L’AROMANTISME

Article rédigé par Dawn

Alors que l’on parle beaucoup d’orientation sexuelle et de sexualité de manière générale dans notre société, nous oublions parfois qu’il existe plusieurs formes d’attirance autres que l’attirance sexuelle. Parmi elles, nous avons bien évidemment l’attirance amoureuse. Et tout comme il existe des personnes qui ne ressentent pas ou peu d’attirance sexuelle pour autrui (asexualité), certaines personnes ne ressentent pas d’attirance romantique : c’est ce que l’on appelle l’aromantisme.

L’AROMANTISME, UN SPECTRE DIFFÉRENT DE CELUI DE L’ASEXUALITÉ

Très souvent, la confusion est faite entre asexualité et aromantisme, et à tort. En effet, comme expliqué en introduction, les deux termes ne désignent pas la même attirance, et pour mieux comprendre la différence, nous allons définir ce qu’est l’attirance romantique et l’attirance sexuelle. 

L’attirance sexuelle se rapporte au désir que l’on peut ressentir pour une personne d’un point de vue sexuel, charnel. Elle va donc être liée de près à la sexualité, et au besoin de proximité voire de contact physique avec la personne dont elle fait l’objet.
L’attirance romantique, quant à elle, désigne le souhait d’établir une relation amoureuse avec une personne et de devenir saon partenaire. En aucun cas la sexualité n’intervient dans ce type d’attirance, on sera plutôt sur l’aspect sentimental de la relation.

Ainsi, vous l’aurez compris, une personne est dite aromantique si elle ne ressent pas ou peu l’envie voire le besoin d’établir une relation amoureuse avec une autre personne, peu importe son genre. On ne trouvera donc pas les fameux “papillons dans le ventre”, les “coups de foudre” ou les crushs, bien qu’il existe un équivalent aromantique pour ces derniers que l’on appelle “squishes” (au singulier, “squish”). Il fait référence au désir de nouer un lien émotionnel très fort avec une personne, allant au-delà de l’amitié simple, sans pour autant aller jusqu’à la relation de couple. Un⋅e aromantique peut également développer d’autres formes d’attirance, comme l’attirance esthétique ou l’attirance platonique.

Comme pour l’asexualité toutefois, l’aromantisme se définit par un spectre allant de l’absence totale d’attirance romantique à la présence d’une attirance dans des conditions bien particulières. De nombreux labels et micro-labels (Dawn: il s’agit des noms désignant des parties spécifiques du spectre) différents existent, mais les plus courants sont :
→ l’aromantisme, qui est donc l’absence totale d’attirance romantique ;
→ le grey romantisme, qui se caractérise par une faible attirance romantique, ou alors une attirance romantique peu fréquente. Ce terme désigne également le fait d’éprouver de l’attirance romantique pour autrui, sans pour autant vouloir développer une relation amoureuse ;
→ le demi-romantisme, qui désigne l’apparition d’une attirance romantique seulement après avoir développé un lien émotionnel très fort avec une personne.

D’autres formes existent comme le lithromantisme (attirance romantique uniquement lorsque cette dernière n’est pas réciproque) ou encore l’aegoromantisme (fait d’aimer suivre des histoires et relations romantiques, dans les films par exemple, sans vouloir vivre soi-même ces relations), mais elles sont bien trop nombreuses pour pouvoir être toutes présentées dans cet article. Vous pourrez toutefois les retrouver dans nos sources. Dans la suite de notre article, nous allons parler essentiellement des aromantiques, mais cela peut s’appliquer à l’intégralité du spectre.

On suppose souvent que les aromantiques sont également asexuel⋅les, du fait notamment de cette confusion entre les deux, et pourtant aucun lien n’existe : il est tout à fait possible d’être aromantique et de ressentir de l’attirance sexuelle pour autrui. On parlera alors dans ce cas d’alloaromantisme, AlloAro en abrégé. Dans le cas d’une combinaison aromantisme/asexualité, on utilise l’abréviation AroAce. (Dawn : pour la petite histoire, le terme d’alloaromantisme a été créé justement à la suite de cette présomption récurrente selon laquelle tous⋅tes les aromantiques sont asexuel⋅les.)

De même, une personne aromantique peut tout à fait développer une relation qui peut s’apparenter à une relation de couple. Celle-ci pourra prendre la forme d’une relation queerplatonique (venant de “queer” signifiant “hors norme” en anglais, et “platonique” pour désigner la dimension non romantique de la relation), ou d’une relation intime avec une ou plusieurs personnes en particulier sans la dimension romantique.

LES CLICHÉS SUR L’AROMANTISME

L’un des premiers clichés liés à l’aromantisme est que les personnes aromantiques sont insensibles et manquent d’empathie. Une personne aromantique peut très bien se montrer affectueuse envers ses proches, ses ami⋅es, et se sentir pleinement épanouie dans ses relations non romantiques. L’amour qu’elle peut porter aux autres s’apparenterait alors à l’amour que porte un parent à son enfant par exemple, ou à celui qui lie deux ami⋅es proches.

