Article rédigé par Edda Charon

Nous avons tous·tes eu peur au moins une fois au cours de notre vie avec une intensité différente selon les individus. Cependant, il existe des peurs plus fortes que d’autres qui peuvent devenir une source d’angoisse. Cette peur plus forte est alors appelée « la phobie » et c’est ce dont nous allons parler aujourd’hui.
LA DÉCOUVERTE ET L’UTILISATION DE LA PHOBIE AU FIL DU TEMPS
Le terme « phobie », sans grande surprise, provient du grec. Il serait en lien avec Phobos, le dieu de la peur panique, celui-là même que les Grecs priaient pour qu’il leur donne assez de courage afin de combattre leurs assaillants.
Cependant, ce n’est qu’à la fin du XIXE siècle que la psychiatrie commence à s’intéresser aux phobies. Ainsi, en 1952, on répertorie dans le tout premier Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux huit phobies (Edda : à l’heure actuelle, le manuel, ou DSM dans le acronyme anglais, en est à sa cinquième version). Ainsi, il y est recensé la peur de la syphilis (syphilophobie) et celle de la tuberculose (phtisiophobie), entre autres.
La version du Sigmund Freud
Au XXE siècle, Freud débarque. Il utilise le même procédé qu’avec les maladies et met en lien la phobie avec la peur de la privation de l’organe le plus important de l’anatomie humaine : le pénis. Toujours selon lui, la phobie aurait pour cause la répulsion de la sexualité ou d’un complexe de la castration. Cela aurait pour conséquence que le désir sexuel inassouvi se changerait en névrose d’angoisse.
Mais et l’homophobie ?
Dans notre article sur l’homophobie, nous avons vu que le terme serait apparu en 1971. Cependant, selon la rédactrice Judith Lussier dans l’article « Histoire des phobies en 8 temps » pour le site Urbania que vous pouvez retrouver dans les sources, le mot serait utilisé pour la première fois en 1965. Pourtant, l’homophobie ne correspond pas à la description de la phobie : elle n’est pas liée à la peur, mais à la haine – tout comme la xénophobie, par exemple.
Aujourd’hui
La phobie est aujourd’hui rangée dans les troubles de l’anxiété et ne devient une maladie que si elle est un obstacle pour la vie professionnelle et quotidienne de la personne concernée.
MAIS QU’EST-CE QUE LA PHOBIE EXACTEMENT ?
Précédemment, nous avons compris que la phobie était liée, non pas à un désir sexuel contrarié (Edda : dommage pour toi, Freud), mais à une peur panique. La phobie est une réaction anxieuse face à un objet, une situation ou un événement précis. Pour éviter toute angoisse, la personne peut être amenée à devoir effectuer des stratégies d’évitement, quand cela est possible, afin d’amenuiser l’impact de la phobie sur la vie quotidienne. La phobie est donc liée à un ou plusieurs événements traumatisants, réels ou fantasmés, durant l’enfance.
Petit aparté : Pour comprendre la phobie, il peut être utile de comprendre le fonctionnement de la mise en place de la peur. Ainsi, la peur est, avant tout, un moyen qui nous a permis de survivre depuis des milliers d’années. Pour expliquer cela très simplement, le cerveau transmet une information qui nous met immédiatement aux aguets. Si l’information transmise semble menaçante, alors le thalamus (région localisée profondément dans le cerveau) la relaie immédiatement à l’amygdale (centre des émotions fortes et de la peur). C’est à partir de l’amygdale qu’une cascade de signaux se met en place afin de stimuler le système nerveux sympathique (ou orthosympathique – zone du cerveau qui contrôle les actions volontaires comme fuir, se battre, se figer). Le système nerveux sympathique libère alors deux hormones dans le sang qui sont le cortisol et l’adrénaline.
La peur est non seulement liée au réflexe, mais aussi à la mémoire. Par exemple, si vous vous êtes fait attaquer par un chien lorsque vous étiez enfant, alors il est fort probable que ce souvenir ressurgisse plus tard et qu’une phobie se soit développée (Edda : dans le cas de cet exemple, ce serait alors la cynophobie).
Il est important de noter que tout objet, individu, situation, animal – même s’il n’a aucun aspect dangereux – peut devenir l’outil phobogène chez les personnes phobiques. La phobie peut autant être auditive, visuelle que perceptionnelle, plurisensorielle.
