LA NATUROPATHIE

Article rédigé par Elodie Fredwell

La naturopathie a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années et c’est peut-être via des articles ou des émissions que vous l’avez connue. Pratique ancienne basée sur des méthodes naturelles pour maintenir ou rétablir la santé, elle est à la fois extrêmement intéressante en complément de la médecine et également controversée en raison de ses dérives. Nous vous expliquons tout ça aujourd’hui !

L’HISTOIRE DE LA NATUROPATHIE

L’OMS (Organisation mondiale de la santé) définit la naturopathie comme l’une des grandes médecines traditionnelles et non conventionnées occidentales, aux côtés de la médecine chinoise et de la médecine ayurvédique en Inde. Elle puise ses origines dans l’enseignement d’Hippocrate, le « père de la médecine », et dans les pratiques de l’Antiquité gréco-romaine pendant laquelle l’utilisation des plantes médicinales ainsi que les principes de rééquilibrage alimentaire et l’hydrothérapie (thérapie par l’eau) étaient courants. 

Néanmoins, si certaines valeurs de la naturopathie remontent à cette période, notre vision moderne nous vient de l’Allemagne du XVIIIᵉ siècle. C’est notamment grâce à Johann Siegmund Hahn, un docteur en philosophie et en médecine, que la structure de l’hydrothérapie et de la naturopathie a été établie. Il en parle dans l’ouvrage qu’il a écrit et publié en 1738, Leçons sur la puissance et l’efficacité de l’eau froide sur le corps humain, en particulier pour les malades, en utilisation interne et externe… et qui a été un franc succès à sa sortie.

Atteint d’une maladie des poumons, Sebastian Kneipp, alors étudiant en philosophie, découvre le livre de Hahn, cent ans plus tard. Il est rapidement fasciné et convaincu par les méthodes décrites une fois qu’il les a lui-même testées. Cet homme joue ainsi un rôle fondamental dans la pratique de la naturopathie en mettant au point une cure connue partout dans le monde : la cure de Kneipp qui permet de soigner avec l’eau. Une des bases de la naturopathie encore aujourd’hui.

En France, nous devrons attendre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle pour nous approprier la naturopathie. Portés par le courant hygiéniste, les médecins de l’époque évoquent l’importance des soins naturels pour améliorer les conditions de vie. Plusieurs personnalités se sont succédé pour donner un cadre à cette pratique, comme le docteur Paul Carton, l’Hippocrate du XXᵉ siècle, ou encore Henri-Charles Geffroy, auteur et fondateur des magasins La Vie Claire dans les années 40. Mais c’est à partir de 1982 que l’enseignement de la naturopathie se développe grâce à André Passebecq, un naturopathe réputé de l’époque. Il donne cours jusqu’en 1993 à la faculté de médecine de Bobigny, dans son département universitaire de médecine naturelle (DUMENAT).

Au fil des années, des formations longues (jusqu’à 4 ans) se mettent en place en Occident, notamment aux États-Unis, et donnent naissance à une génération de naturopathes expérimenté·e·s et reconnu·e·s. En 1983, l’OMS recommandait même d’intégrer un parcours naturopathique dans les services de santé publics. Même si ce n’est pas une médecine dite conventionnée, elle s’est frayé une place dans les médecines alternatives et naturelles, lui conférant une aura de prévention.

Aujourd’hui, on compte environ 6 000 naturopathes en France, et ce chiffre ne cesse d’augmenter avec l’amélioration de la réputation des médecines alternatives et des pratiques liées au bien-être.

LES GRANDS PRINCIPES DE LA NATUROPATHIE

La naturopathie est une pratique qui est guidée par des principes. Ils sont au nombre de 7.

1. Primum non nocere.

C’est l’une des valeurs d’Hippocrate qui valorise l’innocuité, le fait de ne pas nuire à autrui, via des techniques, pratiques ou produits pouvant altérer la santé de la personne.

2. Vix medicatrix naturae.
Pour cette deuxième valeur, nous nous concentrons sur le pouvoir de guérison de la nature et du corps en lui laissant le temps de se régénérer.

3. Tolle causam.
La naturopathie ne cherche pas à éliminer les symptômes, mais à traiter leur origine. Nous cherchons alors à traiter la cause, plutôt que les conséquences.

