Article rédigé par Edda Charon

S’il est une IST (Infection Sexuelle Transmissible, voir l’article à ce sujet)qui a stigmatisé durant des dizaines d’années, dans de nombreux pays, les personnes atteintes de cette maladie et leur entourage, c’est bien le sida, aussi et majoritairement appelé VIH. Méconnue, ou alors trop peu prise au sérieux, cette IST sert souvent de prétexte pour déverser une haine injustifiée.
LA DÉCOUVERTE ET LES CHIFFRES DU VIH
C’est en 1981 que le VIH-1 (Virus de l’Immunodéficience Humaine 1) est découvert pour la première fois par la chercheuse en virologie Françoise Barré-Sinoussi et le biologiste virologue Luc Montagnier, ce qui leur vaut le Prix Nobel de Médecine en 2008.
C’est cinq ans plus tard, en 1986, qu’est découvert le VIH-2. Proche de son cousin, il est cependant moins pathogène (« qualifie ce qui provoque une maladie, en particulier un germe capable de déterminer une infection » selon Larousse) et a une évolution plus lente.
À l’heure actuelle encore, le VIH-1, aussi appelé sida (syndrome d’immunodéficience acquise), est celui qui est le plus répandu dans le monde. Le VIH-2, quant à lui, est essentiellement présent en Afrique de l’Ouest.
Pour 2021, L’ONUSIDA a partagé des statistiques mondiales concernant le virus. Voici quelques chiffres (toujours concernant 2021) :
→ 1,5 million de nouvelles infections du VIH ;
→ 38,4 millions de personnes vivant avec le VIH ;
→ 650 mille personnes sont décédées d’une maladie opportuniste liée au SIDA ;
→ 84,2 millions de personnes ont été infectées par le VIH depuis le début de l’épidémie ;
→ 36,7 millions de personnes infectées sont des adultes (à partir de 15 ans et plus) ;
→ 1,7 million de personnes infectées sont des enfants (de 0 à 14 ans) ;
→ 54 % des personnes vivant avec le VIH sont des personnes nées avec un utérus ;
→ En Afrique subsaharienne, les personnes nées avec un utérus représentent 63 % des nouvelles infections au VIH ;
→ En 2019, L’ONUSIDA estime à 29 milliards de dollars américain le financement nécessaire à « la riposte au sida dans les pays à revenu faible et intermédiaire, y compris les pays autrefois considérés comme des pays à revenu élevé, en 2025, pour être en mesure de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique mondiale. »
Nous vous partageons juste ici le lien menant aux dernières statistiques sur l’état d’épidémie du sida.
Encore aujourd’hui, le sida est l’une des maladies infectieuses les plus mortelles dans le monde.
Dans l’article sur le site de Santé Sexuelle Positive, il est écrit « En Belgique , l’infection au VIH est considérée comme une maladie chronique : c’est-à-dire une maladie dont on ne peut pas guérir totalement et pour laquelle on doit suivre un traitement à vie. »
L’INFECTION ET LES SYMPTÔMES
Le VIH a une particularité que n’ont pas les autres IST : il s’attaque aux cellules du système immunitaire, et plus particulièrement aux lymphocytes T CD4. Ces cellules et ces lymphocytes ont pour rôle de protéger le corps contre les maladies et les infections.
Pour mieux expliquer les différentes étapes, le site Santé Sexuelle Positive les représente sous forme de petits dessins parfaitement clairs. Nous allons donc tenter de les résumer ci-dessous :
→ Étape 1 : Le virus du VIH entre dans une cellule CD4 initialement saine ;
→ Étape 2 : Le VIH se multiplie dans la cellule et utilise les composants (en y ajoutant son propre matériel génétique) de la cellule pour se multiplier ;
→ Étape 3 : La cellule meurt des attaques du VIH et le virus sort de la cellule détruite ;
→ Étape 4 : Le VIH infecte d’autres cellules, se multiplie et les tue avant de continuer à proliférer.
De cette manière, le VIH détruit le système immunitaire de l’organisme et le rend, par conséquent, fragile face aux infections dites opportunistes. C’est à partir de ce moment-là qu’on décrète que la personne infectée porte le sida.
Pour ce qui des symptômes, cela peut prendre entre 5 et 15 ans environ avant que les premiers symptômes apparaissent car encore « contenus » par le système immunitaire.
