LA DYSCALCULIE

Article rédigé par Dawn

Il arrive parfois qu’un⋅e enfant présente des difficultés dans l’apprentissage, notamment du fait de troubles dys. La plupart du temps, ces difficultés affectent l’écriture, la lecture, ou encore la coordination des mouvements. Mais il existe un trouble, appartenant lui aussi à la catégorie des troubles dys, qui affecte l’aptitude à manipuler les nombres : la dyscalculie.

LA DYSCALCULIE, OU QUAND LA COMPRÉHENSION DES NOMBRES DEVIENT DIFFICILE

Comme dit en introduction, la dyscalculie est un trouble qui impacte les aptitudes à manipuler les nombres et à les comprendre. Comme pour la plupart des troubles dys, ses causes sont inconnues, même si l’hypothèse d’une cause génétique a été avancée, toutefois sans réelles études pour le démontrer.

Bien que l’on en entende peu parler par rapport à la dyslexie ou la dyspraxie, ce trouble touche 3 à 8% de la population mondiale. À titre de comparaison, la dyslexie concerne 5% des enfants en France. (Dawn : les études se penchent surtout sur les enfants, mais il ne faut pas oublier qu’un trouble dys ne disparaît pas avec l’âge, et que ces enfants grandissent et deviennent adultes !)

Pour se faire une idée de ce qu’est la dyscalculie, il est possible de faire l’analogie suivante : la dyscalculie fonctionne de la même manière que la dyslexie, bien que cette dernière concerne les lettres et les mots, alors que la dyscalculie implique les chiffres et les nombres.

Concrètement, d’un point de vue mathématique, cela se traduit par des difficultés à :

  • compter et dénombrer
  • reconnaître les nombres et comprendre leur signification
  • se représenter une quantité, que ce soit un volume, une durée, une distance ou encore une somme d’argent
  • comprendre des notions telles que “autant que”, “le double” ou “supérieur à”
  • effectuer des opérations simples (aussi bien par calcul mental qu’en le posant) ou apprendre des faits numériques comme les tables de multiplication

Mais la dyscalculie ne s’arrête pas là. En effet, beaucoup de facultés cognitives découlent de notre capacité à comprendre les nombres, notamment tout ce qui touche à la logique et à la représentation spatiale et temporelle. Ce trouble va donc entraîner des difficultés à résoudre des problèmes logiques, simples comme complexes, ainsi qu’à se repérer dans le temps et l’espace.

On peut distinguer quatre types de dyscalculie, chacune affectant plus fortement l’un des aspects précédemment cités par rapport aux autres : 

  • la dyscalculie visio-spatiale, qui concerne principalement la pose des opérations et l’organisation des nombres. La personne dyscalculique va confondre les nombres (le 6 et le 9 par exemple) et/ou les opérations (multiplier au lieu d’additionner) ;
  • la dyscalculie lexicale, qui touche la lecture des nombres et des symboles mathématiques. Dans cette forme de dyscalculie, la personne n’aura aucun problème à comprendre les concepts mathématiques et à effectuer des calculs mentaux, mais elle aura plus de mal à poser les opérations et à lire les nombres ; 
  • la dyscalculie verbale, qui est l’inverse de la dyscalculie lexicale : ici, la personne arrive à lire et écrire les nombres, mais ne parvient pas à les identifier lorsqu’ils sont prononcés à l’oral ni à les nommer si on le leur demande ;
  • la dyscalculie procédurale. Dans ce cas de figure, la personne comprend les relations entre les nombres mais n’arrive pas à les utiliser pour réaliser des calculs, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.

Notez toutefois que cette classification n’est pas officielle. Elle permet seulement d’identifier plus aisément les différents handicaps que la dyscalculie engendre afin d’adapter au mieux les solutions pour la personne. De même, deux personnes dyscalculiques peuvent présenter des difficultés différentes, comme le montre ce schéma explicatif de l’Association québécoise des neuropsychologues :

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Souvent, la dyscalculie est associée à un ou plusieurs autres troubles dys, les plus courants étant la dysphasie, la dyspraxie et la dyslexie. Dans le cas de la dyspraxie, elle en est une conséquence directe : lorsque l’on apprend à lire et à compter, nous avons le réflexe d’utiliser notre doigt pour suivre une ligne et ne pas se perdre en cours de lecture, réflexe qui est absent chez les enfants dyspraxiques/dyscalculiques, ce qui rend donc la lecture des nombres difficile.

