Article rédigé par Dawn

Quand j’étais petite fille, on disait de moi que j’étais cyclothymique. Pourquoi ? Car je changeais souvent d’humeur, pouvant passer en quelques minutes d’une hyperactivité joyeuse difficilement supportable pour mes parents à une détresse apathique et mutique. Entre les rires et les pleurs, il pouvait se passer quelques heures comme quelques minutes seulement. Est-ce que j’étais réellement cyclothymique pour autant ou était-ce simplement une mécompréhension de mon entourage ? Démêlons ensemble le vrai du faux sur ce trouble méconnu qu’est la cyclothymie.
QU’EST-CE QUE LA CYCLOTHYMIE ?
Si vous décortiquez le terme “cyclothymie”, vous obtenez “cyclo”, qui représente la chronicité et “thymie”, qui signifie “humeur”. Effectivement, la cyclothymie est un trouble de l’humeur qui évolue de manière chronique chez les personnes qui en souffrent. Celles-ci peuvent passer d’une période euphorique à une période dépressive dans la même journée, et cela, même sans raison liée aux événements quotidiens. En général, les crises durent quelques jours. Officiellement, la cyclothymie est une forme, bien qu’atténuée, des troubles bipolaires. Vous vous doutez bien qu’alors, la personne souffre d’un mal-être qu’elle n’arrive pas définir, ce qui a également un impact sur son environnement familial et professionnel.
LA CYCLOTHYMIE EN QUELQUES CHIFFRES CLÉS :
- Elle touche entre 3% et 6% de la population ;
- 4% des enfants sont concernés, soit 450.000 en France ;
- En comparaison, entre 0,4% et 1% de la population est touchée par les troubles bipolaires de type 1 ;
- Entre 15% et 50% des troubles cyclothymiques évoluent en troubles bipolaires de type 1 ou 2 ;
- Il faut entre 6 et 10 ans pour obtenir un diagnostic officiel.
QUI EST CONCERNÉ·E PAR LA CYCLOTHYMIE ?
Tous les âges et tous les sexes peuvent être affectés par ce trouble. Mais alors, quels sont les facteurs de risques ?
En général, les symptômes du trouble cyclothymique sont repérés chez l’adolescent(e) ou lae jeune adulte, bien qu’ils soient parfois mis sur le compte de l’âge ingrat, la fameuse puberté, ce qui mène souvent à une absence de diagnostic. Il existe de nombreux facteurs décisifs, tels que la prise de drogues ou d’alcool, un mode de vie décalé (travail de nuit) ou des événements stressants (deuil, divorce, traumatisme physique ou moral…). Cependant, on estime à 80% la probabilité d’avoir une autre personne de la famille souffrant de troubles bipolaires lorsque l’on est sujet(te) à la cyclothymie.
Concrètement, on ne connaît pas assez bien les causes de la cyclothymie. Ce que l’on peut affirmer aujourd’hui, c’est qu’elle naît de la collision entre des facteurs environnementaux, comme cités ci-dessus, et des facteurs biologiques, notamment des anomalies hormonales ou dans la production de neurotransmetteurs du cerveau.
LES SYMPTÔMES DE LA CYCLOTHYMIE
Comme la cyclothymie est un dérivé des troubles bipolaires, leurs symptômes sont assez proches, quoiqu’avec une différence de sévérité. Évidemment, la caractéristique principale est l’alternance des périodes de dépression et des périodes hypomaniaques, c’est-à-dire hyperactives émotionnellement, mais pas aussi graves que les périodes maniaques des troubles bipolaires de types 1 et 2.
- Les symptômes dépressifs se résument à une perte d’énergie soudaine et extrême, un manque d’intérêt vis-à-vis de tous les plaisirs habituels et une chute de la confiance en soi, notamment un sentiment d’inutilité. Par contre, ils ne suffisent pas, en quantité et en qualité, à décrire un épisode dépressif au sens psychiatrique du terme. Certain(e)s patient(e)s vont jusqu’à avoir des pensées suicidaires, dans les cas extrêmes, et l’on passe alors plutôt dans la catégorie de l’hypomanie ou de la bipolarité grave ;
- De même, les symptômes hypomaniaques ne sont pas assez poussés pour correspondre à des critères d’hypomanie réelle. Ils s’expriment par de l’hyperactivité, un sommeil réduit à moins de six heures, de l’impulsivité, une familiarité envers autrui, une euphorie soudaine, même pour des choses sans intérêt spécifique, une estime de soi exacerbée et une forte volubilité, souvent accompagnés d’un manque de jugement qui peut se révéler dangereux ou moteur, selon la situation.
Ces démonstrations assourdies de la dépression et de l’euphorie font de la cyclothymie une forme prodromique du trouble bipolaire, c’est-à-dire un trouble avant-coureur.
