Article rédigé par Dawn

La schizophrénie, ça vous dit quelque chose n’est-ce pas ? Un trouble assez connu, mais savez-vous vraiment de quoi il s’agit ? Non ? Alors, laissez-moi vous expliquer un peu ce qu’est ce trouble mental, bien souvent confondu avec le dédoublement de la personnalité.
La schizophrénie, un trouble entouré d’idées reçues
Comme je l’ai dit juste avant, on confond souvent la schizophrénie et le dédoublement de la personnalité. En effet, quatre personnes sur cinq pensent que le dédoublement de la personnalité fait partie des nombreux symptômes de la schizophrénie, alors qu’en réalité ces deux troubles sont bien différents : la schizophrénie se caractérise principalement par des hallucinations auditives et visuelles, mais en aucun cas le patient ne prend une autre personnalité.
Autre idée reçue sur la schizophrénie : les schizophrènes sont dangereux·euses. Et bien, c’est en partie faux. Une personne schizophrène n’est pas violente de nature, mais il peut arriver pendant des crises sévères que la personne tente de s’en prendre à sa famille, ou aux soignants si elle est hospitalisée. Mais ces crises violentes sont extrêmement rares, et la violence envers l’entourage est multipliée par neuf s’il y a consommation de cannabis ou d’alcool. Cependant, le principal danger du schizophrène est pour lui-même : durant ces crises, cette violence apparente est tournée vers iel-même, et peut læ conduire à des tentatives de suicide (on compte d’ailleurs un taux d’homicide de 0,5%, contre 0,03% pour l’ensemble de la population). D’après une étude, une personne sur deux atteinte de schizophrénie aurait déjà fait une tentative.
1 % de la population mondiale en serait touchée. En France, cela représente environ 600 000 personnes. Elle est ainsi bien plus courante qu’on le pense : à titre d’exemple, elle est six fois plus répandue que le diabète insulinodépendant. Ce trouble est encore méconnu du grand public du fait de la confusion trop présente, mais elle l’est aussi des psychiatres qui ont bien souvent du mal à reconnaître un·e patient·e atteint de ce trouble tant les symptômes sont divers et variés.
Les symptômes
Les symptômes de la schizophrénie sont assez nombreux, ce qui rend son diagnostic difficile, et se distinguent en trois catégories.
Les symptômes positifs sont les plus sévères. On y retrouve les crises de paranoïa, où la personne a l’impression que l’intégralité des gens autour d’elle cherche à la persécuter, des crises de démence caractérisées par des idées surréalistes, ainsi que les hallucinations sensorielles. Le plus souvent, ce sont des hallucinations auditives où læ patient·e entend des voix qui læ tourmentent, mais il peut également y avoir des hallucinations visuelles (impression de voir des silhouettes qui l’entourent), olfactives et tactiles (sensation qu’on læ touche, ou fourmillements).
On retrouve ensuite les symptômes négatifs, qui touchent surtout le mental de la personne. Cela se caractérise par un isolement social, une absence d’émotions et un comportement s’apparentant à une dépression. La personne aura également du mal à s’ouvrir aux autres et à établir des contacts avec son entourage, ce qui représente un handicap non négligeable pour la vie professionnelle.
Enfin, la dernière catégorie est les symptômes dissociatifs, qui touchent le comportement. Dans ce dernier cas, on observe une incohérence dans les propos de la personne, et une sorte de décalage entre le comportement et la situation dans laquelle elle se trouve : la personne peut avoir des propos ou des gestes inappropriés par rapport au contexte. On peut également observer des troubles cognitifs, notamment des difficultés à rester attentif ou des troubles de la mémoire.
L’installation de la maladie est progressive, et son évolution est assez fluctuante, avec une alternance de phases normales, où le schizophrène ne subit que des symptômes légers et chroniques, et de phases aiguës durant lesquelles peuvent apparaître les symptômes positifs. C’est également durant ces dernières phases que les tentatives de suicide peuvent se produire.
Une maladie à diverses origines
Il existe plusieurs facteurs pouvant causer l’apparition de la schizophrénie.
Le plus courant est un traumatisme important laissant des séquelles psychologiques, qui n’est pas toujours identifié durant les séances de psychothérapie. Une exposition à un fort stress peut par exemple en être la cause, puisqu’il a effectivement été prouvé que le stress provoque des altérations au niveau du fonctionnement et du développement du cerveau. C’est d’ailleurs pour cela que l’on trouve davantage de personnes schizophrènes en milieu urbain qu’en milieu rural, étant donné les sources de stress plus présentes.
Le stress peut également expliquer l’apparition de la maladie dès l’adolescence : c’est durant cette période de notre vie que notre cerveau subit le plus de modifications dans sa structure afin de se développer, il est donc plus vulnérable à une altération dans son développement.
Des facteurs génétiques peuvent également intervenir, bien que leur rôle soit faible. En effet, des études ont montré que certaines mutations rares et variations génétiques pouvaient augmenter le risque d’être touché de cette maladie. Ce sont bien souvent des gènes intervenant dans le développement des neurones qui sont touchés. Cependant, le nombre de fois où l’on observe ces variations génétiques est nettement supérieur au nombre de patient·e·s schizophrènes portant ces mutations, ce qui montre le faible impact de la génétique dans l’apparition de la maladie.
Bien sûr d’autres facteurs environnementaux peuvent influencer, et en particulier l’hygiène de vie qui a un impact non négligeable sur notre cerveau.
Le dernier facteur pouvant intervenir est la consommation de drogues. Certaines d’entre elles, notamment le cannabis, ont un impact sur le développement du cerveau en perturbant sa maturation. L’INSERM, à travers ses études, a ainsi montré que le risque d’apparition de schizophrénie chez les consommateurices de cannabis était doublé, mais cela dépend de la dose consommée et de l’âge auquel on est exposé pour la première fois.
Les traitements
Il existe deux approches pour traiter la schizophrénie : une approche médicamenteuse, et une approche psychologique. Bien souvent, l’un ne va pas sans l’autre, et ces deux méthodes de traitement permettent de « stabiliser » les symptômes et limiter les crises aiguës. Il est également possible d’en guérir, même si les cas sont assez rares (parmi les témoignages, vous retrouverez celui d’une jeune femme qui a réussi à guérir de sa schizophrénie en particulier grâce à la psychothérapie).
L’approche médicamenteuse se fait par l’utilisation d’antipsychotiques, qui permettent sur le long terme de réduire les symptômes positifs. Les premiers mois du traitement ne sont pas toujours efficaces, car il faut trouver le dosage optimal, mais ce traitement chronique permet d’améliorer la qualité de vie des patient·e·s en empêchant les rechutes. Pour les cas les plus sévères, des antidépresseurs et des anxiolytiques sont également prescrits pour compléter le traitement. Malheureusement, certain·e·s patient·e·s ne ressentent pas les effets des antipsychotiques.
Un suivi psychologique est indispensable pour le schizophrène, qui cible plutôt les symptômes dissociatifs. Il peut y avoir une réhabilitation cognitive, qui permet à la personne de stimuler son cerveau sous forme de jeux de rôle, ou encore d’exercices, et ce de manière ciblée. Cette réhabilitation vise surtout les troubles de l’attention et les troubles de mémoire. On a ensuite la thérapie cognitivo-comportementale, qui permet d’apprendre au patient à gérer ses symptômes dans la vie de tous les jours, mais aussi à gérer son stress, à améliorer sa qualité de vie et à se sociabiliser. Enfin, les séances d’éducation thérapeutique visent à aider læ schizophrène à apprendre à vivre avec sa maladie, en l’aidant à mieux la comprendre et à mieux connaître ses symptômes, dans le but de lui donner les clés pour accepter plus facilement.
Le but de l’approche psychothérapeutique est avant tout de donner au patient des moyens de gérer sa maladie sans avoir recours à des médicaments.
La schizophrénie et la littérature
La schizophrénie est une maladie très répandue dans le monde, mais sa confusion avec le dédoublement de personnalité pose parfois problème dans la littérature, puisque l’on a souvent l’image stéréotypée de la personne folle et dangereuse qui entend des voix (Dawn : on peut notamment penser au célèbre personnage de Harley Quinn de l’univers DC Comics, bien qu’elle souffre en réalité d’un trouble de la personnalité dépendante). On retrouve cependant de nombreux ouvrages – surtout des autobiographies – qui racontent le quotidien de ces personnes : dans son autobiographie Demain j’étais folle : Un voyage en schizophrénie, Arnhild Lauveng raconte comment elle a vécu sa maladie avec sa voix, Capitaine, qui la poussait à se faire du mal, et comment elle a réussi à en guérir. Dans le roman Contrecoups de Nathan Filer, l’auteur y raconte le quotidien d’un jeune homme hanté par la voix de son grand frère, en y détaillant les séances de thérapie et l’internement en hôpital psychiatrique. Ces œuvres nous permettent d’avoir une vue différente sur ce qu’est réellement la schizophrénie, mais surtout de voir le quotidien de ces personnes qui souffrent énormément de cette maladie incomprise, qui rend leur vie sociale compliquée. Traiter de la schizophrénie n’est donc pas simple en littérature, tant l’étendue des symptômes est conséquente et les suivis psychologiques sont importants. Cependant, le faire peut faciliter l’ouverture d’esprit des lecteurices en brisant les stéréotypes, car au fond, les schizophrènes sont des personnes comme vous et moi.

