été somnambule ou non, l’individu doit réparer ses torts.

LE SOMNAMBULISME DANS LA LITTÉRATURE

À part si vous êtes un.e grand.e admirateur.rice de Freud et de sa psychanalyse, ce ne sont pas les ouvrages que je vous recommanderais en premier. Le sujet du somnambulisme est tellement vaste, fascinant et même quelque peu flippant, que bien des auteurs s’en sont emparé pour écrire des thrillers psychologiques, à commencer par Bernard Werber, que vous connaissez sûrement pour sa trilogie des fourmis. Ce maître de la fiction philosophique a voyagé dans le monde du rêve lucide et du somnambulisme à travers le fabuleux roman Le sixième sommeil. Alors je vous préviens, c’est à la fois de la science-fiction et de la vulgarisation scientifique, mais c’est à couper le souffle.

À bien y réfléchir, je n’ai pas le souvenir d’avoir lu énormément de livres traitant du somnambulisme, mais un en particulier m’a marquée. Moi, somnambule depuis mon plus jeune âge et fanatique dévorante de thriller, le titre de ce roman ne pouvait qu’accrocher mon regard. Modestement appelé « Le somnambule » par son auteur, Sebastian Fitzek, il raconte l’histoire d’un homme victime de somnambulisme qui est persuadé d’avoir agressé sa femme pendant son sommeil. Plonger à l’intérieur des souvenirs oniriques de cet homme a été pour moi une frayeur autant qu’une bénédiction.

Si vous aussi, vous avez des anecdotes amusantes à nous raconter sur votre expérience en tant que somnambule ou témoin de somnambulisme, n’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires et nous rirons ensemble.

LES SOURCES
✺ Lucas Farcy, « Le somnambulisme« , le 15/03/2018 [En ligne] Le somnambulisme (doctissomi.fr) [Consulté le 05 novembre 2020]
✺ Mary V. Seeman, « Sleepwalking, A Possible Side Effect of Antipsychotic Medication« , le 01 août 2010 dans Psychiatric Quaterly, Volume 82.
✺ Azka S. Zergham et Zeeshan Chauhan, « Somnambulism » , 09 janvier 2020 dans StatPearls
✺ Marie-claire Durieux, « La perception somnambulique« , février 1995, dans la revue française de psychanalyse n°59.

Une réponse à « LE SOMNAMBULISME »

  1. […] les terreurs nocturnes sont prises pour des cauchemars, ou encore des crises de somnambulisme très intenses, de par le fait que l’enfant est encore en état de sommeil lent profond, mais que […]

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