LES RELATION TOXIQUES

Article rédigé par Poppy

Les relations toxiques, qu’est-ce que c’est ? Nous avons tous été confrontés à une personne toxique au moins une fois dans notre vie, parfois plus, peut-être sans le savoir ou le reconnaître. Peut-être avons-nous été nous-mêmes toxiques pour quelqu’un d’autre sans le vouloir, ou avons-nous été perçu·e·s comme toxiques. Qu’est-ce qui définit un être, un acte ou dans notre cas, une relation, comme toxique ?

QU’EST-CE QU’UNE RELATION TOXIQUE ?

Toxique est tiré du latin toxicum, ou “poison”. Le latin emprunte lui-même ce mot du grec ancien τοξικόν (toxikόn). Ce terme était utilisé pour désigner le poison dont on imprégnait les flèches au moment de la chasse. Une relation toxique est donc, par étymologie, une relation qui vous empoisonne de l’intérieur. Psychologiquement parlant, une relation toxique est une relation (souvent amoureuse, mais peut aussi être de nature amicale, familiale ou encore professionnelle) dans laquelle une des deux personnes (ou les deux) ressent un mal être intense provoqué par le comportement émotionnellement abusif de l’autre personne. Dans certains cas, il arrive que le mal-être provienne de la relation en elle-même. Par exemple, si X est très attaché·e à son indépendance, mais que saon partenaire Y a grandi avec des parents fusionnels et montre le même attachement dans sa relation avec X, il est possible que les deux personnes se sentent coincées dans une relation toxique sans pour autant qu’aucun des deux ne soit considéré comme une personne toxique (Poppy : vous m’suivez ?).

Toutefois, il est courant de parler de relation toxique pour désigner une relation où l’une des personnes (ou les deux) sont des personnes présentant des traits toxiques, comme la manipulation ou le narcissisme. De manière générale, on parlera d’agresseur·euse et de victime ; mais lorsqu’il s’agit d’un cas réel, la victime préfère parfois le terme “survivant·e”, à connotation moins péjorative. N.B. : ici, nous conserverons le terme “victime”, car ne s’agissant pas d’un cas particulier, mais d’une explication générale.

LES SIGNES D’UNE RELATION TOXIQUE

Comme pour tout phénomène psychologique et non physique ou biologique (bien que les répercussions puissent être physiques), il est difficile d’établir un diagnostic clair et net, et c’est souvent dans ce flou que l’agresseur·euse opère le mieux. Que ce soit dans le cadre d’une relation amoureuse, en amitié, au travail ou autre, l’agresseur·euse travaille dans cette zone de flou et joue sur ses limites pour perturber la victime. Un processus commun retrouvé dans la majorité des relations toxiques consiste à déconnecter peu à peu la victime de son sens de la réalité afin de lui faire douter de ses propres sentiments. C’est ce que l’on appelle du détournement cognitif, plus connu sous le nom populaire de gaslighting.

Le terme gaslighting vient du film Gaslight (ou Hantise en VF), sorti en 1944, qui suit la perte de sanité progressive de la protagoniste Paula, en fait causée par la manipulation de son mari Gregory. Depuis, le terme a été repris et utilisé dans le domaine clinique. En effet, le gaslighting est une technique de manipulation qui consiste à “faire douter une personne d’elle-même en ayant recours au mensonge, au déni, à l’omission sélective ou à la déformation de faits, et ce, afin de tirer profit de l’anxiété et de la confusion ainsi générées” (définition par l’Office québécois de la langue française, 2017). En d’autres termes, l’agresseur·euse dévalorise la perception des faits de sa victime de telle manière que celle-ci se met elle-même à douter de sa propre expérience. C’est un processus très lent et discret, dont on ne se rend que très rarement compte, souvent à un stade avancé de gaslighting ou post-séparation. Le gaslighting peut se manifester sous diverses formes de manipulation, sous divers contextes privés ou professionnels. L’agresseur·euse commence par des mensonges simples et sans importance, comme mentionner une préférence pour un certain type de cuisine puis quelques semaines plus tard nier et dire “Tu as dû mal entendre, j’ai dit que je préférais X”. Au fur et à mesure que la relation progresse, le gaslighting se fait de plus en plus prononcé, sur des sujets de plus en plus importants.

Il est souvent accompagné d’une culpabilité (par exemple : l’agresseur·euse acceptera de rencontrer les amis de saon partenaire puis niera plus tard : “non, j’ai dit que je préférais attendre avant de rencontrer tes ami·e·s, mais maintenant que tu leur as dit tant pis, c’est trop tard”) et de renforcement positif parfaitement planifié dans le but de confondre la victime en renforçant son attachement émotionnel à l’agresseur·euse. Une technique typique dans le gaslighting consiste à lancer des piques touchant à des points sensibles chez la victime suivie d’une dévalorisation des sentiments en détournant le tout en blague : “Oh, ça va, c’est pour rire. Tu n’as vraiment aucun humour”.