Les sources
✺ « Schizophrénie – Intervenir au plus tôt pour limiter la sévérité des troubles« , le 11 juillet 2017 [En ligne] Schizophrénie ⋅ Inserm, La science pour la santé [Consulté le 20 juillet 2020]
✺ Aurélie Franc, « La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité« , le 17 mars 2018 [En ligne] La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité (lefigaro.fr) [Consulté le 20 juillet 2020]
✺ Florent, « Réhabilitation cognitive ou stimulation cognitive ?« , le 20 mars 2008 [En ligne] Réhabilitation cognitive ou stimulation cognitive ? – Rééducation – Le forum de l’OFPN (neuropsychologie.fr) [Consulté le 20 juillet 2020]
✺ « Qu’est-ce que la schizophrénie ? » [En ligne] Schizophrénie (schizophrenie.qc.ca) [Consulté le 20 juillet 2020]
✺ Isabelle V., « Schizophrénie et violence, quel risque ?« , le 07 mars 2017 [En ligne] Schizophrénie et violence, quel risque? – Ma schizophrénie (ma-schizophrenie.com) [Consulté le 20 juillet 2020]
Les témoignages
✺ Konbini, « C’est quoi être schizophrène ? Elle explique sa maladie, loin des clichés sur la double personnalité« , le 02 juin 2020 [En ligne] C’est quoi être schizophrène ? Elle explique sa maladie, loin des clichés sur la double personnalité – YouTube [Consulté 20 juillet 2020]
✺ Véronique R., « Témoignage de Charlotte Bouvier : Guérison de sa schizophrénie« , le 12 juin 2016 [En ligne] Témoignage de Charlotte Bouvier : guérison de sa schizophrénie – Les schizophrenies (les-schizophrenies.fr) [Consulté le 20 juillet 2020]
✺ « Témoignage de Gilles Laurent » [En ligne] Témoignage de Gilles Laurent | Les témoignages | Portail français Schizophrénie (collectif-schizophrenies.com) [Consulté le 20 juillet 2020]


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