TÉMOIGNAGES SUR LE TROUBLE DISSOCIATIF DE L’IDENTITÉ

Interview de Kivasha

Je souhaite tout d’abord remercier chaleureusement le système Kivasha, qui a accepté de répondre à quelques questions sur le TDI.

D : Combien d’alters êtes-vous au sein du système ?
K : Pour le moment 13 alters connus, et 2 en questionnement. Et il y en a probablement d’autres inconnus au bataillon.

D : Lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, est-ce que vous cachez votre TDI à cette personne ou est-ce que vous lui en parlez, vous l’informez du fait que vous soyez un système ?
K : Depuis la prise de conscience de notre TDI, oui, on en parle. On ne sait pas mentir, alors il n’y a pas le choix. Ou on crée de l’affect honnête… Ou pas d’affect.

D : En général, comment les gens réagissent lorsqu’iels apprennent que vous avez un TDI ? Sont-iels compréhensifs·ves ?
K : IRL, on ne rencontre personne. IVL, on avance que vers les personnes qui semblent safes et on évite les autres. On prend toujours le temps d’observer et de laisser Miga renifler leur « odeur » [leur énergie], alors normalement, ça se passe bien. Mais en général, on « voyage » pas sur le web comme ça, tant à cause des triggers qu’à cause de l’hypersensibilité de toute façon… Les gens sont pas safes pour nous alors faut prendre des précautions.
Sinon niveau réactions, sur le serveur de Poulpy ça s’est incroyablement bien passé, alors que ce sont pas des paires, mais ce sont des gens en or. En-dehors de ça, on est restés sur des commu’ de paires. Y a eu quand même deux rencontres de gens bien qui se sont fait par un concours de circonstances et là… c’était surtout de la curiosité.

D : Comment communiquez-vous entre vous ? Rencontrez-vous parfois des difficultés dans la communication ?
K : De pleins de façons ! Lorsque c’est mentalement, c’est un mélange émotions/paroles. On communique rarement à voix haute, pour deux raisons « simples » : la psychophobie intériorisée qui nous bloque, et les pensées vont plus vite que les paroles !
Sinon on communique aussi au travers des rêves, et beaucoup à l’écrit en discutant avec autrui. Quelques fois à l’écrit en solo sur un serveur privé… Mais avec le TDA [Trouble du Déficit de l’Attention] c’est dur de rester concentré·e·s sur un sujet pour développer, c’est plus simple en parlant avec autrui et de laisser les doigts cliquer pour que chacun·e qui le souhaiterait puisse y apporter son grain de sel. Sinon en relisant ce que d’autres on dit aussi. L’écrit c’est bien mieux que l’oral pour ça.
Avec les leads principaux, il y a une communication mentale fluide. Avec d’autres, c’est plus compliqué.

D : Est-ce que vous vous coordonnez entre vous pour les décisions à prendre ?
K : Oui, autant que faire ce peu. L’objectif est de tenter d’obtenir un consensus. De base, nous sommes une anarchie en terme structurel et nous considérons le Corps et la Vie comme des biens communs, ce qui implique une double notion : chacun.e est libre d’en user… MAIS, dans un même temps, personne n’a le droit d’en user de sorte que cela nuirait aux autres.
Pour les décisions importantes pour notre survie collective, le débat ne se pose pas. Il faut ce qu’il faut. En revanche, lorsque l’on tombe dans des choses moins vitales… ça peut être des débats très, très longs. Personne n’a le droit d’imposer aux autres et parfois trouver un consensus est… compliqué. Par exemple, passer huit heures à se demander quelle activité on va faire et se décider finalement au moment où la fatigue vient. Lorsqu’il y a un raisonnement logique qui fait qu’une envie doit l’emporter sur une autre, la logique prime. Mais lorsque c’est une question de préférence, ça peut être très galère. A dire vrai, c’est parfois impossible lorsqu’il y a trop d’alters conscients avec une envie à un moment T, l’astuce alors est de donner le choix à une personne extérieur. C’est beaucoup plus reposant, et c’est une astuce sur laquelle on est tous d’accord alors ça simplifie les débats.

D : Je sais que la présence d’un innerworld n’est pas systématique chez tous les systèmes, mais dans votre cas, en avez-vous un ?
K : Oui.

