TÉMOIGNAGES SUR LE TABAC

Témoignage 01 : Damtah

Dans le but d’approfondir le sujet du tabac, je me suis tournée vers mon conjoint fumeur qui a généreusement accepté de témoigner pour vous (ou remerciez-moi pour l’avoir convaincu).

E : Déjà, merci beaucoup pour ton aide et tes réponses. À quel âge as-tu commencé à fumer et pour quelle raison ? Dans quelles circonstances ?
D : J’ai commencé à la fin de ma dernière année scolaire, à vingt ans. Les raisons sont assez obscures (et flou). Mon ex de l’époque, que je côtoyais beaucoup fumait déjà la cigarette depuis longtemps, ce qui a fait que j’ai commencé à tirer sur ses propres clopes. Je me souviens qu’elle m’a apprit à rouler et la récompense étant d’essayer ce que tu as réalisé, j’ai donc goûté ce que j’ai roulé.

E : Quelle sensation as-tu ressenti lors de ta première clope et pourquoi as-tu continué de fumer ?
D : J’ai commencé par des cigarillos vanille par jour (une moitié le matin, l’autre moitié l’après-midi). Ça m’a beaucoup aidé à apprécier le fait de fumer. Le fait qu’il y ait un goût, un arôme. Je voulais fumer quoi qu’il arrive (étant asthmatique, mes poumons ont trinqué), bien que je ne fumais pas de base énormément, cela m’a tout de même aidé à m’habituer. Pour ce qui est de la “sensation” en elle-même, je ne saurais plus le dire.

E : Fumer est assez mal vu dernièrement. As-tu déjà eu droit à des remarques, des regards déplaisants ? Si oui, comment gères-tu cela ?
D : J’ai déjà eu droit à des remarques de la part de gens d’Église, mais aussi de la part de ma grand-mère maternelle. À part cela, pas souvenir ou alors, cela ne m’a pas marqué pour autant.
J’écoute, mais je ne me laisse pas faire pour autant. J’ai souvent entendu “tu te rends compte, le cancer…” mais je connais tellement de personne qui sont morte d’un cancer sans avoir fumé et/ou bu de leur vie, donc bon… Et à partir du moment où cela n’inclut que moi et où je ne peux que déranger un minimum les gens autour de moi, les remarques ne m’atteignent pas. Dans le cas où, effectivement, la fumée dérange autrui et qu’on me le dit ; là, oui, je vais écouter et faire en sorte de ne pas déranger plus que ça. Sinon, j’ai clairement autre chose à faire que de les écouter et de leur parler, surtout si c’est pour cracher ce genre de remarque. Cependant, si la conversation se déroule lors d’une soirée, je suis totalement ouvert au débat. Mais, je me répète, si je ne les dérange pas avec la fumée de ma cigarette, les avis désobligeants, je n’en ai rien à carrer. Parce que je pars du principe que, si tu commences à fumer, c’est que tu en connais les conséquences. Donc t’as pas besoin de l’avis des autres.

E : À quel moment de la journée ressens-tu le plus le besoin de “t’en griller une” ? Pour quelle raison ?
D : Quand je m’ennuie. Quand je marche aussi. Si j’ai un trajet long et que je sais que j’ai du temps pour m’en griller une, je vais m’en griller une. Ou quand je dois attendre, quelque part, dehors. C’est ni plus, ni moins comme une occupation (pas la meilleure du monde, certes, mais ça m’occupe). C’est devenu un réflexe et je suis un gros fumeur, malheureusement. Je peux fumer clope sur clope sans m’arrêter. De ce que je sais, plus je retarde ma première clope de la journée, plus je ressens l’effet que la cigarette peut avoir sur le corps humain et c’est violent. Sinon, le nombre de clope peut être variable de beaucoup deux choses : si je travaille en intérieur ou en extérieur et si je suis très occupée ou si j’ai beaucoup de temps libre.
Sinon, j’essaie de me cantonner à mon paquet de tabac à rouler par semaine (40g). Pour faire la comparaison, un paquet de tabac à 30g pouvait me deux/trois mois. Petit à petit, c’est passé à un mois, puis à une semaine. Quand je me suis rendue compte que j’avais atteint ce rythme, je me suis obligé à ne jamais descendre en-dessous de la semaine. Et pour cela, je suis obligée de prendre un paquet de 40g, sinon, je ne tiendrais pas la semaine.

