LE SYNDROME DE L’X FRAGILE

Article rédigé par Dawn

Il arrive parfois qu’une maladie, souvent héréditaire, entraîne un retard de développement mental chez l’enfant. Ce dernier ou cette dernière va alors mettre plus de temps à acquérir des capacités telles que le langage ou la lecture par rapport aux autres enfants du même âge. Parmi les maladies les plus courantes à l’origine de ce retard, on peut citer le syndrome de Down (aussi connu sous le nom de trisomie 21), mais aujourd’hui je vais vous parler d’un autre syndrome : celui de l’X fragile.

LES ORIGINES DU SYNDROME

Pour bien comprendre ce syndrome et ses conséquences, il faut tout d’abord savoir d’où il vient.

Le syndrome de l’X fragile appartient à la catégorie des maladies génétiques, c’est-à-dire des maladies qui proviennent d’une anomalie au niveau de l’ADN d’un individu. C’est plus précisément une maladie héréditaire, donc transmise par les parents et qui est présente dès la naissance. 

Au sein de nos cellules, l’ADN va être compacté sous forme de chromosomes (association de molécules d’ADN et de protéines) – au nombre de 46 chez l’être humain – associés par paires que l’on numérote de 1 à 22 pour pouvoir les repérer plus aisément (Dawn : Ainsi, lorsque l’on parle de trisomie 21 par exemple, cela signifie que le chromosome constituant la 21e paire est présente en trois exemplaires au lieu de deux). La 23e paire de chromosomes, celle qui nous intéresse ici, ne porte pas de numéro, mais est appelée “chromosomes sexuels”, car ce sont eux qui déterminent le sexe de l’individu : chez une personne née femme, on retrouve deux chromosomes X, alors que chez une personne née homme on retrouve un chromosome X et un chromosome Y. 

Vous l’aurez donc compris à son nom, le syndrome de l’X fragile trouve son origine dans une anomalie au niveau du chromosome X. Mais c’est une zone particulière du chromosome qui est concernée : un gène responsable de la production d’une protéine impliquée notamment dans le développement des neurones, le gène FMR1. Notre ADN est composé de quatre molécules, représentées par les lettres A, T, C et G (Dawn : qui désignent respectivement Adénine, Thymine, Cytosine et Guanine), qui s’assemblent sous forme de séquences parfois répétées plusieurs fois. Ces séquences peuvent avoir une signification (c’est le cas des gènes) ou non. Sur un chromosome X normal, on retrouve la séquence “CGG” répétée une cinquantaine de fois maximum à proximité du gène. Dans le cas du syndrome, cette séquence est répétée plus de deux cents fois, entraînant une modification chimique du chromosome qui va masquer le gène FMR1 (le rendre inaccessible) et ainsi empêcher la production de la protéine qui intervient dans la formation des connexions entre cellules nerveuses. C’est ce masquage de gène qui va être la source du retard de développement mental chez l’individu.
Le terme “X fragile” vient du fait que la modification chimique induit une condensation de l’ADN tellement importante que, observé au microscope, le chromosome semble sur le point de se casser.

Ainsi, du fait de l’hérédité, si le père est porteur du syndrome, il transmettra la mutation à ses filles (car transmission du chromosome X) mais ne la transmettra pas à ses fils (chromosome Y transmis). Si c’est la mère qui est porteuse, elle le transmettra indifféremment à ses enfants, avec un risque de 1 sur 2 (dépendant du chromosome X transmis).

SYMPTÔMES ET CONSÉQUENCES

Tout d’abord, il est à noter que le syndrome de l’X fragile est plus souvent diagnostiqué chez les personnes nées hommes que chez les personnes nées femmes : on estime la prévalence à 1 garçon sur 5000 contre 1 fille sur 9000. Cependant, cette prévalence chez les personnes nées femmes pourrait être sous-estimée à cause de la présence de deux chromosomes X : si un seul des deux chromosomes est touché par cette anomalie, les effets du syndrome seront moins visibles, si ce n’est inexistants car compensés par la présence du second chromosome qui lui sera intact. 

Ainsi, étant donné que le syndrome trouve son origine au niveau des chromosomes sexuels, les symptômes seront différents chez une personne née homme et chez une personne née femme. Mais dans les deux cas, le syndrome se déclare dès la petite enfance. Cependant, la particularité de cette maladie est que les signes sont peu spécifiques, c’est-à-dire que chaque personne pourra présenter des symptômes différents, bien qu’il existe des signes cliniques visibles dans la majorité des cas.

