Article rédigé par Edda Charon

Avez-vous régulièrement eu envie d’ingurgiter quantités de nourritures alors que l’appétit est absent ou que vous vous êtes déjà sustenté⋅e peu de temps auparavant ? Est-ce que manger un aliment – parfois quelque chose de bien précis – peut devenir obsessionnel ? Aujourd’hui, nous allons parler de l’hyperphagie boulimique.
DÉFINITION DE L’HYPERPHAGIE BOULIMIQUE ?
L’hyperphagie, aussi appelée hyperphagie boulimique ou polyphagie, est l’un des troubles des conduites alimentaires (TCA) le plus fréquent, mais bien moins connu que la boulimie ou l’anorexie. Ce trouble n’a d’ailleurs été reconnu qu’en 2013 dans le DMS-5 (il s’agit d’un manuel de classification des troubles mentaux). Ce TCA touche près de 3,5 % de personnes perçues comme femmes et 2 % de personnes perçues comme hommes. Cela touche près de 3 à 5 % de la population française. L’hyperphagie boulimique se caractérise par une surconsommation d’aliments qui n’a pas pour objectif de répondre à un besoin énergétique ou métabolique. En effet, tout comme la boulimie et l’anorexie mentale, il s’agit d’un trouble psychologique/psychique.
Du fait de cette suralimentation, un lien peut être rapidement et logiquement créé entre l’hyperphagie et l’obésité.
Contrairement à la boulimie, une personne atteinte d’hyperphagie n’a pas de comportements dits compensatoires (vomissements, utilisation de laxatif, diurétique, jeûne, etc.).
Encore aujourd’hui, des recherches se poursuivent pour « en déterminer les causes psychologiques exactes, les « modalités psychiques et affectives » ainsi que des actions thérapeutiques plus efficaces » (Passeportsanté).
En effet, il s’avère que la prise en charge des personnes souffrant de ce trouble est difficile et que les thérapies proposées se soldent très souvent par un échec, rendant l’atténuation des symptômes de ce TCA plus difficile encore.
Il existe deux types d’hyperphagie boulimique :
→ Le réconfort sévère : c’est quand la personne fait des régimes à répétition et s’interdit certains aliments riches en sucres, en matières grasses, etc. À ce moment-là, le cerveau enclenche la dopamine, la molécule du bonheur impliquée dans le circuit de la récompense, et la personne va devoir augmenter son contrôle. Sauf qu’à un moment, il y a trop de dopamine et c’est là que la crise arrive.
→ L’anesthésie émotionnelle : ce type de polyphagie est lié à des émotions très négatives souvent en rapport avec des traumatismes. Le but est «d’éteindre» son cerveau.
Il y a aussi trois niveaux d’hyperphagie boulimique :
→ Niveau 1 – léger : 1 à 3 crises par semaine,
→ Niveau 2 – modéré : jusqu’à 8 crises par semaine,
→ Niveau 3 – sévère, voire très sévère : jusqu’à 14 crises par semaine.
CAUSES ET SYMPTÔMES
LES CAUSES
Les causes de ce TCA sont très variables et sont multifactorielles. Elle peuvent être :
→ génétiques,
→ psychiques/psychologiques individuelles,
→ environnementales,
→ familiales,
→ socioculturelles.
D’autres événements et conditions peuvent provoquer la naissance de l’hyperphagie comme le stress psychique, la perte d’un proche, la maltraitance, un traumatisme important… À cela, on peut ajouter des troubles dépressifs, anxieux ou bipolaires, des troubles de la personnalité, des troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (lien vers l’article sur le trouble de l’attention et l’hyperactivité), de baisse d’estime de soi. Enfin, un perfectionnisme peut être présent chez les personnes ayant un TCA.
Les personnes les plus susceptibles d’être touchées par l’hyperphagie sont les étudiant·es, les personnes transgenres, les mannequins, les sportif·ive·s de haut niveau.
LES SYMPTÔMES
Sans surprise, la suralimentation compulsive en un temps très court (moins de deux heures) est l’un des symptômes principaux (Edda : cela porte le nom de “craving”, je découvre l’expression en même temps que vous). La personne perd le contrôle de cette ingestion de nourriture, alors que la faim ne se fait pas ou plus ressentir. Le but de manger à outrance est bien souvent de combler un manque généralement affectif et/ou psychologique (Edda : c’est plus de l’auto-diag’ dans mon cas, mais la nourriture peut tourner à l’obsession quand je vais bien, quand je ne vais pas bien, quand je veux me consoler, me récompenser, que je n’arrive pas à me concentrer, que je m’ennuie… La nourriture devient un refuge).