4. Docere.
La quatrième valeur est celle de l’enseignement. Læ naturopathe prodigue des conseils et propose des solutions alignées avec les besoins de sa ou son patient·e.

5. Home totus, tolle totum.
La naturopathie est une pratique dans laquelle nous considérons l’être humain dans sa globalité, dans une approche dite anthropologique holistique.

6. Deinde purgare.
Il y a une grande partie de la naturopathie qui vise à drainer et à détoxiquer le corps, voire parfois l’esprit. Læ naturopathe propose des méthodes d’élimination des toxines pour retrouver l’équilibre (comme le jeûne par exemple).

7. Praevenire.
La dernière valeur est celle de la prévention. La naturopathie n’a pas vocation à soigner à proprement parler, elle ne peut pas se substituer à un avis médical (donné par un médecin conventionné), mais permet de prévenir certains risques ou d’apaiser certains maux.

La naturopathie passe par plusieurs pratiques qui peuvent aider la patientèle à retrouver un équilibre dans leur vie et leur corps. Voici les 3 principales :
l’alimentation, aussi appelée hygiène nutritionnelle ;
l’exercice physique, ou hygiène musculaire et corporelle ;
la psychologie, ou l’hygiène neuro-psychique (relaxation, gestion du stress, etc.).

Il en existe d’autres qui ne sont pas systématiquement appliquées par les praticien·ne·s, mais qui peuvent se retrouver dans un parcours de naturopathie :
→ l’hydrothérapie (la thérapie par l’eau) ;
→ les techniques manuelles (comme les massages) ;
→ la réflexologie, notamment palmaire ou plantaire ;
→ les techniques respiratoires, empruntées au yoga, à la sophrologie, etc. ;
→ la phytothérapie, ou le soin par les plantes ;
→ les techniques énergétiques (comme le soin énergétique) ;
→ les techniques vibratoires (comme les bains sonores).

La naturopathie est très variée, et la combinaison de toutes ces méthodes en fait une pratique de prévention de plus en plus appréciée. Elle entre dans la catégorie des médecines douces.

LA NATTUROPATHIE : POUR QUI ET POUR QUOI ?

Nous l’avons vu : un des grands principes de la naturopathie est bien de soulager et de prévenir certains troubles physiques et psychologiques. Néanmoins, les praticien·ne·s insistent bien sur le fait qu’elle ne peut être utilisée pour remplacer un diagnostic médical.

Il n’y a pas de contre-indication à être suivi·e par un·e naturopathe. C’est une médecine douce qui permet de retrouver un certain équilibre, notamment pour les troubles du transit intestinal, et qui parfois permet de déceler des problématiques que la médecine conventionnée pourra résoudre. 

Certaines personnes, atteintes de maladies lourdes, comme un cancer, peuvent avoir recours à la naturopathie pour soulager les effets de la chimiothérapie et retrouver une hygiène de vie en adéquation avec le traitement. L’avis d’un médecin est toujours recommandé.

LES DÉRIVES DE LA NATUROPATHIE

Peut-être que vous avez entendu parler de la naturopathie comme une pratique dangereuse, voire mortelle. Et, en effet, comme dans toutes les pratiques moins réglementées ou non conventionnées, il y a eu des cas de dérives plutôt graves, que ce soit dans le monde ou en France.

Le cas le plus célèbre est celui de cette femme, Irène Grosjean, naturopathe aux conseils très problématiques. Certaines de ses méthodes pour faire baisser la fièvre sur les enfants s’apparentaient purement à des agressions sexuelles. Je vous laisserai lire l’article avec ses citations si vous souhaitez en savoir plus. Outre ses propos qui ont choqué de nombreuses personnes, elle a formé des dizaines de « naturopathes » qui ont eu le droit d’ouvrir une fiche sur Doctolib, ce qui posait d’énormes problèmes de légitimité et de crédibilité de la plateforme. Depuis, ses adeptes ont été supprimé·e·s de celle-ci.

