LA THANATOPHOBIE

Article rédigé par Edda Charon

Qui ne s’est jamais posé la question de comment iel allait mourir ? Vous sentez-vous mal à l’aise lorsque vous apprenez un décès, lorsque vous vous approchez d’un cimetière ? La notion même de la mort en général vous effraie ? Peut-être alors souffrez-vous de thanatophobie.

QU’EST-CE QUE C’EST ET EN QUOI ÇA CONSISTE ?

Selon le CNTRL, la thanatophobie est « la peur pathologique de la mort ». Ce terme viendrait du grec ancien « thanatos » (mort) et « phobia » (peur) ; la peur ou, plus exactement, la phobie de la mort. Il s’agit donc d’une « peur irraisonnée et irrationnelle de la mort, que cela concerne ses proches ou soi-même » explique la psychologue clinicienne Aline Nativel id Hammou. En soi, craindre la mort n’est pas une mauvaise chose, car elle permet à l’individu de ne pas prendre de risques inconsidérés. Cependant, si cette peur prend trop de place dans la vie de la personne, cela devient intense, durable et donc handicapant dans la vie de tous les jours, proche de la névrose.

Cette phobie de la mort peut avoir comme particularité de provoquer des crises d’anxiété incontrôlables lorsque la personne se trouve face à un objet/contexte lié à la mort. De ce fait, la thanatophobie perturbe grandement la vie de la personne, que ce soit aux niveaux social, professionnel, amoureux, familial, psychique et physique. La clinicienne prend en exemple l’impossibilité de prendre un transport en commun ou encore celle d’avoir des couteaux chez soi. Ainsi, la thanatophobie empêche l’individu de faire tout ce qui pourrait provoquer ou accélérer sa mort. Un·e thanatophobe ne se sentira bien et en sécurité que dans sa propre maison.

Mais la thanatophobie, ce n’est pas que cela. « C’est aussi la peur de ne plus exister, de ne pas réussir à se projeter positivement, des souffrances qui peuvent précéder la mort, d’être envahi(e) de regrets ou de remords, de ne plus être en lien avec ses proches, d’être confronté(e) à l’inconnu (le monde d’après, l’au-delà, le néant…), d’être oublié(e), de ne pas avoir réussi sa vie, d’être seul(e), de perdre son autonomie, de devenir « rien », de ne plus pouvoir maîtriser sa vie… », précise la psychologue.

QUI PEUT ÊTRE SUJET À CETTE PHOBIE ?

En soi, la thanatophobie peut atteindre toute personne qui est en âge de comprendre ou qui a compris le caractère inévitable de la mort. Soit, à partir de 7-8 ans. Cependant, certaines personnes peuvent être plus sensibles à cette phobie telles que :

  • les personnes ayant une pathologie chronique avec un risque de mourir certain ou non (exemple : cancer, pathologie cardiaque…) ;
  • les personnes qui ont vécu un événement traumatisant lié à la mort (exemple : accident, décès d’un·e proche, incendie, attentat…) ;
  • les personnes qui ont été conditionnées par une personne elle-même thanatophobe ;
  • les personnes très anxieuses ;
  • les personnes ayant des troubles psychiques ou psychiatriques ;
  • les personnes en dépression ;
  • les personnes ayant un proche en soin palliatif ;
  • les personnes qui sont toujours dans l’anticipation ;
  • les adolescent(e)s ;
  • les personnes qui exercent une profession qui les expose à des images/contextes de mort (exemple : médical, funéraire, judiciaire, etc.) ;
  • les personnes âgées.

