Article rédigé par Edda Charon

Personne n’en doute, il existe de nombreuses ISTs (Infections Sexuellement Transmissibles) qui ont mis à mal la santé des individus lorsqu’elles n’étaient pas soignées – ou alors très mal. Elles ont aussi parfois entraîné la mort. C’est (d’ailleurs) le cas de l’une des plus célèbres IST : la syphilis.
LA SYPHILIS, PORTEUSE D’UNE LONGUE HISTOIRE
La syphilis – souvent confondue avec la petite vérole – est une IST qui trouverait son origine en Amérique et aurait été rapportée dans le Vieux Monde au retour du voyage de Christophe Colomb pour les Amériques, soit à partir de mars 1493. Certaines sources affirment que le capitaine Martin Alonzo Pinzon qui a accompagné, avec son frère, Christophe Colomb aurait contracté cette maladie. Cependant, cela reste au stade de rumeur pour cause d’incohérence et de manque de preuves.
Cette maladie vénérienne aurait très rapidement contaminé la péninsule italienne étant donné que les marins accompagnant Colomb auraient eux-mêmes contracté cette IST en s’étant laissés séduire par les femmes taïnos (un peuple des Premières Nations des Amériques).
La syphilis se propagea ensuite dans toute l’Europe actuelle et atteignit la Chine et le Japon par les Portugais.
L’origine de la syphilis était ainsi jusqu’à de récentes découvertes.
En effet, des scientifiques de Bâle et de Zurich ont découvert, dans un tombeau brésilien, une bactérie proche de la syphilis qui a été datée de 2 000 ans. Ainsi donc, cette maladie serait bien plus ancienne que ce que l’on a cru jusqu’à présent.
C’est au XVe siècle, que l’IST gagne son nom de syphilis grâce à un poème italien. Dans ce poème, c’est un berger qui porte ce nom, lui aussi atteint de cette maladie. Ce ne fut qu’à partir du XXe siècle, grâce à la découverte des antibiotiques, que les scientifiques sont parvenu⋅e⋅s à trouver une solution pour maîtriser cette maladie.
En 1962, L. Christensen (Edda : je n’ai pas réussi à découvrir qui il était de son vivant, malheureusement) assure, après avoir étudié au moins 16 500 crânes venant du monde entier, que les lésions osseuses créées par la syphilis n’apparaissent qu’après l’année 1500.
Pour bien appuyer le fait que cette IST peut toucher n’importe qui, il peut être intéressant de vous donner une liste non exhaustive de personnalités l’ayant contractée : Guy de Maupassant (écrivain et journaliste littéraire), Alfred de Musset (poète, dramaturge et écrivain), Alphonse Daudet (écrivain et auteur dramatique), Paul Deschanel (10e président de la Troisième République française), Maurice Gamelin (général qui commanda l’Armée française durant la drôle de guerre), Charles Baudelaire (poète), Friedrich Nietzsche (philosophe, compositeur, poète, écrivain et philologue)…
Outre ces personnalités, la syphilis a touché et a donné la mort à des dizaines de millions d’anonymes jusqu’en 1943, où une solution médicale viable a pu être trouvée.
QU’EST-CE QUE LA SYPHILIS ?
La syphilis trouve son origine dans une bactérie, le tréponème pâle (ou Treponema pallidum), appartenant à ce qui compose la famille des Spirochètes. Cette bactérie se transmet par voie sexuelle par contact d’une muqueuse ou d’une peau infectée avec une muqueuse saine. La transmission mère-fœtus, aussi appelée “syphilis congénitale”, est rare car dépistée systématiquement au premier trimestre de la personne enceinte, mais pas impossible. Tout aussi exceptionnelle, la transmission par transfusion.
Ses Symptômes
Lors de la transmission de l’IST, le temps d’incubation varie en général entre deux à quatre semaines. Cette maladie évolue en deux phases : la phase précoce, puis la phase tardive.
