Article rédigé par Edda Charon

Dans un précédent article, nous avons parlé du syndrome de Lima ou quand un·e ravisseureuse développe de l’empathie pour saon prisonnier·ère. Dans cet article, nous allons vous parler du syndrome de Stockholm, plus connu que son contraire, mais tout de même intéressant à étudier.
SON ORIGINE
C’est dans les années 1970 que tout commence, plus précisément durant l’été du 23 août 1973, dans la capitale de Stockholm. Un hold-up dans la Banque de Crédit Suédois se passe mal et les six braqueurs se retrouvent obligés de prendre les quatre employé·e·s en otages. Ce sont des négociations qui permettront la libération des prisonnier·ère·s.
C’est un scénario tout à fait classique, mais il est tout à fait étonnant d’apprendre que les otages se sont interposé·e·s entre leurs ravisseurs et les forces de l’ordre, et une fois libéré·e·s six jours plus tard, ont pris leur défense et ont refusé de témoigner contre eux. Iels ont même été leur rendre visite en prison comme s’iels étaient des ami·e·s.
C’est depuis cet épisode qu’est né le syndrome de Stockholm. En effet, ce nom a été donné par le psychiatre Nils Bejerot en charge de cette affaire de prise d’otage.
D’autres cas ont été notés depuis :
→ En 1974, Patricia Campbell Hearst est enlevée. Un an plus tard, on la découvrira en train de braquer une banque avec ses ravisseurs.
→ En 1998, Natascha Kampusch est kidnappée. Son ravisseur se donnera la mort huit ans plus tard, suite à la fuite de Natascha, et cette dernière conservera sa photo dans son portefeuille.
UN SYNDROME PARADOXAL
Nous l’avons vu et répété, le principe de ce syndrome est que læ prisonnier·ère s’attache à saon ravisseureuse et en vient même à prendre sa défense. Et il a été possible de le remarquer dans de nombreux autres cas lors de prises d’otages où des personnes, devant des caméras de télévision, rejettent la faute de leur prise d’otage sur les forces de l’ordre, les accusant d’être responsables et à l’origine de leur situation… Certain·e·s même déplorent que ces policier·e·s ne comprennent pas le point de vue de leurs ravisseureuses.
Le psychologue Jérôme Vermeulen explique ceci dans son article (Edda : que vous pouvez retrouver dans les sources) : « Le syndrome de Stockholm décrit donc une situation, fondamentalement paradoxale, où les agressés vont développer des sentiments de sympathie, d’affection, voire d’amour, de fraternité, de grande compréhension vis-à-vis de leurs agresseurs. Il y a souvent adhésion à la cause des agresseurs. »
À l’inverse, les agressé·e·s ressentent une hostilité envers les membres des forces de l’ordre, puisqu’iels estiment que la difficulté de leur libération leur appartient.
COMMENT RECONNAÎTRE LES SIGNES ?
Avant que le syndrome de Stockholm soit correctement mis en place, la victime va devoir d’abord faire face à un grand danger qui mène à une sensation de totale impuissance, ce qui va engendrer un stress intense.
La partie de notre cerveau appelé cortex préfrontal (ou néocortex) qui commande la capacité de réflexion et raisonnement s’efface et laisse place à un concept qu’on appelle « le cerveau reptilien » (Edda : je vous invite à regarder la source dédiée au cerveau reptilien pour mieux comprendre ce dont il s’agit). Pour simplifier, c’est comme si nous nous mettions en mode survie.
Toujours plongée dans une pression constante, la victime va, de fil en aiguille, percevoir et adopter la même vision et la même logique que son aggresseureuse. La dépendance va aussi doucement se mettre en place, renforçant ainsi l’emprise psychologique sur la victime. Dans certains cas, cela peut l’amener à une soumission totale ainsi qu’au développement d’un sentiment de gratitude pour læ ravisseureuse qui la maintient en vie.
Ce mécanisme est d’autant plus renforcé si la victime est totalement coupée du monde extérieur.
