LE SEXISME

Article rédigé par Poppy

Il est présent partout autour de nous. Dans les produits que l’on consomme, les films que l’on regarde, les livres qu’on lit… Le sexisme, cette chose omniprésente dans nos vies, nous est enseigné inconsciemment depuis la plus tendre enfance. Il affecte tous les genres et agit dans tous les domaines. Comment apprendre à le reconnaître et comment aborder le problème ?

LE SEXISME ORDINAIRE

D’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, le sexisme est une “attitude discriminatoire adoptée à l’encontre du sexe opposé”. Il s’agit donc d’une forme de discrimination, au même titre que le racisme ou l’homophobie, fondée sur le sexe ou le genre de la victime. Le sexisme se retrouve sous toute forme et dans tous les domaines : social, professionnel, commercial, linguistique, politique, économique, juridique… il n’épargne aucun secteur de la vie professionnelle comme de la vie privée. Parmi les formes les plus courantes, nous retrouvons le sexisme ordinaire, un ensemble de stéréotypes et de représentations collectives sexistes si courant qu’il est largement accepté dans la vie quotidienne. Le sexisme ordinaire s’immisce dans nos cerveaux dès notre plus jeune âge à travers notre enseignement, mais aussi par les panneaux publicitaires que nous voyons, les habits que nous achetons ou les jouets que nous offrons à nos enfants.

Le sexisme ordinaire est difficile à repérer et à combattre, car il est excusé à coup de “vous voyez le mal partout” ou “ce n’est que X/Y/Z”. Pourtant, il est bien présent et son existence est néfaste. Les personnes nées femmes grandissent en étant sexualisées, objectifiées, associées à des tâches domestiques et considérées inférieures. Elles doivent être belles, attirantes, sexy, “pas anorexiques”, mais “pas obèses non plus”, intelligentes, mais sans pour autant questionner la logique des hommes dans leur entourage qui, selon la société sexiste, détiennent la sagesse absolue et doivent impérativement avoir le dernier mot. Elles n’existent qu’à travers le regard de l’homme, ce fameux “male gaze” qui fait rage dans la sphère anglophone.

Le male gaze désigne la pression qui existe au sein de la culture visuelle et auditive (films, séries, chansons, clips vidéo, magazines…) afin de se conformer aux attentes typiques d’un homme cisgenre hétérosexuel. Il insinue qu’une personne perçue comme femme n’existe que pour le regard de l’homme (cisgenre hétérosexuel) et que son pouvoir vient du contrôle qu’elle exerce sur ce regard. En pratique, cela donne lieu à des chansons comme Blurred Lines par Robin Thicke, avec des paroles telles que I know you want it (“Je sais que tu en as envie”). Pourtant incluses dans une chanson parmi les plus populaires au moment de sa sortie, ces paroles qui soumettent la femme au male gaze n’ont rien d’amusant. Au contraire, elles encouragent l’homme cis hétéro lambda à les internaliser ce qui, en réalité, mène à une normalisation des viols et agressions sexuelles. Se retrouver face à un homme insistant qui affirme  “je sais que tu en as envie” après déjà plusieurs refus (si si, ça m’est arrivé avec mon ex) est une expérience vraiment déroutante que je ne souhaite à personne.

LE SEXISME, SEULEMENT POUR LES FEMMES ?

