Article rédigé par Dawn

Le feu est l’un des premiers éléments que l’être humain a appris à maîtriser. Il est dangereux, et beaucoup le craignent, à raison : il est la source d’incendies, de brûlures à différents degrés, et j’en passe. Cette peur est naturelle, et nous permet d’éviter de nous mettre en danger. Mais chez certaines personnes, cette crainte va au-delà de la peur rationnelle que l’on éprouve tou·te·s. On parle alors de pyrophobie. Et aujourd’hui, je vais vous en parler un peu plus en détail.
LA PYROPHOBIE, COMMENT ÇA SE MANIFESTE ?
Comme expliqué en introduction, la pyrophobie est la peur extrême du feu, qui va entraîner chez la personne phobique une incapacité à se tenir à proximité d’une source de flammes – même “contrôlée” comme un feu de cheminée ou un barbecue -, à utiliser tout objet générant du feu comme une allumette ou un briquet, ou encore à regarder des photos ou des vidéos de flammes. Lae pyrophobe va également être anxieux.se à l’idée de parler ou même de penser à des flammes. La vue de la fumée et l’odeur de brûlé peuvent par ailleurs rendre nerveuse la personne pyrophobe.
Comme pour toute phobie, elle va engendrer des symptômes similaires à l’arachnophobie ou encore la claustrophobie : rythme cardiaque qui s’accélère, tendance à l’hyperventilation, tremblement, mais également nausées, évanouissements et crises de panique pour les cas les plus extrêmes. La personne pyrophobe va aussi éviter tous les lieux où le risque d’incendie est présent, mais également toute activité nécessitant la présence de flammes. Iel peut développer un trouble obsessionnel compulsif, par exemple vérifier le bon fonctionnement des détecteurs de fumée plusieurs fois par jour, ou vérifier que le four ou tout appareil électroménager pouvant générer des flammes est bien éteint de manière systématique.
Deux causes majeures peuvent expliquer cette phobie, la première – et la plus évidente – étant un traumatisme lié à un incendie, comme se retrouver pris·e au piège au cœur des flammes, se retrouver brûlé·e à cause de cela ou bien perdre un bien matériel tel que sa maison dans un incendie.
La seconde cause possible serait de l’ordre familial : si l’un de vos parents est pyrophobe, il est fort possible que vous développiez une phobie du feu du fait de votre éducation, car vos parents vous auront appris à craindre les flammes. Il a en effet été montré, grâce à une analyse sur 25 études différentes, qu’un·e enfant dont les parents souffrent de phobie a plus de chance de développer à son tour cette phobie (vous pouvez consulter cette analyse ici, en anglais).
COMMENT GUÉRIR DE CETTE PHOBIE ?
Comme toute phobie, il existe des thérapies qui permettent d’en guérir. Pour la pyrophobie, elles sont au nombre de deux : la thérapie d’exposition, et la thérapie cognitivo-comportementale. Très souvent, elles sont combinées pour arriver à un résultat thérapeutique concluant.
Dans la thérapie d’exposition, læ pyrophobe va se trouver confronté·e progressivement à sa phobie, accompagné·e d’un.e professionnel·le de santé, afin d’apprendre à gérer ses émotions et sa peur face aux flammes. Dans un premier temps, iel va seulement en parler, et il lui sera demandé de penser et d’imaginer des flammes, pour commencer à se familiariser avec l’idée du feu. Ensuite, iel sera exposé·e à des vidéos et des images d’incendies afin de mieux appréhender la panique et l’angoisse liée à l’exposition à ces sources de flammes. Lorsque la personne pyrophobe se sent prête à passer en conditions d’exposition réelle, alors elle passera à la troisième étape de la thérapie qui consiste à se retrouver exposé∙e à distance d’un feu, pour mettre en application les réflexes appris lors des étapes précédentes et gérer les émotions vives générées par la phobie. La dernière étape de la thérapie va être de se rapprocher progressivement de la flamme, jusqu’à être capable de se tenir à proximité voire de la tenir dans la main – par exemple avec une bougie. Cette exposition graduelle permet ainsi à læ pyrophobe de calmer ses angoisses de manière progressive, à son rythme. (si vous souhaitez en savoir plus sur la thérapie d’exposition en général, je vous renvoie vers cet article).