E : Au contraire, y’a-t-il des moments où fumer ne te tente pas/te dégoûte et pourquoi ?
D : Quand je suis à table. Je n’en grille une qu’après le repas et surtout quand tout le monde à terminer de se restaurer. Je trouve ça dégueulasse et je peux facilement comprendre que ça peut être très désagréable pour celleux mangeant avec moi. Dans les lieux publics, logique. Parvenant, par moment, à fumer à m’en dégoûter, il peut m’arriver que je m’arrête durant plusieurs heures. Quand je suis malade également. Pour deux raisons : le goût n’est pas le peine, c’est pire. Et je vais être malade deux fois plus longtemps. C’est d’ailleurs de cette manière que je sais quand je suis malade. À cause de la différence de goût, je peux savoir que je suis malade avant même d’en sentir les symptômes (fièvre, mal de tête/gorge…).

E : Dans le cas où tu envisages de cesser de fumer, quel moyen penses-tu utiliser ?
D : Des chaînes. lol. Plus sérieusement, des sucettes pour remplacer la clope. Le fait d’avoir quelque chose dans la bouche aide pas mal. Certes, il y aura la prise de poids, mais je m’en fou. Le seul problème étant de ne pas remplacer une addiction par une, je sais que, question sucrerie, je suis safe. Parce que je sais que, si je parviens à m’échapper de la cigarette grâce à la sucette, je sais que ce sera plus simple de m’échapper des sucreries (n’étant pas fan de ces choses-là, à la base. De plus, (je ne sais pas si c’est encore d’actualité), mais si me mets au patch et que je l’oublie et m’en grille une, il y a un risque de vomir et c’est pas quelque chose que j’ai envie de faire en pleine rue, sur mon lieu de travail, etc.

Témoignage 02 : Roberta

Remercions également chaleureusement Roberta pour avoir proposé de participer à ce témoignage.

E : À quel âge as-tu commencé à fumer et pour quelle raison ? Dans quelles circonstances ?
R : En vrai, je ne me souviens pas vraiment. J’ai fumé plusieurs fois par le passé, mais je n’ai jamais été une fumeuse avant d’entrer à la fac. Une fois, j’étais dans dans un genre de centre de vacances et j’ai commencé à fumer pour faire ma pause avec les autres personnes. Mais j’avalais pas vraiment la fumée, du coup, aucune addiction, et quand je suis rentrée, j’ai juste arrêté. C’est venu petit à petit, et plus tard, et je ne sais pas quand j’ai réellement commencé. Je traversais une période difficile et je me disais qu’il devait y avoir une raison pour que les gens fument quand ils sont stressés. Alors j’en ai fumé quelques-unes de temps en temps, cette fois-ci en fumant vraiment, pour moi-même, seule. Mais j’étais pas accro. Pour une fois, la phrase “j’arrête quand je veux” était vraie.
Et j’ai fini en hôpital psychiatrique quelques mois plus tard parce que j’allais vraiment pas bien. Pour être honnête, là-bas, y’avait pas grand chose à foutre à part les petits chevaux et du coloriage. Avec une séance de psy par mois, on a beaaaaaucoup de temps pour se faire chier. Et tous les fumeurs se réunissaient dans la cour pour discuter (et s’éloigner des quelques personnes qui étaient là pour des problèmes mentaux bien plus sérieux – des difficultés qui s’ajoutaient dans un environnement loin d’être sain). Il n’y avait rien à faire, à part s’asseoir et puis voilà. Et la cigarette est devenue une occupation comme une autre. C’est bizarre de voir ça de cette façon, mais c’est réel. S’en griller une, ça occupait au moins trois minutes, et je fumais déjà, même si j’étais pas accro. Et puis, je me suis ennuyée un peu plus au fil des jours. Beaucoup. Beaucoup. Et la cigarette de temps en temps est devenue un rituel, pour la fin du repas, pour quand je savais plus quoi faire de mes dix doigts. Et c’est devenu une habitude. Et c’est devenu une cigarette toutes les heures, parce que j’en pouvais plus de stagner, de rien faire, et porter la cigarette à mes lèvres, c’était au moins une action. J’avais vraiment l’impression de prendre une pause au lieu de juste me faire chier. C’est cette sensation-là qui m’a emprisonnée, même si ce n’est pas comme ça que j’ai commencé. Quand je suis rentrée chez mes parents, j’ai arrêté, parce que je me disais qu’ils désapprouveraient. Mais j’ai fini par craquer, et j’ai repris pour de bon. Et je suis devenue une véritable fumeuse.