Si la majorité des victimes de sexisme sont les personnes perçues comme femmes (selon le CNRTL : “principalement par les hommes qui s’attribuent le meilleur rôle dans le couple et la société, aux dépens des femmes reléguées au second plan, exploitées comme objet de plaisir, etc.”), il serait gynocentrique de dire qu’elles sont les seules victimes de ce fléau. Chez les hommes (cis et trans), nous pouvons retrouver le sexisme sous la forme d’une masculinité hégémonique dite toxique. “[La masculinité toxique] est un modèle spécifique de la virilité, orienté vers la domination et le contrôle” (Amanda Marcotte). Il affecte donc les hommes (et par extension, les femmes) qui se sentent obligés de se conformer à ce modèle et refoulent des émotions naturelles, ce qui provoque une frustration engendrant des réactions violentes. La masculinité toxique a également un effet sur la santé mentale car elle promeut le stéréotype de l’homme “fort” qui n’a besoin de personne et sait se débrouiller tout seul (pensez à la chanson de Mulan “Comme un homme”). Chaque année en novembre, le mouvement “Movember” est lancé pour sensibiliser le public à la santé mentale et physique des hommes (notamment le taux élevé de suicides chez les hommes).

Mais le sexisme affecte aussi les genres et orientations sexuelles : homosexuel·le, bisexuel·le, pansexuel·le, non-binaire, LGBTQ+, tous ces termes sont des termes que l’on entend sans pour autant les voir inclus dans nos vies quotidiennes : on parle ici de langage sexiste. Jusqu’à très récemment, il n’existait pas d’écriture inclusive (Poppy : aussi appelé langage épicène, bien que l’épicène consiste à retirer tous termes genrés. L’inclusif, lui, utilise le point médian “·” afin d’inclure tous les genres dans un même terme). En effet, en 2017 encore l’Académie française nous mettait en garde contre l’écriture inclusive : “Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde.” Bien évidemment, les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles souffrent beaucoup d’une forme dérivée de sexisme, appelée hétérosexisme, dans laquelle la discrimination se base sur un rejet de tout ce qui n’est pas hétérosexuel. Encore aujourd’hui, trop de médias suivent un modèle hétéronormatif, qui privilégie la représentation de couples hétérosexuels.

LE SEXISME ET LA LITTÉRATURE

Le sexisme se retrouve partout, et la littérature n’y échappe pas. Citée ci-dessus, l’hétéronormativité en est un exemple qui coule à flots dans le monde littéraire. Le roman lambda mettra en scène un couple hétérosexuel (et cisgenre), et toute personne LGBTQ+ aura souvent un rôle secondaire (notamment le fameux rôle du “meilleur ami gay” — et si, pour une fois, le gay était celui qui a un “meilleur ami hétéro” ?). Derrière le roman en lui-même, on retrouve une montagne d’inégalités. La liste anglophone des 100 plus grands romans de tous les temps n’en comporte que 17 écrits par des femmes… Étonnant, quand on sait qu’aujourd’hui les femmes représentent environ la moitié des auteurices publié·e·s.

Toutefois, les choses commencent à changer. Il est à noter que le changement tarde à venir dans le monde francophone, et que les anglais·e·s ont de l’avance sur nous ! Par exemple, l’acteur américain Justin Baldoni (Jane the Virgin) vient tout juste de publier son roman “Man Enough: Undefining my masculinity”, qui narre la vie post-masculinité toxique. Florence Given, féministe anglaise, a fait fureur avec son livre “Women don’t owe you pretty” (Les femmes ne vous doivent pas la beauté) à propos notamment de la place de la femme dans une société patriarcale.

De manière générale, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Toutefois, comme le dit si bien Florence Given, l’avantage du sexisme est qu’une fois que l’on a commencé à s’y intéresser ne serait-ce que de façon minime, on se met à le reconnaître partout et il ne peut plus passer inaperçu.

LES SOURCES

✺ « Sexisme : définition » [En ligne] SEXISME : Définition de SEXISME [Consulté le 20 octobre 2020]
✺ « Déclaration de l’Académie française sur l’écriture dite « inclusive»« , le 26 octobre 2017 [En ligne] Déclaration de l’Académie française sur l’écriture dite « inclusive » (academie-francaise.fr) [Consulté le 20 octobre 2020]
✺ Jane Sullivan, « A woman’s place », le 13 janvier 2012 [En ligne] A woman’s place (smh.com.au) [Consulté le 20 octobre 2020]

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