UN TROUBLE BIEN SOUVENT IGNORÉ

Comme nous l’avons vu juste avant, la dyscalculie ne concerne pas uniquement les facultés mathématiques. Malheureusement, le diagnostic d’un⋅e enfant dyscalculique est compliqué dans le milieu scolaire, et pour cause : les enfants ayant des difficultés en maths sont loin d’être rares, par rapport à d’autres matières. La dyscalculie est donc bien souvent ignorée, alors que, comme pour tous les troubles pouvant affecter l’apprentissage et la scolarité, il est important de la diagnostiquer dès le plus jeune âge afin de mettre en place des adaptations en conséquence. En effet, plus le diagnostic est établi tôt, plus l’élève pourra bénéficier d’une aide essentielle pour son développement personnel.

Si l’enfant présente des difficultés à s’orienter dans l’espace, à compter sans utiliser ses doigts et à réaliser des opérations très simples, cela peut être le signe d’une dyscalculie. Il peut alors être nécessaire d’effectuer plusieurs bilans auprès d’un⋅e orthophoniste afin de confirmer la présence de ce trouble : 

  • un bilan neurologique afin de s’assurer que le problème ne vient pas d’une lésion au niveau du cerveau,
  • un bilan neuropsychologique pour écarter les troubles de l’attention et de la mémoire,
  • un bilan psychomoteur pour écarter les troubles liés à la coordination.

Si la dyscalculie est avérée, alors l’enfant devra bénéficier d’un suivi orthophonique afin de compenser ses difficultés. Cela passera particulièrement par une rééducation orthophonique afin de rattraper son retard par rapport aux autres enfants de son âge et apprendre à résoudre des problèmes logiques par ellui-même. Cette rééducation peut prendre de plusieurs semaines à plusieurs mois, selon le handicap que provoque ce trouble, et a pour but d’en alléger les symptômes. Car malheureusement, la dyscalculie ne peut pas se guérir.

DES ADAPTATIONS À TOUTES LES ÉCHELLES

Comme tout trouble affectant la scolarité, une adaptation scolaire peut s’avérer nécessaire. Cela passe notamment par la mise à disposition d’un⋅e auxiliaire de vie scolaire qui accompagnera l’enfant en l’aidant à s’organiser, à comprendre ce que l’enseignant⋅e attend d’ellui par exemple. L’enfant peut également bénéficier de matériel pédagogique adapté à son handicap afin de faciliter son apprentissage, en particulier des outils informatiques.
Une autre adaptation possible (et cumulable avec l’auxiliaire de vie scolaire) est la classe d’intégration scolaire. Ce dispositif consiste à mettre en place, au sein de l’établissement scolaire, des cours spécifiques à destination des élèves en difficulté, cours qui auront lieu sur les heures de cours classiques : si l’enfant présente un retard dans une matière (dans notre cas, les mathématiques), iel ira en classe d’intégration scolaire sur ces heures de cours afin d’avoir des leçons adaptées à son niveau et son handicap. Pour les autres matières, iel suivra les mêmes cours que ses camarades.

Au-delà de l’aspect scolaire, il est important de prendre conscience que la dyscalculie touche également la vie quotidienne. On aura plutôt tendance à ménager son enfant vis-à-vis des activités calculatoires, mais cela n’est pas une bonne idée : en agissant de la sorte, on lui rappelle sa différence et cela peut affecter sa confiance en ellui. Au contraire, lui confier des tâches impliquant du calcul ou de la manipulation des nombres telles que gérer son propre argent de poche ou aller faire des courses peut lui permettre de se familiariser davantage avec les activités numériques et mettre en application ce qu’iel aura vu durant ses séances de rééducation orthophonique.