La thérapie cognitivo-comportementale, quant à elle, consiste à trouver des mécanismes et stratégies pour mieux gérer l’anxiété liée à la phobie, comme des exercices de respiration et de relaxation pour garder son calme face à des flammes. Cela permet également de changer les schémas de pensée responsables de cette peur. Cette thérapie va permettre ainsi d’intégrer progressivement le fait que le feu n’est pas aussi dangereux que le pense læ patient·e. Elle se déroule donc très souvent en parallèle de la thérapie d’exposition pour être plus efficace.
Il est également possible de guérir de cette phobie grâce à d’autres méthodes thérapeutiques, comme l’EMDR et l’hypnothérapie, qui sont utilisées pour traiter les phobies spécifiques en règle générale.
LA PYROPHOBIE ET LA LITTÉRATURE
Dans la littérature, les personnages pyrophobes sont peu nombreux. Le premier livre que j’ai pu trouver est De l’autre côté des flammes de Sophie Marie Dumont, dans lequel la protagoniste cherche à comprendre l’origine de sa pyrophobie. Cette phobie semble liée au décès de son père dans l’incendie d’un grand magasin bruxellois. Le second livre est Pyrophobia de Jack Lance, un thriller où le personnage principal est pyrophobe et doit affronter sa peur panique du feu. Vous pouvez ainsi le constater, les ouvrages où l’on retrouve des personnages pyrophobes sont rares.
Cette phobie est très peu courante et surtout très peu documentée, pourtant, il pourrait y avoir énormément de matière à faire. Car, comme nous sommes toujours plus ou moins exposé·e·s au feu, elle peut représenter un véritable frein dans la vie quotidienne : un·e collègue fumeureuse qui a donc toujours un briquet à portée de main, un barbecue en été entre ami·e·s, et j’en passe. Comment le personnage contourne-t-il ces difficultés ? Et si votre histoire se déroule avant l’apparition de l’électricité, comment contourne-t-il sa phobie du feu dans une époque où il s’agit du seul moyen d’éclairage ?
Sa phobie provient-elle d’un événement traumatisant ? Tel qu’un incendie, ou bien le personnage s’est-il brûlé·e lorsqu’il était enfant ? Souhaite-il guérir de sa phobie, et si oui comment ?
Vous l’aurez donc compris, la pyrophobie est une peur très peu représentée dans la littérature. Mais à présent, vous avez les clés pour faire la différence !

LES SOURCES
✺ Sophie Marie Dumont, « De l’autre côté des flammes« , Genèse Édition 2019. [En ligne] De l’autre côté des flammes (gense-edition.eu) [Consulté le 20 juillet 2022]
✺ Maria Hejnar, « La pyrophobie ou la phobie du feu – Psychologue Paris » [En ligne] La pyrophobie ou la phobie du feu | Psychologue Paris (psychologueparis-7.fr) [Consulté le 20 juillet 2022]
✺ Jack Lance, « Pyrophobia » Babelio, 2014 [En ligne] Pyrophobia (babelio.com) [Consulté le 20 juillet 2022]
✺ « Pyrophobia: How to Overcome an Overwhelming Fear of Fire« , le 25 juillet 2019 [En ligne] Pyrophobia: How to Overcome an Overwhelming Fear of Fire (healthline.com) [Consulté le 20 juillet 2022]
✺ Hilfe bei Ängsten und Angststörungen, « Pyrophobie bzw. Arsonphobie, die übersteigerte Angst vor Feuer« , 17 mai 2021 [En ligne] Pyrophobie bzw. Arsonphobie, die übersteigerte Angst vor Feuer (youtube.com) [Consulté le 20 juillet 2022]


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