INTERVIEWS SUR LA KINÉSITHÉRAPIE

Interview du Masseur Kinésithérapeuthe Alvaro Monterrubio

Pour accompagner l’article sur la kinésithérapie, j’ai demandé au professionnel de la santé que je consulte depuis plusieurs mois maintenant suite à des soucis de squelette nécessitant son intervention. Il a très aimablement accepté de nous donner un peu de son temps pour nous parler de son métier. D’ailleurs, vous trouverez en italique, quelques interventions de son collègue présent au moment de l’interview.

Merci beaucoup d’avoir accepté cet interview. Est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

J’ai toujours été dans le sport. Et, à l’époque, j’ai décidé de passer le diplôme de BTS diététicien. Et, en même temps de faire mes études, j’ai fait beaucoup de petits boulots. Dès que je l’ai obtenu, j’ai commencé à travailler, mais je me suis rendu compte que je ne gagnais pas bien ma vie et j’avais la sensation qu’il me manquait quelque chose. Le métier de diététicien offre une vision sur certains sujets, mais n’aide pas sur le plan physique et je reste malgré tout plus intéressé par l’aspect physique que psychologique. J’ai donc cherché ce qui pourrait être utile pour læ patient·e de manière plus complémentaire et plus axé au bien-être sans faire trop d’études et surtout pas la médecine (ces études sont trop onéreuses). Ce métier est idéal parce qu’il a le bénéfice de voir la personne sur plusieurs aspects comme la diététique et le sport.

Êtes-vous à votre compte ou pas ?

Je suis à mon compte. Entre 2010 et 2012, je travaillais dans le libéral et dans un hôpital. Entre 2012-2018, je travaillais en tant que salarié. Je me suis mis après à mon compte ici. Ce qu’il faut savoir, c’est que les trois kinésithérapeutes qui travaillent dans ce bâtiment sont à leur compte. Je paye entre 25 % et 30 % de mon Chiffre d’Affaire pour participer à la vie de la salle.

Quel type de patient, de besoin rencontrez-vous le plus souvent ?

Le dos. Beaucoup de personnes viennent à cause de problèmes de dos. Et ce n’est pas pour rien que c’est la deuxième cause mondiale d’arrêt maladie (Edda : la première étant la dépression). Ces problèmes sont là à cause de la sédentarisation, mais pas que. Il y a aussi le fait que les personnes font moins de travail physique (sport) et ont très souvent une mauvaise posture au travail.

Que conseillerez-vous pour les personnes ayant envie de devenir masseur-kinésithérapeuthe ?

Être dévoué·e et avoir beaucoup d’empathie. C’est un métier où l’humain a une très grande importance pour la thérapie, pour le relationnel, mais aussi pour la confiance que læ patient·e place en saon kinésithérapeute. Si tu crois en ton thérapeute, tout peut arriver. (Edda : les patient·es ont toustes acquiescé à l’intervention de son collègue). Il est aussi nécessaire d’avoir la capacité de s’adapter aux besoins du/de la patient·e.

Vous m’avez vu galérer sur Doctolib et on peut dire que c’est assez dur d’avoir un rendez-vous rapidement. Que conseillerez-vous pour pouvoir prendre rendez-vous assez vite chez un·e masseur·euse-kinésithérapeute ?

Connaître quelqu’un. Si un·e patient·e a un·e ami·e qui a besoin de voir une personne du métier, cellui-ci a plus de chance d’obtenir un rendez-vous. Mais le plus efficace est surtout de se déplacer. Nous ne sommes jamais contre l’idée de prendre de nouvelleaux patient·e·s, le problème est que nous avons beaucoup de demandes ! Tellement que nous ne pouvons souvent pas accepter parce que nous n’avons plus de place. (Edda : pour avoir eu beaucoup de difficulté à prendre un rendez-vous, essuyé de nombreux refus, je confirme que se rendre sur place est le plus efficace).

