
Témoignage de Dawn
Lorsque nous n’avons pas nous-même la phobie des araignées, nous avons du mal à comprendre les différentes réactions des arachnophobes, ou comment cela peut être possible d’avoir peur de ces bouffeuses de moustiques (entre autres). Ces quelques témoignages sont là pour approfondir le sujet, mais aussi pour apporter une voix aux personnes concernées. Pour ce premier témoignage, je tiens, tout d’abord, à remercier Dawn d’avoir accepté de répondre aux questions.
E : Merci beaucoup d’avoir accepté d’apporter ton aide et tes réponses. Te souviens-tu vers quel âge tu as développé cette peur phobique des araignées? Que s’est-il passé ?
D : Je serais incapable de dire vers quel âge exactement j’ai commencé à avoir cette phobie. Je crois que j’ai toujours été arachnophobe, d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu des crises de panique en me retrouvant face à une de ces bestioles, peu importe la taille.
E : Y a-t-il dans ton entourage une ou plusieurs personnes qui soit arachnophobe ?
D : Non, je suis la seule arachnophobe de la famille.
E : Comment ton entourage réagit lorsque tu te retrouves face à une araignée ? Est-ce qu’ils t’aident ? Ou est-ce le contraire ? Sont-ils sensibilisés à ta phobie ?
D : ça dépend des situations. Parfois, mes parents trouvent que j’exagère, étant donné que je fais des crises d’angoisse aussi bien avec des grosses araignées qu’avec des minuscules ou des faucheux (je pense qu’ils souviennent encore de la fois où j’ai fait une crise d’hystérie dans la voiture à cause d’une minuscule araignée dans l’habitacle, mon père a dû s’arrêter en catastrophe pour que je sorte de la voiture). Ils m’aident quand même, s’il y a une araignée dans une pièce ils la tueront, mais c’est un peu de manière forcée qu’ils font ça parce qu’ils ont dû mal à comprendre ma phobie. Ma sœur se moque aussi un peu quand ce sont des petites araignées, mais quand ce sont des grosses elle n’en mène pas large non plus ahah. En revanche, que ce soient mes amis proches, mon petit-ami ou encore mes anciennes colocataires, tous savent comment je réagis face à une araignée et m’aident.
E : Comment, toi-même, réagis-tu lorsque tu es confrontée à une araignée ?
D : C’est assez variable. Tout dépend de l’endroit où je me trouve en fait : si c’est à l’extérieur, donc là où je sais que je peux m’en éloigner, j’arrive à prendre sur moi et je me décale juste de l’endroit où l’araignée se trouve, même si j’ai énormément de mal à faire abstraction de sa présence (donc je n’arrête pas de la surveiller de loin pour vérifier qu’elle ne s’approche pas de moi, ce qui est ridicule je sais) ; en revanche si c’est dans un espace fermé comme une voiture ou une pièce, c’est la panique. Dans ces cas-là, j’ai l’impression de suffoquer, je panique (j’essaie de m’éloigner le plus possible de l’araignée, je cherche une issue, je suis au bord de la crise d’angoisse), et la plupart du temps j’éclate en sanglots parce que je me retrouve en situation de stress extrême et je n’arrive pas à gérer les émotions. J’ai également énormément de mal à regarder des films ou des images où il y a une araignée qui apparaît, en général quand c’est comme ça je détourne le regard après avoir eu un sursaut de surprise.
E : Que penses-tu qu’il faudrait faire pour que cette phobie ne soit plus autant dénigrée ?
D : Sensibiliser un peu plus. Pas seulement les arachnophobes, mais toucher tout le monde, car très souvent les personnes qui n’ont pas cette phobie ont du mal à comprendre notre réaction parfois excessive. Et honnêtement, être incompris de son entourage n’aide pas à “mieux vivre” sa phobie. Donc je pense qu’il faudrait expliquer davantage ce qu’est la phobie et ses conséquences, d’autant plus que c’est une chose qui touche la majorité des gens.
E : As-tu quelques méthodes (efficaces ou non) pour ne pas te laisser envahir par cette phobie lorsqu’une se retrouve devant toi ?