LES SYMPTÔMES

En règle générale, les symptômes de cette phobie s’expriment par des gestes de défense qui peuvent être très variables selon les individus phobiques, leur personnalité ou le contexte. Ainsi, cela peut se manifester par :

  • des TOCs ;
  • une très grande exigence envers soi-même et autrui ;
  • une hypocondrie (Edda : il s’agit d’une anxiété excessive liée à la santé) ;
  • d’autres phobies ;
  • des pensées négatives qui peuvent mener à la dépression ;
  • des troubles du sommeil ;
  • l’impossibilité de se rendre dans un hôpital, un cimetière… ;
  • des troubles du comportement avec des conduites agressives et à risques envers soi-même ou autrui ;
  • des troubles alimentaires ;
  • l’hyperventilation ;
  • la nausée ;
  • un trouble anxieux généralisé.

UN SUJET TABOU

Personne ne parle de la mort. Ou alors, lorsque cela arrive, ce n’est pas vraiment en bien, c’est avec une mine attristée. Bref, l’occident n’a pas vraiment une bonne image de la mort et l’a même rendue taboue. Pourtant, il s’agit de quelque chose de naturel, qui nous entoure et qu’on ne pourra jamais éviter. Mais on refusera d’en parler – sauf avec pessimisme –, allant parfois jusqu’au déni. De ce fait, on ne parvient pas à l’accepter.

Pourtant, au 19e siècle, certains pays occidentaux avaient pour tradition de réaliser une photographie du défunt avant de l’enterrer. Dans une autre période, c’était des membres de la famille qui lavaient le corps du défunt, l’habillaient, etc. Mais d’année en année, on remarque que la médecine effectue de plus en plus de recherches afin de faire reculer la mort (Erica : comme dans le roman Frankenstein de Mary Shelley). Certain·e·s chercheureuses tenteraient même de rendre l’humain immortel en enlevant la mort de notre corps (Edda : via la chirurgie esthétique, la création d’organes synthétiques…).

Alors, forcément, lorsqu’on tente d’en parler à un membre de la famille, cela rend juste mal à l’aise et donne seulement envie de changer très vite de sujet et de le dissimuler sous le tapis.

COMMENT COMBATTRE CETTE PHOBIE ?

Il existe de nombreuses thérapies qui ont pour but de vaincre cette phobie ou, au moins, de la contrôler. Ainsi, il est possible d’effectuer un travail thérapeutique avec un psychologue ou une thérapie “corporelle” comme la sophrologie, l’acupuncture, etc. Certain·e·s recommanderont les thérapies-cognitivo-comportementales (TCC). Il existe également des thérapies analytiques, qui ont pour but d’exprimer cette peur, ou encore l’hypnothérapie, qui peut permettre de découvrir l’origine de cette peur. Irvin Yalom, un psychiatre et psychothérapeute, a créé la thérapie existentielle, qui propose un exercice pratique consistant à imaginer son propre enterrement et à le décrire le plus précisément possible.

La réalisation d’un génogramme (arbre généalogique qui contient des informations sur les membres de sa famille : nom, âge, dates de naissance, de décès, de divorce, indications sur les maladies, les métiers…) peut aider à comprendre certains événements marquants dans la famille et, peut-être, de s’en libérer ou de s’en servir de base pour une psychothérapie. L’écriture thérapeuthique peut enfin être un moyen d’exprimer ses angoisses, de prendre du recul sur ce qui effraie et de décrire ce qu’on ressent.

La personne peut également « opérer un changement actif dans sa vie », comme effectuer un voyage, changer de métier, renouer avec un proche perdu, rejoindre une association et se rendre utile. Pour certaines personnes, se tourner vers une religion ou une spiritualité peut aider à se libérer de ses angoisses, à mieux aimer la vie et sa fin.

Bien évidemment, en parler à ses proches peut être une excellente démarche pour mettre des mots sur cette phobie et tout ce qu’elle engendre. Et, pourquoi pas, établir des démarches administratives (Edda : un testament, une demande de crémation ou d’assurance décès ou encore des démarches liées au don d’organes, etc.).

