Article rédigé par Edda Charon

Nous connaissons tou·te·s plus ou moins le syndrome de Stockholm, qui a été abordé de différentes manières dans les livres, films et séries. Cependant, son contraire est un sujet beaucoup moins abordé et donc moins connu. C’est pour cette raison que nous allons vous parler du syndrome de Lima dans cet article.
L’ORIGINE ET COMMENT RECONNAÎTRE LE SYNDROME
L’ORIGINE
Le syndrome de Lima a été constaté pour la première fois au Pérou le 17 décembre 1996. À ce moment-là, 14 des membres du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) prennent en otages près de 621 résidents de l’ambassade du Japon et quelques personnes influentes péruviennes. Au lieu de leur ôter la vie, les membres de la MRTA, dès la première nuit, acceptent de libérer près de 549 otages. Le deuxième jour, il est noté que l’atmosphère est plus légère. Aucun otage ne porte de traces de violences quelconques, les otages ont le maximum de liberté possible. Peu à peu, les membres de la MRTA sont pris de sympathie pour eux et Ogura Hidetaka, alors responsable des affaires politiques à l’ambassade et lui-même otage à ce moment-là, racontera dans un témoignage en 2019 : « Les otages étaient tous allongés face contre terre, mais c’était plutôt par peur des tirs de la police à l’extérieur. »
Le groupuscule sera anéanti après 126 jours de résistance par l’opération Chavín de Huántar, par 142 commandos.
LES SIGNES
Vous l’avez peut-être compris, le syndrome de Lima se base sur un puissant sentiment de culpabilité ou sur la trop grande empathie des ravisseurs, empathie qui peut se développer en sentiment amoureux. De ce fait, les prisonniers ne seront pas traités comme tels, mais plutôt comme des invités par les ravisseurs, qui tenteront également de nouer un lien avec les otages. Ainsi, les ravisseurs peuvent être amenés à se soucier de leurs prisonniers, à les rassurer, les nourrir et être aux petits soins pour eux.
Cependant, il ne faut pas se leurrer : les ravisseurs peuvent rester des personnes dangereuses. D’autant plus que, dans l’éventuel cas où le sentiment amoureux se développe, cela peut devenir une obsession.
De ce fait, il est très important de ne pas confondre le syndrome de Lima avec le syndrome de Stockholm, qui se caractérise par les otages qui développent de l’empathie envers leurs ravisseurs.
LES CAUSES DE CE SYNDROME ET COMMENT LE VAINCRE ?
LES CAUSES
Il existe bien peu de données et il en est de même pour les recherches sur ce syndrome, en raison de sa grande complexité. Il est d’ailleurs presque impossible d’évaluer le nombre d’individus atteints par le syndrome de Lima, notamment en raison de sa rareté, mais aussi à cause du nombre de conditions qui favorisent son apparition.
En plus de certaines conditions environnementales, le syndrome de Lima peut apparaître chez une personne à qui on a inculqué des valeurs altruistes et des valeurs portées sur la considération d’autrui. De ce fait, l’empathie qui s’est développée peut être supérieure à la moyenne.
Le syndrome peut aussi apparaître lorsque le ravisseur tombe amoureux de son otage ou d’une personne ressemblant à l’otage et cela développe parfois une obsession.
Dans le cadre d’une prise d’otage ou d’un enlèvement, le syndrome peut apparaître dans les cas où :
→ le ravisseur aurait été forcé à participer à cette prise d’otage/cet enlèvement ;
→ le ravisseur n’est pas en accord avec la façon dont la prise d’otage/l’enlèvement est effectué·e ;
→ le ravisseur n’a aucun antécédent dans l’enlèvement et/ou la prise d’otage et ne présente aucun trouble de la personnalité antisociale ;
→ le ravisseur est amené à penser qu’il ne sortira pas vivant de la prise d’otage/de l’enlèvement.
Il arrive parfois que, quand le syndrome de Lima se développe chez le ravisseur, le syndrome de Stockholm réponde en miroir chez l’otage et les deux syndromes peuvent alors se renforcer réciproquement.
TRAITER LE SYNDROME
Pour l’instant, la seule proposition qui a fait ses preuves jusqu’à présent est la consultation d’un·e psychologue ou psychanalyste spécialisé·e sur le sujet. De cette manière, iel peut aider à comprendre l’apparition de ce syndrome, ainsi que le traumatisme qui peut en résulter.
Il peut être aussi conseillé de participer à des thérapies de restructuration cognitive très élaborées. De cette manière, la réalité pourra être réinterprétée de façon plus saine et la personne concernée pourra vaincre le syndrome de Lima.
Il est aussi très important de noter et d’appuyer que le syndrome de Lima n’est en aucun cas une maladie et que, par conséquent, la personne concernée ne peut être considérée ni comme folle ni comme malade.
LE SYNDROME DE LIMA DANS LA POP CULTURE ET DANS L’ÉCRITURE
Du fait de la rareté de ce cas et que le syndrome de Lima ne soit pas un syndrome connu – au contraire du syndrome Stockholm –, aucun livre notable n’a été trouvé sur le net. Cependant, ce syndrome n’est pas passé inaperçu pour autant. En effet, du côté de la musique, le groupe Nirvana joue Polly en incarnant un ravisseur qui développe le syndrome de Lima envers sa prisonnière, Polly (la musique s’étant basée sur un fait divers d’une jeune fille de 14 ans étant parvenue à amadouer et à s’échapper de son violeur).
Du côté de la filmographie, on peut noter un James Bond, Le monde ne suffit pas, où un personnage développe le syndrome de Lima, et sa prisonnière, le syndrome de Stockholm ; ou encore The Town, où un braqueur va brièvement prendre en otage une directrice de banque et développer des sentiments amoureux envers elle.
Beaucoup de personnes critiquent l’un des succès de Walt Disney, La Belle et la Bête, en pointant un syndrome de Stockholm de Belle envers la Bête. À raison ou à tort. Mais si une personne décidait de réécrire cette histoire en utilisant uniquement le point de vue de la Bête, y noterait-on le développement du syndrome de Lima ?
Et si l’on réécrivait aussi l’histoire de Raiponce (Rapunzel dans la version originale), avec la mère Gothel qui se serait véritablement prise d’affection pour l’enfant, Raiponce, qu’elle a kidnappée ?
Et si une histoire de prise d’otage ou d’enlèvement était rédigée uniquement du point de vue du ravisseur, tout en répondant à tous les critères pour développer le syndrome de Lima ? S’il développe de l’empathie ou des sentiments envers sa victime, est-ce que, selon l’auteurice, cela pourrait devenir obsessionnel ? Et qu’en serait-il des journalistes qui, à l’extérieur, utilisent des termes déshumanisants envers le ravisseur, lui interdisant toutes valeurs morales telles que la gratitude, la loyauté, la générosité, etc. ?Est-ce que ce serait le jeune âge du ravisseur qui favoriserait le développement du syndrome de Lima ou l’inverse selon l’auteurice ? Son éducation familiale ou religieuse pourrait-elle aussi être prise en compte ?
L’équipe de D’Encre et de Couleurs serait très curieuse de lire un tel récit.

