INTERVIEW SUR LA RELATION D’AIDE PAR LE TOUCHER® AVEC MYRIAM PERRET AU PÔLE BIEN-ÊTRE DE SAINT-LÔ (50)

Peux-tu te présenter en tant que praticienne ?

Je suis Myriam Perret, je pratique la Relation d’Aide par le Toucher® depuis 2015 et les massages bien-être depuis 2016.

Comment t’es venue l’envie de pratiquer la Relation d’Aide par le Toucher® ?

J’ai eu mon salon de coiffure pendant 10 ans. Quand j’ai ouvert mon salon de coiffure à 23 ans, j’étais partie pour faire de la coupe énergétique. J’étais déjà dans le développement personnel pour moi et j’ai toujours trouvé ça intéressant d’aller voir plus loin. Quand je faisais les massages au niveau du shampooing, j’avais des client·e·s qui disaient : “Quand vous nous massez la tête, ça soulage des douleurs du corps.” J’avais une dame qui boitait et avait un problème aux jambes, et elle se sentait toujours mieux quand elle ressortait du salon. Après, les salons de coiffure sont réputés pour être des lieux d’accueil pour les personnes qui ont besoin de discuter et, du coup, je me sentais limitée dans l’accompagnement que je pouvais leur proposer. Finalement, je n’ai pas mis en place le projet de la coupe énergétique, j’ai rencontré mon mari entre-temps, il a été question que l’on déménage, j’en ai profité pour vendre mon salon. Je voulais garder quelque chose avec mes mains et, à l’époque, mon ostéopathe m’a dit : “J’ai vu une formation, j’ai pensé à vous.”

Quelle était cette formation, qu’y as-tu appris ?

J’ai commencé la formation, qui se fait sur 4 années, 20 jours par an. La première année, on apprend les massages bien-être (massage californien et la relaxation coréenne, qui est un peu moins connue), la réflexologie plantaire et le shiatsu. Dès la deuxième année, on est certifié en massage, ce qui permet de commencer à pratiquer avant la fin des 4 ans. Courant de la deuxième année et à partir de la troisième, on va vraiment aller voir le corps niveau thérapeutique (accompagnement sur plusieurs séances, etc.).

Tu n’as pas eu d’autres formations que celle-ci pour commencer à pratiquer ? Est-ce que tu continues à te former ?

J’ai eu que celle-là. Elle m’a semblé très complète, je suis restée en contact avec mon ostéo qui travaillait aussi de manière énergétique et il m’a suivie pendant mes 4 années, suivant ce que je faisais, on en discutait et lui-même disait que la formation était très complète. Je continue à me former plutôt dans des méthodes complémentaires : acupressure, et là, j’entame ma quatrième et dernière année en Médecine Symbolique. C’est complémentaire de la Relation d’Aide par le Toucher®, car on ne passe pas du tout par le corps.

En quoi consiste ta pratique ?

Le but de la RAT, comme tout est inscrit dans le corps, c’est d’utiliser la fin d’un ressenti de massage pour que la personne, en échange verbal, prenne conscience de certains besoins ou certaines émotions qui n’ont pas été exprimées à un moment donné dans leur vie. C’est ça qui crée des tensions, ce qu’on appelle des tensions profondes. L’objectif est de libérer ce qu’elles ont à dire. Tout ce qu’on vit est inscrit dans le corps. On passe par le corps avec un temps d’intégration verbale derrière sur le ressenti du corps, qui peut être positif ou négatif. Moi, j’accompagne les personnes pour qu’elles verbalisent et une fois que c’est verbalisé, les tensions se modifient, évoluent, dans le corps.

Quelle est la séance type ?

Le processus se passe sur un certain nombre de séances, car on dit “Relation d’Aide par le Toucher” : il va se créer un lien entre læ thérapeute et læ patient·e. Il faut installer un climat de confiance pour que la personne puisse se lâcher.
Lorsque les personnes viennent, on leur demande une problématique, un objectif et ce qui ferait, dans leur quotidien, qu’ils se rendront compte que l’objectif est atteint. 
La pratique se déroule en 3 phases : reconnecter le mental au corps et instaurer la confiance. Ensuite, on travaille les tensions liées à la problématique, la difficulté de vie. Une fois que l’objectif est atteint, la thérapie brève se termine. 
Donc les premières séances seront axées sur du massage global de tout le corps. Ça me permet de voir aussi, justement, ce que la personne m’a raconté et ce qu’elle vit, ce que je vois dans le corps. C’est une première analyse. Ce premier contact permet à la personne de s’habituer à mes mains et de se connecter à son corps, à ses ressentis. On essaye de booster le corps avec ce qu’on appelle des acquis positifs, des aspects ou ressentis positifs, avec des mots que les personnes vont pouvoir utiliser dans leur quotidien quand elles vivent un moment difficile. Ça permet de se reconnecter à l’état de bien-être corporel ressenti pendant la séance.
On installe aussi une certaine respiration : on demande à la personne de respirer par la bouche, pour relâcher les tensions et la faire entrer dans un état de conscience modifié, pour que le corps puisse parler.
À la fin du massage, je demande à la personne comment elle se sent intérieurement et suivant ce qu’elle me dit, je vais adapter mon accompagnement. On peut utiliser des méthodes de psychothérapie verbale, on peut utiliser la sophrologie, on utilise beaucoup l’imagination parce que le corps, c’est du féminin, c’est tout ce qui est imaginaire. Pour certaines personnes, c’est difficile : elles n’arrivent pas toujours à avoir accès aux visualisations, et nous c’est quelque chose qu’on utilise beaucoup dans l’intégration à la fin du toucher. On fait des intégrations par la douleur, pour comprendre ce qu’elle cache, ainsi que des intégrations relationnelles quand la personne verbalise quelque chose qu’elle aurait dû exprimer à quelqu’un en particulier, etc.
Et après, il peut y avoir un suivi régulier ou seulement du massage bien-être pour finir de relaxer les tensions du quotidien.
Tout ça aide à dégager le corps. Il faut verbaliser, c’est le cœur de la pratique. 

