LA PSYCHOLOGIE POSITIVE

Article rédigé par Edda Charon

On peut parfois mettre beaucoup de temps avant d’admettre qu’on a besoin d’aide, et prendre autant de temps pour chercher de l’aide. Cela a été mon cas, poussée par des membres de ma famille à parler à quelqu’un dont c’est le métier. C’est ce que j’ai fait. Psychothérapeute et coach en psychologie positive. C’est d’ailleurs la seconde partie dont je vais vous parler.

L’HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE POSITIVE

Avant la Seconde Guerre mondiale, la psychologie avait trois grands buts : guérir la maladie mentale, rendre la vie des gens plus productive et encourager les grands talents. Les créations de Veterans Administration en 1946 et du National Institute of Mental Health en 1947 orientent les psychologues vers la maladie mentale ainsi que la recherche dans ce domaine. En parallèle, les deux missions “rendre la vie des gens plus productive” et “encourager les grands talents” sont totalement mises de côté. Les chercheurs s’intéressent alors bien plus à la guérison des troubles ainsi qu’aux stresseurs environnementaux. Depuis, la très grande majorité du modèle médical cherche à soigner des maladies et à réparer des dommages.

C’est Martin E. P. Seligman, docteur en psychologie et un des fondateurs de l’American Psychological Association, qui parle pour la première fois de la psychologie positive en 1998. Ce modèle de psychologie a pour mission de promouvoir “le meilleur” chez l’être humain. Selon Seligman, la psychologie s’est, en effet, trop limitée depuis 100 ans à la réparation des troubles sans aller plus loin. L’ objectif dans la psychologie classique étant plutôt d’adresser et de traiter si possible le syndrome, mais en fait c’est tout, c’est là ou la psychologie classique s’arrête.
Ainsi, la psychologie positive consisterait à déclencher un grand changement de vie et une vie plus sereine grâce à la réparation des dommages. Ces professionnel·le·s de la santé auraient pour rôle d’aider à “redresser le déséquilibre intérieur”. L’ approche de la PP est en effet intégrale, hybride et complémentaire : non seulement traiter les syndromes, mais aussi recréer un équilibre émotionnel et de forces pour pouvoir pallier les problèmes plus facilement. Ensuite, le projet pour le futur pour mieux comprendre soi-même, reconnaître les “récidives”, recréer sa vie. Donc une approche plus holistique et globale.

Ses trois grands piliers : 
Au niveau subjectif, elle s’intéresse à l’expérience positive vécue : 
→ bien et satisfaction pour le passé,
→ expérience flow, joie, plaisirs sensibles et bonheur pour le présent, 
→ espoir et optimisme pour le futur.

Au niveau de l’individu, le pilier se penche sur les caractéristiques et les traits comme la capacité à aimer, le courage, la sensibilité esthétique, la persévérance, etc.

Au niveau des vertus civiques et des institutions, il se penche sur l’altruisme, la modestie, la civilité, la tolérance et l’éthique de travail…

La psychologie positive encourage donc aussi læ professionnel·le à s’intéresser aux forces humaines afin d’améliorer la vie des gens, et pas seulement à l’ensemble des symptômes.

Le mouvement de la psychologie positive rencontre un tel succès depuis 1988 qu’en 2004, il compte : 
→ plus de 50 groupes de chercheurs dans le monde,
→ un congrès international annuel,
→ un nombre grandissant de publications spécifiques,
→ des cours universitaires sur cette approche,
→ des interventions testées expérimentalement,
→ des sites internet actifs (Edda : que vous pouvez retrouver dans les sources).

LA PSYCHOLOGIE DE L’ÉGOÏSME

La sociologue Eva Illouz et le docteur en psychologie Edgar Cabanas pointent, dans l’ouvrage Happycratie, le danger des injonctions au bonheur promut par la psychologie positive : “Tout un chacun peut réinventer sa vie et atteindre le meilleur de lui-même en adoptant tout bonnement un regard plus positif sur soi et sur le monde environnant”. Ces deux personnes alertent sur cette méthode édulcorée qui vise uniquement le bonheur personnel.

Pourtant, Martin Seligman, lui-même, assure que le bonheur personnel n’est pas suffisant. Ainsi, il indique : “Ce qui relie le mieux le bonheur et le bien-être, où que vous soyez sur la planète, c’est la gratitude. C’est pourquoi la psychologie positive vise à enseigner et mettre en pratique des compétences pour développer de bonnes relations sociales”. En parallèle, Jacques Lecomte ajoute : “La psychologie positive est à la fois un art de vivre avec soi-même mais aussi avec les autres. C’est dans cette optique qu’elle peut constituer un formidable moteur du changement social”.

MAIS POURQUOI LE CERVEAU SE CONCENTRE SUR LE NÉGATIF ?