Ce genre de comportement a d’ailleurs été noté durant la Première Guerre mondiale où des soldats français et allemands ont fraternisé, justifiant ainsi le dicton de Michel Audiard (dialoguiste, scénariste et réalisateur de film français, écrivain et chroniqueur de presse mort en 1985) durant cette période de guerre : « On devrait toujours tuer les gens avant de les connaître. »
Il arrive aussi que le syndrome de Stockholm soit reconnu dans les relations toxiques où l’un·e des membre du couple violent·e use de contrainte et de chantage affectif, de menaces et d’agressions physiques pour maintenir l’autre personne en état de dépendance et d’insécurité constante.
Il arrive malheureusement que ce soit les enfants qui développent le syndrome de Stockholm à cause d’un·e parent· pervers narcissique ou parce que l’enfant a subi de la maltraitance, des violences psychologiques et/ou des violences sexuelles.
On retrouve aussi ce syndrome dans le cadre du travail.
Ainsi, on peut lister les signes évocateurs de ce syndrome de cette manière :
→ Perte de sens critique : la victime ne remet plus en cause les actes de son agresseureuse.
→ Empathie positive à l’égard de l’agresseureuse : la victime s’identifie à ellui.
→ Cautionnement des actes de l’agresseureuse : du point de vue éthique et moral.
→ Attachement allant jusqu’au sentiment amoureux : envers bien évidemment son agresseureuse.
CONFUSION ENTRE SYNDROME DE STOCKHOLM ET SYNDROME DU SAUVEUR
Il peut arriver parfois que ces deux syndromes puissent se confondre. Pourtant, ils ne se déclenchent pas pour les mêmes raisons.
À la différence du syndrome de Stockholm, le syndrome du sauveur provient d’un très fort besoin de reconnaissance de sa valeur. Selon Qare, la cause proviendrait d’une blessure narcissique provoquée durant l’enfance et qui n’a jamais été guérie depuis. Il est très intéressant de constater que le syndrome du sauveur fait partie d’un cercle vicieux et toxique qui s’appelle le Triangle de Karpman. D’ailleurs, dites-nous si un article complet à ce sujet vous plairait.
COMMENT SORTIR DU SYNDROME DE STOCKHOLM ?
Selon le site Qare, le syndrome n’apparaît pas avant le DSM 5 (soit la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique de troubles mentaux et des troubles psychiatriques). Pourtant, il a été scientifiquement prouvé que le syndrome peut altérer la personnalité et le discernement de la victime.
Sans surprise, le premier pas vers la guérison est la connaissance de l’existence de ce syndrome. Par la suite, il faut que la victime regarde attentivement la façon dont les autres se comportent avec elle et se demande s’il s’agit bien d’une relation saine.
Il est ensuite très important de sortir de l’isolement imposé et de parler à une tierce personne, de préférence un·e proche bienveillant·e qui aura une vision plus objective de la relation et pourra alerter. Cela permettra à la personne touchée par le syndrome de revenir petit à petit à la réalité.
Par la suite, un accompagnement thérapeutique est fortement recommandé avec un·e psychiatre ou un·e psychologue. Cela a pour but d’aider la victime à recouvrer sa liberté lentement, mais sûrement et en toute sécurité.
Il est très probable que parler des événements lors de l’emprise peut provoquer des insomnies et des crises d’angoisses (Edda : et des larmes). À ce moment-là, la victime peut en parler à saon médecin, qui pourra lui prescrire un traitement adéquat.
Il faut surtout prendre en compte que la reconstruction peut prendre des années.
L’écriture, une aide thérapeutique
À côté des séances avec un·e professionnel·le de la santé, il peut être encouragé de coucher sur papier ce qui traverse l’esprit de la victime. Cela peut l’aider à se reconnecter avec ses émotions et à s’en libérer. Cela permet aussi de retirer le flou de ses pensées et de redécouvrir qui elle est, de se reconnaître et de renouer avec elle-même.
Beaucoup de bienveillance
On ne conseillera jamais assez de bienveillance de la part de la famille, des ami·e·s voire même des collègues de travail, mais la bienveillance la plus importante est celle que la victime doit porter envers elle-même. Si nous précisons cela, c’est parce qu’il est fort possible que la victime ressente de la culpabilité pour avoir enduré toutes ces violences, provoquant ainsi une très faible estime de soi.