La phase précoce apparaît de différentes manières :
→ La syphilis primaire : c’est l’apparition du chancre (une ulcération génitale), très contagieux, qu’on retrouve sur le gland et sur la vulve (Edda : je rappelle qu’il s’agit d’une infection sexuellement transmissible), mais on peut aussi le retrouver dans la zone anale, buccale, voire cutanée. De manière spontanée, elle peut guérir entre deux à six semaines sans cicatrice. Néanmoins, la bactérie reste présente dans l’organisme.
→ La syphilis secondaire : sans traitement, l’IST s’étend et une éruption contagieuse peut atteindre le tronc, les membres, le visage et la muqueuse de l’individu. Ces lésions ont été nommées syphilides papuleuses.
→ La syphilis sérologique précoce : il n’y a aucun symptôme et il faut un dépistage par analyse sanguine pour rechercher les anticorps déclenchés par la pathologie qui témoignent de la présence de la maladie.
La phase tardive, devenue rare, apparaît entre deux à dix ans après la première phase. Elle peut apparaître soit par :
→ La syphilis tertiaire : elle se caractérise par une atteinte neurologique et ophtalmologique. Elle peut aussi toucher la peau, les muqueuses, les os, le cœur et le système digestif.
→ La syphilis sérologique tardive : la personne concernée n’a aucun symptôme. Ce cas apparaît le plus régulièrement lorsqu’il n’y a pas de traitement durant la phase précoce.
Il est important de noter que la syphilis est plus grave et évolue plus rapidement chez une personne immunodéprimée.
Lorsque la syphilis parvient à atteindre le cerveau, de nombreux autres symptômes peuvent apparaître, comme :
→ mal de tête ;
→ méningite ;
→ confusion, changements de personnalité ou difficulté à se concentrer ;
→ symptômes qui s’apparentent à de la démence, tels que perte de mémoire, de jugement et compétences décisionnelles ;
→ paralysie d’une partie du visage ;
→ dysfonction érectile ;
→ problème de vessie.
Des problèmes oculaires peuvent apparaître lorsque l’IST atteint l’œil, tels que des douleurs ou des rougeurs oculaires, une vision qui change, une cécité.
Si elle atteint l’oreille, alors elle porte le nom d’otosyphilis et provoque une perte auditive, l’apparition d’acouphènes, des vertiges.
La syphilis peut également provoquer des problèmes cardiaques, comme le gonflement de l’aorte ainsi que d’autres vaisseaux sanguins, l’endommagement des valves cardiaques.
Il est important de souligner que les plaies provoquées par cette IST peuvent favoriser la transmission malheureuse ou la propagation du VIH.
« Heureusement pour nous », la bactérie ne survit pas hors de son hôte humain.
Le dépistage
Indéniablement, le dépistage se réalise sur examen clinique et test de laboratoire de différentes façons :
→ Lors de l’apparition du chancre ou de lésions cutanées, le prélèvement récupéré de ces zones suintantes met en évidence la présence du tréponème (le nom de la bactérie de la syphilis).
→ La prise de sang (sérologie) met en évidence les anticorps qui apparaissent lors de la présence de la maladie. On peut y détecter les anticorps qui combattent la syphilis précoce ou ceux qui affrontent la syphilis tardive.→ Si, malgré la sérologie, le doute est toujours présent, alors la biopsie cutanée peut être nécessaire.
COMMENT EN GUÉRIR ET/OU S’EN PROTÉGER ?
Autrefois, on pensait guérir de la syphilis grâce au mercure. Au XIXe siècle, on prescrivait aux patient·es de l’iode et de l’iodure. En 1910, il était prescrit une préparation à base d’arsenic que l’on administrait par voie intraveineuse.
Aujourd’hui, le traitement de cette IST est simple et peut être mis en place sans avoir nécessairement besoin de passer préalablement par une prise de sang.
Le traitement est une injection de benzathine pénicilline G retard (on précise le retard étant donné que sa durée d’action après injection est de huit à dix jours). Si l’injection s’effectue lors de la phase tardive, elle doit être répétée toutes les semaines pendant trois semaines.
Si la personne malade se trouve être allergique à la pénicilline – il est conseillé d’effectuer une test avant le traitement –, la doxycycline est prise par voie orale avec une posologie de quinze jours (pour la syphilis précoce) à vingt-huit jours (pour la syphilis tardive).