Chez l’enfant né garçon, les signes ne sont pas visibles dès la naissance. Dans les premiers mois de vie, on peut remarquer une petite hypotonie (faiblesse musculaire), et un léger retard dans l’apprentissage de la marche sans que cela ne soit réellement inquiétant. Avant leurs deux ans, ils peuvent présenter des troubles du sommeil et des difficultés à s’alimenter, mais aussi des otites à répétition. En effet, le Pr Vincent des Portes, neuropédiatre, indique que ce symptôme d’apparence banale chez le nourrisson est présent chez 80% des enfants né.e.s garçons atteint⋅e⋅s du syndrome de l’X fragile.

En grandissant, l’enfant peut présenter de l’hyperactivité ainsi que des difficultés à gérer ses émotions avec, notamment, des stéréotypies des mains (gestes répétés sans réelle signification), de l’excitation qui n’est pas toujours appropriée à la situation ou encore du machouillage des vêtements. Ces signes sont présents en toutes circonstances, de manière durable, et peuvent être inhabituels selon l’âge de l’enfant, ce qui peut donner une première piste vers le diagnostic du syndrome. On peut par ailleurs trouver des signes proches de l’autisme tels que les TOC ou l’évitement du regard. Un autre élément qui caractérise le syndrome est l’angoisse vis-à-vis de l’entourage et l’environnement, en partie liée à l’hypersensibilité sensorielle (en particulier par rapport aux bruits). A tout cela s’ajoute une grande empathie, qui peut donner lieu à des réactions disproportionnées compte tenu de la situation. 

Cependant, les signes qui vont surtout permettre le diagnostic sont le retard dans le développement psychomoteur, en particulier le retard de langage, que ce soit au niveau de la compréhension ou de l’expression. L’enfant aura des difficultés d’élocution et aura parfois du mal à interpréter les émotions de ses interlocuteur⋅ice⋅s à travers leur langage corporel ou leurs expressions faciales. On va également avoir des difficultés de raisonnement et de logique qui sont visibles dès les débuts de l’apprentissage scolaire, chez 90% des enfants concerné⋅e⋅s.

Le déficit intellectuel qui caractérise le syndrome n’est pas toujours systématique, puisqu’on estime à 10% la proportion d’enfants nés garçons X fragile n’ayant aucune déficience. Cependant, on retrouvera des difficultés de concentration ainsi que des troubles de mémoire, en particulier mémoire à court terme et mémoire de travail (la mémoire à long terme, elle, n’est pas impactée et fonctionne parfois même mieux que celle d’une personne sans syndrome). L’enfant retiendra très aisément les images, mais aura plus de mal à retenir des instructions orales par exemple, ce qui est la cause du retard dans l’apprentissage de la lecture et des difficultés de raisonnement logico-mathématiques. 

En résumé, les signes cliniques du syndrome de l’X fragile sont très variables, et diffèrent d’une personne à une autre. Il est donc difficile de poser un diagnostic du fait du manque de spécificité des symptômes, bien que certains signes se retrouvent dans la grande majorité des cas. A tous ces signes peuvent également s’ajouter des troubles de la vue, notamment du strabisme, de l’hyperlaxité, ainsi que de l’épilepsie, mais il s’agit davantage de comorbidités que de réels signes cliniques du syndrome. 

Chez les enfants né.e.s filles, tous ces signes seront beaucoup plus variables comme expliqué au début de cette partie, et près de la moitié d’entre elles ne possèdent aucun signe clinique. Les retards de développement mental sévère sont également plus rares : s’il y a déficience intellectuelle alors cette dernière sera très légère comparé à ce que l’on peut voir chez les garçons. Par exemple, il n’y aura aucun retard dans le développement du langage et peu de difficultés dans la compréhension. En revanche, on retrouve les difficultés d’apprentissage, notamment au niveau raisonnement logico-mathématique, ainsi que l’anxiété et les TOC. L’anxiété est d’ailleurs bien plus prononcée que chez les garçons, avec une plus forte tendance à la dépression.

Une fois à l’âge adulte, le déficit intellectuel n’évolue pas mais le décalage avec les autres est plus marqué du fait des difficultés d’apprentissage qui ralentissent considérablement l’acquisition de nouvelles compétences, ce qui réduit l’autonomie de la personne. L’hyperactivité s’atténue, et des signes physiques du syndrome peuvent apparaître à partir de la puberté (mais cela n’est pas systématique) : un front plus large que la moyenne, des yeux cernés, des oreilles grandes et proéminentes, ainsi qu’une mâchoire allongée.