LA THANATOPHOBIE ET LA LITTÉRATURE

Oser vivre, oser mourir : guérir de la thanatophobie du Docteur Gérard Apfeldorfer raconte son travail avec ses patient·e·s à travers un travail thérapeutique pour accepter la mort. Ce livre est accompagné d’un manuel d’autothérapie, ainsi que des fichiers audio thérapeutiques. Le roman du psychiatre et psychanalyste d’Yrvin D. Yalon, Apprendre à mourir, la méthode Schopenhauer est certes rare – et donc difficile à trouver – mais est un incontournable sur ce sujet. Suite à un événement tragique, la psychanalyste Luce Janin-Devillars a rédigé Ces morts qui vivent en nous, qui a pour but d’aider à apprivoiser l’idée de la mort. Il existe aussi des livres pédagogiques pour enfants qui expliquent avec justesse le sujet de la mort afin d’éviter cette peur. Ainsi, on peut trouver des livres tels que Au revoir Blaireau de Susan Varley ainsi que Tu vivras dans nos coeurs pour toujours de Britta Teckentrup et Rose-Marie Vassalo.

Et dans nos romans, avons-nous un personnage thanatophobe ? Un personnage qui a cette phobie viscérale ? Non. Pourtant, la mort fait partie intégrante d’une très grande partie des romans. Les personnages perdent leurs proches ou tentent de les sauver. Il y a celleux qui essayent d’échapper à leur funeste destin ou qui veulent, au moins, laisser une trace dans l’Histoire. Il y a celleux qui ne croient pas à ce qu’il pourrait y avoir après la mort et ceux qui y croient. Que cela soit un deuil, sauver des gens, les voir mourir ou encore lutter contre la mortalité, la mort fait partie intégrante de chaque histoire. Et pourtant, il y a à peine cette notion de crainte de mourir ou alors, elle dure seulement deux-trois lignes. Mais que pourrait apporter un personnage thanatophobe dans l’histoire ? Un personnage riche en couleur qui refuserait de prendre part à une guerre qui ne le concerne pas ; qui refuserait de prendre le moindre risque potentiellement mortel. On serait face à un personnage qui serait dans un combat constant contre quelque chose d’immuable.

« Parce qu’au final, la mort, c’est ni bien ni mal ni triste ni heureux. C’est juste une des seules normes qui relient vraiment tous les humains. » – Et tout le monde s’en fout.

LES SOURCES

✺ “Thanatophobie” [En ligne] THANATOPHOBIE : Définition de THANATOPHOBIE (cnrtl.fr) [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ Anaïs Thiébaux, “Peur de la mort : nom, causes, solutions pour la vaincre”, le 10 décembre 2020 [En ligne] Peur de la mort : nom, causes, solutions pour la vaincre (journaldesfemmes.fr) [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ Laura, “Thanatophobie : comment se libérer de la peur de la mort ?” [En ligne] Thanatophobie : comment se libérer de la peur de la mort ? (vivre-pleinement.fr) [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ “Et tout le monde s’en fout #33 – La mort”, le 01 novembre 2018 [En ligne] Et tout le monde s’en fout #33 – La mort – – YouTube [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ Alexane Roupioz, “Thanatophobie”, janvier 2019 [En ligne] Thanatophobie : tout savoir sur la peur de la mort (passeportsante.net) [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ Loris Vitry, Cathy Maillot, “Thanatophobie : comment vaincre la peur de la mort ?” [En ligne] Thanatophobie : comment vaincre la peur de la mort ? (gerersonstress.fr) [Consulté le 05 décembre 2021]
✺ Marie-Bé Sabourin, “Angoisse de mort (thanatophobie) : pourquoi a-t-on peur ?”, le 02 septembre 2021 [En ligne] Angoisse de mort (Thanatophobie) : pourquoi a-t-on peur de mourir ? (qare.fr) [Consulté le 05 décembre 2021]

Une réponse à « LA THANATOPHOBIE »

  1. […] ainsi que de la phobie de la mort, la thanatophobie (Edda : qui a déjà été abordée dans un article). Perdre du sang, c’est donc risquer de perdre de la vie et dégrader donc la vitalité du corps. […]

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