L’OPHIOPHOBIE

Article rédigé par Dawn

Une phobie peut concerner de nombreux aspects du quotidien, et peut être plus ou moins courante, plus ou moins atypique… Les phobies liées aux animaux sont parmi les plus répandues, et aujourd’hui nous allons parler de l’ophiophobie : la phobie des serpents.

L’OPHIOPHOBIE EN DÉTAIL

Le terme “ophiophobie” vient du grec “ophis”, signifiant “serpent”, et “phobia”, qui signifie “peur”. Il désigne ainsi une peur panique provoquée par la vue d’un serpent, aussi bien réellement qu’à travers une photo ou dans un film. 

Elle appartient à la catégorie des zoophobies, autrement dit les peurs paniques liées aux animaux, au même titre que l’arachnophobie, et fait partie des phobies les plus répandues à travers le monde.

Cette phobie entraîne une incapacité à se rendre dans des lieux où il serait possible de rencontrer des serpents (on peut notamment penser aux vivariums et aux zoos, mais les forêts peuvent également être concernées). On peut par ailleurs noter la présence de cauchemars et de l’anxiété à la vue d’un serpent dans un film ou en lisant le mot dans un texte. 

En Occident, cela s’accompagne souvent d’une peur d’attaque mortelle de serpent, bien que les reptiles présents sous nos latitudes soient totalement inoffensifs pour l’être humain (Dawn : les serpents les plus dangereux pour l’homme se trouvent en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie de l’Est. En France, sur 14 espèces de serpents présentes, seules 4 sont potentiellement dangereuses et on ne compte qu’un décès tous les 10 ans à cause d’une morsure de serpent).

Lorsqu’une personne phobique se retrouve face à un serpent, elle peut ressentir un fort sentiment de dégoût, des palpitations cardiaques et des tremblements, des nausées, mais elle peut aussi avoir envie de pleurer et avoir peur de mourir. Cela peut de plus engendrer des vertiges et des malaises à cause de la peur.

UNE PHOBIE MAJORITAIREMENT PRÉSENTE EN OCCIDENT

Comme pour toute phobie, plusieurs causes peuvent expliquer cette peur irrationnelle des serpents. La plus fréquente est l’expérience traumatisante, en particulier durant l’enfance. Cela peut par exemple être lié à une morsure (ou tentative de morsure) qui engendre une appréhension lorsque l’on se retrouve à nouveau face à un serpent, et cette appréhension peut se transformer en phobie.

L’ophiophobie trouve également une explication d’un point de vue culturel. En effet, cette peur irrationnelle est davantage présente en Occident que dans les autres régions du monde, et cela peut s’expliquer par la représentation que l’on a du serpent. 

En Occident, le serpent est présent dans toutes les mythologies et est vu comme un symbole de mort, du fait notamment de la méconnaissance que l’on a de cet animal. Cette image négative est en outre véhiculée par la Bible, où le serpent tentateur persuade Eve de goûter le fruit défendu, provoquant la perte du paradis originel et de l’immortalité pour les êtres humains. Dans la majorité des œuvres cinématographiques,  le serpent est représenté comme un prédateur extrêmement dangereux pour l’homme, capable de l’avaler en une seule bouchée ou de le tuer d’une seule morsure, renforçant cette image “diabolique” que l’on en a.
Dans d’autres cultures, le serpent à une image bien plus positive : en Afrique de l’Ouest, le serpent est le créateur du monde et a longtemps été vénéré, entre autres au Bénin, où tuer un serpent pouvait être passible d’une peine de mort. En Chine, les croyances veulent que ce soit une femme-serpent qui ait créé l’être humain à partir d’argile. Dans le bouddhisme, les serpents sont tout aussi sacrés, car un cobra aurait un jour sauvé la vie de Bouddha en le protégeant du soleil. Enfin, le serpent symbolise l’immortalité au Mexique, avec le Quetzalcoatl, et en Egypte avec la divinité Apophis.

La principale cause de l’ophiophobie reste toutefois la méconnaissance que l’on a de cet animal, accentuée par leurs représentations au cinéma et dans la littérature, leur prêtant des comportements et des prouesses dont ils sont bien incapables : un serpent ne mordra qu’en dernier recours, par exemple. S’il ne peut pas s’enfuir, il mordra, et l’injection de venin lors d’une morsure n’est pas systématique.

