Article rédigé par Dawn

Qui ne connaît pas l’histoire de Peter Pan, l’enfant qui ne voulait pas grandir ? Personnage emblématique de l’écrivain J.M. Barrie et rendu célèbre par les studios Disney, Peter Pan fait partie des personnages les plus présents dans notre culture. Mais saviez-vous qu’il a donné son nom à un syndrome bien particulier ?
Aujourd’hui, je vais vous parler du syndrome de Peter Pan, et de ces personnes qui souhaitent rester éternellement enfant.
QUELLES SONT LES PARTICULARITÉS DU SYNDROME ?
Pour commencer, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire quant à l’histoire de Peter Pan pour mieux comprendre pourquoi ce syndrome porte ce nom, je vous renvoie vers ce site qui résume de manière assez complète l’histoire du garçon qui refusait de grandir.
Ce syndrome a été décrit pour la première fois en 1983 par le psychanalyste américain Dan Kiley, qui a repris l’ensemble de ses travaux dans un ouvrage. Ses recherches ont, par la suite, été complétées par la professeure Humbelina Robles Ortega. Le nom de ce syndrome est lié à la caractéristique du célèbre personnage : la peur de grandir. En effet, les adultes touché⋅e⋅s par ce syndrome ont du mal à se comporter en tant que tel, iels ont tendance à fuir leurs responsabilités et à avoir des réactions jugées comme enfantines. On note également un fort besoin affectif, à la manière d’un⋅e jeune enfant envers sa mère, pouvant dériver sur de la dépendance.
Le syndrome de Peter Pan, comme on pourrait s’en douter, se développe durant l’enfance. Cela pourrait être dû à une surprotection de l’entourage qui empêche l’individu de se développer correctement et donc de se préparer à l’entrée dans la vie adulte. Cela pourrait également provenir de traumatismes affectifs comme un manque d’amour maternel et/ou paternel que l’individu chercherait à combler. Une autre cause possible serait l’attribution d’un rôle d’adulte à un jeune âge, par exemple pour remplacer un parent absent, ce qui empêcherait l’enfant de se développer correctement en le forçant à jongler entre son statut d’enfant et ses nouvelles responsabilités d’adulte.
Toujours selon Dan Kiley, ce syndrome évolue dans le temps, en plusieurs phases reconnaissables :
- Lors de l’adolescence, la sexualité est vécue difficilement et les comportements irresponsables se multiplient. Les relations avec les parents se compliquent, et la personne ressent une certaine anxiété mêlée à un sentiment de solitude.
- A partir de la majorité, et jusqu’à 25 ans, les personnes atteintes du syndrome deviennent narcissiques et ont une extrême confiance en elles. Iels font preuve de misogynie ou de misandrie, et se sentent en rupture avec leur environnement, ce qui peut entraîner un sentiment d’insatisfaction.
- Entre 26 et 30 ans, on entre dans la phase chronique du syndrome. La personne feint le comportement adulte afin de s’intégrer au mieux dans la société.
- Passé 45 ans, la personne devient lasse, fatiguée de jouer un rôle qui ne lui correspond pas (en l’occurrence, celui d’un adulte), et décide de retrouver cette enfance refoulée. Des troubles du sommeil et de la dépression peuvent également survenir durant cette période.
Au niveau des symptômes caractéristiques du syndrome de Peter Pan, on retrouve donc :
- le narcissisme : la personne va privilégier son propre bien-être au détriment de celui des autres, et va faire preuve d’égocentrisme. Iel va surestimer ses qualités, et sera convaincu⋅e d’être une bonne personne. Cependant, iel aura également tendance à faire des caprices, à la manière d’un⋅e enfant, si nous allons à l’encontre de ce qu’iel veut.
- des difficultés à gérer ses émotions, surtout négatives, telles que la tristesse ou la colère. Ces émotions sont exprimées de manière excessive, et bien souvent après avoir été contenues un long moment. En effet, les individus ont tendance à les brimer pour correspondre aux attentes sociales, ce qui entraîne un effet de bombe à retardement lorsque ces émotions s’expriment.
- des difficultés à socialiser, à créer des liens avec d’autres adultes, du fait de ce sentiment de décalage avec son entourage. L’individu aura tendance à se créer une fausse personnalité afin de se conformer aux attentes sociales des autres, et leur fera croire qu’iel partage leurs intérêts (projets futurs tels que le mariage, fonder une famille, etc), dans le but de se protéger. Toutefois, iel aura également tendance à être solitaire pour éviter ces situations.
- une sexualité difficile et surtout mal vécue. On observe deux cas de figure : dans un premier cas, l’individu sera asexuel⋅le et se détachera totalement de toute forme de sexualité. Dans l’autre cas, à l’inverse, pour essayer de paraître plus “adulte” et donc mature, iel aura tendance à avoir une sexualité décomplexée et à enchaîner les conquêtes (ce qui renforce le narcissisme de la personne). Cependant, les perturbations physiologiques sexuelles sont assez fréquentes chez ces personnes (éjaculation précoce, panne, etc.).
- un manque de confiance en soi
- une fuite des responsabilités : en couple, la personne va laisser sa/son partenaire prendre les décisions à sa place. Iel va éviter les situations impliquant de faire un choix important, car iel ne souhaite pas se retrouver responsable des décisions, ce qui peut lui porter préjudice notamment dans le milieu professionnel.
- des comportements irresponsables, tels que des achats compulsifs par exemple. Cela peut également mener à des addictions en guise de refuge, pour fuir un environnement perçu comme hostile, l’addiction la plus courante étant celle aux jeux vidéo.
- une peur de la solitude
- parfois, de la dépression : arriver à un certain stade, le mal-être de l’individu peut prendre une telle ampleur qu’iel va développer un état dépressif. C’est d’autant plus probable si l’entourage de la personne à tendance à lui rappeler son incapacité à prendre des responsabilités ou encore son comportement enfantin. A cette dépression peut s’ajouter une certaine nostalgie de l’enfance.
Pendant longtemps, il a été considéré que seuls les hommes pouvaient être touchés par ce syndrome. Les femmes, quant à elles, pouvaient être atteintes du syndrome de Wendy, qui se traduit par un besoin de materner son/sa partenaire en prenant notamment toutes les responsabilités. En vérité, tous les genres peuvent être concernés par le syndrome de Peter Pan, bien que le diagnostic soit plus courant chez les hommes.
Ces deux syndromes sont donc complémentaires, et cela peut entraîner un cercle vicieux dans une relation en renforçant les syndromes plutôt qu’en donnant des clés pour s’en sortir.
PEUT-ON GUÉRIR DU SYNDROME DE PETER PAN ?
Tout d’abord, il faut savoir que cette condition n’est pas officiellement reconnue comme une pathologie, faute de recherches suffisantes sur le sujet. Elle ne figure donc pas dans le DSM-5. Il est cependant possible de se faire “diagnostiquer” par un⋅e professionnel⋅le de santé.
Un suivi par un·e psychologue ou psychiatre permet ainsi de défaire progressivement les blocages qui sont à l’origine du syndrome, mais aussi de mieux accepter le statut d’adulte, la première étape du traitement étant de prendre conscience de ce déni dans lequel se renferme læ patient⋅e. Une fois que l’individu aura accepté le fait qu’iel souffre d’un trouble comportemental, la psychothérapie pourra débuter.
L’entourage a également un rôle primordial, notamment par le soutien apporté à la personne, ou bien par le comportement : il est important de ne pas materner la personne, bien au contraire, car cela ne ferait qu’aggraver la situation. Il faut à l’inverse considérer l’individu comme son égal, et lui parler comme tel, afin de l’aider à accepter progressivement sa condition d’adulte.
LE SYNDROME DE PETER PAN ET LA LITTÉRATURE
Les réécritures du célèbre conte sont monnaie courante, parmi elles nous pouvons citer les bandes dessinées de Régis Loisel, l’adaptation cinématographique des studios Disney ou encore Tant que vole la poussière de Cameron Valciano.
Mais qu’en est-il des œuvres mettant en scène le syndrome de Peter Pan ? Eh bien… Ces ouvrages sont peu nombreux. On peut citer Les Contes interdits : Peter Pan de Simon Rousseau, qui est également une réécriture du conte de J.M. Barrie, mais version horreur et réaliste. Ici, la poussière de fée est une drogue, le capitaine Crochet un policier, et Peter Pan un jeune adulte souffrant du syndrome éponyme. Je déconseille cependant cette lecture aux personnes sensibles, car elle contient énormément de triggers, et est très crue et explicite.
Mais alors, comment mettre en scène un personnage atteint de ce syndrome ?
Le premier point intéressant serait d’insister sur l’inconfort du personnage vis-à-vis de sa condition d’adulte. En effet, pour être “socialement acceptable”, l’individu va utiliser un masque, jouer un rôle pour cacher sa personnalité et bien paraître aux yeux de la société, ce qui entraîne une gêne importante à long terme. Par ailleurs, n’allez pas non plus dans les clichés : même si la personne adulte a un comportement enfantin, iel ne va pas non plus se rouler par terre en faisant un caprice ! Il est donc important de concilier les deux aspects.
Pensez aussi que ce syndrome, bien que souvent décrit chez des hommes, touche tous les genres ! Il pourrait ainsi être intéressant de mettre en scène une personne d’un autre genre pour déconstruire ce stéréotype.
Ce sujet, bien que peu traité, possède beaucoup de potentiel qui n’attend qu’à être exploité !

