
Peux-tu te présenter et nous dire comment tu as connu la kinésiologie ?
Je suis Ingrid, j’ai 44 ans et je suis kinésiologue depuis 15 ans. Avant, j’étais esthéticienne et je suis devenue kinésiologue, car quand j’étais enfant, j’étais grande bègue. Et quand j’ai rencontré mon mari, c’est lui qui m’a fait découvrir la kinésiologie par l’intermédiaire d’un de ses amis qui était kinésithérapeute-ostéopathe et kinésiologue. J’avais 18 ans, je ne me suis pas posé de questions sur le métier, pour moi ça faisait partie de la formation en kinésithérapie ou ostéopathie. En deux séances, mon bégaiement était guéri. Rien que ça, je me suis dit : “super technique”, car j’avais essayé déjà beaucoup de choses qui n’avaient pas fonctionné. Le bégaiement, c’est assez invalidant, surtout dans la période adolescence. J’étais soulagée. C’était ma première découverte de la technique.
Ensuite, quand je suis devenue maman, mon premier enfant souffrait d’encoprésie : le fait de se retenir pour aller à la selle. Il avait une sorte de blocage ; ça a duré plusieurs mois, je n’avais pas de solution. À l’époque, j’habitais aux Antilles et comme il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous, en discutant avec quelqu’un, j’ai découvert qu’il y avait une kinésiologue qui venait de s’installer sur l’île où on était. Et tout de suite, ça a fait tilt : je me suis dit que si ça m’avait aidée, j’aimerais en faire profiter mon enfant. J’ai pris rendez-vous avec mon fils. Elle n’a pas travaillé sur mon fils, car trop jeune, elle a travaillé sur moi en transfert. En une à deux séances, ça avait réglé le souci.
J’ai eu le déclic : les choses se sont enchaînées. L’ami kinésiologue de mon mari est venu nous rendre visite aux Antilles et j’en ai profité pour poser toutes mes questions. J’étais vraiment heureuse en tant que maman que mon enfant aille bien sans passer par des traitements médicamenteux ou psychologiques qui peuvent durer des années. Il m’a appris que la formation était encore ouverte à tous [et à toutes], qu’il suffisait d’être motivé. Donc mon expérience personnelle plus en tant que maman m’a convaincue pour donner ça aux autres personnes et c’est comme ça que l’aventure est née.
Quelle était cette formation, qu’y as-tu appris ?
J’ai fait une formation spécifique de kinésiologie sur 3 ans. Ce ne sont pas 3 ans d’affilée, ce sont des stages sur plusieurs jours, plusieurs fois dans l’année ; la plupart du temps, une fois par mois plus une semaine ou deux complètes une fois dans l’année, et ça sur 3 ans. Il n’y a pas de diplôme d’État, on reçoit un certificat à la fin. C’était une formation que j’ai faite en France, ça se conjuguait avec le fait qu’on souhaitait revenir vivre en Normandie. Les premiers mois, j’ai fait les allers-retours sur deux, trois stages Martinique-Paris (la formation était à Paris). Puis je faisais Normandie-Paris ou Normandie-Grenoble. L’école, l’IFCA, est une des premières écoles de kinésiologie, avec Freddy Potschka qui a amené la technique en France. Je me suis concentrée pendant 3 ans sur mes études, avec un boulot alimentaire à côté, et après je me suis lancée. Ça a mis du temps à se mettre en place, car il y a 15 ans, ce n’était pas aussi connu que maintenant. Et c’est une profession qui fonctionne essentiellement par le bouche-à-oreille, donc il a fallu être patient.
As-tu fait face à des idées reçues ou des craintes sur ton métier ?
Non, car je suis authentique dans ma pratique. Je sais qu’avec cette technique, on peut faire des belles choses. Mais comme ce sont des techniques et des métiers qui ne sont pas assez réglementés, il y a des personnes qui font un stage et qui mettent leur plaque, et ça peut faire vraiment beaucoup de mal. Il suffit d’un ou deux qui font un peu zèle et ça flingue toute une profession. J’étais toujours très vigilante en disant aux gens que ça fait partie des techniques des médecines douces et brèves. Par rapport à une problématique, il n’y a pas besoin de venir 15 ou 20 fois. En 2 ou 3 séances, il doit y avoir du mieux, la personne doit se sentir de mieux en mieux. Sinon, c’est qu’elle n’est peut-être pas réceptive, que je ne suis pas la bonne personne pour elle ou que ce n’est pas le moment.
