SYNDROME DE L’IMPOSTEUR

Article rédigé par Allice

Tout le monde à un⋅e ami⋅e qui se dévalorise tout le temps. Cette personne qui est très douée dans ce qu’elle fait, mais qui pourtant n’a aucune confiance en elle ! Et si elle ne faisait pas ça pour attirer l’attention et récolter des compliments, comme on peut le croire, mais qu’elle souffrait de ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur ?

DÉFINITION

Le syndrome de l’Imposteur, qu’on peut également trouver sous les appellations de “complexe/phénomène/expérience d’imposture” ou même “syndrome de l’autodidacte” a été défini en 1978 par deux psychologues : Suzanne A. Imes et Pauline Rose Clance. Il se caractérise par un sentiment de doute permanent, d’illégitimité dans son statut. 

Selon Johanna Rozenblum, une psychologue clinicienne de Paris : “Ce syndrome est un mécanisme psychique qui crée chez les personnes concernées un sentiment de scepticisme permanent à l’égard de leur propre valeur et qui les pousse à attribuer leur réussite à des facteurs externes, comme la chance ou le hasard. En somme, si la personne réussit, ce n’est jamais grâce à ses qualités. »

Le syndrome de l’imposteur est donc un vrai phénomène qui altère grandement la confiance en soi. À noter que ce n’est pas une maladie psychique, mais plus un “état”.

C’est aussi un syndrome assez commun puisqu’il touche près de 70 % de la population mondiale à un moment de leur vie – dont la majorité est féminine. Il est intéressant de noter que le pourcentage diminue quand la tranche d’âge monte. Par exemple, 68 % des jeunes entre 25 et 34 ans sont touché⋅e⋅s contre 36 % du côté des plus de 55 ans.

LES SYMPTÔMES

Il y a plusieurs piliers dans ce syndrome, qui permettent de le reconnaître :

  • l’impression de tromper son entourage : la personne concernée pense ne pas être à la hauteur, et que personne ne s’en rend compte. 
  • une fausse vision de soi : faible estime de soi, perfectionnisme, incapacité à voir les réussites et focalisation sur les lacunes.
  • l’attribution de ses réussites à des facteurs externes : dès qu’une réussite est indéniable, en plus d’être minimisée, elle est survenue grâce à des facteurs externes : la chance, la gentillesse des correcteurs, le hasard… 
  • l’attribution de ses échecs à des facteurs internes : quand il s’agit d’un échec, la personne ayant ce syndrome va tout se mettre sur le dos : “C’est de ma faute”, “Je suis incompétent⋅e”,  “Je n’ai aucune connaissance”…

Une échelle, l’échelle de Clance, a été créée pour évaluer si un individu est atteint de ce syndrome ou non.

LES CAUSES

Comme un grand nombre de pathologies ou d’états psychiques, le syndrome de l’imposteur est multifactoriel et, bien que ces causes changent d’une personne à l’autre, certaines d’entre elles se retrouvent fréquemment. C’est de ces facteurs communément partagés que nous allons maintenant parler :

  • le manque de confiance et d’estime de soi : certainement le plus évident, celui qui nous vient à l’esprit en premier. C’est ce qui nous fait penser qu’on ne peut pas réussir, qu’on ne mérite pas ce qu’on a… En clair, ce manque de confiance et d’estime mène directement au doute de soi, qui est le principe du syndrome de l’imposteur. 
  • l’éducation : si pendant toute votre enfance votre entourage vous a demandé des performances toujours meilleures, comment réussir à se satisfaire de ses efforts ? C’est pour cela que les personnes ayant ce syndrome ont parfois eu des parents stricts, qui, en souhaitant le meilleur pour leurs enfants, ont provoqué l’inverse. Ce type d’éducation, dans l’optique de toujours être læ premier·e, læ meilleur·e mène aussi à un esprit de compétition, qui nous fait croire que, si nous ne sommes pas en tête du classement, nous ne valons rien… 
  • la pression sociale : cet esprit de compétition que des personnes ont depuis l’enfance peut aussi arriver plus tard à cause de certaines  normes écrasantes : il faut toujours être plus intelligent·e, plus belleau… On voit sur nos téléphones portables tous les jours la vie des autres qui semble tellement meilleure que la nôtre, et cela peut vite créer un complexe. 

Ce sont les raisons principales qui mènent à ce syndrome, mais il peut bien évidemment y en avoir d’autres.

LES CONSÉQUENCES

Ne pas avoir confiance en soi à ce point crée généralement une grande anxiété. Par conséquent, il existe une comorbidité (“association de deux maladies, psychiques ou physiques, fréquemment observée dans la population” cf. Larousse) entre le syndrome de l’imposteur et le trouble anxieux qui est très fréquent avec des personnes qui ne souffraient aucunement d’anxiété auparavant.

De plus, on se rend compte que le fait de se sentir tant illégitime entraîne souvent un autosabotage. L’autosabotage peut s’exprimer de diverses manières : pensant que leurs capacités sont trop faibles, les personnes procrastinent. Elles peuvent aussi refuser des opportunités alors que celles-ci étaient dans leur domaine de compétence…

Dans certains cas, il peut être associé à des troubles bien spécifiques comme le trouble anxio-dépressif, ou d’autres troubles qui incluent l’anxiété dans leurs symptômes et qui peuvent impliquer un manque de confiance en soi.

