LA NON BINARITÉ

Article rédigé par Erica

La société est en constante évolution et, avec elle, les normes et les perceptions liées à l’identité de genre. Alors que le spectre des genres se complexifie, de plus en plus de personnes se reconnaissent en dehors des catégories traditionnelles de masculin et féminin. C’est dans ce contexte que la non-binarité émerge comme une identité de genre qui transcende les binarités traditionnelles et remet en question les idées préconçues sur ce que signifie être homme ou femme. Aujourd’hui, mettons en avant les défis auxquels les personnes non-binaires sont confrontées et partageons les ressources qui contribuent à créer un environnement plus inclusif et respectueux.

C’EST QUOI, ÊTRE NON-BINAIRE ?

La non-binarité est un ensemble d’identités de genre qui se situe en dehors des catégories binaires traditionnelles de masculinité et de féminité. Les personnes non-binaires peuvent se sentir à la fois masculines et féminines, à l’aise dans aucun des deux termes ou quelque part entre les deux. Cette identité de genre est de plus en plus reconnue et acceptée, mais il reste encore beaucoup de travail pour éduquer le grand public et lutter contre les préjugés.

Être non-binaire, ou enby/emby (qui fait référence à NB, de l’anglais non binary), ça peut paraître flou pour les personnes de l’entourage. “Au final, tu es quoi ?”. Cette phrase mille fois entendue n’a même pas de raison d’être. Après tout, quelle importance ? Cependant, il peut être difficile de s’y retrouver, car chacun⋅e vit sa non-binarité de façon propre. De nombreux néologismes se développent ainsi pour désigner des identités non binaires : agenre, bigenre, demi-genre, genderqueer, genderfluid, etc. Il serait trop fastidieux de tout détailler ici, mais je vous invite à vous renseigner sur chacun de ces termes, qui ne représentent pas tous la même chose.

En 2022, le groupe MasterCard a lancé une étude sur la représentation non-binaire, menée auprès de plus de 15.000 personnes, dans 16 pays d’Europe et d’Amérique du Nord. En France, 2,4% des personnes interrogées se considèrent comme non-binaires. Chiffre intéressant, 54 % de la population du sondage affirment comprendre les individus qui ne souhaitent pas s’identifier en tant qu’homme ou femme.

LA RECONNAISSANCE DES PERSONNES NON-BINAIRES

Non-binaire : entre incompréhension, curiosité et jugement

L’une des principales difficultés rencontrées par les personnes non-binaires est le manque de compréhension et de reconnaissance de leur identité de genre. Dans de nombreuses cultures, il est considéré comme la norme que chaque individu soit uniquement un homme ou uniquement une femme et il n’y a souvent pas de place pour celleux qui se situent ailleurs sur le spectre du genre. Les personnes non-binaires font alors souvent face à des préjugés et de la discrimination de la part de personnes qui ne comprennent pas ou ne reconnaissent pas leur identité de genre.

Malheureusement, cette discrimination s’accompagne souvent de violences. Toujours d’après l’étude de MasterCard, 74% des personnes non-binaires ont été victimes de harcèlement ou de violence verbale. Pas étonnant que ces personnes ne se sentent pas en sécurité dans les rues la nuit, dans les transports en commun et même dans les magasins. Plus alarmant encore, 20% de ces gens ont une mauvaise image d’eux-mêmes et 43% sont sujets à des humeurs dépressives. Des chiffres qui nous rappellent que, malgré une petite amélioration dans l’acceptation des identités et expressions de genre, il reste beaucoup de chemin à faire.

La non-binarité à travers le temps et l’espace

Cette diversité d’identités de genre existe depuis des siècles, mais c’est seulement récemment que les sociétés occidentales commencent à accorder une reconnaissance et une acceptation plus larges à ces expériences individuelles. De plus en plus de personnes et d’organisations reconnaissent la non-binarité et travaillent à créer des espaces sûrs et inclusifs pour les personnes non-binaires. Par exemple, de nombreux établissements d’enseignement et lieux de travail ont commencé à inclure des options non-binaires pour les pronoms dans leurs formulaires et systèmes informatiques. On voit quelques structures qui ont abandonné le “Mme”, “Mlle”, “M.” devant les noms ou proposent parfois l’alternative Mx, d’autres ont inclus une case à cocher “non binaire”, à côté de “homme” ou “femme”. La société MasterCard a lancé sa fonctionnalité True Name sur ses cartes bancaires, afin de laisser le choix du nom qui y figure, dans une volonté de combattre les discriminations de genre. Les mouvements LGBTQIA+ ont également commencé à inclure la non-binarité dans leur travail de défense des droits.