En quoi consiste ta pratique ?
La pratique consiste à communiquer avec le corps par l’intermédiaire du tonus musculaire qui est affaibli en cas de stress. On interroge le corps avec le bras. Il doit émettre une certaine résistance quand j’essaie d’appuyer dessus, la personne doit m’en empêcher. C’est grâce au tonus musculaire que je vais pouvoir savoir quels sont les réseaux énergétiques, les émotions et autres qui sont perturbés et qui empêchent la personne de réaliser son objectif.
Dans la kinésiologie, il y a plusieurs branches, moi je suis spécialisée en psychotraumatologie et édukinésiologie ou brain gym, qui permet d’avoir un impact sur les difficultés d’apprentissage (troubles de la concentration, de la compréhension, les dys…). Je travaille en collaboration avec certains orthophonistes et les deux techniques combinées font que ça accélère un peu les choses.
Je travaille aussi avec des psychologues et des médecins généralistes. En 15 ans, j’ai pu voir l’évolution et désormais, il y a de jeunes praticiens qui sont plus ouverts à ces pratiques alternatives. Il y en a même que j’ai accompagnés et qui sont devenus médecins. C’est génial de voir l’évolution, de voir les gens grandir et évoluer, c’est incroyable !
Quelle est la séance type ?
On commence par un petit entretien de cinq, dix minutes pour capter les attentes de la personne. Une fois qu’on a mis le doigt là-dessus, on détermine ensemble un objectif positif : qu’est-ce que la personne attend en positif ? Ensuite, la personne s’allonge sur une table de massage. Une fois qu’elle est allongée, je lui demande de me dire à haute voix son objectif comme s’il était atteint. À partir de là, ça donne un message au corps et le corps va réagir à l’énoncé de l’objectif, et si l’objectif n’est pas acquis, le tonus musculaire va s’affaiblir. Par exemple, tu t’appelles Elodie, si je te demande de me dire que tu t’appelles Georgette ou Jacques, ton tonus musculaire va s’affaiblir, car tu sais très bien que tu ne t’appelles pas comme ça. Inconsciemment, ça va occasionner du stress. Le corps va alors me montrer quels sont les réseaux énergétiques, les émotions, etc. qui sont perturbés et empêchent d’atteindre l’objectif.
Mon but est de lever les blocages jusqu’à ce que l’objectif soit atteint via différents protocoles. Chaque kinésiologue a son propre protocole, moi je teste tout le temps les 14 méridiens, pour savoir lesquels ont besoin d’être corrigés. Ensuite, en fonction de la demande de la personne, il y a certains protocoles bien particuliers. Par exemple, la patiente a peur de prendre l’avion, il y aura un protocole spécifique autour de la phobie. On évalue la peur de 0 à 10. Je vais lui demander de penser à sa peur pendant que je vais stimuler différents points d’acupressure qui vont avoir pour objectif de réduire la peur. Je vais lui demander de fredonner et de compter en même temps pour essayer de casser le mental. Ça permet de prendre de la distance avec la peur On arrive rarement à zéro de peur en une seule fois. À la fin de la séance, je lui demande le niveau de sa peur et généralement, elle est descendue à 5, 4 voire 3. Quand on se reverra le mois suivant, on retravaillera dessus pour la réduire encore, jusqu’à la faire disparaître.
L’idée, c’est d’être à l’écoute du corps et de ne pas faire de suppositions si le corps ne nous montre pas tout. On peut cependant interroger le corps par récession d’âge. On regarde s’il y a besoin d’aller dans les âges antérieurs, jusqu’à la naissance parfois. Par rapport à la peur de l’avion, on peut se demander s’il s’est passé quelque chose qui aurait pu provoquer cette peur dans l’enfance. Je ne suis pas médium, je ne vais pas savoir ce qu’il s’est passé, mais le corps mémorise tout.