Cette fixation proviendrait de nos ancêtres préhistoriques. Sans parler nécessairement de négatif, avoir peur de certaines choses a permis la survie de ces individus, de rester en alerte et de se souvenir de ce qui peut être mortel. En effet, à cette époque, il était plus judicieux d’avoir peur d’un tigre à dents de sabre plutôt que d’avoir envie de lui papouiller le ventre. Ce mécanisme naturel de survie est resté ancré en nous, et ce, même à l’heure actuelle.
De nos jours cependant, il est beaucoup moins sûr de croiser un prédateur à tous les coins de rue. Il s’agit alors de s’entraîner à équilibrer nos émotions positives et négatives, de sorte à ne pas rester uniquement sur le négatif et d’apprendre à percevoir plus facilement et plus souvent le positif.
Cette psychologie a pour bienfait de nous apprendre à toucher du doigt plus régulièrement le bonheur, d’augmenter notre confiance en nous et de mettre en valeur notre créativité de manière active et d’ainsi restaurer un équilibre des émotions humaines.

Pour y parvenir, des petits exercices quotidiens à effectuer sont conseillés. Le maître mot est la régularité.

LES EXERCICES AU SERVICE DE LA PSYCHOLOGIE POSITIVE

LES EXERCICES DE LA MÉTHODE PERMA

Inventé par Martin Seligman, le modèle PERMA est un acronyme anglais : 
P pour Positive emotions : le but est de mettre en valeur notre vision positive. Il ne s’agit pas de cacher sous le tapis les émotions négatives, mais plutôt de les utiliser comme tremplins pour les surmonter.
E pour Engagement : il s’agit de s’engager vraiment dans le moment présent, mais aussi dans notre vie et dans la relation que nous avons avec les autres.
R pour Relationships (relations) : le but est de nous encourager à avoir des interactions sociales et à accepter autrui avec leurs richesses, dans leur entièreté et à cultiver tout ceci (Edda : pour exemple, j’aime beaucoup mon papi, mais je ne peux pas venir le voir et je ne l’appelais que trop rarement. Depuis, j’essaie de garder une régularité dans mes appels pour garder cette connexion entre lui et moi).
M pour Meaning in life (sens de la vie) : Qu’est-ce que nous voulons faire ? Quelles sont nos priorités ? Qu’est-ce qui donne du sens à notre vie ? Autant de questions qui nous apportent à nous-mêmes, mais aussi aux autres. 
A pour Accomplishment (succès) : Il s’agit de se fixer des objectifs, de réaliser des projets qui comptent pour nous, de relever des défis.

Vous l’avez peut-être compris, le modèle PERMA – ou la théorie du bien-être – est une extension du modèle à trois voies du bonheur : l’agréable, l’engagement et l’important. Cependant, et Seligman le dit lui-même, sa méthode PERMA ne fonctionne pas de la même manière selon les personnes qui l’utilisent, et ces exercices ne sont en aucun cas des obligations. En effet, Seligman explique que ce modèle est une simple description de ce que font les gens heureux, mais pas du tout une prescription.

LA PSYCHOLOGIE POSITIVE ET SES TROIS VAGUES

Selon l’Institut de la psychologie positive appliquée, cette science s’appuie sur trois vagues que voici : 
→ La première vague se base sur le Positif. Elle recherche des facteurs qui participent de façon positive au bien-être et à la résilience.
→ La seconde vague se base sur le Contexte. C’est apprendre à comprendre que rien n’est négatif ou positif en soi (qu’est-ce qui est bon, qu’est-ce qui est mauvais ?).
→ La dernière vague est celle sur la Complexité. C’est l’ouverture à ladite complexité avec des études pluridisciplinaires et multiculturelles.

Ce concept se base sur un test réalisé à tête reposée qui vous demande de réfléchir sur : 
→ Qu’est-ce que vous aimez ?
→ Dans quel domaine êtes-vous doué·e ?
→ Quelles sont vos activités idéales ?
→ Qu’est-ce que vous pouvez apporter aux autres ? Quelles sont vos valeurs ?

Ce test a pour but de vous aider tant sur le plan professionnel que personnel.

D’AUTRES MÉTHODES

Assez souvent, j’ai personnellement eu comme exercice de reconnaître l’émotion qui m’animait pendant la séance ou à me souvenir de celle qui dominait à une époque précise grâce à la roue des émotions de Plutchik ci-dessous :



Cette roue m’a permis d’identifier l’émotion que je ne parvenais pas à décrire et m’a aidée à me demander pourquoi je la ressentais. Cela m’a permis de faire surgir un sentiment de colère que j’avais enterré pendant des années, d’admettre le dégoût que je pouvais ressentir envers moi-même, etc. et de chercher en profondeur la raison pour laquelle je ressentais ça. Qu’est-ce qu’il se passait dans ma tête à ce moment-là ? Il est souvent constaté que notre vocabulaire émotionnel est très limité, voilà donc une approche pour mieux mettre des mots sur nos sentiments, et reconnaître la place et l’importance de nos émotions ressenties.