Je lance peut-être un débat (spoiler alert : oui !). Dans l’article, on note qu’il n’y a aucune machine utilisée dans le travail de kinésithérapie au Québec. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que les deux méthodes se valent ?

Ça dépend. La machine peut soulager des douleurs en saturant les nerfs et ainsi éviter qu’on masse toute la journée et que ce soit nous, au final, qui ayons des problèmes de santé. Sans l’utilisation de la machine, c’est déplacer la douleur. C’est ce qu’on appelle la professionnalisation de la douleur. Ce qu’il faut retenir, c’est que tout n’est pas bon dans la machine. La machine, c’est l’optimisation, mais c’est aussi un risque de tomber dans la donnée et d’oublier l’humain. À trop en mettre dans la salle, c’est utiliser la machine pour justifier la machine. Un bon thérapeuthe se pose la question d’où s’arrête la limite de la machine. Vous regardez la traumatologie (spécialité médicale consacrée aux traumatismes physiques), comme c’est facile à faire grâce aux machines, tout le monde veut le faire. Mais les machines ne sont pas à jeter pour autant ! Les machines restent très pratiques et utiles pour notre métier. Après tout, les meilleures inventions ont été faites dans le besoin.

Interview de l’ancien Masseur Kinésithérapeuthe Pascal EHRHART

Merci beaucoup d’avoir accepté cet interview. Est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

J’ai intégré une école de kiné après avoir passé le baccalauréat et préparer les concours d’entrée en première année de faculté de biologie. J’ai décidé de faire ce métier-là dès les années lycée dans le souci d’être dans l’aide à mon prochain et en mêlant si possible une activité physique à ce souci premier. Je ne voulais pas un métier intellectuel, j’avais besoin du rapport au corps et d’être proche du milieu du sport car j’en faisais beaucoup à l’époque. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai suivi pendant vingt ans des sport-études judo, et maintenant des sport-études GRS (Gymnastique Rythmique et Sportive).
Pour l’ostéo, au bout de quelques années, je me suis rendu compte des limites des moyens que pouvait m’offrir la kinésithérapie car, dans les années 1990, il n’y avait pas toutes les formations complémentaires qu’il peut y avoir aujourd’hui. Je me suis donc formé à l’ostéopathie qui allait m’en offrir plus. J’ai d’abord pratiqué la kinésithérapie et l’ostéopathie avant de faire entièrement de l’ostéopathie.

Êtes-vous à votre compte ou pas ?

Je suis à mon compte depuis le début de ma carrière. J’ai du mal avec l’autorité donc je voulais être mon propre chef, être indépendant dès le départ pour ne pas prendre de risque.

Quel type de patient, de besoin rencontrez-vous le plus souvent ?

Des douleurs physiques, somatiques de tout ordre, de la tête aux pieds. Les problèmes les plus communs sont peut-être au niveau des cervicales et de l’épaule.

Que conseillerez-vous pour les personnes ayant envie de devenir masseur-kinésithérapeuthe ?

D’être bien certain⋅e⋅s qu’iels puissent s’épanouir dans le service à l’autre et dans le souci du bien-être de l’autre donc en fait beaucoup d’altruisme, beaucoup d’attention de bienveillance, de présence à l’autre.

C’est de plus en plus dur d’avoir un rendez-vous rapidement, notamment sur Doctolib. Que conseillerez-vous pour pouvoir prendre rendez-vous assez vite chez un·e masseur·euse-kinésithérapeute ?

Dans mon cas, je conseille d’autres collègues quand je ne peux pas satisfaire la demande de rendez-vous dans les temps espérés.

Je lance peut-être un débat. Dans l’article, on note qu’il n’y a aucune machine utilisée dans le travail de kinésithérapie au Québec. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que les deux méthodes se valent ?

Les machines sont de plus en plus performantes et peuvent être très intéressantes. Les électrochocs sont très efficaces, par exemple. Le seul risque est de déshumaniser ce type de soin et de profiter du travail de la machine pour aller faire autre chose, voir d’autres patient⋅e⋅s.

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