LES APPAREILS ET IMPLANTS AUDITIFS

Nous vous avions déjà parlé il y a quelque temps de la malentendance, bien souvent confondue avec la surdité. Aujourd’hui, nous allons faire un petit tour d’horizon des différents appareils qui existent pour pallier ce handicap, pour vous permettre de mieux comprendre comment ces derniers fonctionnent et lequel est le plus adapté à votre personnage s’iel est malentendant⋅e.

UN PEU D’HISTOIRE

Avant de vous expliquer plus en détail comment fonctionne un appareil auditif et pour quel type de surdité on l’utilise, il m’a semblé intéressant de vous faire un petit historique de l’évolution de cet appareil qui fait partie des plus anciens dispositifs médicaux connus. En effet, son apparition date de l’Antiquité !

Au départ, l’appareil auditif consistait à amplifier les sons pour pouvoir mieux les entendre, d’abord à l’aide de cornes ou de tubes en bois chez les Egyptiens et les Grecs pour faire office de caisse de résonance, puis à l’aide d’un tube métallique placé directement dans l’oreille et relié à un bol placé proche de la source du son au Moyen Âge.

Par la suite, ces dispositifs n’ont jamais cessé de se perfectionner, avec l’apparition des premiers appareils électriques au XIXe siècle. L’ingénieur américain Miller Reese Hutchison a été le premier à créer un instrument de ce genre en 1899, à l’aide d’un microphone, d’un amplificateur et d’un haut-parleur. Mais l’appareil étant très volumineux (il devait se porter sur la poitrine) et onéreux, les décennies suivantes ont principalement été consacrées à la réduction de la taille de ce dispositif pour le rendre plus facile à porter. C’est à partir de 1950 que sont apparus les appareils auditifs suffisamment petits pour être portés à l’oreille tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Dans les années 1990, la technologie numérique a commencé à être utilisée, permettant d’analyser les sons pour les amplifier de manière plus précise, mais aussi de réduire le bruit de fond, rendant les appareils plus performants et plus abordables. Toute cette évolution a permis d’aboutir aux appareils que nous retrouvons actuellement sur le marché, avec un large panel permettant de traiter tous les types de surdité comme nous allons le voir dans la suite.

COMMENT FONCTIONNE UN APPAREIL AUDITIF ?

Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer les différents types d’appareils, qui se classent en deux grandes catégories : les aides auditives aériennes (les plus courantes), et les implants.

L’aide auditive aérienne est le dispositif le plus simple, mais aussi le plus utilisé. Il se décompose en cinq parties :
→ le microphone, qui permet de capter les sons extérieurs,
→ l’amplificateur, qui analyse le signal sonore reçu et qui permet de l’amplifier dépendamment de l’environnement dans lequel la personne se trouve (si on se trouve dans un lieu bruyant tel qu’une rue, l’amplification sera plus forte que dans un lieu calme, par exemple),
→ l’écouteur, qui permet de restituer le son amplifié,
→ le processeur, qui coordonne le fonctionnement des trois parties précédentes,
→ et la pile, qui permet d’alimenter l’appareil pour le faire fonctionner pendant 4 jours à deux semaines selon le modèle.

C’est souvent ce système que l’on visualise quand on pense aux appareils auditifs, avec un bloc situé derrière l’oreille contenant tout le système électronique, car c’est le plus répandu et surtout le premier type d’aide auditive proposé aux patient⋅e⋅s (Dawn : on va en effet préférer les aides aériennes aux implants, qui eux nécessitent une chirurgie et sont donc plus invasifs pour læ patient⋅e). Concernant l’écouteur, ce dernier peut être directement intégré au bloc qui constitue le contour d’oreille, ou alors déporté pour pouvoir être déplacé dans le conduit auditif.

Il existe également des modèles plus discrets, appelés appareils intra-auriculaires, qui sont moulés sur mesure pour s’adapter parfaitement à l’oreille de la personne. Dans ce cas, le fonctionnement est le même mais le microphone et l’écouteur sont situés côte à côte, ce qui peut provoquer un effet Larsen (sifflement désagréable provoqué par la proximité entre une sortie audio telle qu’un haut-parleur et son entrée) pouvant gêner la personne. L’autonomie est également réduite, étant de maximum 5 jours, du fait de la petite taille de l’appareil induisant une source d’énergie plus petite.