En Suède, depuis 2013, un nouveau pronom a vu le jour : “hen”. Ce pronom neutre se situe entre le “il” et le “elle” et fait référence à une personne sans préciser son genre. La crèche suédoise Nicolaigarden à Stockholm en a fait son concept. Ici, sur les 115 enfants, pas de “filles”, ni de “garçons”, seulement des ami·e·s. Si, en France, on n’en est pas encore là, des structures tentent tout de même de bannir les traitements genrés, s’inspirant du modèle suédois, comme la crèche Bourdarias de Saint-Ouen. Finis les “tu es un garçon fort, ne pleure pas” et les “qu’est-ce qu’elle est jolie avec sa robe”. Ouf, enfin !

Aux Pays-Bas, la ministre Ingrid van Engelshoven a décidé de supprimer la mention du sexe sur les cartes d’identité, dès 2024/2025, car elle la juge inutile. Vous connaissez le meilleur ? Personne n’a bronché. Aucun débat, aucune outrance.

Ailleurs dans le monde, les choses bougent, mais chaque pays à son rythme : 

  • le genre neutre en Australie ;
  • le troisième sexe par choix en Asie ;
  • l’indétermination sexuelle en Allemagne ;
  • Etc.

D’après l’étude MasterCard, globalement, l’acceptation des personnes non-binaires est plus répandue en Europe de l’Ouest que dans les autres pays.

QUELLE DIFFÉRENCE AVEC LA BI/PANSEXUALITÉ ?

Il est important de noter que la non-binarité n’est pas la même chose que la bisexualité ou la pansexualité. Cette dernière fait référence à l’attirance physique, sexuelle, affective et/ou romantique pour toute personne, sans égard à son sexe ou son genre. Quant à la bisexualité, il s’agit d’une attirance qui peut varier, tantôt envers une personne de même genre, tantôt envers une personne du genre “opposé”. Vous pouvez retrouver plus de détails sur la différence avec notre article sur la pansexualité. Si l’on conserve ce concept de pluralité des genres et des identités, il faut bien distinguer le genre de l’orientation sexuelle. Ce sont deux choses différentes, bien que souvent liées. Les personnes non-binaires peuvent avoir n’importe quelle orientation romanticosexuelle et je vous invite à vous documenter sur les types d’attractions qui existent et leurs possibles dénominations.

LA NON-BINARITÉ, UN EFFET DE MODE ?

Beaucoup de gens ont tendance à considérer la non-binarité comme un nouvel effet de mode, on a alors droit à des haussements de sourcils, des yeux au ciel, des rires incrédules. “Il y a des choses plus graves dans la vie”, “comment s’adresser à eux s’ils changent tout le temps de pronom ?”. Et pourtant… la non-binarité n’est pas une identité de genre « nouvelle » ou « inventée ». Les cultures et les sociétés du monde entier ont des histoires de personnes non-binaires et de genres qui ne correspondent pas aux catégories binaires occidentales. 

Saviez-vous que, selon Maria Lugones, une philosophe féministe argentine, des identités et expressions de genre non-binaires existaient déjà dans des sociétés pré-coloniales, notamment celle des Yorubas, mais aussi des cultures autochtones d’Amérique du Nord ? Je vous recommande chaudement le très passionnant essai La question de la colonialité du genre de Breny Mendoza, inspiré de plusieurs articles de Maria Lugones, dont vous trouverez les références en bas de cet article. En fait, les Yorubas auraient foi en un être suprême asexué ou possédant toutes les identités de genre à la fois. Ainsi, lorsqu’iels abordent le genre ou la sexualité, on remarque une subtilité dépassant la dualité masculin/féminin ou hétérosexuel/homosexuel que l’on retrouve dans les sociétés occidentales. Le sujet étant complexe, je vous invite à lire l’étude sur la cosmologie Yoruba en fin d’article.