Un autre exercice est celui de la vision en hélicoptère ou la vision de “comme si vous regardiez un écran de télévision”. C’est un peu difficile au début, mais cela consiste à essayer de regarder l’événement traumatique d’un point de vue extérieur, d’être le moins impacté·e possible – voire plus du tout – et d’essayer de comprendre le point de vue de ce qui nous a fait du mal. Attention : il ne s’agit pas d’oublier, ou de pardonner l’événement ou la personne !

Un troisième exercice se déroule à l’écrit. Cela consiste à poser sur papier ce que nous ne parvenons pas à dire à haute voix. Notre ressenti sur le syndrome de l’imposteur, par exemple. Nous pouvons être amené·e·s à rédiger une lettre à une personne en particulier ou à tout un groupe d’individus – bien sûr, ils ne pourront jamais le lire tant que vous ne le voudrez pas – sur un événement particulier ou alors raconter votre évolution dans la vie à cœur ouvert.

Un des autres exercices que j’ai eu à effectuer est de donner un ressenti émotionnel à mon professionnel de la santé par WhatsApp lorsque je pensais à un sujet précis (Edda : chose pas évidente quand le déni est votre sport favori). Faire cet exercice empêche de cacher la poussière sous le tapis, et amène plutôt à la réflexion : “pourquoi je ressens ça à ce moment précis ?”

L’un des premiers exercices que j’ai dû effectuer a été de lister trois choses positives qui m’étaient arrivées dans la journée, de raconter ce qu’il s’était passé et quel ressenti émotionnel j’avais eu à ce moment-là. Cet exercice, le journal de gratitude, entraîne le cerveau à ne pas rester focalisé·e sur le négatif et à parvenir, sur le long terme, à voir plus facilement le positif et à mettre de côté, sans occulter, le négatif.

Au-delà de ces exercices, le site outil-psy en propose d’autres à effectuer seul·e ou couple.

Bien sûr, tout comme Rome ne s’est pas construite en un jour, il ne faut absolument pas compter sur des résultats immédiats, et la guidance d’ un·e professionnel·le bien formé·e dans la matière est préconisée. Un·e professionnel·le, contraire aux solutions “auto-psychologiques”, vous aidera avec un parcours personnalisé et veillera à votre bien-être – chaque personne est unique et la psychologie est surtout une approche unique et personnelle, à ne pas prendre à la légère.

LA PSYCHOLOGIE POSITIVE DANS LA LITTÉRATURE

Sans surprise, le fondateur Martin Seligman a rédigé des livres comme Vivre la psychologie positive, Apprendre l’optimisme ou encore Changer, oui c’est possible.

À l’heure actuelle, je n’ai pas pu trouver de roman ou même de film ou de série qui parlent de la psychologie positive, et pour cause : cette science à part entière est très récente (n’oublions pas qu’elle est apparue à la fin du XXe. siècle) et, surtout, pas tant connue que cela. D’autant que ses détracteur·ice·s pourraient la comparer à l’homéopathie, voire au charlatanisme. Or, il a été prouvé que cette psychologie repose sur des faits et surtout des recherches scientifiques et s’intègre dans la vaste domaine de la psychologie. Donc rien de fallacieux.

MAIS ALORS, QU’EST-CE QUE CETTE PSYCHOLOGIE POURRAIT APPORTER DANS UN ROMAN ?

Déjà, L’idée que tout le monde peut avoir besoin d’aide, qu’il n’existe pas qu’une seule et unique manière de travailler sur la psychologie, mais plusieurs. Et surtout, qu’il ne suffit pas de découvrir le trouble ou un morceau de vous dont vous n’aviez pas encore conscience (comme la haute sensibilité, par exemple).
Votre personnage principal ou secondaire pourrait être amené à devoir faire des exercices demandés par le professionnel·le de la santé. Ce pourrait être aussi un roman sur l’un·e de ces psys qui incitent à comprendre plusieurs points très importants qui peuvent nous aider à améliorer nos pensées de vie.

LES SOURCES :

✺ Jacques Lecomte, “Introduction. Qu’est-ce que la psychologie positive ?”, p. 1 à 14, 2014 [En ligne] Introduction. Qu’est-ce que la psychologie positive ? (Cairn.info) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ “La psychologie positive” [En ligne] La psychologie positive (oraprdnt.uqtr.uquebec.ca) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ « Authentic Happiness » [En ligne] Authentic Happiness Website (authentichappiness.sas.upenn.edu) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ Lucien Fauvernier, “Qu’est-ce que la psychologie positive ?”, le 28 mars 2019 [En ligne] Qu’est-ce que la psychologie positive ? (Psychologies.com) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ “Modèle PERMA : une théorie sur le bien-être”, le 04 février 2021 [En ligne] Modèle PERMA : une théorie sur le bien-être – Nos Pensées (nospensees.fr) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ “La psychologie positive” [En ligne] La psychologie positive (lapsychologiepositive.fr) [Consulté le 05 juillet 2024]
✺ “Thème : psychologie positive” [En ligne] Psychologie positive [PDF] (outils-psy.com) [Consulté le 05 juillet 2024]

Interview de Gijs Van Breugel, coach & thérapeute en psychologie positive

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