D : Malheureusement non, je n’ai encore jamais trouvé de méthodes pour me calmer dans ces moments-là. J’ai énormément de mal à gérer cette phobie dans ma vie quotidienne.

Témoignage d’Elodye H. FREDWELL
Remercions également la petite renarde pour avoir accepté de participer à ce témoignage.
Ed : Merci beaucoup d’avoir accepté d’apporter ton aide et tes réponses. Te souviens-tu vers quel âge tu as développé cette peur phobique des araignées ? Que s’est-il passé ?
El : Je crois, en fait, que j’ai toujours eu peur des araignées. D’aussi loin que je me souvienne, elles m’ont toujours fait froid dans le dos. Cependant, je crois que mes crises de panique à cause d’elles (les plus grosses seulement) sont assez récentes, mais je ne saurais pas dire à quel moment ni pourquoi ça s’est transformé ainsi. D’après ma mère, qui est hypnothérapeute, ma phobie pourrait venir d’un événement traumatisant dans mon enfance : j’étais encore en poussette, c’était une belle journée d’été et nous étions en balade sur une petite route de campagne. Et soudain, notre chien a marché sur un nid de guêpes. Elles nous ont attaquées ; ma mère a eu le plus de piqûres et moi quelques unes, et c’est très probable que ça ait joué dans le développement de ma phobie (je suis pas très fan des insectes en règle générale).
Ed : Y a-t-il dans ton entourage une ou plusieurs personnes qui soit arachnophobe ?
El : J’ai une tante qui l’est. Des cousins et cousines, sans doute aussi. Mais dans mon entourage proche, comme mes parents ou ma sœur, personne ne l’est.
Ed : Comment ton entourage réagit lorsque tu te retrouves face à une araignée ? Est-ce qu’ils t’aident ? Ou est-ce le contraire ? Sont-ils sensibilisés à ta phobie ?
El : Ils connaissent mes réactions face aux grosses araignées. Je pense qu’ils comprennent, car c’est une phobie assez courante. Ma mère aimerait que je creuse, avec elle, ce qui se cache derrière cette phobie, mais bizarrement, je ne me sens pas prête. Peut-être que ça viendra.
Ed : Comment, toi-même, réagis-tu lorsque tu es confrontée à une araignée ?
El : Les petites araignées et les faucheuses ne me font rien de particulier, si ce n’est que je n’aime pas ça. Celles qui me font vraiment peur, ce sont les grosses noires. Devant elles, je fais des crises de panique assez… puissantes. Ça se traduit donc par des pleurs incontrôlés, des tremblements, une incapacité physique à m’approcher de l’araignée, des comportements parfois compulsifs (démangeaisons imaginaires sur les bras, rongement des ongles, tirage de cheveux…). Et si personne n’est avec moi, ça peut être très très dur de me débarrasser de l’araignée seule. C’est assez violent. La dernière que j’ai faite, c’est quand j’ai découvert qu’il y avait une énorme araignée coincée dans le bac de mon aspirateur et que j’ai voulu vider le bac et que j’ai vu qu’elle était vivante. Autant dire que j’ai laissé l’aspirateur sur place et je m’en suis éloignée le plus possible. Et j’ai attendu que mon copain revienne pour pouvoir retoucher à l’aspirateur.
Ed : Que penses-tu qu’il faudrait faire pour que cette phobie ne soit plus autant dénigrée ?
El : Une sensibilisation plus poussée à toutes les phobies. Tout le monde en a, que ce soit les serpents, les araignées, les abeilles, les fourmis, ou encore la peur du vide, etc. Et je trouve que nous sommes assez mal informés sur comment notre cerveau réagit face à ce genre de situation.
Ed : As-tu quelques méthodes (efficaces ou non) pour ne pas te laisser envahir par cette phobie lorsqu’une se retrouve devant toi ?
El : J’essaye de respirer. Je me concentre sur ma respiration, avec des exercices tirés de la sophrologie. Parfois, ça marche, et parfois, ma crise est trop forte pour que ça fonctionne, mais ça a le mérite de me recentrer et, parfois même, de me rendre compte que c’est irrationnel.