Pour les implants, on peut en dénombrer quatre types, qui se distinguent par l’endroit où ils seront implantés et donc la partie de l’oreille qu’ils vont venir “remplacer”. Pour mieux comprendre leur principe, il faut d’abord comprendre comment fonctionne notre oreille et plus particulièrement la transmission du son (car notre oreille joue aussi un rôle dans l’équilibre). Je vais donc vous expliquer cela dans les grandes lignes.

Notre oreille se découpe en trois parties, chacune ayant un rôle précis dans l’audition : l’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne. L’oreille externe est constituée de toute la partie visible de l’oreille, jusqu’au tympan. Elle permet de capter le son et de l’amplifier un peu à la manière d’une caisse de résonance. L’oreille moyenne, quant à elle, transforme le son en vibrations mécaniques (oscillations de la matière qui se propagent de proche en proche) : ces vibrations sont issues du tympan et transmises à travers la chaîne des osselets jusqu’à l’oreille interne. Enfin, l’oreille interne traduit ces vibrations en impulsions électriques pour les transmettre au système nerveux, afin que le son initialement capté par l’oreille externe puisse être interprété par le cerveau. 

Pour mieux comprendre de manière imagée, je vous propose le schéma suivant qui résume tout ça :

De là, on distingue deux types de surdité selon la partie de l’oreille qui va être touchée : la surdité de transmission, qui concerne l’oreille externe et/ou l’oreille moyenne, et la surdité de perception qui touche l’oreille interne. Cette classification est différente de celle que l’on vous a présentée dans l’article sur la malentendance : elle permet uniquement au médecin de savoir quelle partie de l’oreille est responsable de la surdité, donc la zone qui sera compensée par l’appareil auditif, et ne la définit pas en tant que telle.

Maintenant que l’on a les bases sur l’audition, je vais pouvoir vous expliquer le fonctionnement des différents implants, par ordre de “gravité” (Dawn : la perte de l’audition peut venir d’un problème au niveau du tympan, ce qui est le plus courant, mais elle peut aussi être causée par une atteinte du nerf auditif). 

Le premier est l’implant d’oreille moyenne, qui permet de transformer les sons en vibrations. Pour ce faire, un microphone est implanté juste au-dessus de l’oreille, et un fil conducteur la traverse jusqu’à la chaîne des osselets, partie de l’oreille moyenne qui permet la conversion du son en vibrations. Au niveau de cette chaîne, on retrouve un transducteur, qui va permettre de faire cette conversion directement, sans passer par le tympan, en entraînant la vibration des osselets.

Ensuite, nous avons l’implant à ancrage osseux. Cet implant vient remplacer complètement l’oreille externe et l’oreille moyenne en permettant la transmission des sons directement à l’oreille interne via les os par vibrations, avec amplification préalable.

Le troisième type d’implant est l’implant cochléaire. Ce type d’implant est le seul à être utilisé chez les enfants souffrant de surdité profonde dès la naissance. Comme pour les implants précédents, le microphone est situé juste au-dessus de l’oreille pour capter les sons. Ce son va ensuite être transformé en signaux électriques pour pouvoir stimuler directement le nerf auditif à l’aide de petites électrodes implantées dans l’oreille interne. Ainsi, l’intégralité de l’oreille est shunté pour permettre la transmission de l’information au cerveau.

Enfin, le dernier type d’implant existant est l’implant du tronc cérébral. Comme dans l’implant cochléaire, on va venir stimuler le nerf auditif, mais pas au même endroit : là où l’implant cochléaire stimulait les fibres nerveuses dans l’oreille interne, l’implant du tronc cérébral les stimule près du cerveau.

QUEL APPAREIL POUR QUEL TYPE DE SURDITÉ ?

Comme vous pouvez vous en douter, tous les appareils ne sont pas adaptés à toutes les surdités : même si les médecins essaient de privilégier au maximum les aides auditives aériennes, il arrive parfois que ce dispositif soit insuffisant pour compenser le handicap, ou bien ne soit pas supporté par læ patient⋅e, ce qui nécessite alors l’utilisation d’un implant. 