Voici quelques exemples (traduction sous l’illustration) de “drapeaux rouges” à surveiller :

  • La victime se surprend à s’excuser sans vraiment savoir ce qu’elle a fait de mal.
  • Une mauvaise répartition du pouvoir.
  • L’agresseur·euse montre de l’affection… avant de brutalement couper court à toute démonstration affective.
  • L’agresseur·euse attribue des motifs aux actions de la victime qui sont contraires à ses intentions (par exemple : se dire blessé par une action qui se voulait bienveillante).
  • Rejet total de la victime lorsque celle-ci essaie d’expliquer son ressenti (“Tu es trop sensible”, “Tu exagères”).
  • La plupart des interactions résultent en la victime qui se sent honteuse ou inférieure.
  • L’agresseur·euse insiste sur le fait que telle chose ne s’est pas passée comme ça.
  • La victime questionne ses croyances et ses opinions. Si son point de vue n’est pas le même que celui de l’agresseur·euse, il doit être mauvais.
  • La victime réfléchit à chaque mot qu’elle prononce, modifie toute pensée que l’agresseur pourrait mal interpréter.

Il existe d’autres “symptômes” communs chez toutes les victimes parmi lesquels :

  • Une concentration sur les défauts. La victime ne voit plus que ses défauts, soulignés par l’agresseur·euse, et se concentre là-dessus au point d’oublier ses qualités.
  • Une confiance en soi non existante. Allant de pair avec le premier point ; à force de se concentrer sur ses défauts, la victime perd toute confiance en soi, ce qui la pousse à accepter l’abus de saon agresseur·euse.
  • Doute de soi et de sa perception de la réalité. La victime a si peu confiance en sa perception de la réalité qu’elle se mettra à douter de tout, y compris des choses simples comme avoir rangé le lait dans le frigo ou avoir tiré la chasse.
  • Confusion des rêves avec la réalité. Dans certains cas, la victime est si déconnectée qu’elle n’arrive plus à discerner la réalité de ses rêves, et il arrive qu’elle ne sache pas dire si son souvenir est réel ou fictif.
  • Mensonge à soi-même et aux proches. La victime se surprend à cacher certains détails à ses proches pour diminuer la gravité des faits et en faire une histoire en faveur de l’agresseur·euse.

LES RELATIONS TOXIQUES ET LA LITTÉRATURE

Outre le fameux thriller psychologique Gaslight dont le nom a inspiré le phénomène de manipulation, il existe de nombreuses œuvres de fiction présentant des relations toxiques. Aucune, toutefois, n’aborde le sujet de façon consciente. Des comportements abusifs et toxiques se retrouvent dans les grands noms de la littérature, comme chez Shakespeare dans Roméo et Juliette, les sœurs Brontë dans Les Hauts de Hurlevent & Jane Eyre, Nathaniel Hawthorne dans La Lettre Écarlate ou encore Vladimir Nabokov dans Lolita. Les protagonistes de ces romans présentent tous des relations dysfonctionnelles et toxiques, sans toutefois que cela soit adressé, ce qui est décevant, mais compréhensible vu l’époque.

Parmi les plus récentes, la fameuse saga After, lancée sur Wattpad sous forme de fanfiction par Anna Todd. Malgré son succès, After a été largement critiquée pour sa façon de romantiser les relations toxiques : son protagoniste, Hardin Scott, présente un comportement extrêmement toxique et abusif à travers la saga. Le message général tiré de l’histoire est qu’il faut se battre pour faire vivre sa relation et, qu’éventuellement, les gens changent. Bien que beau et porteur d’espoir, un tel message est dangereux en réalité, car il pourrait inciter de nombreuses victimes à s’accrocher à leurs relations destructrices.

LES SOURCES

✺ « What Gaslighting Looks Like: 22 Examples To Be Watchful Of : A conscious rethink » [En ligne] 22 Real-World Examples Of Gaslighting In Action (aconsciousrethink.com) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ « Le gaslighting : le reconnaître et s’en protéger« , le 22 février 2017 [En ligne] 10 techniques typiques de gaslighting pour s’en protéger (psychologue.net) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ « Toxique” : étymologie et origine » [En ligne] TOXIQUE : Étymologie de TOXIQUE (cnrtl.fr) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ Clarrie, « The most toxic relationships in literature » [En ligne] The Most Toxic Relationships in Literature (books.allwomenstalk.com) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ Catherine Kovach, « 9 Seriously Dysfunctional Literary Couples« , le 1 avril 2016 [En ligne] 9 Dysfunctional Literary Couples With Seriously Toxic Relationships (bustle.com) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ « Romanticizing abuse » [En ligne] After Romanticizes Abuse Romanticize (debunkingafter.tumblr.com) [Consulté le 05 octobre 2020]

LES TÉMOIGNAGES

✺ M. Haegel, « Relation toxique : ses conséquences sur ma vie, trois ans après », février 2020 [En ligne] Relation toxique : ses conséquences sur ma vie, trois ans après (madmoizelle.com) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ L. Cairo, « Voici ce que ma relation toxique m’a appris« , le 12 avril 2019 [En ligne] Voici ce que ma relation toxique m’a appris (huffingtonpost.fr) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ Gilles Chenaille, « Féministe et libre, elle tombe dans une relation toxique« , mai 2018 [En ligne] Féministe et libre, elle tombe dans une relation toxique (marieclaire.fr) [Consulté le 05 octobre 2020]
✺ Nicole Burette, « 3 témoignages de relations toxiques« , le 05 juillet 2016 [En ligne] 3 témoignages de relation toxique (femmesdaujourd’hui.be) [Consulté le 05 octobre 2020]

Laisser un commentaire