Par la suite, le nombre de lymphocytes baisse et les premières manifestations apparaissent telles que :
→ des candidoses “(champignons (levures) qui peuvent provoquer des infections superficielles touchant les muqueuses, la peau et des infections viscérales : elles peuvent se limiter à un organe ou disséminer à travers l’organisme. Elles sont souvent responsables d’infections graves, survenant dans un contexte nosocomial. Plus de détails dans les sources)” ;
→ des diarrhées chroniques ;
→ de la fièvre…
Par la suite, c’est l’arrivée des maladies opportunistes comme la tuberculose, les pneumopathies, le zona (infection qui peut toucher toutes les personnes ayant eu la varicelle)…, mais aussi certains cancers. Dans cette catégorie, on citera la maladie de Kaposi (tumeurs cutanées dues à une forme du virus de l’herpès), les lymphomes non hodgkiniens (cancers du système immunitaire) ou encore le cancer du col utérin.
COMMENT SE TRANSMET LE VIH ?
Il existe trois moyens de transmettre le virus.
→ Par voie sexuelle : cela peut être lors d’un rapport sexuel non protégé ou lors de contacts bucco-génitaux avec une personne malade. Le préservatif reste donc la meilleure solution et la meilleure protection lors de ces moments intimes.
→ Par voie sanguine : si les personnes sont imprudentes, le virus peut se transmettre via des seringues et des aiguilles contaminées (on pensera surtout au moment des partages de drogue) ou lors d’un contact avec un objet coupant infecté.
→ Par voie “maternelle” : malheureusement, un nouveau parent atteint du VIH peut transmettre le virus à son nouveau-né lors de l’accouchement ou de l’allaitement.
Par ailleurs, il peut être intéressant de clarifier certains termes utilisés pour les personnes ayant ou non le VIH. Ainsi, on dira que :
→ une personne séronégative n’est pas infectée par le VIH ;
→ une personne séropositive est infectée par le VIH, mais pas encore malade. En effet, le VIH se multiplie dans l’organisme qui se défend avec des anticorps (Suliane : dans le langage courant, on utilise ces termes-là pour le VIH, mais scientifiquement; “séropositif·ive” est utilisé pour tous les virus. Il est donc plus correct de dire “séropositif·ive au VIH”) ;
→ une personne malade du VIH est infectée par le VIH et son système immunitaire est fortement affaibli. Elle est peut-être déjà attaquée par une ou plusieurs maladies opportunistes. Une telle personne peut aussi être appelée PV VIH (Personne Vivant avec le VIH).
Par ailleurs, dès lors que la personne est catégorisée comme malade, on ne parle alors plus de VIH, mais de sida.
LE COMBAT CONTRE UN VIRUS
La sensibilisation autour du VIH et du sida ainsi que le dépistage sont des points centraux et primordiaux dans la prévention de la contamination. Ces actions permettent aussi à la personne concernée d’accéder à des soins suffisamment tôt pour espérer pouvoir éliminer le VIH à temps, donc empêcher la contamination. Ceci est possible si un traitement est procuré dans les 48h après l’exposition potentielle.
Ainsi, le test dit « classique » se réalise suite à une prescription médicale en laboratoire via une prise de sang et les résultats s’obtiennent au bout de quelques jours. Il est conseillé de réaliser ce test au minimum six semaines après la probable infection.
Il existe aussi ce qui est appelé le TROD, le « test rapide d’orientation diagnostic » qui peut être réalisé trois mois après la possible infection. Il suffit de prélever une goutte de sang au bout du doigt et les résultats s’obtiennent en quelques minutes. Si le test s’avère positif, alors la personne devra obligatoirement réaliser le test classique.
Aujourd’hui, il existe tout un arsenal thérapeutique conséquent pour lutter contre la maladie. Tout ceci permet une amélioration de la qualité de vie ainsi que l’espérance de vie des patient·e·s. Cependant, c’est sans compter d’importants effets secondaires.
Le corps médical a d’ailleurs mis en place ce qu’il appelle la trithérapie, c’est-à-dire trois classes de médicaments qui évitent les résistances du VIH et augmentent l’efficacité du traitement.
Selon la Fondation de Recherche Médicale, il existe à présent plusieurs types de médicaments qui agissent sur une protéine en particulier nécessaire à la prolifération du virus. Ainsi, un traitement va empêcher le virus d’entrer dans une cellule saine. Un autre va empêcher la multiplication de son matériel génétique. Enfin, un dernier traitement va altérer la fabrication et empêcher sa prolifération.