Par conséquent, la phobie peut provoquer différents symptômes plus ou moins violents, difficiles voire impossibles à contrôler. Ainsi, on se retrouve pris·e d’assaut par une montée d’angoisse, une appréhension douloureuse, une augmentation du rythme cardiaque, mais aussi :
→ des démangeaisons,
→ un vertige,
→ une crise de larmes,
→ un évanouissement,
→ des frissons,
→ des sueurs,
→ des tremblements,
→ des bouffées de chaleur,
→ une sensation d’étouffement ou de ne plus réussir à respirer,
→ des nausées ou douleurs abdominales…
LES DIFFÉRENTS TYPES DE PHOBIES
Nous avons donc compris que la phobie est une forme d’anxiété qui résulte d’une peur excessive, parfois illogique, mais surtout incontrôlable de quelque chose et/ou de quelqu’un⋅e. La personne phobique fera tout pour éviter de se retrouver confrontée à sa phobie. Ce besoin d’évitement peut devenir grave dès lors qu’elle a un gros impact sur la vie quotidienne de l’individu. Ainsi, il a été repéré trois principaux types de phobies : la phobie simple, l’agoraphobie, la phobie sociale.
La phobie simple
C’est la peur excessive et anormale d’une situation, d’un animal ou d’un objet. Par exemple : de certains animaux, du vide, de l’avion, des aiguilles… On compterait au total plus de six milles sortes de phobies simples. Certaines d’entre elles sont assez répandues et d’autres sont plus rares et peuvent sembler étranges. Elles apparaissent durant l’enfance ou vers la fin de l’adolescence et peuvent finir par disparaître. Ces phobies touchent entre 10 et 20 % de la population et concernent deux fois plus de femmes que d’hommes (les statistiques trouvées ne prenant pas en compte les personnes non-binaires).
Voici quelques phobies simple parmi les 6 000 :
→ Acrophobie : peur des lieux élevés,
→ Coulrophobie : peur des clowns,
→ Gamétophobie : peur du mariage,
→ Pédiophobie : peur des enfants et des poupées,
→ Scopophobie : peur d’être regardé…
L’Agoraphobie
Les personnes agoraphobes ont peur de se retrouver dans des lieux publics dont elles ne pourront pas s’échapper. Cela concerne les centres commerciaux, les transports en commun… Cela peut arriver que certaines personnes concernées par cette phobie en viennent à rester chez elles pendant des années ou ne sortent qu’avec des individus de confiance. L’agoraphobie toucherait entre 8 et 10 % de la population à des degrés plus ou moins sévères, apparaitrait entre 18 et 35 ans et 80 % personnes concernées par cette phobie seraient des femmes.
Si l’agoraphobie n’est pas traitée, il peut y avoir des risques d’aggravation. L’anxiété de la personne peut augmenter et peut évoluer en dépression. Le risque étant que l’individu se « soulage » dans l’alcool, les médicaments anxiolytiques ou les drogues.
Attention. Certaines personnes souffrant de troubles paniques peuvent développer l’agoraphobie, mais l’inverse n’est pas forcément le cas.
La phobie sociale
C’est une forme grave et parfois invalidante de la phobie qui, si elle n’est pas traitée, s’aggrave avec le temps. C’est la crainte d’être observé⋅e et jugé⋅e par les autres ou d’être gêné⋅e et humilié⋅e à cause de ses propres actions. De ce fait, la personne concernée a peur de devoir s’exprimer devant un groupe d’individus, de parler à des inconnu⋅e⋅s, de manger dans un lieu public (restaurant, fast-food) ou encore d’aller à l’école. Par conséquent, la phobie sociale a un gros impact sur le travail et l’école, et la personne concernée peut être amenée à développer une dépression (60 % des cas) ainsi qu’une dépendance à l’alcool et des troubles anxieux. D’ailleurs, 3 % de la population souffrirait d’une forme grave et 1 personne sur 10 serait concernée par une forme moins sévère. Enfin, elle apparaît chez les jeunes adultes et ne varie pas selon le genre.
Note 01 : Le trac, au contraire de la phobie sociale, se dissipe petit à petit pendant l’action. Ce n’est donc pas une forme de phobie.
Note 02 : La phobie de l’impulsion est en réalité un TOC et non une phobie, car ce n’est pas un élément extérieur qui la déclenche.