COMMENT S’EN SORTIR ?

Pour s’en sortir, la première étape est de s’en rendre compte. Cela peut paraître basique, mais quand on est persuadé⋅e de ne pas être à la hauteur, de ne pas mériter, il est dur de se dire que tout ce qu’on pense depuis des années sur nous-même est faux. 

La seconde étape est de réussir à prendre de la distance par rapport à soi. Ce syndrome implique une grande sévérité envers soi-même. Il faut donc réussir à se distancer de ses pensées (trop) critiques pour juger plus objectivement ses accomplissements. Ce décentrement permet par la même occasion de se calibrer sur des objectifs accessibles. 

Acceptez la reconnaissance ! Si les autres vous disent que vous le méritez, ce n’est pas pour vous faire plaisir ou par hypocrisie.

L’EFFET DUNNING-KRUGER

Comment parler du syndrome de l’imposteur sans parler de l’effet Dunning-Kruger ?

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif de surestime de soi ! 

Un biais cognitif est une façon de penser qui paraît logique, mais qui ne l’est pas. Il en existe de nombreuses sortes et ce sont les pires ennemis des psychologues. Ils sont aussi à l’origine de nombreuses “fake news”. 

Revenons à l’effet Dunning-Kruger: c’est l’inverse du syndrome de l’Imposteur, les personnes ayant ce biais cognitif se pensent aptes à réussir des choses dont elles ne sont pas capables sans un travail supplémentaire. Il est également caractérisé par un manque de remise en question en cas d’échec.

Le point commun entre le syndrome dont nous parlons et ce biais-là est une incapacité à évaluer correctement ses capacités et compétences : en les sous-estimant dans un cas, et en les surestimant dans l’autre.

LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR DANS LA LITTÉRATURE

Le docteur Sandi Mann a publié en 2020 « Le Syndrome de l’Imposteur » et révèle dans son résumé que 70 % de personnes en souffrent. Ce livre vous propose donc définitions, conseils, tests et aides pour le surmonter. Sarah Zitouni, dans son passage sur Beur FM et dans son livre « Tout vouloir, tout avoir », explique par ailleurs que les femmes seraient les plus touchées par ce syndrome. « Syndrome de l’Imposteur – Parcours d’une interne en psychiatrie » de Claire Le Men est un roman graphique qui raconte l’histoire d’une jeune interne qui se trouve rapidement frappée par le syndrome à cause de son inexpérience.

Bien qu’on en parle rarement en tant que tel, ce syndrome peut se retrouver chez de nombreux·ses protagonistes. Dans combien de romans avons-nous vu le personnage principal ne pas se sentir capable d’accomplir ce qui lui est demandé, ou penser qu’il ne peut pas être réellement ciblé par le destin merveilleux qui se présente à lui ? 

De la même manière, les antagonistes ont tendance à ressentir l’effet Dunning-Kruger. Iels se sentent tou·te·s-puissant⋅e⋅s ! Rien ne peut les arrêter car, après tout, les autres leur sont tellement inférieur⋅e⋅s !

LES SOURCES

✺ Va te faire suivre, « Le syndrome de l’imposteur », le 07 avril 2021 [En ligne] Le syndrome de l’imposteur (youtube.com) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ Anaïs Thiébaux, « Syndrome de l’imposteur : c’est quoi, test, en souffrez-vous ? », le 15 juin 2020 [En ligne] Syndrome de l’imposteur : c’est quoi, test, en souffrez-vous ? (sante.journaldesfemmes.fr) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ « Le syndrome de l’imposteur : qui est-il, d’où vient-il, et les techniques pour en sortir », le 31 août 2020 [En ligne] Le syndrome de l’imposteur : qui est-il, d’où vient-il, et les techniques pour en sortir ( chance.co) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ Nicolas Sarrasin, « Le syndrome de l’imposteur: découvrez ses causes importantes » [En ligne] Le syndrome de l’imposteur : découvrez ses causes importantes (nicolassarrasin.com) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ Raphaëlle Bartet, « Syndrome de l’imposteur : comment le surmonter ? », le 22 novembre 2021 [En ligne] Syndrome de l’imposteur : comment le surmonter ? (medisite.fr) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ Adeline Lajoinie, « Pourquoi 62 % des managers français se disent victimes du Syndrome de l’Imposteur ? », le 10 août 2022 [En ligne] Pourquoi 62 % des managers français se disent victimes du Syndrome de l’Imposteur ? (culture-rh.com) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ Mathieu Vénisse, « Effet dunning Kruger ou quand on se croit plus malin qu’on ne l’est » [En ligne] rEffet dunning Kruger ou quand on se croit plus malain qu’on ne l’est (penser-et-agir.fr) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ « Définition Biais cognitif », le 29 mai 2018 [En ligne] Définition Biais cognitif (usabilis.com) [Consulté le 20 octobre 2022]
✺ « Comorbidité » [En ligne] Comorbidité (larousse.fr) [Consulté le 20 octobre 2022]

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