Pour déterminer le type d’appareil nécessaire, il faut d’abord faire un bilan auditif, et cela passe par l’audiométrie : l’audiométrie tonale, qui consiste à déterminer la sensibilité du ou de la patient⋅e à l’aide de fréquences sonores allant de 125 à 8000 Hertz (Dawn : pour rappel, l’oreille humaine est capable d’entendre des sons compris entre 20 Hz et 20 000 Hz. Plus la fréquence est faible, plus le son est grave), et l’audiométrie vocale, qui indique la capacité du ou de la patient⋅e à comprendre des mots selon l’intensité sonore à laquelle ils sont prononcés. Ces deux paramètres vont permettre, avec la classification “surdité de transmission/surdité de perception”, d’estimer le type de surdité et par conséquent l’appareil le mieux adapté pour la compenser.

Les aides auditives aériennes permettent de compenser toute perte auditive moyenne supérieure à 30 dB en audiométrie tonale, mais également de corriger les défauts d’intelligibilité. En d’autres termes, cet appareil permet de compenser tout type de surdité. Læ patient⋅e peut également demander à bénéficier de ce dispositif s’iel en ressent le besoin, par exemple si cela représente une gêne sociale parce qu’iel a du mal à comprendre ses interlocuteurices. L’appareil peut également être indiqué dans le cas d’une surdité unilatérale (une oreille sourde, l’autre saine ou avec une légère surdité) : dans ce cas, l’appareil va capter le son du côté de l’oreille sourde et le retransmettre au niveau de l’oreille saine, avec une amplification sonore s’il y a une légère surdité.
Les intra-auriculaires représentent une solution plus discrète, mais ne conviennent pas aux surdités sévères. Elles seront avant tout privilégiées pour les surdités légères à moyennes, et préférées aux aides auditives aériennes si la personne souhaite une solution discrète voire invisible.

Si l’aide auditive aérienne ne peut être prescrite pour diverses raisons telles que l’otorrhée (écoulement de liquide au niveau de l’oreille) ou encore une malformation de l’oreille qui peuvent rendre l’appareillage difficile, alors læ médecin ORL pourra prescrire l’utilisation d’un implant. 

L’implant d’oreille moyenne, comme son nom l’indique, permet de corriger une surdité de transmission affectant l’oreille moyenne. Il est préconisé pour les surdités légères à sévères, si la perte d’audition est supérieure à 40 dB à chaque oreille. On aura recours à cet implant si l’appareillage avec une aide auditive aérienne est impossible, ou si cette dernière s’est révélée inefficace après une durée de trois mois.

Pour les implants à ancrage osseux, ces derniers peuvent être utilisés peu importe la zone de l’oreille concernée, et uniquement si l’appareillage auditif externe est difficile ou non supporté. Si la surdité est liée à une malformation de l’oreille, c’est cette solution qui sera privilégiée. Enfin, ils seront prescrits dans le cas des surdités de perception unilatérales sévères, en permettant la transmission du son perçu du côté de l’oreille malentendante directement à l’oreille interne de l’oreille saine. 

Les implants cochléaires, quant à eux, sont utilisés uniquement pour les surdités sévères à profondes. Chez l’adulte, ils sont utilisés pour des surdités bilatérales sévères à profondes si l’audition retrouvée à l’aide des appareils aériens n’est pas suffisante. En général, on considère que moins de la moitié de l’audition doit être retrouvée pour être jugée insuffisante : si vous avez 90dB de perte auditive, et qu’à l’aide des appareils aériens vous ne remontez pas au-dessus de 45dB de perte auditive, alors vous pourrez avoir recours à un implant cochléaires. Chez les enfants, ce critère peut aussi s’appliquer si la surdité survient après l’apprentissage du langage. Si l’enfant n’a pas encore appris à parler et que la surdité ne permet pas cet apprentissage, l’implant cochléaire sera prescrit systématiquement. 

Enfin, l’implant du tronc cérébral sera utilisé dans le cas où le nerf auditif est touché, empêchant une bonne transmission de l’information nerveuse, ou si une anomalie est présente dans l’oreille interne, par exemple une ossification anormale suite à une méningite ou une malformation. Mais ce dernier type d’implant est plus rare.

Le choix du dispositif dépend donc du degré de perte d’audition et de l’anatomie de l’oreille (présence de malformations ou non), mais dans le cas des appareils auditifs aériens, l’esthétisme va également entrer en jeu. Un autre critère qui va influencer le choix de l’appareil est la dextérité de la personne : pour une personne âgée, on aura plutôt tendance à fournir un appareil simple d’utilisation par exemple.