Témoignage de Roberta
Enfin, remercions aussi la chouette Roberta pour avoir accepté de participer à ce témoignage.
E : Merci beaucoup d’avoir accepté d’apporter ton aide et tes réponses. Te souviens-tu vers quel âge tu as développé cette peur phobique des araignées ? Que s’est-il passé ?
R : Je ne suis pas vraiment sûre. Je ne me souviens pas d’une période où je n’en avais pas peur. Parfois, je me demande si ce n’est pas ma sœur qui m’a transmis sa phobie, à hurler quand elle voyait une araignée. Enfant, j’étais très influençable et je la copiais pour tout. Je ne saurai jamais vraiment l’origine de ma phobie, je pense.
E : Y a-t-il dans ton entourage une ou plusieurs personnes qui soit arachnophobe ?
R : Ma sœur, je suppose. À part qu’elle veut garder les faucheuses à la maison. Elle m’interdit de les tuer. Je viens même la sauver de certains insectes parfois, parce qu’elle a peur et que j’ai plus ou moins appris à me contrôler. Quand je vois sa gratitude, je me dis que je devrais l’enfermer à clé avec ses punaises, ses papillons de nuit et ses tégénaires.
E : Comment ton entourage réagit lorsque tu te retrouves face à une araignée ? Est-ce qu’ils t’aident ? Ou est-ce le contraire ? Sont-ils sensibilisés à ta phobie ?
R : Ça les agace. Mon père soupirait toujours quand je l’appelais à l’aide. Il tenait vraiment à montrer son agacement et je me sentais très mal de l’embêter pour ça. Même ma soeur ne comprend pas toujours mes réactions, plus violentes que les siennes, et s’énerve si je crie en voyant une tégénaire géante.
E : Comment, toi-même, réagis-tu lorsque tu es confrontée à une araignée ?
R : Ça dépend. Si elle me surprend vraiment (en courant sur ses affreuses pattes par exemple) alors je crie, brièvement mais assez fort. Si je m’y attends (il y en a une tous les soirs dans mon couloir, elles ne me surprennent plus), je sens mon cœur qui saute dans ma poitrine, et ma respiration s’accélère. Ensuite, jusqu’à ce qu’elle meurt, je ne peux pas quitter l’araignée des yeux, donc impossible de fuir. Puis j’essaie de rassembler mon courage pour la tuer, et ça peut me prendre du temps, immobile à observer l’araignée en paniquant. Ensuite, une fois que je l’ai tuée, je fonds en larmes, parfois, parce que mon corps a besoin de relâcher la pression.
E : Que penses-tu qu’il faudrait faire pour que cette phobie ne soit plus autant dénigrée ?
R : Comprendre qu’elle n’a pas plus ou moins de sens que la peur des requins, le vertige ou l’ophiophobie. C’est pas parce que ça n’est pas logique, comme peur, que les ressentis ne sont pas réels ou qu’ils sont contrôlables. Je suis à peu près sûre que c’est davantage éreintant pour un·e arachnophobe de faire une crise d’angoisse que ce n’est agaçant pour une personne extérieure qui prend quand même le temps de charrier là-dessus.
E : As-tu quelques méthodes (efficaces ou non) pour ne pas te laisser envahir par cette phobie lorsqu’une se retrouve devant toi ?
R : Je n’ai pas le choix. J’ai habité des années dans un studio rempli de souris et d’araignées et je suis maintenant dans une vieille bâtisse pleine de faucheuses et de tégénaires. Je suis tendue à l’extrême, mais je sais que je dois tuer l’araignée pour ma propre santé mentale, pour être débarrassée, sinon je m’arrête de vivre, de dormir, et je deviens paranoïaque. Je ne m’autorise à vraiment paniquer qu’après. C’est l’idée que cet instant viendra, quand l’araignée sera morte et que je me sentirai soulagée, qui me permet de garder mon sang-froid. Ceci dit, je n’ai pas trouvé de solution aux terribles cauchemars que je fais sur les araignées. Ils me réveillent la nuit et m’empêchent de me rendormir. Cette phobie est épuisante au quotidien. Un peu de compassion serait la bienvenue.


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