À l’heure actuelle, des recherches sont en cours pour trouver un moyen de faire disparaître le virus de l’organisme des personnes infectées, mais aussi du globe terrestre.
UNE LÉGÈRE LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL
Actuellement, un travail franco-international est parvenu à isoler des cellules immunitaires particulières, appelées lymphocytes T « cross réactifs », qui sont capables de détecter et contrôler l’infection ainsi que sa propagation. Ce pourrait être un bon espoir pour la création d’un vaccin.
Fait très étonnant, après qu’un patient infecté par le VIH a reçu une greffe de la mœlle osseuse pour traiter une autre maladie, des médecins ont découvert huit mois plus tard que ledit patient ne présentait plus aucun virus dans le sang. Pour l’heure, le corps médical s’assure que le virus ne réapparaîtra pas dans son organisme et qu’il n’y aura pas de rechute.
Du côté de la prévention, on tend à encourager la circoncision pour les personnes nées avec un pénis. En effet, une étude a montré que la circoncision réduisait le risque d’infection par le VIH. Les raisons encore floues, la médecine continue ses recherches à ce sujet. L’hypothèse serait que l’ablation du prépuce provoque un épaississement de la muqueuse, formant ainsi une barrière contre le virus.
Si cette hypothèse s’avère, un programme de circoncision volontaire pourrait être mis en place sur le continent africain.
L’OMBRE DE LA MÉCONNAISSANCE ET DE LA DISCRIMINATION
Depuis l’apparition du VIH, les personnes séropositives subissent les méconnaissances et les discriminations des individus mal informés.
Ainsi, un internaute a laissé un commentaire (Edda : qu’il n’a pas assumé derrière et supprimé depuis) sous une vidéo Youtube de Sidaction, assurant qu’il connaît la vérité sur le sida, qu’il s’agit d’une fausse pandémie ayant seulement pour but de récolter de l’argent.
L’association Sida Info Service reçoit également des appels d’individus qui pensent exactement la même chose.
Et comme tout ce qui tourne autour du complot n’a pas vraiment tendance à suivre les évolutions scientifiques mais préfère stagner, on raconte encore que le VIH est une pure invention d’un laboratoire américain qui opérait des tests sur des primates. Cette histoire est, tout bêtement, un coup de communication appelé “Infektion”, créé par le KGB à l’époque de la Guerre Froide.
D’autres arguent qu’il s’agit d’une maladie qui se propage uniquement entre les homosexuel·le⋅s, ce qui a valu une très grande et très violente vague d’homophobie dans le monde entier. Malheureusement, les plus mal informés continuent d’utiliser ce faux argument et de promulguer leur haine gratuite et injustifiée en appelant le VIH, le Cancer Gay.
On peut aussi rappeler qu’en 2009, le pape Benoît XVI affirmait que l’utilisation du préservatif aggravait le problème du sida (Edda : alors qu’on a bien vu que c’est l’inverse).
Mais alors pourquoi toutes ces personnes appelées “complotistes” le sont ? Selon le sociologue Arnaud Mercier, c’est parce qu’« avec toute épidémie mortelle émerge l’idée que ça arrange quelqu’un, et chacun y voit le fait de l’ennemi : dans le cas du sida, les pays riches pour éradiquer les pauvres par exemple, ou encore les laboratoires pour faire de l’argent. »
Certaines personnes y croient tellement dur comme fer qu’elles sont persuadées qu’il est possible de guérir du VIH avec des graines et des fruits.
Bien que je n’aie pas pu trouver des chiffres exacts, il est tout de même intéressant de noter que beaucoup de jeunes sont très mal informé⋅e⋅s sur le virus du VIH et ont même peur de le contracter simplement en embrassant une autre personne sur la bouche. D’autres encore sont persuadé⋅e⋅s d’être immunisé⋅e⋅s parce qu’hétérosexuel·le·s. Par ailleurs, la baisse de subvention de l’État pour la sensibilisation au sida est aussi à déplorer.
Enfin, il y a aussi la fausse croyance selon laquelle le VIH est encore transmissible par une PV VIH qui est sous traitement depuis plus de six mois. Lors de son témoignage (Edda : que vous pouvez trouver dans les sources), Nicolas explique que la personne la plus dangereuse n’est pas la PV VIH qui prend un traitement, mais celle séronégative potentiellement positive, qui n’effectue aucun test et se croit immunisée pour d’obscures raisons.
