QUEER

Article rédigé par Edda Charon

D’abord utilisé comme terme injurieux en Angleterre au XVIè siècle pour désigner les personnes homosexuelles, il signifie « bizarre, étrange, peu commun ». Au XXè siècle, la communauté LGBTQIA+ s’approprie cette injure et la transforme en revendication, changeant ainsi la définition même du mot. De quel terme s’agit-il ? Queer ! Et c’est ce dont nous allons parler dans cet article.

DE QUOI S’AGIT-IL ?

Originellement, “queer” est utilisé pour parler des personnes transgenres. Les récits du Chevalier d’Eon aux XVIIIè, d’Herculine Barbin aux XIXè siècle et de Christine Jogensenn dans les années 60, tous trois désigné.e.s comme queer, défraient la chronique. Pour autant, c’est à partir des années 50 que des scientifiques, notamment Harry Benjamin, Richard Green ou encore John Money, « défendent la possibilité [d’une] réassignation sexuelle ». En 1976, l’écrivaine Monique Wittig conclue une conférence sur ces propos : « Il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s’associent, font l’amour avec des femmes car la femme n’a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes ». En d’autres termes, « on ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir), même si la société hétéronormative impose le terme femme (Edda : et homme) parfois même avant la naissance.  Au XXè siècle, le terme est utilisé aux USA en tant qu’insulte homophobe. À cause de la popularité de cette injure, les violences et les discriminations augmentent. C’est en 1960 que la tendance s’inverse car le terme queer  est repris par la communauté pour le transformer en synonyme de fierté. Se revendiquer queer est alors un acte de résistance face à la violence policière. En 1990, face au silence radio du gouvernement lors de la crise du SIDA, le Queer Nation voit le jour. C’est aussi à la même période que naît le défilé de la Pride.

De nos jours, « Queer » est utilisé comme terme « parapluie » ou général pour désigner tous les individus qui ne se considèrent pas hétérosexuels et/ou cisgenres et/ou allosexuels (donc qui sont dans le spectre de l’asexualité). Il peut aussi faire référence à des personnes intersexes. Le “Q” de queer a donc été ajouté à LGBT pour inclure d’autres personnes que les lesbiennes, gays, bisexuel·le·s et les personnes transgenres. Plus tard, le “+” sera rajouté pour y notifier la présence d’autres personnes qui ne rentrent pas dans ces cas, comme les non-binaires, par exemple.

Le terme queer n’a pas seulement cette seule fonction.  Il est aussi utilisé par les personnes qui ne souhaitent pas entrer dans une « étiquette binaire », comme les personnes non binaires, ainsi que par celleux qui sont à la recherche de leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre.

Il existe aussi le mouvement queer (Edda : différent du mouvement LGBT), qui est « opposé aux politiques d’intégrations en tous genres » selon le site d’Orthodidacte.

En un mot comme en cent, le mouvement queer est la déconstruction du sexe et du genre, du masculin et du féminin.

PLUS EXACTEMENT

Le mouvement queer encourage la déconstruction de la notion de « sexe », de « genre » ainsi que de  « masculin/féminin ». Pour lui,  l’attribution de ces derniers qualificatifs à un sexe biologique et à une identité de genre n’est que le résultat de la domination de l’hétérosexualité. Cette domination hétéronormative a, de nos jours, beaucoup de mal à accepter les personnes queer – que certain·e·s considèrent comme marginales – et pouvant ne pas se considérer comme hétérosexuelles ou cisgenre voire les deux. C’est un terme qui définit celleux qui sortent de l’hétérocis-normativité (qui, rappellons-le, veut garder l’hétérosexuel·le cis-genre en haut de la pyramide sociale) et luttent contre celle-ci.

ENCORE BEAUCOUP DE CHEMIN À FAIRE

En 2021, le nombre d’actions anti-LGBTQIA+ a augmenté de 28 %, soit 3 790 actes enregistrés par les forces de l’ordre.

Pour rester dans les chiffres en 2021, selon le graphique de Vie publique :

  • 33,7 % sont des injures et des diffamations,
  • 24 % sont des atteintes physiques,
  • 22 % sont des menaces,
  • 5,8 % sont des atteintes aux biens avec ou sans violence,
  • 3,8 % sont des harcèlements,
  • 3,1 % sont des atteintes à caractère sexuel,
  • 3,1 % sont d’autres atteintes aux personnes,
  • 2,3 % sont des discriminations et
  • 2,2 % sont d’autres infractions.

On peut être amené⋅e à croire que ces chiffres ne sont pas corrects étant donné que toutes les victimes ne déclarent pas tout ce qu’elles subissent. On peut donc noter qu’il y a 7 000 personnes victimes d’actions violentes anti-LGBTQIA+, 25 000 sont victimes de menaces et 16 000 sont victimes d’injures.

MAIS POURQUOI ?