D : Si vous aviez un message à faire passer à toutes les personnes qui n’ont jamais entendu parler du TDI jusqu’à aujourd’hui, qu’est-ce que ce serait ?
K : Ne vous avancez plus en donneur de leçon. Si on analyse correctement les critères diag il est tout à fait possible de se diagnostiquer soi-même. La seule erreur possible est dans la nuance entre TDI et ATDS. Mais cette nuance est souvent si floue que les pro eux-mêmes s’y perdent ! C’est peu ou prou semblable.
La présence des alters est officiellement une question de ressenti personnel. Il n’y a nul scan cérébral à passer ; le diagnostic officiel que vous brandissez fièrement, habitués que vous êtes à vous cacher derrière l’approbation d’une autorité que vous jugez plus compétente pour penser à votre place, n’est rien de plus qu’une appréciation par un regard extérieur des symptômes vécus par une personne.

Si quelqu’un se sent multiple ; iel l’EST !

De même, on ne s’invente pas de l’amnésie…des switchs, des pertes de contrôle, des débats internes interminables, des crises dissociatives, de déréalisation, les triggers qui vous font partir en vrille et retrouver paralysé·e au sol pendant 2h, les personnalisations, la perte de temps… OUI si quelqu’un dit vivre ces choses, iel les vie. Et même si son appréciation peut ne pas être juste pour la classer entre TDI/ATDS/ATDNS…Son vécu reste LEGITIME !
Vous n’êtes pas en mesure de vous dresser comme redresseur de tord alors que vous n’avez aucune compétence pour le faire. Arrêtez de vous opposer au DMS-V et au CIM-10 qui, tous deux, reconnaissent le fait que les situations peuvent être rapportées par læ patient·e !
Le diagnostic ne sert pas à prouver le trouble, mais à établir un suivi psy pour aller mieux.
Arrêtez avec votre « effet barnum » de merde ! Renseignez-vous un peu sur ce que c’est au lieu de brandir devant vous un grand mot auquel vous n’avez RIEN COMPRIS ! Ledit effet se produit lorsqu’on lit des descriptions vagues et approximatives que l’on peut prendre pour soi car cela nous plait. Et il ne se produit pas ou prou lorsqu’il s’agit de lire des descriptions négatives.
Non on ne s’amuse pas à aller s’inventer un trouble psy pour le plaisir de se faire lyncher par votre société malade qui repose sur la dualité entre les individus. Et même pour les 0.3% de potentielles personnes souffrant d’un trouble (dont le nom nous échappe à l’instant) qui vont effectivement vouloir se créer un trouble… Cela n’en reste pas moins un trouble. Vous acharner à courir après ne fait que du mal pour rien.
Vous n’avez AUCUNE putain de bordel d’idée ce que c’est qu’une crise d’Illégitimité pour nous !
Combien de fois on se prend la tête des jours et des jours à tenter de se démontrer par A + B qu’on fake et qu’on a tort.
On se fait du mal à nous-même de façon bien plus efficace que vous ne pourrez jamais le faire.
Au lieu de débiter des propos car vous avez entendu un truc quelque part qui semblait un peu intelligent ; renseignez-vous correctement sur les sujets que vous abordez. Eh oui, des imposteurs ça existe ! Des faux handi qui veulent se faire de l’argent…C ‘est pas nouveau ! Ça concerne pas que le TDI ! Mais refuser de donner aux sdf car certains sont fake ; c’est refuser votre aide aux milliers de vrais. Il en va de même pour les troubles dissociatifs. Si vous croyez que certains fake ; ignorez-les. Mais pitié…foutez la paix à ceux et celles qui peinent déjà à vivre et à s’autoriser à exister.

Interview de Zelliana (@zellianasystem)

Un grand merci à Zelliana, de la chaîne Youtube Zelliana System, d’avoir accepté de témoigner et d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour cet article (Vous pouvez également la retrouver sur Instagram, où elle y partage son quotidien avec le TDI).

D : Combien d’alters êtes-vous au sein du système ? 
Z : On est 9, ou 10 si on compte le fragment qui est arrivé, et beaucoup plus en vérité si on commence à compter tous les fragments qui doivent exister mais qui ne sont pas présents dans notre vie maintenant. 
On a énormément d’amnésie sur notre enfance et d’autres amnésies sur notre adolescence et vie adulte même, donc bien il y a certainement beaucoup de parties qui ne sont pas actives et qu’on ne connaît pas parce qu’elles sont « dormantes ».
On a de tout, de 2ans à « sans âge », des filles, des garçons, des humains, non humains etc. Notre hôte est une fille de 23 ans.