LE VIH/SIDA ET LA LITTÉRATURE
À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, d’Hervé Guibert, nous raconte sa vie avec la séropositivité, les trahisons qu’il a subies, les obstacles qu’il a dû traverser et le soutien inébranlable qu’il a reçu tout le long de son parcours. Les Nuits Fauves de Cyril Collard est une autobiographie qui a pu également voir le jour sur grand écran. Cyril Collard, séropositif autant dans l’histoire que dans la vie, y tient le rôle principal (Edda : il se retrouve en réalité obligé de l’endosser car le film fait peur et est refusé par de nombreux acteurs, dont Patrick Bruel) et nous raconte sa vie avec le VIH et le sida. Le film devient très vite un succès populaire. Loin du cliché “le sida aux homosexuel·le·s/bisexuel·le·s”, il y a le roman Positive de Paige Rawl et de Ali Benjamin qui raconte l’histoire d’une jeune lycéenne qui subit le harcèlement scolaire suite à sa révélation sur sa séropositivité au VIH transmise par sa mère. Malheureusement, au-delà de ces deux romans cités et d’autres que vous pouvez trouver dans les librairies, tout roman fictif de fantasy, de science-fiction… aucun ne présente un personnage principal dit PV VIH.
Pourtant, cela pourrait être très intéressant de creuser la psychologie d’un personnage concerné par la maladie, ou celle d’un·e ami·e, d’un·e membre de la famille. Les réflexions et les remarques de l’entourage du type «Tu n’avais qu’à faire attention» ou celui d’un·e petit·e ami·e qui, lors d’une dispute, sortirait «mais tu crois que c’est facile pour moi ?» Comment se déroulerait la prise en charge, l’annonce, etc. ? Comment cela se passerait selon vous, possible auteurice, quand une personne et/ou vivant sur le continent africain contracte le VIH ?
Malheureusement, encore aujourd’hui, la maladie reste encore incurable.

LES SOURCES :
✺ « Tout savoir sur le Sida » [En ligne] Tout savoir sur le Sida (frm.org) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « Le SIDA en chiffres » [En ligne] Le SIDA en chiffres (unaids.org) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « Le VIH, c’est quoi ? » [En ligne] Le VIH, c’est quoi ? (preventionsida.org) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « Candidoses », juin 2021 [En ligne] Candidoses (pasteur.fr) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « L’exclusion reste une réalité », le 18 juin 2019 [En ligne] L’exclusion reste une réalité (preventionsida.org) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ Et Tout le Monde S’en Fout, « #Special Sidaction – Le VIH – », le 21 mars 2017 [en ligne] #Special Sidaction – Le VIH – (youtube.com) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « Le VIH/Sida », le 29 novembre 2022 [En ligne] Le VIH/Sida (santepubliquefrance.fr) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « 40 ans de la découverte du VIH : le sida, cas d’école de la désinformation scientifique », le 10 mai 2023 [En ligne] 40ans de la découverte du VIH : le sida, cas d’école de la désinformation scientifique (varmatin.com) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ « 1982 : la télévision française parle pour la première fois du sida », le 26 novembre 2018 [En ligne] 1982 : la télévision française parle pour la première fois du sida (ina.fr) [Consulté le 20 mai 2023]
LES TÉMOIGNAGES :
✺ « SIDA: « C’est insupportable de devoir cacher notre maladie », témoignage d’un Montpelliérain », le 06 novembre 2018 [En ligne] SIDA : « C’est insupportable de devoir cacher notre maladie », témoignage d’une Montpelliérain (actions-traitements.org. [Consulté le 20 mai 2023]
✺ Brut, « Témoignage : Lucie Hovhannessian, 26 ans, vit avec le VIH depuis 2012 », le 05 mars 2018 [En ligne] Témoignage : Lucie Hovhannessian, 26 ans vit avec le VIH depuis 2012 (youtube.com) [Consulté le 20 mai 2023]
✺ ArchiveRC, « En 1986, témoignage émouvant d’un homme qui a contracté le virus du sida », le 29 octobre 2021 [En ligne] En 1986, témoignage émouvant d’un homme qui a contracté le virus du sida (youtube.com) [Consulté le 20 mais 2023]
✺ MCE TV, « VIH : « J’ai perdu tous mes amis »… le témoignage bouleversant de Nicolas, séropositif | Sidaction », le 24 mars 2022 [En ligne] VIH : « J’ai perdu tous mes amis »… le témoignage bouleversant de Nicolas, séropositif | Sidaction (youtube.com) [Consulté le 20 mai 2023]


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