Voici un petit tableau récapitulatif des différents dispositifs que je vous ai présentés précédemment :

L’APPAREIL AUDITIF AU QUOTIDIEN

Dans cette partie, je vais vous parler uniquement des appareils auditifs aériens, et non des implants, qui sont à part.

Lorsque l’on bénéficie d’un appareil auditif pour la première fois, il y a une période d’adaptation : notre oreille et notre cerveau doivent se réhabituer à entendre les sons aussi nettement que sans perte d’audition. C’est un peu le même phénomène que lorsque l’on porte des lunettes pour la première fois et que l’on recommence à voir net après une période plus ou moins longue à voir flou de près ou de loin. 

Certains gestes sont également à automatiser afin d’allonger la durée de vie de l’appareil, et cela passe par le nettoyage quotidien du dispositif. À l’aide d’un mouchoir ou d’un tissu, il suffit d’essuyer l’embout et la prothèse en elle-même afin d’éviter l’accumulation de cérumen dessus, ce qui pourrait entraîner des baisses de performance à moyen et long terme. Un filtre est présent sur l’appareil pour justement empêcher l’infiltration du cérumen au sein de l’appareil, et ce filtre doit être changé régulièrement, à raison d’une fois par semaine à une fois par mois selon la production de l’oreille. Des séances d’entretien de routine auront également lieu avec l’audioprothésiste pour un nettoyage plus complet ainsi qu’une vérification de performance. 

Autre point qui semble évident, mais non négligeable : les appareils doivent rester au sec. En effet, l’électronique à l’intérieur du dispositif étant sensible à l’humidité, et n’étant pas résistante à l’eau, il est recommandé de les conserver au sec pour prolonger leur durée de vie.

LES APPAREILS AUDITIFS ET LA LITTÉRATURE

La malentendance étant un sujet que l’on retrouve peu dans la littérature, il en va de même pour les appareils auditifs, puisque les deux sont liés. 
Toutefois, on peut citer le manga A Silent Voice (Koe no katachi en japonais) dans lequel l’une des protagonistes, Shoko Nishimiya, est malentendante et porte un appareil auditif qui finit cassé par l’un de ses camarades de classe qui la harcèle. En dehors de ce personnage, je n’ai pas réussi à trouver d’exemples d’œuvres où les appareils auditifs ou implants sont explicitement présentés. Le jeu Les Sims 4 donne également la possibilité de doter son Sim d’un appareil auditif si nous le souhaitons, ce qui participe à l’inclusion des personnes malentendantes dans la pop culture.

Vous vous en doutez sûrement, mais cet article est à utiliser conjointement avec celui sur la malentendance, afin de créer un personnage plus réaliste. Interrogez-vous sur la cause de sa surdité, pour savoir quel dispositif sera le plus adapté à son handicap. Aura-t-iel un appareil aérien, ou bien bénéficiera-t-iel d’un implant ? Comment s’adapte-t-iel à son dispositif s’iel l’acquiert au cours de l’histoire ? 

N’oubliez pas que les personnes âgées ne sont pas les seules à bénéficier d’un appareil auditif, même si elles sont les plus concernées ! Les jeunes peuvent aussi être concerné⋅e⋅s, et les enfants en bas âge aussi dans le cas des surdités de naissance.

LES SOURCES :

✺ Cours donné par le Docteur Oliver MAUVAIS aux étudiants de première année de l’Institut Supérieur d’Ingénieurs de Franche-Comté, “Les aides auditives”
✺ Julie Giorgetta, « Audiométrie tonale, vocale, normale, interprétation », le 31 août 2021 [En ligne] Audiométrie : tonale, vocale, normale, interprétation (sante.journaldesfemmes.fr) [Consulté le 20 septembre 2023]
✺ « L’histoire des appareils auditifs : de l’Antiquité à l’avenir », le 05 septembre 2023 [En ligne] L’histoire des appareils : de l’Antiquité à l’avenir (amplifon.com) [Consulté le 20 septembre 2023]
✺ Marie-Pier Gendron, « Tout ce que vous devez savoir sur les appareils auditifs », le 06 janvier 2019 [En ligne] https://aures.ca/tout-savoir-appareils-auditifs/ [Consulté le 20 septembre 2023]
✺ Michèle Veilleux, « Les différents types d’implants auditifs » [En ligne] Les différents types d’implants auditifs (lobe.ca) [Consulté le 20 septembre 2023]

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