En outre, les personnes non-binaires ne sont pas des « tendances » ou des « phases » qui disparaissent après un certain temps. Il s’agit d’une identité de genre à part entière. Néanmoins, il est tout à fait possible que la non-binarité ne constitue qu’une étape dans le questionnement d’une personne sur son genre. Dans ce cas, la personne peut décider de changer pour le genre “opposé” ou de revenir à son genre assigné à la naissance. Ces expériences sont saines et légitimes et ne veulent pas dire que la non-binarité est une phase pour tout le monde. Il n’y a pas lieu de dénigrer la non-binarité, quelle qu’elle soit.

En fin de compte, la non-binarité comprend un ensemble d’identités de genre aussi valables et réelles que les identités de genre binaires. Les personnes non-binaires méritent d’être respectées et reconnues sans subir d’embyphobie (discriminations envers les personnes non-binaires) et les sociétés doivent travailler à créer des espaces sûrs et inclusifs pour eux. En éduquant les gens sur la non-binarité et en travaillant pour éliminer les préjugés et la discrimination, nous pouvons travailler ensemble pour créer un monde plus inclusif et juste pour toustes.

LA NON-BINARITÉ DANS LES ROMANS

Les personnages non-binaires en littérature

Les personnages non-binaires sont de plus en plus présents dans la littérature contemporaine. Alors que les histoires centrées sur des personnages cisgenres ont été la norme pendant des siècles, il est important de célébrer la diversité dans la représentation littéraire.

Je vous conseille fortement Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. C’est un roman graphique qui narre l’histoire d’une adolescente tombant amoureuse d’une jeune femme aux cheveux bleus. Cela vous rappelle peut-être le film La vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche et pour cause, ça en est une adaptation. Et comment ne pas citer Persona de Ielenna, dont le personnage principal, Andrea, a un don qui lui permet de changer de genre selon la situation ? La représentation non binaire, ici, est bienvenue, même si malheureusement, la narration ne suit pas toujours. En effet, son pronom reste “il”, même quand Andrea est une femme. Dommage. J’ai récemment découvert Rivers Solomon avec Les Abysses, où les personnages sont des sortes de sirènes non genrées. Un livre fabuleux sur la mémoire, poétique et intelligent, qui nous montre que le genre des personnages n’a aucune importance.

La littérature pour jeunes adultes est un domaine en expansion pour les personnages non-binaires, ce qui est intéressant quand on sait que c’est à cette période qu’on subit le plus de questionnements quant à notre identité. Des romans tels que Felix Ever After de Kacen Callender, I wish you all the best de Mason Deaver, Legendborn de Tracy Deonn et bien sûr Adriel de Leo Mx mettent en scène des personnages non-binaires luttant pour trouver leur place dans un monde qui leur est souvent hostile. Ces histoires peuvent être incroyablement puissantes pour les lecteur·ice·s non-binaires qui cherchent à se voir représenté·e·s dans la littérature.

Cependant, la représentation de personnages non-binaires en littérature est encore limitée. Il reste beaucoup à faire pour accroître la diversité et l’inclusion dans les histoires racontées. Si vous souhaitez une liste plus fournie d’œuvres littéraires mettant en scène des personnages aux orientations sexuelles et genres différent⋅e⋅s, n’hésitez pas à lire l’article de Cordelia, que je vous mettrai en ressources.

Comment mettre en scène un personnage non-binaire dans un roman ?

La création d’un personnage non-binaire dans un roman peut sembler intimidante, mais c’est en fait une occasion de représenter une identité de genre sous-représentée dans la littérature. Voici quelques étapes à suivre pour créer un personnage non-binaire authentique et bien développé dans votre roman :

  1. Éduquez-vous sur les identités de genre non-binaires

Avant de commencer à écrire votre personnage non-binaire, il est important de comprendre ce que cela signifie et quelles sont les différentes expériences que les personnes non-binaires peuvent vivre. Lisez des témoignages de personnes non-binaires, des articles et des livres sur la non-binarité pour vous aider à mieux comprendre ce que cela signifie. N”hésitez pas à parler avec des personnes non-binaires, pour comprendre leurs expériences et éviter les maladresses.