La séance permet au corps de digérer ce qui n’a pas pu être digéré, parfois des années en arrière. Les séances durent à peu près 1h et je préfère que les personnes reviennent me voir un peu plus plutôt que d’allonger les séances. Il est important de laisser le temps au corps d’intégrer les protocoles pour aller vers le mieux. Sinon, ça serait très indigeste. C’est comme si tu avais un cours de maths-physiques et que tu te prends tout le programme en une après-midi, je ne suis pas sûre que tu aies retenu grand-chose. Ça va t’assommer, mais voilà ! C’est un peu ça, il faut laisser le corps apprendre, finalement, ces protocoles et les mettre en place. 1 mois, 1 mois et demi, c’est idéal entre 2 séances.
Tu parlais du stress : pour quelles problématiques vient-on le plus te voir ?
Le stress, c’est la base. Dans le stress, on retrouve les crises d’angoisse, le manque de confiance qui peut occasionner du stress, les peurs, les phobies. Sur certaines addictions, aussi, ça peut vraiment aider, en parallèle d’autres choses.
La fatigue : après ce qu’on a vécu niveau sanitaire, il y a beaucoup de personnes qui sont venues me voir pour un COVID long, qui ont du mal à se remettre, avec une grande fatigue. Et en une à deux séances, elles ont retrouvé leur énergie d’avant. Donc ça prouve bien que les réseaux énergétiques, que les méridiens d’acupressure avec lesquels on travaille, lorsqu’ils sont perturbés, ça va influer de différentes façons : au niveau émotionnel (en intensifiant les émotions négatives) et physique (douleurs pas expliquées médicalement ou intensifiées). Ça peut avoir un rôle sur les difficultés de sommeil.
Je traite aussi les douleurs psychosomatiques : le corps parle et montre qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et quand l’énergie ne circule pas bien, il y a une douleur qui peut irradier à un certain endroit. Avec la kinésiologie, on teste chacun des réseaux énergétiques pour voir lesquels sont en souffrance, les corriger et leur permettre de bien fonctionner.
J’interviens sur des patients qui ont parfois quelques semaines. Je fais en deux fois pour les tout petits (notamment pour des troubles du sommeil ou difficultés de séparation, etc). Quand ils sont trop petits, je ne peux pas interroger le corps, savoir quels sont les méridiens perturbés, les émotions… Jusqu’à cinq ans à peu près (l’âge où la maturité est présente et qu’ils peuvent exécuter les mouvements que je leur demande), je corrige et réharmonise les réseaux énergétiques et le corps prend ce qu’il a besoin de prendre. À partir de 5, 6 ans, je peux vraiment travailler sur l’enfant et interroger son corps, quels sont les émotions bloquées, les souvenirs traumatiques, etc. Le travail en transfert intervient quand le travail sur l’enfant seul n’a pas suffi. À ce moment-là, je demande à la maman de revenir seule et de penser très fort à son enfant pendant la séance. À travers elle (c’est particulier, hein, je l’entends), elle va focaliser ses pensées sur son enfant, sur ses difficultés, et je peux voir les réseaux qui ne fonctionnent pas bien et les corriger bien spécifiquement.
Je peux accompagner des personnes avec des traitements lourds, car ça peut engendrer des peurs. Ce sont des choses sur lesquelles je peux travailler pour adoucir et réduire au maximum les peurs et le stress liés à la maladie.
Il y a des personnes qui viennent pour un petit check-up de temps en temps. Par exemple, une patiente qui revient un peu avant l’hiver parce qu’elle sait qu’elle sera moins bien et a besoin d’un petit coup de boost.
Un conseil pour les personnes qui voudraient tenter ?
Faites confiance au bouche-à-oreille. Venez en confiance, parce que vous le voulez, pas parce qu’on vous y pousse. Il est important que vous vous sentiez à l’aise avec la personne que vous consultez. Autorisez-vous à dire non si vous n’êtes pas à l’aise. Faites confiance à votre intuition — si vous rentrez et y’a des crucifix partout, des bougies en pentacle, ou je ne sais pas, et que vous vous dites “c’est quoi ce truc ?”, peut-être que c’est pas pour vous ! Et surtout, souvenez-vous que la kinésiologie fait partie des techniques brèves. À la fin de la première séance, vous devriez déjà sentir du mieux. Si vous ne voyez aucune différence, ne vous forcez pas à revenir : c’est peut-être pas la bonne pratique, la bonne personne ou le bon moment. Tout ne sera pas réglé en une séance, mais il y a déjà une amélioration, un avant-après.


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