De même, iels peuvent ressentir des besoins affectifs (comme du soutien, de l’empathie), mais ces derniers peuvent être satisfaits de manière platonique, comme c’est le cas dans les relations amicales. 

Une autre idée reçue est que l’aromantisme ne serait qu’une phase, une étape passagère dans la vie de la personne. Tout comme l’orientation sexuelle, l’orientation romantique est innée et ne change pas avec le temps. Ce n’est pas non plus une pathologie, comme cela est parfois suggéré (au même titre que l’homosexualité qui a longtemps été considérée comme une maladie). De même, l’aromantisme n’est pas lié au genre.

Enfin, on considère que les aromantiques sont totalement réfractaires à tout ce qui touche de près ou de loin à la romance. Une personne aromantique peut tout à fait apprécier un film ou un livre mettant en scène une romance, même si elle ne s’y identifiera pas. Cependant, cela n’est pas une généralité : des aromantiques peuvent au contraire être révulsé⋅es par la présence de romance, et d’autres peuvent y être totalement indifférent⋅es.

AROMANTISME ET AMATONORMATIVITÉ

L’amatonormativité est un concept décrit par la professeure de philosophie Elizabeth Brake en 2012 dans son livre Minimizing Marriage : Marriage, Morality, and the Law. Ce concept se définit comme étant « l’hypothèse répandue que tout le monde serait mieux dans une relation exclusive, romantique et à long terme, et que tout le monde recherche une telle relation». Ce serait ainsi un équivalent de l’hétéronormativité, mais d’un point de vue romantique. 
De ce concept peuvent être tirées plusieurs idées :
→ tout le monde peut – et doit – ressentir de l’attirance amoureuse pour autrui ;
→ seule la relation amoureuse est légitime comparée aux autres relations (queerplatonique, amicale…), et elle doit donc leur être supérieure ;
→ l’affection amoureuse est plus valable que les autres formes d’affection pouvant être ressenties. Ainsi, tomber amoureux⋅se sera mieux vu et valorisé comparé à d’autres sentiments affectifs (comme l’amitié, par exemple).

Toutes ces injonctions tendent alors vers la recherche d’un⋅e partenaire en relation exclusive, exerçant une pression sur chacun⋅e et excluant socialement les personnes asexuelles, aromantiques mais également polyamoureuses car elles ne rentrent pas dans cette norme.
La chercheuse Bella DePaulo ajoute que l’amatonormativité stigmatise aussi les personnes célibataires en les considérant comme incomplètes, ce qui augmente le risque de rester dans une relation toxique pour ne pas se retrouver hors de cette norme.

Vous l’aurez donc compris, l’amatonormativité possède plusieurs conséquences pour les personnes aromantiques, qui se retrouvent invisibilisées par ces normes. Elles seront considérées comme anormales, ayant une phobie de l’engagement ou attendant indéfiniment “la bonne personne” par exemple. Cela peut aller jusqu’à considérer cette absence d’attirance romantique comme une pathologie.
Elles seront également vues comme manquant toujours de quelque chose pour se sentir épanouies, ce qui rejoint les propos de Bella DePaulo sur la notion d’incomplétude chez les personnes célibataires. 
Enfin, le dernier point qui peut avoir des conséquences sur les aromantiques est la priorisation des relations amoureuses sur les autres formes de relation : fréquemment, les personnes en couple viennent à délaisser leurs relations amicales pour se focaliser sur leur relation amoureuse, la privilégiant aux autres. Les personnes aromantiques développeraient alors une peur de l’abandon, peur d’être délaissées par leurs ami⋅es, sans avoir cette possibilité de se raccrocher à une relation amoureuse comme elleux.

LES SYMBOLES

Comme toutes les communautés LGBT+, les aromantiques possèdent également des symboles. 
Parmi eux, on retrouve bien évidemment le drapeau :

Le vert y symbolise le spectre aromantique (le vert étant à l’opposé du rouge, symbole de la romance, dans le cercle chromatique), le blanc symbolise les relations amicales et queer platoniques, et le gris et le noir représentent le spectre de la sexualité et plus précisément la faible attraction.

Nous pouvons également retrouver l’anneau blanc porté au majeur gauche pour indiquer son appartenance au spectre aromantique, en opposition à l’anneau noir porté au majeur droit qui est le symbole de l’asexualité. 
Nous avons en plus la flèche, liée à l’abréviation “aro” qui est un homophone du nom anglais “arrow”, et les fleurs jaunes comme les tournesols car dans le langage des fleurs, le jaune représente l’amitié. 

Et parmi d’autres symboles, nous retrouvons les griffons, qui symboliseraient l’invisibilité de la communauté aromantique, les pizzas et les glaces (Dawn : pour ceux-là, je n’ai pas réussi à trouver la signification…).