Note 03 : La peur des trous – la trypophobie – a été identifiée en 2005, mais n’est toujours pas considérée comme étant une vraie phobie. Pourtant, elle est handicapante au quotidien et nécessite un suivi psychologique.
Pour ce qui est de la phobie scolaire, malheureusement, elle n’a été reconnue dans aucune des versions du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Ainsi, on parlera plus de « refus scolaire anxieux » que de phobie à proprement parler. Pourtant, c’est 1 à 3 % des enfants qui sont concerné·e·s (25 % selon une étude américaine) et où le milieu scolaire devient une source de souffrance.
GUÉRIR ET SOUTENIR ET UNE PERSONNE PHOBIQUE
Les différents traitements
Lorsque cela s’avère nécessaire et que la phobie devient invalidante dans la vie, la personne concernée est conseillée de suivre une thérapie et/ou de recourir à un suivi psychologique. Par ailleurs, les thérapies cognitives et comportementales sont souvent les plus efficaces. Néanmoins, dans le cas de la phobie sociale, la thérapie est souvent accompagnée d’un traitement médicamenteux.
Quelle thérapie suivre dans ce cas ? Tout dépend de l’individu, de son temps et de son énergie. Si son but est de supprimer ou de réduire rapidement ses symptômes, alors le mieux est de se pencher vers la thérapie cognitive et comportementale. Si c’est aussi pour creuser en profondeur et trouver l’origine de sa phobie, l’hypnothérapie peut être la solution.
La plupart des thérapies font appel à l’imagination de la personne phobique pour la mettre face à la situation redoutée dans son imagination et l’aider à se désensibiliser. Cet exercice est effectué avant de la mettre directement et réellement en confrontation. Cettedite confrontation ne s’effectue pas seul⋅e, mais en présence de læ professionnel·le. De plus, il est possible d’apprendre en amont des techniques de respiration et de relaxation pour compléter la thérapie.
Dans le cas de la phobie sociale, la thérapie peut s’effectuer en réalisant un jeu de rôle. La mise en scène est réalisée par læ psychothérapeute et parfois avec d’autres personnes ayant le même trouble. Læ professionnel·le donne alors des conseils afin d’affronter la situation. Ensuite, la scène est rejouée jusqu’à ce que læ patient·e parvienne à atteindre un comportement adapté, qu’iel se sente en mesure de réagir et puisse contrôler son anxiété.
Pour ce qui est des médicaments, ils ne sont utilisés, en règle générale, que lorsque la personne va devoir être confrontée à sa phobie. Il n’y a que la phobie sociale qui a un traitement médicamenteux de fond sur plusieurs mois.
Ainsi on retrouve :
→ Des médicaments anxiolytiques, qui ont pour but de soulager les différents symptômes anxieux lorsque la personne doit se confronter à sa phobie. Par exemple, lorsque la personne doit prendre l’avion alors qu’elle en est phobique. Ce traitement fonctionne surtout pour les phobies simples. Ces anxiolytiques ne soignent absolument pas l’origine de la phobie. Trop en prendre réduit son efficacité et crée une dépendance au médicament.
→ Des médicaments antidépresseurs, qui sont indiqués dans le cas de la phobie sociale lorsqu’elle invalide bien trop la vie privée ainsi que la vie professionnelle. Dans ces antidépresseurs, on retrouve les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine(Edda : sérotonine aussi appelée “hormone du bonheur”, permet la régulation de l’humeur et joue un rôle dans le sommeil) et les antidépresseurs inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (Edda : expliqué très simplement, la noradrénaline est un messager chimique du cerveau – un neurotransmetteur) (Dawn : c’est une molécule à partir duquel le corps va produire l’adrénaline et jouer un rôle dans les fonctions liées à la vigilance et l’excitation en situations dangereuses).
Les façons de soutenir
Forcément, le soutien est une façon importante d’aider la personne phobique dans sa vie quotidienne et/ou professionnelle. La discussion dénuée de toute critique, de tout jugement, de toute moquerie est la bienvenue. Comprenez bien : ce n’est pas parce que vous n’avez pas peur, par exemple des rongeurs, que vous pouvez vous moquer des personnes qui en sont phobiques même si les raisons vous semblent ridicules. Cesdites raisons ne le sont pas pour les personnes concernées. Aussi, même si la phobie ne s’avère pas être handicapante, ne l’obligez pas à la confrontation si elle n’en a pas envie, respectez plutôt ce qu’on appelle sa « stratégie d’évitement ». Par exemple, si une personne est phobique des clowns, ne l’obligez pas à se rendre dans un cirque ou de la faire regarder le film It /Ça.
