TÉMOIGNAGE SUR LA DÉPENDANCE AU JEU VIDÉO

Afin de peaufiner un peu plus le sujet de la dépendance à l’article, InfinityonSnake a accepté de témoigner sur la dépendance aux jeux vidéo aux travers des questions posées par Edda T. Charon.

E : Merci beaucoup d’avoir voulu témoigner ! Peux-tu nous dire combien de temps en moyenne tu peux passer à jouer ?
I : Depuis maintenant presque dix ans, j’ai réussi à diminuer mon temps de jeu même si je ne suis pas guérie et qu’il m’arrive de rechuter. Je suis passée d’une moyenne de 10h/j de jeu à environ 1h/2h et pas tous les jours. Il m’arrive d’avoir des journées de rechute où là par contre je joue 6h sans discontinuer et avec très peu de pause. (Btw, en 2 ans sur WoW j’avais cumulé 365 jours de jeu…) 

E : Te considères-tu toi-même comme une accro aux jeux vidéo ? Comment t’en es-tu rendu compte, d’ailleurs ?
I : Oui, j’ai été diagnostiquée en 2012 suite à une longue dépression. Je ne me rendais pas compte lorsque le diagnostic a été posé, je pensais que de moi-même je pouvais arrêter… C’est comme ça que je me suis rendue compte en 2013 que non et donc que j’étais bel-et-bien dépendante. A l’époque mon psy était un peu seul “dans sa croisade”, la plupart de ses collègues n’approuvaient pas qu’il parle de dépendance. A l’heure actuelle (2022), je suis guérie mais je dois tout de même redoubler de vigilance.

E : Qu’est-ce que te procure le jeu vidéo ? D’ailleurs, combien de jeu vidéo as-tu dans ta bibliothèque (physique et dématérialisée) au total ?
I : Je ne sais pas vraiment, je crois que mon cerveau se met sur pause le temps de jouer (pour certains jeux), d’autres peuvent me permettre d’exprimer ma créativité sans aucune bride ou encore de faire évoluer mon esprit tactique (fps). Ouf, le nombre de jeux, je dirais entre ma console et mon pc, je dois dépasser la 100aine. 

E : Un jeu vidéo n’est jamais réellement gratuit (on paye bien un pass par mois/année) Est-ce que c’est une dépendance où tu es capable de beaucoup débourser ?
I : En 2012, je me suis mise à sec à cause d’un jeu en particulier ; World of Warcraft. C’est un jeu qui fonctionne par abonnement et j’étais apprentie (j’avais qu’un tout petit salaire), je suis souvent allée demander une avance de salaire à mon patron de l’époque pour le payer… De nos jours, je ne me mettrais pas dans le rouge pour un jeu (j’ai peut-être appris la patience aussi depuis…) mais ça peut arriver que je craque complètement quand je veux absolument une extension ou bien du contenu supplémentaire. Mais j’arrive à rester “raisonnable”. 

E : Est-ce que cette dépendance peut nuire à ton travail et/ou à ta vie familiale ?
I : Au plus fort de ma dépendance je dirais que oui, ça m’a nuit sur tous les plans. Il faut voir que quand on joue 10h par jour, on ne voit pas grand monde… Je n’allais plus vraiment au repas de famille, ça m’arrivait quelques fois d’arriver en retard au boulot parce que j’avais joué toute la nuit (et bonjour l’efficacité au travail après ça…), mais le pire c’est quand j’en suis arrivée au point où je me cachais avec un ordi pour jouer au jeu pendant le travail (je travaillais dans une boutique faisant de la réparation informatique)… Là, je crois que c’était vraiment la pire chose que j’ai pu faire.

E : Est-ce que pour toi c’est facile de plonger dans cette dépendance ? Qu’est-ce qui pourrait être fait pour éviter ça ?
I : Oui, il y a des jeux qui sont plus addictifs que d’autres. Si je prends mon exemple, depuis l’enfance je joue à des FPS, j’ai été joueuse semi-professionelle sur Counter Strike pendant 2 ans et je n’avais pas de soucis d’addiction, le problème est arrivé avec les MMORPG et plus particulièrement World of Warcraft… Pour moi le souci vient avant tout du fait que le jeu n’a pas de fin mais aussi parce qu’il ne cesse d’inciter à jouer des heures. Le problème sur ce jeu-là vient à la fois de la production (Activision Blizzard) mais aussi des joueurs eux-mêmes. C’est le genre de jeu où si t’es “nul” t’es raillé par 10 personnes et le seul moyen de devenir bon, il n’y a pas de secret, c’est de jouer encore et toujours. De plus, vous avez comme un temps imparti pour être bon, il faut absolument que vous arriviez à être “le meilleur” avant que la prochaine extension arrive et que le niveau maximum augmente et ainsi donc vous oblige à recommencer cette escalade vers le top niveau. C’est la boucle de l’enfer comme je l’ai affectueusement nommée. La seule mesure prise par le jeu pour vous inciter à réduire votre temps de jeu… C’est tout simplement une petite phrase qui s’affiche avec votre temps de jeu global et de la semaine, d’après eux ça vous aide à réduire… Vaste blague, dans ma guilde (équipe) ils s’amusaient à faire un concours de celui qui aurait le plus de temps de jeu.

La solution, il ne faut pas l’attendre des gens qui créent ces jeux, il faut l’attendre de tous ceux pouvant faire de la prévention ; parents, écoles, la télé. Je pense qu’il faudrait faire témoigner des gens comme moi qui ont vu leur monde s’écrouler pendant qu’un autre s’animait sur leur écran d’ordinateur. 

E : Est-ce que tu connais d’autres personnes accro aux jeux vidéo ?
I : Hélas oui, plusieurs. Beaucoup de mes camarades de jeu sur World of Warcraft. TW : Un de nos amis a été retrouvé inconscient chez lui dans un amas d’immondices, il avait passé 3 jours sans dormir et sans réellement manger parce qu’il cherchait à obtenir un objet légendaire dans le jeu… Mon grand frère a eu des soucis aussi avec le jeu (le même que moi…), il était joueur professionnel à l’époque, il a dû cesser parce qu’il en devenait malade. Mon cousin par alliance pareil, World of Warcraft avait eu raison de sa vie de famille, après un ultimatum de ma cousine il a fini par arrêter avant de revenir mais en jouant moins. Si j’essaie de les compter, je dirais que j’en connais au moins une trentaine. 

E : Selon toi, est-ce que la sensibilisation sur cette dépendance est suffisante ? Si non, qu’est-ce qui pourrait être proposé pour prévenir de ça ?
I : Non et re-non. On sensibilise aux écrans mais pas aux jeux vidéos. On s’en prend aux jeux pour les mauvaises raisons, on ne donne pas les bonnes armes pour faire face à celui qui est un faux ami. Il faudrait déjà que les scientifiques acceptent l’évidence ; oui cette dépendance existe, ne leur en déplaisent, oui les “victimes” sont bien là. La façon de détecter une dépendance aux jeux n’est ni assez rapide (minimum 12 mois !), ni assez efficace. Chez les enfants, il faudrait qu’elle soit traitée le plus tôt possible afin que le comportement ne soit pas ancré en eux, 1 an c’est trop long ! Et si des parents lisent ça, je vous en supplie, n’exposez pas vos enfants trop tôt aux écrans, le CSA recommande entre 6 et 10 ans, pas avant. S’ils ne prennent pas le réflexe de se divertir avec des écrans étant petits, il y a peu de chances pour que cela ne change.

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