LA DYSCALULIE ET LA LITTÉRATURE

Au cours de mes recherches de livres à vous présenter abordant le thème de la dyscalculie, je suis surtout tombée sur des guides à destination des parents d’enfants dyscalculiques et des enseignant⋅e⋅s afin de les aider à mieux comprendre ce trouble et comment s’y adapter. Des ouvrages très importants, quand on sait le handicap que cela engendre pour l’enfant et les difficultés que peuvent avoir les établissements scolaires à s’adapter aux besoins de ces mêmes enfants.
Mais j’ai tout de même réussi à trouver quelques romans et biographies sortant du lot. Parmi eux, La tête dans les nuages de Julie Allemand Di Marco, biographie dans laquelle l’auteure confie les difficultés qu’elle a connues et qu’elle connaît encore à l’âge adulte à cause d’un TDAH dyscalculique diagnostiqué très tardivement. Je suis dyscalculique… d’Alain Ménissier est un roman servant à sensibiliser sur le sujet et qui met en scène Julie, une enfant dyscalculique de neuf ans qui raconte comment son trouble affecte sa capacité à résoudre des problèmes arithmétiques et à comprendre les relations entre les nombres.

Mais alors, comment intégrer la dyscalculie dans un roman, me direz-vous ? 

Tout d’abord, comme je l’ai rappelé en début d’article : on associe les troubles dys aux enfants, mais il ne faut pas oublier que ces derniers grandissent et que le handicap ne disparaît pas avec l’âge. Cela pourrait donc être intéressant de montrer le quotidien d’un⋅e adulte atteint⋅e de dyscalculie, d’expliquer les astuces qu’iel utilise au quotidien pour réduire l’impact de son trouble sur ses activités.

Un autre point serait de ne pas se focaliser uniquement sur l’aspect “difficultés en mathématiques”. Comme nous l’avons vu dans les symptômes, la dyscalculie touche d’autres aspects que les calculs, et cela passe notamment par les difficultés à se repérer dans le temps et l’espace. Votre personnage peut donc avoir du mal à se déplacer dans sa ville, oublier ses rendez-vous importants car iel n’arrive pas à y associer les heures… Il y a pleins de façons de représenter la dyscalculie sans passer par les classiques difficultés à poser des opérations. 

Il est également important de noter que la dyscalculie n’empêche pas de travailler dans un domaine nécessitant la manipulation des nombres, tel que la comptabilité ou le commerce ! Alors pourquoi ne pas mettre en scène un⋅e expert⋅e comptable ayant réussi à faire de son trouble une force ?

LES SOURCES

✺ « FFDys – Fédération Française des Dys » [En ligne] FFDys – Fédération Française des Dys (ffdys.com) [Consulté le 05 mars 2023]
✺ « Dyscalculie – Dys-Positif » [En ligne] Dyscalculie – Dys-Positif (dys-positif.fr) [Consulté le 05 mars 2023]
✺ « Quels sont les différents types de dyscalculie ? » [En ligne] Quels sont les différents types de dyscalculie ? (dys-positif.fr) [Consulté le 05 mars 2023]
✺ Mathilde Etienne, « Pourquoi dépister un enfant DYS et quelles sont les aides pour les enfants ? », le 16 juin 2019 [En ligne] Pourquoi dépister un enfant DYS et quelles sont les aides pour les enfants ? (psychomot-math.fr) [Consulté le 05 mars 2023]
✺ Eliane Chevrier, « La dyscalculie, c’est plus que de ne pas être bon en maths » [En ligne] La dyscalculie, c’est plus que de ne pas être bon en maths (aqnp.ca)/ [Consulté le 05 mars 2023]
✺ « La dyscalculie, comment la détecter et que faire ? », le 06 avril 2021 [En ligne] La dyscalculie, comment la détecter et que faire ? (mymentor.fr) [Consulté le 05 mars 2023]

LES TÉMOIGNAGES

✺ Maria Poblete, « William, lycéen et dyscalculique : « Les chiffres, pour moi, ne veulent rien dire » », le 18 mai 2017 [En ligne] William, lycéen et dyscalculique : « Les chiffres, pour moi, ne veulent rien dire » (letudiant.fr) [Consulté le 05 mars 2023]
✺ « Ma dyscalculie, les profs et moi » [En ligne] Ma dyscalculie, les profs et moi (zep.media)/ [Consulté le 05 mars 2023]

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