Ces comportements interviennent de manière irrégulière et apparaissent entre deux alimentations normales. L’hyperphagie peut évidemment se manifester pendant le repas, mais aussi entre les repas. Dans ce second cas, on parle d’hyperphagie interprandiale.
Ce TCA est d’ailleurs fourbe car il crée et maintient une grande souffrance physique (obésité et problèmes de santé) et psychologique (très grand mal-être, notamment). La personne est consciente de son surpoids et en souffre beaucoup (la polyphagie est souvent accompagnée d’une dépression plus ou moins profonde).
COMMENT SAVOIR SI ON EST POLYPHAGIQUE OU NON ?
Le diagnostic s’effectue en toute logique auprès d’un·e professionnel·le de la santé qui déterminera, selon la fréquence des crises (au moins une fois par semaine pendant trois mois) et le sentiment de perte de contrôle, si la personne est bel et bien atteinte par ce TCA. À ces points, d’autres critères s’ajoutent tels que :
→ manger plus rapidement que la normale,
→ manger sans en avoir physiquement besoin ou envie,
→ manger jusqu’à ressentir une sensation de malaise.
Très souvent aussi, la personne ayant ce trouble préfère manger lorsqu’elle est seule, en cachette, afin d’éviter le regard des autres. La majorité du temps, les aliments ne sont pas préparés et sont de préférence gras ou sucrés (exemple : chips, pizza, bonbons, gâteaux, soda…).
Après la crise, la personne ressent un sentiment de honte, de dégoût de soi et de culpabilité envers son comportement dont elle a conscience.
Læ professionnel·le de la santé recherchera des troubles associés tels que :
→ des troubles anxieux et/ou dépressifs,
→ des troubles de la personnalité,
→ un surpoids ou une obésité avec une éventuelle stéatose hépatique (pathologie caractérisée par un excès de graisse dans le foie non liée à un excès d’alcool),
→ des troubles digestifs : mauvaise haleine, reflux gastro-œsophagien,
→ des troubles sexuels et de la fertilité.
Læ professionnel·le de la santé effectuera un examen sanguin pour compléter le dossier et pourra éventuellement demander une imagerie médicale. Ces imageries médicales ont pour but de comprendre la cause de ce TCA et rechercher/trouver des pathologies qui y sont associées.
Il est aussi très important que des professionnel·les qui ne travaillent pas dans le domaine de la santé soient sensibilisé⋅e⋅s à l’hyperphagie (Edda : aux TCA en général, mais je parle de l’hyperphagie puisque c’est le sujet de l’article) comme les éducateurices, les enseignant·es, les entraîneureuses.
COMMENT SOIGNER L’HYPERPHAGIE BOULIMIQUE ?
Évidemment, plus tôt ce TCA sera découvert et pris en charge et plus le traitement sera efficace. Il est aussi conseillé d’accompagner ce traitement avec une thérapie cognitive comportementale ou bien une psychothérapie interpersonnelle (Edda : le site Elsan indique que ces deux thérapies assurent de très bon résultats). En effet, un suivi psychologique permet à la personne ayant ce trouble de mieux comprendre son comportement et d’apprendre à gérer ses angoisses.
Bien sûr, le soutien de ses proches est indispensable. Et, si nécessaire, une thérapie familiale peut être proposée afin qu’ils puissent savoir comment réagir, quoi dire, quoi garder sous silence, comment aider, etc.
Ajouté au traitement, à la thérapie, il y a aussi la prise en charge d’un nutritionniste qui pourra l’aider à retrouver une meilleure alimentation.
Dans le cas où cela devient nécessaire, il peut être prescrit des antidépresseurs (efficaces à court terme). Dans certains pays (Edda : je n’ai pas réussi à trouver lesquels), l’utilisation de la molécule lisdexamfétamine (molécule proche de la famille des amphétamines) habituellement prescrit dans le cadre d’un traitement pour le trouble du comportement, peut est prescrite à læ patient·e.
Certain⋅e⋅s préconisent aussi la thalassothérapie. La pratique d’une activité physique – quand elle n’est pas poussée à l’excès – ou encore le yoga ont permis la réduction de crises hyperphagiques – des études complémentaires sont nécessaires pour valider ces effets.
Si la crise est associée à une dépression ou à des perturbations psychiatriques, il est suggéré de se procurer de l’extrait de guarana jugé bénéfique. Testé sur des souris, il a été noté que le guarana a des effets antidépresseurs et psychostimulants très puissants.
Dans tous les cas, il est très important d’en parler préalablement au ou à la médecin.