DIAGNOSTIC

Du fait de la grande variabilité de signes cliniques, il est difficile de diagnostiquer le syndrome uniquement sur cette base. Jusqu’en 1992, il était donc quasiment impossible de poser un diagnostic fiable. En effet, c’est à partir de cette année que les recherches ont pu mener au développement d’un test génétique permettant de déterminer la présence ou non du syndrome : à partir d’une simple prise de sang, on réalise une analyse de la séquence proche du gène FMR1, afin de déterminer son nombre de répétitions. 
Désormais, ce test est proposé aux enfants qui présentent des troubles de l’apprentissage, du comportement ou un retard de langage et de développement mental.

Toutefois, ce test seul ne suffit pas : il permet de déterminer la présence ou non du syndrome, mais il ne donne aucune indication sur la gravité de ce dernier. Des examens complémentaires seront nécessaires afin de déterminer les aménagements à mettre en place, et ce dès le plus jeune âge. Pour cela, on aura : 

  • une évaluation générale du développement de l’enfant par un⋅e neuropédiatre ;
  • un examen par un⋅e orthophoniste afin d’évaluer les difficultés de langage avec exactitude ;
  • une évaluation des compétences cognitives avec un⋅e psychologue par le biais de plusieurs tests.

Au-delà de ces examens, on peut également demander un électroencéphalogramme en cas de suspicion d’épilepsie, et d’autres bilans de santé liés aux comorbidités (cardiaque, ophtalmologique, ORL).

Il est également possible de faire un diagnostic prénatal, grâce à un prélèvement en début de grossesse au niveau du placenta ou du liquide amniotique. Ce test est proposé dans le cas où l’un des deux parents est porteur du syndrome, ou si la mère est porteuse d’une prémutation (répétition de la séquence “CGG” comprise entre 50 et 200, prédisposant à la mutation chez les générations futures).

LES ADAPTATIONS DANS LA VIE QUOTIDIENNE

Aucun traitement n’existe pour atténuer le syndrome, mais des médicaments peuvent être prescrits pour les comorbidités tel que l’épilepsie. 

Pour aider l’enfant atteint⋅e du syndrome, une équipe pluridisciplinaire sera impliquée dans la prise en charge : orthophoniste, psychomotricien⋅ne, ergothérapeute, ou encore kinésithérapeute et orthoptiste. Ces rendez-vous seront réalisés par des spécialistes différent⋅es mais coordonné⋅es afin d’assurer le meilleur suivi possible, et peuvent avoir lieu à domicile ou dans des centres médicaux spécifiques selon l’âge de l’individu (la prise en charge pouvant bien évidemment se poursuivre à l’âge adulte).

On aura également un aménagement socio-éducatif spécifique, qui dépendra de l’âge de l’enfant, de ses troubles du comportement et de la gravité de sa déficience intellectuelle afin qu’iel puisse bénéficier du meilleur suivi possible pour utiliser au mieux ses compétences. Cela peut passer par la prise en charge dans un centre éducatif spécialisé si le syndrome est trop handicapant pour une scolarité classique, ou bien un simple accompagnement pour les cas les plus légers. Il est donc important de consulter l’ensemble des parties (équipe médicale, famille, équipe pédagogique) pour prendre la décision la plus adaptée aux besoins de l’enfant. Vous pourrez trouver davantage d’informations sur les différentes prises en charge possibles ici.

Le syndrome de l’X fragile implique de nombreux aménagements dans la vie quotidienne, ce qui peut être compliqué pour les proches : entre les nombreux rendez-vous médicaux, les éventuels traitements, les troubles du comportement qui peuvent être difficiles à gérer au quotidien, les besoins de l’enfant en termes d’autonomie… Tous ces éléments font que la famille peut rapidement se sentir épuisée voire dépassée. Cela peut également impliquer des aménagements professionnels pour permettre aux parents d’accompagner l’enfant à tous ces rendez-vous, læ garder.

Un soutien de la part d’un⋅e psychologue peut être utile dans ces cas-là, car au-delà de la fatigue de la famille, on peut avoir un sentiment de culpabilité du fait du caractère héréditaire du syndrome. Cela peut également faciliter la communication avec les proches, et apporter des conseils pour prendre les meilleures décisions pour l’enfant. 

