Article rédigé par Edda Charon

Acte volontaire réalisé dans la chambre, dans la salle de bain ou dans une autre pièce où il n’y a aucun témoin, l’automutilation est un appel à l’aide, une preuve profonde du mal-être dans lequel la personne se trouve. De quoi s’agit-il ? Quelles sont ses causes ? Ses conséquences ?
QU’EST-CE QUE L’AUTOMUTILATION ?
L’automutilation est très souvent confondue avec la scarification, bien que ses actions soient différentes. Ainsi, si la scarification consiste effectivement à réaliser une petite incision superficielle de la peau, elle est pratiquée de manière à laisser une cicatrice. Cette dernière servira à marquer l’appartenance de l’individu à une lignée ou encore à une société.
L’automutilation, quant à elle, consiste pour une personne à se faire du mal volontairement ou seulement d’avoir envie de se blesser. Si l’acte est réalisé de manière froide, délibérée et presque avec cynisme, cela ne veut pas dire que l’individu ne ressent rien au moment de l’acte. Que cela soit prémédité ou réalisé sur un coup de tête, il se trouve généralement dans un fort état de détresse.
QUELS SONT LES RISQUES ?
L’automutilation peut se réaliser avec un compas, une lame de rasoir, des ciseaux ou d’autres objets plus ou moins coupants. Mais l’automutilation n’est pas que ceci. L’individu qui décide s’automutiler risque aussi de :
• Prendre trop de comprimés ;
• Se taillader les veines (l’acte le plus fréquent d’entre tous) ou se mordre la chair ;
• Se brûler le corps (ou, à moins, une partie) ou s’ébouillanter ;
• Se cogner la tête ;
• Se frapper avec des coups de poings ;
• Se percer ou s’incruster divers objets ;
• Empêcher volontairement la cicatrisation ;
• Avaler des objets non comestibles ou des substances toxiques.
Dans certaines conditions, la personne finit par ressentir comme une dépendance envers l’un de ces actes ou que cela lui est totalement égal de vivre ou de mourir. Cet acte peut aussi être employé lorsque la personne prend la grave décision de s’ôter la vie.
QUI S’AUTOMUTILE ET POURQUOI ?
C’est une pratique malheureusement courante qui touche majoritairement l’adolescence. Cela touche aussi bien les femmes que les hommes et les personnes non-binaires sont également touchées par ceci. Toutes ces personnes (Edda : et pas que les “goth’”) peuvent avoir subi un abus physique, émotionnel, voire sexuel, plus jeune qui les pousse à cette pratique. L’automutilation peut également être due à une dépression, une profonde angoisse, le dégoût de soi, la culpabilité, la rage, un très gros manque de confiance en soi, etc. Cet acte peut aussi être causé par d’un problème de relation avec læ partenaire, les ami·e·s ou la famille.
Pour que la personne arrive au point de s’automutiler, elle peut :
• Avoir la sensation que personne ne l’écoute ;
• Ne plus avoir d’espoir ;
• Être ou se sentir isolée, seule ;
• Avoir perdu le contrôle de la situation ;
• Se sentir totalement impuissante dans toutes les circonstances ;
• Avoir perdu le contrôle à cause de l’usage de l’alcool et/ou de la drogue.
Ainsi, l’automutilation peut aider la personne à se sentir vivante et apaisée (notamment grâce à l’endorphine qui endort la douleur), plus en confiance, réduire la tension et le stress. Cette pratique peut être vue comme une punition, quand celui ou celle qui se l’inflige culpabilise trop. C’est une méthode rapide pour se soulager et relâcher la pression (Edda : et n’est aucunement une tentative de suicide), mais n’est en rien une solution pour le long terme.
COMMENT RECONNAÎTRE LES SIGNES D’UN DANGER ET QUE FAIRE ?
LES SIGNES
C’est d’ailleurs pour cela qu’il est important de faire attention lorsqu’on a connaissance qu’une personne de notre entourage se mutile (Edda : magnifique transition dans un sérieux sujet). Ainsi, le site Royal College Psychiatrists liste les signaux d’alarme de cette manière :
• Risque de s’automutiler sérieusement ;
• Utilisation d’une méthode dangereuse ou violente ;
• Automutilation régulière ;
• Présence d’un désordre psychiatrique.
Les personnes devraient être examinés par quelqu’un qui a de l’expérience avec les problèmes de l’automutilation et de la santé mentale.
Malheureusement, il n’y a que très peu de personnes qui font savoir leur mal-être et leur pratique de l’automutilation (Edda : c’est très difficile d’avouer, quand on est adolescent·e, qu’on se mutile), surtout dans les écoles – notamment les collèges et les lycées. Selon une étude qui ne concerne que les adultes : sur 4 000 individus qui se sont retrouvés à l’hôpital pour s’être gravement automutilés, 80 % ont fait une overdose et 15 % se sont coupés. Cependant, dans les communautés et les infrastructures scolaires, ces pourcentages seraient probablement l’inverse. En effet, il est estimé que 15 à 20 % des adolescents entre 11 et 15 ans s’automutilent.
LES SOLUTIONS
Pour agir au mieux contre l’automutilation, la personne concernée peut tout à fait se confier anonymement à un·e non-professionnel·le. Le but n’est pas de se faire diagnostiquer, mais de trouver du soutien, de se sentir moins seul·e ou de trouver une réponse à un problème semblant insoluble.
Il est également possible de rejoindre un groupe d’entraide qui se retrouve régulièrement pour se soutenir tou·te·s ensemble et partager quelques conseils pratiques. Cela peut aider à combattre le sentiment de solitude.
Enfin, il est aussi conseillé de se tourner vers un·e professionnel·le qui saura de quoi il retourne et aidera à combattre ce besoin de se faire du mal, soit avec une thérapie de groupe, soit avec d’autres méthodes thérapeutiques.
Malheureusement, très peu d’adolescent·e·s demandent de l’aide lorsqu’iels se font ainsi du mal. Ce sera donc aux parents, voire aux ami·e·s, d’agir au mieux pour la personne concernée.
AUCUNE AIDE PROFESSIONNELLE
Dans le cas où personne ne peut vous aider à combattre ce besoin de se mutiler, il existe (heureusement) quelques méthodes qui peuvent potentiellement aider :
• Repousser aussi longtemps que possible ce besoin de s’automutiler. Ce désir passe un temps. Si vous parvenez à résister à cette envie alors vous pourrez probablement vous sentir un peu mieux par la suite (Edda : c’est déjà une victoire en soi) ;
• En parler à quelqu’un, à un·e ami·e de confiance de préférence. Attention, cependant, lædit ami·e ne devra aucunement se prendre pour un·e thérapeute et ne devra pas s’attendre à un résultat concluant du jour au lendemain. Iel doit être empathique et ne devra pas se mettre en colère. Ce ne sera également pas à ellui de faire le premier pas, mais à la personne concernée de se tourner vers l’ami·e seulement s’iel en ressent le besoin et l’envie. La menacer de couper les points s’iel récidive n’est clairement pas une solution pour résoudre ce problème. Aussi, l’ami·e n’a pas à se comporter en super-héros ou super-héroïne et décider qu’iel doit tout faire pour l’aider. Iel est certes comme un soutient, mais iel peut très bien chercher ce soutien et cette aide chez d’autres personnes si iel se sent dépassé·e ;
• S’il s’agit de la présence d’une personne qui vous perturbe, n’hésitez pas à sortir. Ne restez pas dans la même pièce que cettedite personne ;
• Réalisez quelque chose qui ne vous nuit pas peut éventuellement vous aider comme chanter, écouter de la musique ou pratiquer un hobby intéressant ;
• Plutôt que de se mutiler, il est peut-être possible de se dessiner des traits rouges pour donner l’illusion d’une taillade. Une méthode consiste également à presser un glaçon (réalisé avec du jus rouge si l’aspect du sang est important) afin d’exprimer d’une autre manière ses sentiments ou encore de s’infliger une douleur neutre, qui ne laisse pas de trace, en prenant une douche froide, par exemple.
Il existe tellement d’autres méthodes que le site Royal College Psychiatrists liste dans son article que je ne peux que vous conseiller de vous rendre dans les sources et de cliquer sur le lien. L’article est très complet.
L’AUTOMUTILATION ET LA LITTÉRATURE
Dans son livre “10 questions sur… L’automutilation chez l’adolescent et le jeune adulte”, la psychologue Vanessa Germain répond à 10 questions fréquemment posées pour mieux accompagner les personnes cibles et les aider à surmonter leur besoin de se mutiler. “Automutilations – Comprendre et soigner” est un livre qui a été rédigé par le psychologue clinicien et psychothérapeute TCC Vincent Trybou ; le chercheur en sociologie à l’Université à Montréal Baptiste Brossard et la docteure en psychologie clinique et psychothérapeute de formation cognitivo-comportementale et humaniste Marianne Kédia. C’est d’ailleurs le premier ouvrage français et multidisciplinaire sur le sujet. Du côté de la fiction, I’ll give you shelter all off the pain de InfinityonSnake relate l’histoire d’une adolescente qui souffre de dépression et d’automutilation. Contexte familial compliqué, manque de confiance en soi… Le personnage principal apprendra doucement à remonter la pente au cours de l’histoire.
Il est sûr et certain que l’automutilation n’engage pas un récit joyeux où règnent les licornes et les paillettes. Cependant, un personnage sujet à l’automutilation pourrait tout à fait y avoir sa place puisqu’il pourrait mettre en lumière le mal être d’une personne vivant ausein/milieu d’un monde soi-disant idyllique. Comme nous l’avons expliqué dans d’autres articles, cela permettrait à l’auteurice de parler d’un pan de la psychologie et de la vie d’un individu qu’on a tendance à vouloir cacher.