L’HYPERPHAGIE BOULIMIQUE DANS LA LITTÉRATURE
Je pourrais vous parler du roman Hyperphagie – L’obsession de manger de François Faucon, petit livre qui explique ce trouble avec un témoignage de l’auteur, mais il n’y a pas de roman de fiction tournant autour de ce TCA.
Dans les séries et les films, les personnages mangeant beaucoup trop seront majoritairement représentés négativement, de manière à inspirer le dégoût ou le mépris chez læ téléspectateurice étant donné que le cliché du surpoids/obésité = obligatoirement un manque d’effort volontaire est encore beaucoup trop présent dans la société (Edda : je vous invite à consulter l’article sur la grossophobie).
Mais qu’est-ce qu’un personnage souffrant d’hyperphagie boulimique pourrait apporter à votre roman ? Sans inciter læ lecteurice à penser que c’est quelque chose de cool, dans un roman contemporain, cela pourrait mettre en lumière : le mal-être, la descente aux enfers, la réalisation, la tentative de retrouver le contrôle de son corps, de faire des rencontres (notamment avec des thérapies de groupe, par exemple), de comprendre que le personnage n’est pas le seul dans son cas et surtout, le parcours de guérison.
Placer ce personnage dans une époque où l’abondance de nourriture est signe de richesse, permettrait de mettre en lumière la différence entre la plèbe et la bourgeoisie/noblesse. Mais l’auteurice pourrait aussi démontrer que la vie de noblesse n’est pas quelque chose de rose et ce, dès l’enfance, faisant naître ainsi ce trouble inconnu de la médecine. Le personnage serait constamment en conflit avec lui-même : il mangerait sans fin et sans envie, sans soulagement et ce, sans comprendre pourquoi il se comporte ainsi (au contraire du roman moderne puisque l’hyperphagie boulimique est connue et reconnue).

LES SOURCES :
✺ Delphine Waquier, « L’hyperphagie, qu’est-ce que c’est ? », le 08 mars 2021 [En ligne] L’hyperphagie, qu’est-ce que c’est ? | passeportsante.net [Consulté le 20 août 2024]
✺ Nathalie Dumet, « J’engloutis, je vis, je suis. De l’hyperphagie à la subjectivation » p. 69 à p. 83, 2006 [En ligne] J’engloutis, je vis, je suis. De l’hyperphagie à la subjectivation | cairn.info [Consulté le 20 août 2024]
✺ « Boulimie et hyperphagie boulimique : définition et causes », le 13 janvier 2022 [En ligne] Boulimie et hyperphagie boulimique : définition et causes | ameli.fr [Consulté le 20 août 2024]
✺ « Hyperphagie » [En ligne] Hyperphagie | elsa.care [Consulté le 20 août 2024]
✺ « Boulimie et hyperphagie boulimique : repérer les symptômes », le 25 juillet 2023 [En ligne] Boulimie et hyperphagie boulimique : repérer les symptômes | ameli.fr [Consulté le 20 août 2024]
✺ « Hyperphagie » [En ligne] Hyperphagie | santescience.fr [Consulté le 20 août 2024]
✺ « Le traitement de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique », le 13 janvier 2022 [En ligne] Le traitement de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique | ameli.fr [Consulté le 20 août 2024]
✺ Les conversation de mmmEat, « L’hyperphagie, c’est quoi ? La détecter, la comprendre, la soigner », le 05 février 2023 [En ligne] L’hyperphagie, c’est quoi ? La détecter, la comprendre, la soigner | youtube.com [Consulté le 20 août 2024]
✺ RTL, « Hyperphagie : Michel Cymes vous dit tout sur ce trouble du comportement alimentaire », le 18 avril 2019 [En ligne] Hyperphagie : Michel Cymes vous dit tout sur ce trouble du comportement alimentaire | youtu.be [Consulté le 20 août 2024]
LES TÉMOIGNAGES :
✺ Ça commence aujourd’hui, « Hyperphagie : il mange ses émotions », le 14 novembre 2022 [En ligne] Hyperphagie : il mange ses émotions | youtube.com [Consulté le 20 août 2024]
✺ 20 Minutes France, « Hyperphagie-boulimique : Je mangeais tout ce qui me passait sous la main », le 09 juin 2022 [En ligne] Hyperphagie-boulimique : Je mangeais tout ce qui me passait sous la main | youtube.com [Consulté le 20 août 2024]
✺ @Bye_hyperphagie [Instagram.com]
✺ @l_hyperphagie_mon_combat [Instagram.com]
✺ @clubmojoparis [Instagram.com]
✺ @hyperphagie.discussion [Instagram.com]


Laisser un commentaire