Je vois que tu travailles au sol, en quoi c’est différent d’une table de travail ?

On apprend au sol, je suis plus à l’aise que sur table. On nous a appris à nous positionner, à respirer, pour ne pas nous fatiguer. Il faut être vigilant à sa posture. Mais au sol, ça permet de pouvoir porter le corps. Par exemple, quand il faut détendre les bras, c’est plus facile que sur une table. Il y a aussi parfois des émotions fortes qui sortent pendant les séances, de la colère, de la tristesse, etc., et il faut que la personne se sente apte à se mettre dans la meilleure position pour évacuer. La plupart des gens apprécient d’être au sol, car iels ont une plus grande facilité à lâcher, à se détendre. Le corps reprend sa forme naturelle et il est plus ancré. Et puis, pour certaines tensions, on a besoin d’appuis et on utilise le poids de notre corps, ce qui est plus facile au sol que sur table.

Quels sont les maux les plus fréquentés que tu traites, quels sont les profils des personnes qui viennent te voir ?

C’est très large. Il y a des personnes qui viennent me voir pour uniquement des douleurs de corps récurrentes. Quand il y a une certaine récurrence, que ça devient chronique, c’est qu’il y a autre chose de plus profond à traiter, qu’il y a sans doute du psychoémotionnel derrière. Les personnes en ont de plus en plus conscience. On me dit “j’ai mal, et c’est pire quand je suis stressé·e”, par exemple.
J’ai des personnes qui n’ont pas accès à leur corps et qui viennent seulement, comme elles iraient voir un·e psychologue verbal·e, pour exprimer leurs émotions à travers le corps, pour découvrir la méthode ou en complément d’une psychothérapie. J’accompagne beaucoup sur le manque de confiance, sur le deuil…
Et enfin, j’interviens beaucoup au niveau des abus. Les personnes viennent dans l’optique de se réapproprier et se reconnecter au corps. Et c’est surprenant d’ailleurs, car on imagine que les personnes qui ont subi des abus hésiteraient à passer par le corps et, en fait, nombre d’entre elles se disent, au bout d’un moment, qu’il faut y passer. L’abus fige le corps, la peur fige et dans ces cas-là, j’ai une méthode particulière et adaptée pour ne pas brusquer. Cela dépend aussi de la personne : certaines viennent traiter l’abus en lui-même quand d’autres viennent pour traiter les conséquences dans leur vie.
Le processus se fait dans le respect du corps, du temps dont la personne a besoin pour intégrer les mouvements et, bien sûr, le consentement est primordial.

Pendant la verbalisation, on fait toujours un retour dans le corps. Je demande alors à la personne ce qu’elle ressent dans son corps quand elle parle de sa problématique afin de lui faire prendre conscience.

Les personnes que je ne peux pas accompagner sont des personnes qui ont une idée de leur corps, une visualisation, totalement décalée. Comme le but est de faire des liens entre ce qu’on ressent dans le corps et l’esprit, c’est plus difficile avec ce type de personnes. Les personnes qui suivent des traitements médicamenteux lourds, en cas de pressions lourdes. Les médicaments peuvent altérer le ressenti, c’est donc plus difficile. Pour les cancers, on fait très attention, car bouger les énergies, ça va dans les deux sens, c’est pas toujours facile. Dans ce cas, on accompagne plus dans la confiance, dans le bien-être et dans la réappropriation du corps.

Tu travailles avec d’autres praticien·ne·s ?

Je conseille toujours aux personnes qui viennent me voir d’aller voir un ostéopathe, si elles n’en ont jamais vu de leur vie, parce que je ne suis pas là pour replacer ou débloquer comme le ferait un ostéopathe. J’interviens sur le psychoémotionnel. Par exemple, si une vertèbre est déplacée, ça peut créer des douleurs multiples ou des tensions dans le corps sur lesquelles je peux travailler, mais tant que la vertèbre est déplacée, je ne peux pas intervenir. Je travaille aussi avec Caroline (NDLA : Caroline Foucher, hypnothérapeute au Pôle Bien-Être de Saint-Lô), ainsi qu’avec des psychologues qui viennent compléter ma pratique sur certaines problématiques.

Qu’est-ce qui te plaît le plus ?

C’est quand l’objectif du patient ou de la patiente est atteint. J’ai eu une personne qui manquait de confiance en elle et craignait de prendre sa voiture. Son objectif dans son quotidien était : “Je saurai que j’ai atteint mon objectif quand je serai capable de partir en vacances toute seule, sans mon mari, sans mes enfants.” Entre-temps, il y a eu des petits pas, une belle évolution, et quand l’objectif a été atteint, elle m’a envoyé une belle carte postale pour me remercier. J’ai de belles histoires. Parfois, c’est long : il y a des changements dans le corps avant que les changements se fassent dans la vie. Mais c’est super quand on voit l’évolution, quand on voit l’objectif atteint. Faire ce bout de chemin avec les personnes, voir d’où elles viennent et où elles arrivent, c’est gratifiant, oui.

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