LES SOURCES
✺ « L’automutilation » [En ligne] L’Automutilation (rcpsych.ac.uk) [Consulté le 06/04/2021]
✺ Dictionnaire Larousse Maxipoche+ 2021 « Scarification »
✺ “Comprendre l’automutilation” [En ligne] Comprendre l’automutilation | Hopital de Montreal pour enfants (hopitalpourenfants.com) [Consulté le 15/04/2021]
✺ Marie Desange, “Automutilation : pourquoi avoir besoin de se faire du mal ? Comment s’en sortir ?”, le 26 février 2020 [En ligne] Automutilation: pourquoi avoir besoin de se faire du mal? Comment s’en sortir? | Presse santé (pressesante.com) [Consulté le 15/04/2021]
✺ Psychologue Vanessa Germain PHD, “Mieux comprendre l’automutilation chez l’ado” [En ligne] Mieux comprendre l’automutilation chez l’ado – Fondation Jeunes en tête (fondationjeunesentete.org) [Consulté le 15/04/2021]
✺ Paula J. Clayton, “Automutilation non suicidaire”, octobre 2019 [en ligne] Automutilation non suicidaire – Troubles psychiatriques – Édition professionnelle du Manuel MSD (msdmanuals.com) [Consulté le 15/04/2021]
✺ “Automutilations – Blessures secrètes” [En ligne] Automutilations • Blessures secrètes [Consulté le 15/04/2021]
✺ “Ligne Parents – Automutilation” [En ligne] Santé mentale – quand notre enfant ne va pas bien | Ligneparents [Consulté le 15/04/2021]


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