LES SOURCES
✺ Peggy Cardin-Changizi, « Syndrome de Lima : origine, signes, que faire ? », le 25 juin 2021 [En ligne] Syndrome de Lima : origine, signes, que faire ? (sante.journaldesfemmes.fr) [Consulté le 20 avril 2023]
✺ Rodolphe Oppenheimer, « Le syndrome de Lima : tout savoir », le 12 novembre 2020 [En ligne] Le syndrome de Lima : tout savoir (psy-92.net) [Consulté le 20 avril 2023]
✺ Georges de Sousa, « Quel est le syndrome de Lima ? », le 06 octobre 2022 [En ligne] Quel est le syndrome de Lima ? (synonyme-du-mot.com) [Consulté le 20 avril 2023]
✺ Christiano-Antonino, « Syndrome de Lima : Quand les ravisseurs restent émotionnellement attachés à leurs ravisseurs », le 06 décembre 2021 [En ligne] Syndrome de Lima : quand les ravisseurs restent attachés à leurs ravisseurs (emergency-live.com) [Consulté le 20 avril 2023]
✺ Josse Evelyne, « Le syndrome de Lima, reflet miroir du syndrome de Stockholm », août 2022 [En ligne] Le syndrome de Lima, reflet en miroir du syndrome de Stockholm (researchgate.net) [Consulté le 20 avril 2023]
✺ « Syndrome de Lima » [En ligne] hSyndrome de Lima (fr-academic.com) [Consulté le 20 avril 2023]


Laisser un commentaire