LE SYNDROME DE STOCKHOLM ET LA LITTÉRATURE
Comment vous parler de ce syndrome sans vous parler de La Belle et la Bête. Depuis la sortie du dessin animé par la franchise Walt Disney, l’œuvre a été longtemps un sujet à controverse – et c’est encore le cas aujourd’hui – notamment vis-à-vis de la relation entre Belle et la Bête. De très, très nombreuses personnes sont persuadées que Belle est victime du syndrome de Stockholm. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Emma Watson a beaucoup hésité avant d’accepter le rôle de Belle pour le film de 2017. Elle s’est finalement rendu compte que Belle ne présentait aucun symptôme du syndrome de Stockholm tant dans son comportement que dans sa personnalité. L’actrice en parle dans une interview soutenue par ses collègues acteurs.
Lettre à mon ravisseur de Lucy Christopher raconte l’histoire d’une adolescente de seize ans qui rencontre et se fait kidnapper par un homme plus âgé qu’elle. Elle se réveillera dans une maison entourée d’un désert. Cléa Malherbe, dans son roman Esclave du Feu, raconte l’histoire d’un jeune homme capturé puis vendu en esclavage à un homme aussi tyrannique qu’abusif. Le jeune homme devra choisir entre céder ou résister. Le site Booknode propose d’autres romans intéressants tels que La Ferme d’Eden de Cizia Zykë, Fleur de cimetière de David Bell ou encore Les Larmes de l’assassin (BD) de Thierry Murat et Anne-Laure Mondoux.
Dans nos recherches, nous avons très vite noté que le syndrome de Stockholm était souvent employé dans les romans de Dark Romance qui est un genre pour public averti parce qu’on y trouve beaucoup de violences sexuelles et de relations toxiques.
Avant qu’un·e auteurice ne se lance dans la création d’un personnage ayant ou développant le syndrome de Stockholm, iel doit absolument comprendre que ce syndrome n’est pas et ne doit absolument pas être sujet au fantasme. Pour autant, il peut être très intéressant de lire le combat interne dans la tête de la victime, son hésitation entre la résistance ou la résignation, la raison qui l’amène à ressentir de l’empathie envers son agresseureuse. C’est raconter une descente aux enfers ou, pourquoi pas, son exact opposé. Il peut être tout à fait possible de raconter l’histoire d’une personne victime de ce syndrome qui se bat pour retrouver sa totale liberté. Dans les deux cas, l’impact psychologique sur le personnage est très fort et peut être très intéressant à lire.

LES SOURCES :
✺ Jérôme Vermeulen, « Le syndrome de Stockholm » [En ligne] Le syndrome de Stockholm (lepsychologue.be) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Rémy C., Martin-Du-Pan, « Syndrome de Stockholm », le 29 avril 2009 [En ligne] Syndrome de Stockholm (revmed.ch) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Inès Montenon, « Syndrome de Stockholm : comment sortir de l’emprise psychologique ? », le 04 novembre 2022 [En ligne] Syndrome de Stockholm : comment sortir de l’emprise psychologique ? (qare.fr) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ « Le « cerveau reptilien », siège de nos comportements primitifs, vraiment ? », le 05 juillet 2022 [En ligne] Le « cerveau reptilien », siège de nos comportements primitifs, vraiment ? (presse.inserm.fr) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Edmundo Oliveira, « Nouvelle victimologie : le syndrome de Stockholm », page 167 à 171, 2005 [En ligne] Nouvelle victimologie : le syndrome de Stockholm (carin.info) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Smitha Bhandari, « What Is Stockholm Syndrome ? », le 15 mai 2023 [En ligne] Stockholm Syndrome: What Causes IT and How to Treat It (webmd.com) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Laura Lambert, « Stockholm syndrome », le 07 juillet 2023 [En ligne] Stockholm syndrome (britannica.com) [Consulté le 20 juillet 2023]
✺ Kimberly Holland, « What is Stockholm Syndrome and Who Does it Affect ? », le 11 novembre 2019 [En ligne] Stockholm Syndrome: Causes, Symptoms, Examples (healthline.com) [Consulté le 20 juillet 2023]


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