LES PROFILS DES CYCLOTHYMIQUES
Familièrement, on a tendance à caractériser les formes de cyclothymie : légère, moyenne, sévère, anxieuse… Cependant, il n’existe officiellement aucune classification de la gravité de la cyclothymie, comme le rappelle le psychiatre du CHU de Clermont-Ferrand Ludovic Samalin. Par contre, celui-ci nous précise qu’on peut distinguer ces termes, qui sont subtilement différents :
- Le tempérament cyclothymique,
- La personnalité cyclothymique,
- Le trouble cyclothymique.
Objectivement, on remarque chez les personnes cyclothymiques une forte anxiété et des crises d’angoisses récurrentes. Ceci peut notamment provoquer une dépendance affective, une jalousie extrême, un enfermement social et de l‘agressivité.
CYCLOTHYMIE : QUEL DIAGNOSTIC ?
Seul(e) un(e) psychiatre peut établir un diagnostic de cyclothymie. Pour cela, iel se base sur l’évolution des symptômes précités. La maladie est officiellement déclarée si le sujet présente plusieurs signes depuis au moins deux ans, avec des intervalles symptomatiques de deux mois maximum. Cette durée d’observation se réduit à un an pour les enfants.
Le diagnostic est plus difficile à établir si l’instabilité de l’humeur n’a pas été suivie pendant quelques années. Entre les phases de crises, l’humeur peut s’avérer tout à fait égale, et les périodes de dépression et d’euphorie être relativement légères, ce qui n’attire pas l’attention des proches ou des médecins. Ceci explique que certaines personnes ne s’alarment que plusieurs années après, à l’âge adulte, après avoir remarqué des sautes d’humeur anormales.
Comme les symptômes de la cyclothymie sont proches de ceux de la bipolarité, un(e) médecin approfondira le diagnostic pour écarter ce trouble, plus probable en cas d’antécédents de dépression majeure ou d’épisode maniaque. Iel devra également envisager d’autres affections possibles, dues par exemple aux drogues.
QUEL EST LE TRAITEMENT CONTRE LA CYCLOTHYMIE ?
Comme pour les troubles bipolaires, le remède n’est pas miraculeux. Il se prend généralement sur une longue période, voire sur une vie. Le traitement peut être médicamenteux, notamment par la prise de stabilisateurs d’humeur, comme le lithium, les anticonvulsivants (valproate, carbamazépine, lamotrigine) ou encore des antipsychotiques. Cela dit, il est conseillé d’envisager en parallèle une psychothérapie cognitive et comportementale.
Médicaments ou thérapie ? Quels médicaments sont préférables ? Le choix dépend du ou de la patient(e), de sa sensibilité aux différents traitements, de l’impact de sa maladie sur sa vie privée. Réduire trop fortement l’hypomanie peut impacter négativement le succès professionnel, comme diminuer drastiquement la dépression peut conduire à l’hyperactivité sévère.
Quel accompagnement pour les personnes cyclothymiques ?
- La psychoéducation : faire connaître la maladie et la faire comprendre aux patient(e)s est essentiel. Cela peut passer par de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et même familiale (TCF). Ces types de rééducation permettent surtout de rassurer, mais également d’analyser le comportement du sujet : reconnaître et cibler les éléments déclencheurs de chaque période, qui peuvent être très personnels, apprendre à gérer son angoisse, adopter un nouveau style de vie serein, connaître les médicaments… Pour la famille, cela permet de mieux communiquer avec le ou la patient(e) et d’anticiper les conséquences difficiles du trouble ;
- Les groupes de soutien : ils sont mis en place pour informer et soutenir les patient(e)s à l’aide de forums. Ils permettent notamment de partager les expériences et émotions des ceux et celles-ci, leur montrer qu’iels ne sont ni seul(e)s ni fous ou folles ;
- L’hypnose : contrairement à une prise médicamenteuse longue, ce type de traitement agit en profondeur pour un effet progressif et définitif. Le sujet reprend sa vie en main, en étroite collaboration avec son entourage proche et sans culpabilisation. Si le sujet réagit bien à l’hypnose (car ce n’est pas toujours le cas), il y a peu de risque de dégâts supplémentaires, comme l’aggravation de la dépression ou la dépendance aux médicaments. Bien sûr, ce type de traitement psychique doit être surveillé médicalement ;
- La méditation : par le yoga ou encore le shiatsu, il est possible de réduire les symptômes et leur fréquence, mais aussi de prévenir les rechutes. Les exercices de respiration et de concentration sur soi permettent d’éviter les situations stressantes et de se détendre.
Bien sûr, il est important de soigner son hygiène de vie et d’éviter les facteurs de risques. Ainsi, il est recommandé d’avoir un sommeil régulier et réparateur, de limiter la consommation d’alcool et d’arrêter totalement les drogues.