Enfin, pour certain⋅es historien⋅nes, l’ophiophobie pourrait être inscrite dans la mémoire traumatique de l’être humain depuis la Préhistoire et serait ainsi liée à l’instinct de survie. C’est une hypothèse que défend notamment l’anthropologue américaine Lynne A. Isbell dans son livre The Fruit, the Three, and the Serpent : Why we see so well
Selon elle, le serpent aurait participé à l’évolution humaine et à celle des primates en favorisant le développement de la communication non verbale (en particulier par le fait de pointer du doigt pour désigner une menace), mais aussi l’amélioration de leur acuité visuelle afin de reconnaître le danger, ce qui aurait permis de développer des réactions de survie face à cet animal. Des études menées sur des primates et des enfants n’ayant jamais vu de serpents de leur vie ont ainsi montré que le serpent était assimilé à un danger de manière innée, et que nous étions ainsi prédisposé⋅es à en avoir peur. L’ophiophobie serait donc liée à cette peur innée développée il y a des millénaires et qui resterait ancrée dans nos gènes, mais cette hypothèse est encore largement discutée par les scientifiques aujourd’hui.

TRAITEMENT DE LA PHOBIE

Comme la plupart des phobies, il est possible de traiter l’ophiophobie grâce à une thérapie comportementale et cognitive. Cette thérapie permet, grâce à des techniques de relaxation et de projection positive, de travailler sur la phobie en permettant de mieux tolérer l’exposition à l’élément responsable, en l’occurrence ici le serpent, en déconstruisant tous les stéréotypes que pourrait avoir la personne sur l’animal. Cette thérapie est brève (8 à 12 semaines).
Cette phobie peut également être traitée grâce à une thérapie d’exposition, qui vise à s’exposer progressivement au serpent en commençant par des images (représentations tirées de dessins animés et photographies, par exemple), pour aller jusqu’au face-à-face avec un serpent vivant afin d’ apprendre à gérer son angoisse et de réaliser une certaine forme de désensibilisation. 

Il est par ailleurs possible de traiter l’ophiophobie grâce à la psychanalyse, qui permet d’identifier la cause de la phobie et de la comprendre pour mieux l’appréhender (Dawn : en psychanalyse, on considère généralement que l’ophiophobie est liée à la peur de la castration car le serpent “représenterait” un pénis détaché du reste du corps…). L’hypnothérapie peut aussi être utilisée.

L’OPHIOPHOBIE DANS LA LITTÉRATURE

Les romans mettant en scène des serpents sont nombreux, mais au cours de mes recherches, je n’ai trouvé aucun roman présentant un personnage souffrant de cette phobie.
Parmi les romans mettant en scène des serpents, on peut citer Une Armée à moi seule d’Anthony Combrexelle, dans lequel l’une des divinités, Zawara, a l’apparence d’un gigantesque serpent. Dans la saga La Légende des Quatre de Cassandra O’Donnell, on se retrouve cette fois-ci avec des yokaï, des créatures mi-humaines, mi-animales pouvant se métamorphoser en animal, notamment en serpent. 
Enfin, dans les représentations les plus connues, nous pouvons citer Kaa dans Le Livre de la Jungle, ou encore Nidhog dans la bande dessinée Thorgal, qui reprend la mythologie nordique.

Et pourtant, comme pour toutes les phobies, cela peut apporter de la profondeur au personnage : nous avons tous⋅tes peur de quelque chose (même sans que cela ne soit une phobie, ça peut simplement être quelque chose qui nous met mal à l’aise ou qui nous angoisse), et mettre en scène la peur d’un personnage peut lui apporter du réalisme. 
Une phobie est toujours handicapante, alors il est intéressant de montrer comment votre personnage s’y adapte : évite-t-il les balades en forêt ? Se sent-il mal quand il voit une photo de serpent ou qu’il en voit un lorsqu’il regarde un film ? A-t-il été mordu par un serpent durant son enfance pour avoir développé cette peur, ou vient-elle de tout autre chose ? Car mettre en scène la peur d’un personnage est très important, mais il est tout aussi important de définir la cause de cette peur pour la rendre d’autant plus crédible.

✺ Lynne A. Isbell, « The Fruit, the Tree, and the Serpent », le 30 septembre 2011 [En ligne] The Fruit, the Tree, the Serpent (hup.harvard.edu) [Consulté le 20 mars 2024]
✺ Camille Moreau, « Ophiophobie : tout savoir sur la phobie des serpents », le 13 septembre 2022 [En ligne] Ophiophobie : tout savoir sur la phobie des serpents (passeportsante.net) [Consulté le 20 mars 2024]
✺ Marie-Amélie Carpio, « Pourquoi avons-nous si peur des serpents ? » [En ligne] Pourquoi avons-nous si peur des serpents ? (nationalgeagraphic.fr) [Consulté le 20 mars 2023]
✺ Emeline Pradines, « Ophiophobie : définition, symptômes, traitement, tout savoir sur la panique des serpents ? » le 09 février 2023 [En ligne] Ophiophobie : définition, symptômes, traitement, tout savoir sur la panique des serpents ? (maxisciences.com) [Consulté le 20 mars 2024]
✺ « Ophidophobia (Fear of snakes) – Symptoms and Causes », le 15 mars 2022 [En ligne] Ophidophobia (Fear of Snakes) – Symptoms and Causes (my.clevelandclinic.org) |Consulté le 20 mars 2024]

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