Les Sources :
✺ « Syndrome de Peter Pan : comment se réconcilier avec l’âge adulte ? » [En ligne] Syndrome de Peter Pan : comment se réconcilier avec l’âge adulte ? (Qare.fr) [Consulté le 05 octobre 2022]
✺ « Syndrome de Peter Pan : 7 signes que vous ne voulez pas grandir », le 17 novembre 2021 [En ligne] Syndrome de Peter Pan : 7 signes que vous ne voulez pas grandir (la-clanique-e-sante.com) [Consulté le 05 octobre 2022]
✺ Dr A. Morjane, « Le syndrome de Peter Pan », le 15 décembre 2019 [En ligne] Le syndrome de Peter Pan (Concilio.com) [Consulté le 05 octobre 2022]
✺ « Syndrome de Peter Pan » [En ligne] Syndrome de Peter Pan (Psychotherapie.ooreka.fr) [Consulté le 05 octobre 2022]
✺ Estelle Yelouassi, « Le syndrome de Peter Pan ou ces adultes qui refusent de grandir », le 25 avril 2022 [En ligne] Le syndrome de Peter Pan ou ces adultes qui refusent de grandir (informationhospitaliere.com) [Consulté le 05 octobre 2022]
Les Témoignages :
✺ Toute une histoire, « J’ai le syndrome de Peter Pan », le 25 mars 2015 [En ligne] J’ai le syndrome de Peter Pan (youtube.com) [Consulté le 05 octobre 2022]
✺ Lucas Radziejewski, « Mon Syndrome de Peter Pan », le 13 janvier 2021 [En ligne] Mon syndrome de Peter Pan (youtube.com) [Consulté le 05 octobre 2022]


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