Cependant, Irène Grosjean n’a pas été la seule à poser un problème à l’ensemble de la profession. En 2021, un certain Miguel B. est mis en examen pour « exercice illégal de la médecine » et « usurpation du titre de médecin ». Ce « naturopathe » n’était, en réalité, pas formé et détenait, pour seules formations, un diplôme en biochimie et un doctorat en médecine moléculaire, ce qui ne lui permettait pas d’exercer en France. Ses conseils ont tué un homme atteint de cancer. Une autre femme est morte, quelque temps après, suite à ses conseils de jeûne non encadré. 
En 2023, Eric Gandon est arrêté et mis en examen pour homicide involontaire. Lors d’un de ses stages de jeûne, une de ses patientes est décédée brusquement. Si monsieur Gandon a d’abord pointé du doigt le vaccin contre la COVID-19, les preuves se dirigent pourtant vers un jeûne hydrique mal encadré. En 2020, un autre stagiaire, atteint de cancer, est décédé suite à l’un de ces stages.

La naturopathie est sujette à controverse en raison de ces cas et des dérives sectaires que la pratique peut encourager. En effet, beaucoup de « naturopathes » proposent des stages ou des retraites dans un lieu clos ou isolé. Au vu des dérives observées, la pratique est surveillée afin de ne pas laisser des sectes se créer et mettre des vies en danger.

DANS LA FICTION, COMMENT INTÉGRER LA NATUROPATHIE ?

Si l’on met les dérives de côté, la naturopathie est avant tout un moyen de retrouver l’équilibre dans sa vie et son corps ainsi que de prévenir des possibles troubles ou des maladies. Les méthodes employées sont souvent simples et naturelles, ce qui peut inspirer les auteurices de fiction pour qu’iels intègrent une forme de médecine similaire dans leur récit.

Dans un récit contemporain, un personnage peut être suivi par un·e naturopathe pour des problèmes digestifs, pour des baisses d’énergie ou encore pour ressentir un mieux-être dans son corps. Cela peut faire suite à un burn-out, un deuil ou une rupture, par exemple.

Dans un récit de l’imaginaire, la naturopathie pourrait être reliée à une pratique de soin à base de potions, d’onguents ou d’autres produits médicinaux naturels. Nous pouvons aussi facilement imaginer des naturopathes dotés de magie : lors de massage, par exemple, les pouvoirs du praticien ou de la praticienne peuvent soulager en profondeur des maux corporels ou des blessures musculaires.

En résumé, la naturopathie est une alternative naturelle à la médecine, intéressante en prévention et en soulagement. Basée sur les plantes et la reconnexion au corps, elle peut être très bénéfique pour retrouver un équilibre corporel et digestif, notamment, voire mental dans certains cas. C’est une méthode douce qui invite également au relâchement et à l’acceptation de soi.

En revanche, il est important de bien se renseigner, comme pour toutes les pratiques alternatives, afin de connaître le parcours du ou de la naturopathe que vous voulez suivre.

LES SOURCES :

✺ Frédérique Cervoni, « Naturopathie », le 03 janvier 2024 [En ligne] Naturopathie (passeportsante.net) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ « Les racines de la naturopathie » [En ligne] Les racines de la naturopathie (omnes.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ William Audureau, « La naturopathie, son intérêt et ses risques en 6 questions », le 06 février 2023 [En ligne] La naturopathie, son intérêt et ses risques en 6 questions (lemonde.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ « Naturopathie » [En ligne] Naturopathie (lafena.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ Marina Carrère d’Encausse, « Enquête de santé – Peut-on faire confiance à la naturopathie ? », le 16 avril 2024 [En ligne] Enquête de santé – Peut-on faire confiance à la naturopathie ? (francetelevisions.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ « Pratiques de soins non conventionnelles », le 06 septembre 2024 [En ligne] Pratiques de soins non conventionnelles (sante.gouv.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ « Quelles sont les situations à risque ? » [En ligne] Quelles sont les situations à risque ? (miviludes.interieur.gouv.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]
✺ Jacques Pezet, « Qui est Irène Grosjean, la naturopathe dont les adeptes ont été bannis de Doctolib », le 23 août 2022 [En ligne] Qui est Irène Grosjean, la naturopathe dont les adeptes ont été bannis de Doctolib (liberation.fr) [Consulté le 05 novembre 2024]

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