E : Quelle sensation as-tu ressenti lors de ta première clope et pourquoi as-tu continué de fumer ?
R : J’ai pris mes premières bouffées lorsque j’étais gosse. Mes parents sont de gros fumeurs. Et, enfant, j’étais curieuse, je voulais savoir pourquoi. La première fois que j’ai pris juste une bouffée, j’ai un peu toussoté, mais je crois que j’ai plutôt crapoté. La deuxième, ça m’a rien fait. J’ai trouvé que ça avait bon goût, et puis voilà. Je devais avoir douze ans. Après ça, me rappeler ma première cigarette, c’est un peu comme essayer de se rappeler sa première bière. On a sûrement dû m’en proposer une et j’ai accepté. Je sais en revanche que quand j’ai pas fumé depuis longtemps, à chaque fois la première cigarette me donne des vertiges, elle me monte à la tête, et je sens mon cœur qui s’accélère, parce que mon corps n’est plus habitué.

E : Fumer est assez mal vu dernièrement. As-tu déjà eu droit à des remarques, des regards déplaisants ? Si oui, comment gères-tu cela ?
R : Pour être honnête, j’y fais tellement peu attention que je n’ai pas beaucoup d’anecdotes à raconter. Une fois, j’étais dehors à la terrasse d’un bar un soir, et je fumais en buvant avec une amie. On se marrait bien. Et le couple derrière m’a dit que la fumée les gênait. J’ai tenté de me décaler pour que le vent ne leur envoie pas la fumée dans la tronche. Je peux comprendre. Mais ma mère a eu de mauvaises expériences. Des gens qui la jugent, qui lui balancent des “et ça fume” méprisants, etc.
Moi, j’ai la conscience tranquille. Je n’ai jamais fumé dans un endroit où c’était interdit, je n’ai jamais jeté un seul mégot de cigarette dans la nature et, de manière générale, je reste consciente des gens autour de moi et j’essaie de les déranger le moins possible.

E : À quel moment de la journée ressens-tu le plus le besoin de “t’en griller une” ? Pour quelle raison ?
R : De ce que je me rappelle, les incontournables étaient celles où j’étais franchement conditionnée. Celle du matin. Et celle du soir, quand j’avais mes insomnies. L’habitude difficile à éradiquer. Et il y a celle de l’attente. Si j’avais un rendez-vous, j’étais forcément en avance, je suis comme ça. Et là, il fallait que je m’occupe, encore une fois, et que j’en fume une, ou deux, ou trois.

E : Au contraire, y’a-t-il des moments où fumer ne te tente pas/te dégoûte et pourquoi ?
R : En mangeant. Ou en buvant aussi, un peu. Le café-clope, c’était carrément pas pour moi. Je ne fumais pas à l’intérieur, aussi, et quand ça m’est arrivé une ou deux fois, j’ai remarqué que la cigarette n’avait pas son effet, il fallait que je m’en re-grille une dehors. C’était comme si elle ne comptait pas. Je devais avoir des éléments réunis pour apprécier la cigarette, sinon je ne fumais pas. Il m’est souvent arrivé de ne pas fumer pendant une ou deux journée, ce n’était pas dramatique pour moi, contrairement à certaines personnes qui ne peuvent pas passer quelques heures sans fumer.

E : Dans le cas où tu envisages de cesser de fumer, quel moyen penses-tu utiliser ?
R : C’est déjà fait. Plusieurs fois, déjà, haha. J’avais arrêté pendant plusieurs mois à une époque, puis j’ai de nouveau traversé une période difficile et j’ai recommencé. Mais je suis de nouveaux sur les rails avec environ 300 jours à mon actif (moins deux cigarettes fumées lors d’un décès, mais je ne me flagelle pas tant que ça ne redevient pas une véritable habitude).
Aujourd’hui, chaque cigarette n’a plus le même goût. En ayant arrêté, peut-être ai-je fait de cette habitude un genre de fantaisie, où c’était très agréable. Peut-être que c’était l’addiction qui me le faisait croire. Maintenant, je trouve le goût dans ma bouche désagréable, l’odeur sur mes mains et mes vêtements atrocement piquante, les vertiges sont là à chaque bouffée. J’essaie de me souvenir de ces sensations quand j’ai envie de reprendre, mais après avoir fumé pendant des années, ça reste difficile de résister, parfois.
Quand j’arrête de fumer, c’est du jour au lendemain. J’ai essayé la technique de “je réduis progressivement” mais ça n’a eu aucun effet sur moi. Et je savais déjà à l’époque que ce n’était pas tant la nicotine que l’habitude, le geste, le temps de prendre une pause et de s’en griller une, qui me poussait vers la rechute. Donc, les chewing-gum à la nicotine et autre patch, c’était pas pour moi. Il fallait juste créer une nouvelle habitude, celle où je ne fumais pas. Alors un jour je fume mes dix cigarettes, et le lendemain j’arrête. 
Par contre, j’ai dû endurer tous les effets secondaires possibles et imaginables quand j’ai arrêté. Ça, ça a été très difficile.

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