L’AROMANTISME DANS LA LITTÉRATURE

Côté romans traduits en français, les œuvres traitant de l’aromantisme ne sont pas nombreuses, et mettent souvent en relation aromantisme et asexualité. Nous pouvons citer Loveless d’Alice Oseman, un roman dans lequel la protagoniste, Georgia, étudiante entrant à l’université, souhaite découvrir ce qu’est l’amour alors qu’elle se questionne sur ce sentiment qu’elle n’a jamais ressenti. On peut également citer Pisse-Mémé, une bande-dessinée de Cati Baur dans laquelle l’un des quatre personnages centraux est aromantique.
Mais côté littérature anglophone, les ouvrages sont plus nombreux : The White Renegade de Claudie Arseneault, An Accident of Stars de Foz Meadows ou encore No more heroes de Michelle Kan, pour n’en citer que quelques-uns (la liste complète est disponible dans les sources).
Enfin, j’ai pu trouver le livre anglophone Stuck in her head, écrit par Kylie Wang et Liana Tang, qui raconte l’histoire de Naomie et Emma, deux amies d’une quinzaine d’années, dont l’amitié est mise à rude épreuve durant un concours d’informatique à cause de leurs sentiments respectifs (l’une est bisexuelle, l’autre est aroace). Ce livre est d’autant plus impactant qu’il prend place à Hong Kong, ville natale des deux auteures, où la représentation LGBTQIA+ est très limitée.

Qu’apporterait la présence d’un personnage aromantique dans votre récit ? 

Tout d’abord, j’ai pu remarquer que la majorité des romans traitant du sujet mettent en scène des personnages aromantiques ET asexuels. Toutefois, comme nous l’avons vu dans l’article, il est tout à fait possible d’être aromantique et d’éprouver de l’attirance sexuelle pour quelqu’un d’autre. Créer un personnage aromantique et bisexuel par exemple permettrait de déconstruire les clichés.

La présence de l’aromantisme permettrait également d’améliorer la visibilité de la communauté aromantique : on estime à 1% la proportion de personnes aromantiques dans le monde, et beaucoup ne se sentent pas représentées dans la culture littéraire et cinématographique :  à l’époque où la romance est quasi omniprésente (Dawn : pratiquement tous les romans en possèdent, aussi infime soit-elle, et ne parlons pas du cinéma), voir la présence de relations épanouies autre que les relations amoureuses permettrait de renforcer l’idée que non, être en couple, ce n’est pas une finalité et il est tout à fait possible d’être heureux⋅se en étant en dehors de l’amatonormativité.

LES SOURCES :

✺ Myriam Sanchez, “Les 6 types d’attirance entre les personnes” [En ligne] Les 6 types d’attirance entre les personnes (psychologue-toulouse-sanchez.fr) [Consulté le 20 février 2024]
✺ “Aromantisme” [En ligne] Aromantisme (asexuality.org) [Consulté le 20 février 2024]
✺ « Spectre Aromantique » [En ligne] Spectre Aromantique (lgbtqia.fandom.com) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Dre. Emily Blake et Dre. Meghan Picado, « Asexualité et aromantisme » [En ligne] Asexualité et aromantisme (blakepsychology.com) [Consulté le 20 février 2024]
✺ « Amatonormativité » [En ligne] Amatonormartivité (wikipedia.org) [Consulté le 20 février 2024]
✺ « Amatonormativité » [En ligne] Amatonormativité (pratiq.be) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Akweley Mazarae, “Stuck in Her Head – Aromantic Inclusive YA Fiction” , le 20 décembre 2023 [En ligne] Stuck in her head – Aromantic inclusive YA fiction (aromanticism.org) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Wilfried Carbonell, “Aromantisme : 10 idées reçues passées au crible”, le 27 octobre 2023 [En ligne] Aromantisme : 10 idées reçues passées au crible (betolerant.fr) [Consulté le 20 février 2024]
✺ “Aromantic flag and symbols explained” [En ligne] Aromantic flag and symbols explained (asexuals.net) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Claudie Arseneault, “Aromantic Books Recommandations” [En ligne] Aromantic Books Recommandations (claudiearseneault.com) [Consulté le 20 février 2024]

LES TÉMOIGNAGES :

✺ Helio Thiémard, « Asexualité et aromantisme – Conférence TEDx« , le 25 août 2022 [En ligne] Asexualité et aromantisme – Conférence TEDx (youtube.com) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Benjamin Pierret, « Je suis aromantique – lorsque le sentiment amoureux n’existe pas« , le 04 janvier 2017 [En ligne] « Je suis aromantique » : lorsque le sentiment amoureux n’existe pas (rtl.fr) [Consulté le 20 février 2024]
✺ Aromantic.fr [En ligne] @aromantic.fr (instagram.com) [Consulté le 20 février 2024]

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