En premier lieu, on accusera l’éducation, mais aussi le manque d’information. Par manque de connaissance ou absence de personne concernée dans l’entourage, les personnes LBTQphobes (ou Queerphobe) ont tendance à rejeter la communauté queer et considèrent comme choquant le fait qu’elle ait les mêmes droits que les hétérosexuel·le·s (Edda : c’est cette façon de penser qui est choquant). Ces mêmes personnes argueront que les personnes queer sont déviantes, perverses et, surtout, anormales.

Tout ce mode de pensée sert à justifier toutes les violences envers la communauté queer qui, selon le compte Instagram @fac_genres_sexualites, cherche à déhiérarchiser ce système en faisant en sorte que les personnes queer soient enfin considérées comme des personnes « comme les autres » et non plus comme « anormales ».

LE QUEER ET LA LITTÉRATURE

Depuis quelques années, l’invisibilisation de la communauté queer s’effectue de moins en moins dans les écrits et c’est cool ! Cela a commencé peut-être en premier lieu dans les fanfictions de différents fandoms et ça s’étend dans les romans graphiques et dans les romans. On peut le voir avec une autrice de référence dans la communauté queer Mademoiselle Cordélia. Chinelo Okparanta, avec son roman publié en 2015 Sous les arbres de l’Udala, raconte l’histoire d’Ijeoma, qui doit trouver un moyen d’harmoniser sa vie entre sa foi, sa famille et sa sexualité, sur un fond de toile de guerre civile au Nigéria. Stone Butch Blues de Leslie Feinberg – publié en 1993 – dénonce les violences policières dans les années 50 contre les personnes queer et butch (butch : personne née femme qui a toutes les caractéritiques physiques et comportementales que l’hétéro-normativité attribue aux personnes nées hommes) et notamment contre le personnage principal, Jess Goldberg. En 1982, Alice Walker publie La couleur pourpre, qui relate la misogynie, les mauvais traitements et le racisme dans une Géorgie rurale. Le site Vogue vous propose d’autres romans qui sont, selon elleux, des classiques de la littérature LGBTQIA+.


Mais comment créer un personnage queer sans se tromper ? C’est beaucoup de questionnements lorsque nous ne sommes pas nous-mêmes queer, mais les personnes concernées peuvent vous donner de très bons conseils que vous pouvez trouver notamment chez Mademoiselle Cordélia ou sur les comptes Instagram qui parlent justement de ce sujet comme, par exemple, @fac_genres_sexualités et bien d’autres encore. Mais est-ce que ça vaut le coup si c’est un peu touchy ? Oui ! Parce que ça permet de mettre en lumière un personnage qui ne suit pas le schéma classique de l’hétérosexuel·le hétéro-romantique et cisgenre. Un tel personnage pourra être sommé de prouver son existence même ou la légitimité de ses droits face à des  conservateurices qui ne cessent d’arguer que c’est une mode (Edda : non) et que c’est contre-nature (Edda : double non). Une histoire peut aussi avoir un personnage queer qui ne meurt pas ou qui ne finit pas dans une relation hétéro. Changeons un peu la donne et sortons de sentiers bien trop souvent battus.

LES SOURCES

✺ « Quelle est la définition du mot Queer ? » [En ligne] queer – Définition du mot – Dictionnaire Orthodidacte [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ Stéphane Lavignotte, « Les Queer, politique d’un nouveau genre » [En ligne] LES QUEER, POLITIQUE D’UN NOUVEAU GENRE (lespantheresroses.org) [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ « C’est quoi, un queer ? Définition LGBT #1 », le 09 avril 2020 [En ligne] C’est quoi, un queer ? Définition LGBT #1 | PrideAvenue.fr [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ « Queer en questionnement » [En ligne] Queer (@_queer_en_questionnement) • Photos et vidéos Instagram [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ « Queer Education » [En ligne] Queer Education – Ressources pour une éducation queer et inclusive [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ Pascale Macary-Garipuy, « Le mouvement « queer » : des sexualités mutantes ? », pages 43 à 52, 2006 [En ligne] Le mouvement « queer » : des sexualités mutantes ? | Cairn.info [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ « LGBTQI+Les personnes LGBT mieux acceptées par la société française, mais des malaises subsistent », le 26 juin 2019 [En ligne] Les personnes LGBT mieux acceptées par la société française, mais des malaises subsistent – têtu· (tetu.com) [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ @fac_genres_sexualites Gaël•le/ Bonnie (iel) sur Instagram : Maintenant vous savez!
✺ « Penelop » [En ligne] Le mouvement Queer – pelenop (over-blog.com) [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ Sara Ahmed, « Queer Phenomenology » [En ligne] Queer Phenomenology | Le Manuscrit [Consulté le 20 novembre 2022]
✺ @sashalaguillon_auteurice Sasha | auteurice LGBT (@sashalaguillon_auteurice) • Photos et vidéos Instagram
✺ @lecturesenisble Lecture Sensible (@lecturesensible) • Photos et vidéos Instagram

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