L’ANOSMIE

Article rédigé par Dawn

Nous avons tou.te.s déjà entendu parler de la perte d’odorat, l’un des symptômes majeurs de la Covid-19. Mais savez-vous que ce « symptôme » représente en réalité une pathologie à part entière ? Eh oui, ce trouble olfactif s’appelle l’anosmie, et constitue notre article du jour.

L’ANOSMIE, UN TROUBLE OLFACTIF LOURD DE CONSÉQUENCES

L’anosmie est bien plus courante qu’on ne le pense, touchant 10 à 12 % de la population mondiale, et peut être totale ou partielle (Dawn : pour parler de l’anosmie partielle, on peut également retrouver le terme d’hyposmie, que je vais certainement employer plusieurs fois dans cet article.). L’anosmie totale est peu courante, on estime à 2 % la proportion de personnes concernées. En revanche, l’hyposmie est plus répandue, et présente à divers degrés : une personne peut avoir une perte d’odorat très légère et ne pas pouvoir distinguer les nuances entre deux parfums par exemple, tandis qu’une autre ne peut sentir que les odeurs très fortes et marquées. Il existe pour ainsi dire autant d’hyposmies qu’il y a de patient·e·s touché·e·s. C’est également une pathologie que l’on voit souvent apparaître avec l’âge, liée au vieillissement et à la dégradation progressive des cellules olfactives, responsables de la reconnaissance des odeurs.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’anosmie peut avoir plusieurs conséquences plus ou moins importantes. La plus évidente est la perte totale ou partielle du goût : en effet, le goût et l’odorat sont deux sens très étroitement liés, puisque la détermination du goût passe indirectement par l’odeur des aliments via un mécanisme assez complexe dont je vous épargne les explications. Une personne anosmique doit donc uniquement se fier à ses papilles gustatives pour ressentir les notions de salé, sucré, acide et amer, mais selon son degré d’hyposmie ces nuances seront plus ou moins marquées. Pour les degrés les plus élevés, la nourriture est perçue comme étant fade, ce qui peut parfois entraîner une anorexie mentale, car le/la patient·e n’éprouve aucun plaisir à manger. Dans les cas les plus extrêmes, l’anosmie s’accompagne d’agueusie (= perte du goût).

La seconde conséquence est l’atteinte de la mémoire. Lorsque notre cerveau construit nos souvenirs, il utilise nos cinq sens, mais un trouble touchant l’un d’entre eux peut rendre plus difficile les processus de mémorisation. On a tous connu un jour le phénomène de se remémorer un souvenir ou un événement précis en sentant une odeur particulière : l’odeur d’un plat qui nous rappelle les repas de famille, le pain d’épices que l’on associe aux fêtes de Noël, et je pourrais vous donner tant d’autres exemples encore. Mais lorsque l’on est anosmique, ces associations odeurs – événements sont impossibles ou alors très difficiles. Les médecins ont d’ailleurs remarqué que les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer souffraient plus fréquemment d’hyposmie que les autres. La perte d’odorat constitue actuellement un facteur de détection pour cette maladie.

Enfin, la dernière conséquence – et pas des moindres – est la mise en danger de soi-même. L’odorat est un sens très utile pour détecter tout danger comme une fuite de gaz, un incendie, ou tout bêtement savoir si de la nourriture est encore consommable ou non. Les personnes hyposmiques n’ont plus cette faculté, et pourront être plus souvent exposées aux risques d’intoxications alimentaires, par exemple.

UNE PERTE D’ODORAT DÉFINITIVE ?

Comme pour toute pathologie, une question se pose : est-elle réversible ? Eh bien la réponse est oui, et non ! En effet, l’anosmie peut avoir plusieurs causes et ce sont ces dernières qui vont permettre de déterminer auprès des patients si iels pourront retrouver l’odorat ou non.

Lorsque vous avez un rhume, une allergie, ou toute autre maladie ou infection touchant les voies nasales, vous devenez temporairement anosmique. Dans ce cas-là, le traitement de la pathologie en elle-même permet de retrouver l’odorat.