ÉCRIRE SUR LA CYCLOTHYMIE
LA CYCLOTHYMIE DANS LA LITTÉRATURE
Je ne pouvais décemment pas commencer cette liste sans vous présenter la mythique et très juste bande-dessinée Goupil ou face de Lou Lubie. Cet album coloré raconte l’histoire de Lou, 23 ans, qui découvre qu’elle est cyclothymique. Cette BD est charmante, drôle et émouvante. On plonge avec délice dans les entrailles (ou plutôt dans le cerveau) de Lou, de son quotidien avec sa famille et de sa cohabitation (et non son combat) avec ce qu’elle appelle son petit renard. Le livre, basé sur le vécu autobiographique de l’autrice, a été co-écrit avec une approche clinico-pédagogique d’Isabelle Leygnac-Solignac. Je vous le recommande sans hésitation. D’ailleurs, n’hésitez pas à faire un tour sur le blog de Goupil ou face.
Comme je vous le précisais en amont, j’ai moi-même été qualifiée de cyclothymique dans mon jeune âge. Depuis, je n’ai cependant pas bénéficié d’un diagnostic précis, car les périodes de crises étaient et sont toujours trop espacées. J’ai toutefois profité des bienfaits de ce trouble, propice à la créativité. Ce lien entre cyclothymie et inspiration créative est traité dans le livre La cyclothymie, pour le pire et pour le meilleur – Bipolarité et créativité de Elie Hantouche et Régis Blain. Dès que je l’ai lu, il m’a tout de suite parlé. C’est d’ailleurs grâce à ce guide que j’ai accepté mes sautes d’humeur.
CARACTÉRISER UN PERSONNAGE CYCLOTHYMIQUE
- Décrivez des petites scènes du quotidien.
Présentez des situations où le personnage réagit excessivement, positivement ou négativement. Par exemple, votre protagoniste sera ultra-motivé(e) pour un projet fou et l’aura abandonné sans prévenir le soir venu. Le maître mot pourrait être “imprévisible”. Bien que difficiles à suivre, ces personnes sont très créatives et savent s’adapter rapidement. C’est pourquoi elles font d’excellent(e)s dirigeant(e)s, hommes ou femmes d’affaires, artistes. Au contraire, elles ne font pas forcément de bon(ne)s collègues : leurs relations sociales ont tendance à être difficiles, car instables. Séparations et relations sont fréquentes, tout comme les changements de travail et de lieu de résidence.
Par contre, n’oubliez pas que la cyclothymie est un trouble difficile à vivre soi-même et que le personnage fera sans doute son possible pour cacher ses difficultés, en famille, en sortie et au travail.
- Prenez en compte l’entourage de votre personnage.
Les proches qui connaissent bien votre personnage et qui le fréquentent régulièrement se rendent compte lorsque celui ou celle-ci est en pleine crise. Face à ces variations d’humeur, iels peuvent être dérouté(e)s ou compréhensif(ive)s. Si parfois iels ne présentent aucune patience, iels ressentent surtout de la douleur, de l’empathie.
En couple, le ou la cyclothymique peut s’avérer solaire et charmant(e) au début, totalement transporté(e) par l’amour, puis devenir très vite déprimé(e) et de mauvaise foi, notamment en cas de frustration ou de jalousie. Ce sont les aléas de l’hypersensibilité, un trait de caractère qui leur est presque intrinsèque.
L’important est de trouver un équilibre entre votre personnage cyclothymique et les autres personnages. La relation ne doit pas montrer un décalage entre une personne malade et une personne dite “normale”. Au contraire, le trouble doit être intégré presque naturellement. Un parent aura sans doute tendance à demander régulièrement à son enfant, peu importe l’âge, comment il ou elle se sent, même (et surtout) plusieurs fois dans la même journée. Un compagnon ou une compagne fera tout pour instaurer un foyer stable avec des habitudes.

LES SOURCES
✺ « Les causes, chiffres clés » [En ligne] Les causes, chiffres clés (bicycle-asso.org) [Consulté le 05 septembre 2022]
✺ @association_bicycle [En ligne] @association_bicycle (instagram.com) [Consulté le 05 septembre 2022]
✺ Goupil, « Qu’est-ce que la cyclothymie ? » [En ligne] Qu’est-ce que la cyclothymie ? (goupil-ou-face.fr) [Consulté le 05 septembre 2022]
✺ Melle Majdalani, M. Trybou « Les traitements de la cyclothymie« , mai 2012 [En ligne] Les traitements de la cyclothymie (ctah.eu) [Consulté le 05 septembre 2022]
✺ « PADEM BIPOL » [En ligne] Padem Bipol (bipol.padem.org) [Consulté le 05 septembre 2022]


Laisser un commentaire