Après le traitement, une prise de sang est effectuée pour attester de la guérison de la personne concernée.
Pour s’en protéger, il semble évident de conseiller à læ partenaire sexuel·le et/ou de vie de se faire également dépister et de favoriser le port du préservatif lors de rapports intimes.
Les Statistiques
Selon le site de la Santé Publique de France dont vous pouvez retrouver le lien dans les sources :
→ 6 000 personnes âgées de 15 ans et plus ont été diagnostiquées avec une syphilis en 2022 ;
→ Le nombre de personnes de 15 ans et plus qui ont été diagnostiquées avec la syphilis entre 2019 et 2022 a augmenté de 27 % ;
→ Les diagnostics réalisés dans le secteur privé en 2022 concernent 90 % d’individus avec un appareil génital masculin.
LA SYPHILIS ET LA LITTÉRATURE
Encore aujourd’hui, il ne semble pas exister de romans, de musiques, de films ou de séries télévisées qui parlent ou font seulement mention de la syphilis. Ou presque. Dans un épisode de la série télévisée Dr House, le personnage éponyme se retrouve à devoir soigner une patiente âgée de la syphilis qu’elle avait contractée soixante ans avant et qui s’était finalement réactivée. Mais majoritairement, les seuls écrits que nous avons trouvés tournent uniquement autour de cette IST sans la création d’une histoire derrière. On ne peut donc pas vous tourner vers des œuvres de fiction.
Alors à quoi cela servirait d’implanter cette maladie dans votre récit ?
Que votre écrit se trouve dans une époque ancienne ou actuelle, la syphilis y a tout à fait sa place. À moins que tous vos personnages soient capables de régénération et de guérison instantanée, il n’existe pas de monde où la maladie n’est pas présente. Il en est de même pour l’IST.
Ainsi, introduire un personnage porteur de cette IST dans l’entourage du héros ou de l’héroïne pourrait amener des réflexions qu’on ne lit pas en temps habituel dans les romans. Encore plus si c’est le personnage principal qui l’attrape et/ou la propage – par inadvertance ou par malveillance. L’auteurice peut alors imaginer les réactions de l’entourage, du/de la conjoint·e, les points de vue adoptés par la société sur ce sujet (puisque si l’individu l’a, il ne doit pas être le seul). Des questions peuvent aussi se poser, telles que : est-ce que l’évolution médicale permet une guérison pleine et entière ? Est-ce une IST courante dans l’univers de l’auteurice ? Est-ce que les IST sont des sujets tabous dans la société ? Quel impact cela peut-il donner à tous les personnages sans distinction ?

LES SOURCES :
✺ Isabelle V., « Syphilis », le 13 octobre 2017 [En ligne] Syphilis (sante-sur-le-net.com) [Consulté le 05 février 2024]
✺ Alban Dignat, « XVIe. siècle – La syphilis, cadeau empoisonné du Nouveau Monde », le 29 décembre 2019 [En ligne] XVIe. siècle – La syphilis, cadeau empoisonné du Nouveau Monde (herodote.net) [consulté le 05 février 2024]
✺ « Des scientifiques découvrent une forme de syphilis datant de 2 000 ans » 24 janvier 2024 [En ligne] Des scientifiques découvrent une forme de syphilis datant de 2 000 ans (bluewin.ch) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Syphilis », le 29 novembre 2023 [En ligne] Syphilis (santepubliquefrance.fr) [Consulté le 05 février 2024]
✺ Michel Poitevin et André Siboulet, « Syphilis » [En ligne] Syphilis (universalis.fr) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Syphilis », le 07 octobre 2023 [En ligne] Syphilis (mayoclinic.org) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Syphilis » [En ligne] Syphilis (ameli.fr) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Ce que vous devez savoir sur la syphilis » [En ligne] Ce que vous devez savoir sur la syphilis (catie.ca) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Syphilis » [En ligne] Syphilis (depistage.be) [Consulté le 05 février 2024]
✺ « Syphilis », le 12 juin 2020 [En ligne] Syphilis (vidal.fr) [Consulté le 05 février 2024]


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