Une fois à l’âge adulte, les personnes nées hommes ont davantage de difficultés à s’insérer dans le monde du travail du fait d’un déficit intellectuel beaucoup plus marqué que chez les personnes nées femmes, et ne peuvent donc pas trouver d’emploi salarié sans aménagement. Pour celles qui y parviennent, les petites entreprises seront privilégiées car l’acquisition de repères sera plus rapide et simple, et l’aménagement du cadre de travail notamment les horaires permettra de faciliter l’insertion.
Pour les personnes nées femmes, la majorité réussit à développer une vie professionnelle normale avec l’aide d’un soutien extérieur (entourage, professionnel⋅le⋅s de santé,…).
Pour celleux qui présentent un handicap trop important (autonomie réduite, déficit intellectuel sévère), les Établissements Spécialisés d’Aide par le Travail (ESAT) leur permettent de réaliser une activité salariée avec un encadrement spécifique lié à leurs besoins. Si le travail est vraiment impossible, alors iels pourront être accueilli⋅e⋅s dans des foyers de vie ou des Centres d’Activité de Jour où iels pourront participer à des activités diverses visant à les stimuler physiquement et mentalement.

LE SYNDROME DE L’X FRAGILE DANS LA LITTÉRATURE

Les livres présentant des personnages concernés par ce syndrome sont extrêmement rares. Le seul que j’ai pu trouvé est Pourquoi tu te moques ?, une bande-dessinée d’Emilie Wreight et dessinée par l’artiste Korrig’Anne dans laquelle l’autrice raconte le quotidien de son fils, Mickael, diagnostiqué du syndrome de l’X fragile à l’âge de 2 ans (vous pourrez d’ailleurs retrouver le témoignage de l’autrice à ce sujet dans nos sources).

Dans la représentation culturelle que l’on a du retard mental, la trisomie 21 est mise en avant la majorité du temps. Or, le syndrome de l’X fragile est à l’heure actuelle la première cause de déficience intellectuelle héréditaire, et la deuxième cause de déficience derrière le syndrome de Down, bien que les prévalences des deux maladies soient très proches. Il est donc tout aussi fréquent de rencontrer une personne atteinte du syndrome de l’X fragile qu’une personne touchée par la trisomie 21. Mettre en lumière le syndrome de l’X fragile serait alors un moyen de faire découvrir cette maladie encore méconnue du grand public.
Un autre point qu’il est important de noter est que la déficience intellectuelle n’est pas toujours synonyme de manque d’intelligence : la personne peut présenter une incapacité à résoudre des problèmes abstraits, mais elle peut être très habile de ses mains par exemple. Il ne faut pas tomber dans le cliché de la personne qui agit comme un⋅e enfant alors qu’elle est adulte. De même, toutes les personnes atteintes du syndrome ne présentent pas de déficience intellectuelle sévère, et cela est particulièrement vrai chez les personnes nées femmes.

Si vous mettez en scène une famille dont l’un⋅e des enfants est concerné⋅e par le syndrome X fragile, il ne faut pas oublier que la situation est davantage éprouvante pour la famille que pour l’enfant lui-même : cela implique de nombreux aménagements notamment professionnel⋅le⋅s, des rendez-vous auprès de nombreux⋅ses spécialistes différent⋅e⋅s, ce qui entraîne de la fatigue physique et mentale. Lire des témoignages (on vous en met quelques uns à la fin de l’article) pourrait vous donner un aperçu de comment est vécue la maladie par les proches.

LES SOURCES :

✺ Professeur Vincent des Portes, « Syndrome X Fragile : signes cliniques », le 06 septembre 2021 [En ligne] Syndrome X Fragile : signes cliniques (Filière DéfiScience) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Le syndrome de l’X fragile », juin 2012 [En ligne] Le syndrome de l’X fragile (orpha.net) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Protocole National de Diagnostic et de Soins : Syndrome de l’X fragile », juillet 2021 [En ligne] Protocole National de Diagnostic et de Soins : Syndrome de l’X fragile (has-sante.fr) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Fragile X Syndrome – causes, symptoms, diagnosis, treatment, pathology », le 10 octobre 2022 [En ligne] Fragile X Syndrome – causes, symptoms, diagnosis, treatment, pathology (Osmose) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Le Syndrome de l’X fragile » [En ligne] Le Syndrome de l’X fragile (mcgill.ca) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Syndrome de l’X fragile » [En ligne] Syndrome de l’X fragile (pedia-univ.fr) [Consulté le 05 novembre 2023]

LES TÉMOIGNAGES :

✺ Nathacha Appanah, « Syndrome de l’X fragile : le témoignage de deux générations », mais 2011 [En ligne] Syndrome de l’X fragile : le témoignage de deux générations (eurordis.org) [Consulté le 05 novembre 2023]
✺ « Paroles de parents : Le syndrome X-fragile », le 01 octobre 2021 [En ligne] Paroles de parents : le syndrome de l’X fragile (Filière DéfiScience) [Consulté le 05 novembre 2023]

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