D : Quand avez-vous été diagnostiqué TDI ? Avant ce diagnostic, comment viviez-vous le TDI ?
Z : On a été diagnostiqué en avril/mai 2020. Il y a pas vraiment eu de vrai changement au moment du diagnostic parce qu’on l’a découvert seul, on a émis plein d’hypothèses mais ça paraissait la plus cohérente donc on a cherché un spécialiste des troubles dissociatifs pour infirmer ou confirmer l’hypothèse qui était la plus probable, et donc il a confirmé que c’était bien ça, donc on avait déjà beaucoup de connaissances sur ce que c’était au moment du diag et de recul sur ce qu’on vivait (sinon on aurait jamais posé la bonne hypothèse en premier lieu).

D : Comment communiquez-vous entre vous ? Avez-vous des difficultés parfois pour communiquer ?
Z : On communique par pensées, rêves, méditation, notes qu’on se laisse pour pas oublier (surtout sur notre téléphone et on prend beaucoup de photos et vidéos aussi pour se souvenir), on se sert aussi beaucoup de notre agenda, l’hypnose marche aussi selon les cas, à l’oral aussi… En somme toutes les techniques que les gens normaux utilisent pour se rappeler des choses, communiquer avec eux mêmes leurs besoins. C’est pas si différent.
Ce qui est difficile ce sont les disputes, qui peuvent mener à des amnésies associées parfois à des comportements dangereux faits par les alters, ou au contraire à des flashbacks violents et des cris constants, et c’est dur de ne pas pouvoir faire confiance à des parties de soi même. Ça prend du temps à apprendre à connaître chacun, mettre en place des cadres pour nous permettre de satisfaire les besoins de chacun, de les écouter etc. La vie c’est un travail d’équipe pour y apporter une harmonie.

D : Quelles sont les plus grosses difficultés que vous rencontrez au quotidien ?
Z : Les plus grosses difficultés :
• relationnelles : problèmes d’attachement et un passé si difficile faisant qu’on a du mal à se faire des amis, à se sentir bien entouré, on souffre énormément de l’incompréhension des autres et de la solitude, en plus des soucis familiaux souvent
• Dans la vie courante : le PTSD/la dépression/TAG souvent associé ça rend toute activité difficile, parfois même manger/dormir c’est difficile voir impossible sans traitement avec nos cauchemars, stress etc
• pb de concentration liée à la dissociation et pb de mémoire causés par l’amnésie, qui peut rendre des études ou un travail pas possible, selon les gens le niveau de handicap est plus ou moins léger, moi j’y arrive à faire des études avec des accommodations et certains y arrivent sans en avoir besoin car les amnésies et la dissociation sont liées à des traumatismes qui touchent les gens sur des sujets différents et donc amènent à des réactions très différentes aussi aux mêmes sujets.

D : Comment arrivez-vous à gérer les études avec le TDI, avez-vous une organisation particulière entre vous ?
Et je pense que l’organisation qui fait que j’arrive à mener des études c’est :
• un suivi extrêmement régulier : je vois 2 psys + mon psychiatre donc on est à 7-8 rendez vous par mois, donc plusieurs par semaine en général
• un apprentissage de gestion du temps : beaucoup de timers, rappels, un calendrier numérique et plein de choses pour contrer l’amnésie
• des aménagements scolaires : pour me permettre d’enregistrer les cours que je loupe ou autre
• une énorme implication, passion, volonté de réussir de la part de l’hôte qui amène un travail qui est plus lourd à fournir mais faisable car on aime ce qu’on fait ou parce qu’on a un but professionnel qui nous tient à cœur je pense sinon on y arriveras pas

D : Si vous aviez quelque chose à dire aux personnes ne connaissant pas ce qu’est le TDI, qu’est-ce que ce serait ?
Z : Si j’avais quelque chose à dire à quelqu’un qui ne connaît pas du tout cette maladie :
Ça existe, non ce n’est pas rare du tout ça touche pleiiiin de gens, c’est un genre de PTSD en un peu plus complexe, une réaction naturelle du cerveau d’un enfant à des traumatismes. C’est normal aussi que ça paraisse fascinant, le sujet l’est selon moi, mais il n’y a rien de magique ou surnaturel quand on connaît la science derrière, parce que oui, c’est étudié scientifiquement.

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