Dans d’autres cas, la chirurgie peut être nécessaire. C’est le cas des personnes atteintes de polypose nasale (excroissance de muqueuse), qui arrivent à retrouver leur odorat grâce à une intervention chirurgicale visant à libérer les voies nasales. Il est également possible de retrouver partiellement l’odorat grâce à des médicaments comme des corticoïdes. Les cas de récupération totale de l’odorat sont très rares. Dans les deux cas, une rééducation olfactive est nécessaire afin de réapprendre à reconnaître des odeurs et activer la mémoire. Cela se base sur le même principe que la découverte des sens chez les enfants, c’est-à-dire qu’on apprend à mettre à nouveau un nom sur une odeur en essayant de la mémoriser pour s’en rappeler dès qu’on s’y trouve à nouveau confronté.

Cependant, il y a des causes qui ne permettent pas de retrouver l’odorat même partiellement. C’est le cas de certains traumatismes crâniens, notamment ceux impliquant un déplacement de la paroi nasale, des maladies neurologiques dégénératives comme la sclérose en plaques ou la maladie d’Alzheimer, mais aussi de l’exposition à certains composés chimiques pouvant entraîner une intoxication, le tabagisme faisant partie de cette catégorie. Dans ces cas-là, il s’agit du nerf olfactif qui est touché, pouvant être endommagé, voire sectionné, et cela est malheureusement irréversible. Il est toutefois possible d’empêcher une dégradation de l’odorat en le stimulant régulièrement.

Il existe une dernière cause d’anosmie, et qui mène bien souvent à une anosmie totale : l’absence des bulbes olfactifs. Cette forme d’anosmie, appelée anosmie congénitale, apparaît dès la naissance et est liée à une mutation génétique qui empêche le développement des cellules nerveuses responsables de l’odorat. Mais cette dernière forme est plus rare (5 % des cas existants), et touche en moyenne un homme sur 10 000 et une femme sur 50 000.

En résumé : l’hyposmie liée à une maladie, infection ou obstruction des voies nasales est réversible, alors que les anosmies congénitales et causées par une atteinte des nerfs ne peuvent être soignées.

L’ANOSMIE ET LA LITTÉRATURE

Contrairement à la surdité ou la cécité, qui sont très présentes dans la littérature, il semblerait que l’anosmie soit laissée pour compte dans ce domaine. Au cours de mes recherches, je n’ai trouvé qu’un seul livre traitant du sujet : Sous vide ; journal d’une anosmie de Jean-Pierre Guillaud. Dans cet ouvrage, l’auteur partage son quotidien durant quatorze mois sous la forme d’un journal de bord, permettant au lecteur de découvrir le quotidien d’une personne anosmique et son rapport vis-à-vis de la pathologie. 

Je trouve cela dommage que cette pathologie ne soit pas plus présente dans les romans. Lorsque nous décrivons un lieu, nous utilisons nos cinq sens pour aider le lecteur à s’imaginer ce lieu, en particulier à l’aide des bruits entendus, des odeurs senties et des descriptions de ce que l’on voit. Mais si on pense parfois aux personnes privées de la vue ou de l’ouïe dans les romans, négligeant les bruits pour la surdité ou au contraire les accentuant et remplaçant la vue par le toucher pour la cécité, on oublie que certaines personnes n’ont plus leur odorat et doivent se focaliser sur leurs autres sens pour se repérer.

LES SOURCES

✺ Marvin P. Fried, « Le Manuel MSD – Anosmie », avril 2020 [En ligne] Le Manuel MSD – Anosmie (msdmanuals.com) [Consulté le 05 mai 2021]
✺ Céline Deluzarche, « Définition | Anosmie – Syndrôme de Kallmann » [En ligne] Définition | Anosmie – Syndrôme de Kallman (futura-sciences.com) [Consulté le 05 mai 2021]
_✺ « Association Anosmie » [En ligne] Association anosmie (anosmie.org) [Consulté le 05 mai 2021]

LES TÉMOIGNAGES
✺ « 10 questions à Wendie.A – anosmique en raison d’un traitement médicamenteux », le 27 septembre 2020 [En ligne] 10 questions à Wendie A. – anosmique en raison d’un traitement médicamentaux (anosmie.org) [Consulté le 05 mai 2021]
✺ « 10 questions à Isabelle.L – anosmique traumatique », le 22 août 2019 [En ligne]10 question à Isabelle L. – anosmique traumatique (anosmie.org) [Consulté le 05 mai 2021]

Témoignage sur l’Anosmie

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