  1. Déterminez l’identité de genre de votre personnage

Les personnes non-binaires peuvent avoir différentes identités de genre, allant de bigenre ou genderfluid à agenre, pour ne citer qu’elles. Il est important de déterminer l’identité de genre de votre personnage avant de commencer à écrire pour que vous puissiez l’intégrer de manière cohérente dans le récit. Peut-être votre personnage hésite-t-il entre plusieurs ? Il se questionne, se renseigne, doute ou bien se moque des étiquettes. Le tout, c’est de travailler cette ou ces identités de manière crédible.

  1. Utilisez les pronoms appropriés

Les pronoms sont une partie importante de l’identité de genre non-binaire. Les personnes non-binaires, outre les pronoms “il” et “elle”, peuvent utiliser « iel », « ielles », « ille », « el”, “al”, “ael” etc. et même en avoir plusieurs. Assurez-vous d’utiliser le ou les pronoms appropriés pour votre personnage non-binaire tout au long du roman. N’hésitez pas à lire notre article sur l’écriture inclusive pour vous aider.

  1. Évitez les stéréotypes

Évitez les stéréotypes de genre en créant votre personnage non-binaire. Les personnes non-binaires ne sont pas toutes androgynes ou n’ont pas toutes des centres d’intérêt non-stéréotypés. Évitez également de faire de leur identité de genre leur unique caractéristique et d’éviter de tomber dans les clichés. Ces personnages ont une personnalité propre, à vous de la constituer.

En fin de compte, la création d’un personnage non-binaire dans un roman peut sembler difficile, mais avec des recherches et des efforts, il est possible de créer un personnage non-binaire bien développé et authentique. L’important est de se rappeler que chaque personne non-binaire est unique et que son identité de genre ne doit pas définir l’ensemble de sa personnalité.

LES SOURCES :

✺ « 5,3% des Millennials et de la Gen Z s’identifient comme non-binaires » [En ligne] 5,3 % des Millenials et de la Gen Z s’identifient comme non-binaires (mastercard.com) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ Endolorix, « L’amour à non-binaryland » [En ligne] L’amour à non-binayland instagram.com/endolorix) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ James Padilioni Jr, « Cosmological Queerness Across the Yoruba Diaspora », le 05 février 2017 [En ligne] Cosmological Queerness Across the Yoruba Diaspora (aaihs.org) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ Laure Mandeville, « Suppression du genre aux Pays-Bas: « Les citoyens doivent pouvoir façonner leur propre identité » », le 07 août 2020 [En ligne] Suppression du genre aux Pays-Bas : « Les citoyens doivent pouvoir façonner leur propre identité » (lefigaro.fr) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ Judith Samam-Patte, « Suède : le pays où le genre n’a pas d’importance ? », le 18 février 2013 [En ligne] Suède : le pays où le genre n’a pas d’importance ? (grazia.fr) [Consulté le 05 février 2023]
✺ Élise Racque, « « Sexe neutre » : comment ça se passe dans les pays qui l’ont reconnu ? », le 04 mai 2017 [En ligne] « Sexe neutre » : comment ça se passe dans les pays qui l’ont reconnu ? (europe1.fr) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ Breny Mendoza, « La question de la colonialité du genre », 2019 [En ligne] https://journals.openedition.org/cedref/1218La question de la colonialité du genre (journals.openedition.org) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ Gabriel-le, « Bi’Causerie – « « Écrire des personnages non-binaires » par Kalo », le 16 août 2020 [En ligne] Écrire des personnages non-binaires par Kalo (bicause.fr) [Consulté le 05 juin 2023]

Articles de Maria Lugones : 

✺ « Heterosexualism and the Colonial/ Modern Gender System » (2007)
✺ « Toward a Decolonial Feminism » (2010)

LES RESSOURCES :

✺ Cordélia, « La master-liste LGBT+ de Cordélia », le 16 avril 2021 [En ligne] La master-liste LGBT+ de Cordélia (mademoisellecordelia.fr) [Consulté le 05 juin 2023]
✺ @nonbinairefr : informations et ressources sur la non-binarité et les enjeux liés à l’identité de genre
✺ @genrespluriels : association française qui lutte pour les droits des personnes trans et non-binaires
✺ @genre_et_vous : sensibilisation et informations sur les questions de genre et d’identité
✺ @lalliance.genree : association française qui promeut l’inclusion et l’égalité des personnes trans et non-binaires

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