Dans le cas où la phobie commence à avoir un impact sur la vie quotidienne et professionnelle, alors il peut être possible d’ouvrir un dialogue avec la personne concernée – si elle-même est d’accord – sur la possibilité d’un traitement efficace.
LES PHOBIES DANS LA LITTÉRATURE
Avant de parler de littérature, on peut parler de jeux vidéo qui peuvent nous confronter à nos phobies. Cela peut être le cas d’Until Dawn qui, lors d’un entretien avec une personne que nous ne connaissons pas, nous demande quelle est notre plus grande peur. On peut aussi parler du jeu Neurodeck qui met les joueurs face à leur phobie. Dans le monde la pop culture, nous pouvons parler de Jonathan Crane, professeur d’université spécialisé dans la phobie, qui se trouve être L’Épouvantail. C’est un ennemi qui arbore une apparence effroyable du célèbre Batman dans l’univers de DC Comics qui utilise les peurs de ses adversaires pour obtenir ce qu’il veut.
Dans la littérature, le livre Phobia regroupe 14 auteurices de polars avec chacun⋅e une histoire différente ayant pourtant un même point commun : les phobies sont disséquées et mettent les lecteurices à rude épreuve, mais pour la bonne cause. La psychologie de la peur – Craintes, angoisses et phobies nous parle de la peur qui peut nous sauver la vie, mais aussi nous la gâcher. Son auteur, Christophe André – psychiatre et psychothérapeute – est d’ailleurs l’un des spécialistes français⋅e⋅s des peurs et des phobies, ce qui fait de son roman un livre de référence.
Quelle serait l’utilité de présenter la phobie de votre personnage principal et/ou secondaire ? Nous pourrions vous répondre que cela pourrait vous permettre de lui/leur donner plus de relief ou de les mettre face à leur phobie dans une situation où ils n’ont pas le choix. Imaginez un individu phobique du cheval dans une période médiévale, une personne phobique du sang alors qu’elle est cernée par la guerre, travaille dans la police criminelle ou se retrouve dans un hold-up qui tourne mal, par exemple.La mise en lumière de la phobie ainsi que la réaction du personnage concerné a donc pour but de montrer au lectorat que ledit personnage n’est pas infaillible lorsqu’il se retrouve face à une confrontation qui lui est insurmontable. Pour vous aider, il vous est possible de consulter La liste des phobies que vous retrouverez dans les sources.

LES SOURCES :
✺ Judith Lussier, « Histoire des phobies en 8 temps », le 10 novembre 2017 [En ligne] Histoire des phobies en 8 temps (urbania.ca) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ « Phobie », le 02 octobre 2020 [En ligne] Phobie (vidal.fr) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ « La peur : un mécanisme de survie inné », le 31 janvier 2020 [En ligne] La peur : un mécanisme de survie inné (quebecscience.qc) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ Annette Fréjaville, « La phobie dans tous ses états », 2010 [En ligne] La phobie dans tous ses états (cairn.info) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ « Phobie : adopter les bons réflexes rapidement », le 30 septembre 2022 [En ligne] Phobie : adopter les bons réflexes rapidement (qare.fr) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ Egide Altenloh, « La liste des phobie », le 04 mars 2017 [En ligne] La liste des phobies (psyris.be) [Consulté le 23 décembre 2023]
✺ « La phobie scolaire : Un symptôme polymorphe, multifactoriel, sans cause et prise en charge unique » [En ligne] La phobie scolaire : un symptôme polymorphe, multifactoriel, sans cause et prise en charge unique (phobie-scolaire.org) [Consulté le 20 décembre 2023]
LES TÉMOIGNAGES :
✺ Bénédicte Flye Sainte Marie, « Cette phobie qui me gâche de la vie », le 20 janvier 2021 [En ligne] Cette phobie qui me gâche la vie (femmeactuelle.fr) [Consulté le 20 décembre 2023]
✺ Megan Buteau et Murielle Dreux, « Phobie scolaire : quand ça arrive, c’est un tsunami pour toute la famille », le 07 mai 2023 [En ligne] Phobie scolaire : quand ça arrive, c’est un tsunami pour toute la famille (francetvinfo.fr) [Consulté le 20 décembre 2023]


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