NE PAS VOULOIR D’ENFANTS

Article rédigé par Edda Charon

Pour des raisons qui sont propres à chacun⋅e, il se trouve des individus qui ne souhaitent pas avoir d’enfants. Quelles en sont les raisons ? C’est ce que nous allons voir avec cet article. Nous précisons, dans cette introduction, que l’équipe n’a pas d’avis et se veut totalement neutre.

UNE VIE SANS ENFANTS, DES ÉTUDES RÉCENTES

Sujet presque tabou, c’est dans les années 1970 que naît, aux États-Unis, le terme “childfree”. Ce terme vient d’une association (Edda : dont je n’ai pas trouvé le nom) et a été repris par les médias américains. En France, aucun terme similaire n’existe avant les années 2010 (probablement 2014). C’est la doctoresse en sociologie, Charlotte Debest, qui crée l’acronyme français SEnVol (Sans Enfant Volontairement) dans son ouvrage Le choix d’une vie sans enfant. Plus récemment, on entend aussi parler du mot ginks qui signifie “Green Inclination No Kids” (Engagement Vert, Pas d’Enfants) dont l’éditorialiste américaine Lisa Hymas est l’instigatrice.

En 1990, le démographe Laurent Toulemon évoquait environ 4.5 % de personnes concernées en France. En 2011, selon une enquête de l’INED (Institut National d’Études Démographiques), une très légère hausse à 5 % est constatée. L’article de Radio France indique en conclusion que le pourcentage est stable.

LE CHOIX D’UNE VIE SANS ENFANTS

Les études traitant des individus ne souhaitant pas avoir d’enfants sont très récentes et, surtout, très peu nombreuses. L’étude la plus récente est celle de Charlotte Debest dont nous avons parlé précédemment. Dans son premier chapitre, la doctoresse parle d’« individus qui s’écartent de la norme dominante du faire-famille », tout ceci dans un contexte où les politiques françaises sont pronatalistes et le combat pour la légalisation de l’avortement et de la contraception fait encore débat.

Dans le second chapitre, Debest retrouve dans chacune des personnes sans enfant, une soif de liberté, d’un parcours relationnel, individuel et professionnel sans contrainte (Edda : dans le sens positif du terme). Dans son étude, la sociologue explique que les SEnVol ont une haute idée de la parentalité qui les pousse à la réflexion concernant le désir d’enfant : forte responsabilité, nombreux sacrifices, moins de temps pour soi, aspect financier fortement impacté…
Vanessa Brandalesi, sur le site de Cairn, reste dubitative concernant le terme de « SEnVol » employé par la doctoresse en sociologie. En effet, selon Brandalesi, cela signifierait que ces SEnVol ont le choix de ne pas avoir d’enfant. Mais quid des personnes infertiles ou stériles ?

Dans le troisième chapitre, la sociologue pose la problématique des rôles de genre. On peut facilement prendre en exemple cet agaçant « argument » qu’une femme ne peut pas connaître le vrai bonheur tant qu’elle n’a pas eu d’enfant. Charlotte Debest précise d’ailleurs dans son livre : « Affirmer qu’une femme n’est pas une femme accomplie tant qu’elle n’est pas aussi une mère, c’est refuser de considérer les femmes comme des individus à part entière, des êtres de culture, mues par des convictions, des peurs, des désirs, capables et dignes d’être définies sans référence à un statut de mère ou de conjointe. Enfin, renvoyer aux femmes la responsabilité quasi exclusive de la reproduction, c’est mettre hors-jeu les hommes et par là même renforcer les rôles de genre encore aujourd’hui constitutifs de l’exercice de la parentalité. »

UN CHOIX DE LONGUE RÉFLEXION

UN CHOIX À PLUSIEURS ARGUMENTS

La conscience de l’urgence écologique prend de plus en plus d’ampleur, et force est de constater que donner naissance à un enfant n’aide en aucun cas à réduire notre empreinte carbone. En effet, selon les chercheur⋅euse⋅s de l’université de Lund en Suède, et de l’université de la Colombie-Britannique au Canada : « Un bébé pèserait en effet 58 tonnes de CO2 par an, tandis que le cumul d’un régime végétarien (en moyenne 0,8 tonne par an), de l’arrêt des voyages en avion (1,6 tonne) et de l’usage d’une voiture (2,4 tonnes) permettrait d’économiser au total 4,8 tonnes par an. » C’est là le premier argument.

Le deuxième argument souvent usité est : nous sommes déjà bien trop nombreux⋅euses sur cette planète. Sur le site Worldometers, nous pouvons déjà constater que la population mondiale s’élève à plus de 8 200 000 000 cette année 2024, avec un nombre de naissances s’élevant à environ 118 140 000, et pour une mortalité s’élevant à environ 55 666 000. En 2000, la population mondiale avait atteint les 6 000 000 000.

Le troisième argument est le suivant : les ressources naturelles s’épuisent, les scientifiques alertent depuis des années sur le réchauffement climatique, le coût de la vie ne fait qu’augmenter de jour en jour, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent… nous allons partir en laissant notre planète dans un état déplorable, qui ne va pas en s’arrangeant, comment est-il concevable de concevoir un⋅e enfant alors que son avenir est totalement incertain ?

Quatrième argument : Lorsqu’un⋅e enfant entre dans la famille, c’est très – trop – souvent la mère qui est « sacrifiée ». Effectivement, c’est majoritairement la mère qui doit s’arranger avec son travail pour s’absenter lorsque l’enfant est malade et/ou doit l’emmener chez un·e médecin. C’est souvent elle qui doit choisir entre quitter son travail ou se contenter d’un temps partiel parce qu’il n’y a pas assez de place dans les crèches et qu’elle ne parvient pas à trouver une nourrice agréée. Dans la famille traditionnelle, l’image de la mère qui s’occupe de la maison et des enfants est encore trop ancrée dans les esprits et rebute les femmes ou les personnes perçues comme telles, car elles refusent cette vision de vie de famille.
De nos jours, la situation s’améliore doucement, car on entend de plus en plus d’hommes participer à cette charge mentale. C’est encore timide, mais cela reste une bonne nouvelle.

UN CHOIX PAS SEULEMENT FÉMININ

Injustement, on s’en prend trop souvent aux hommes concernant leur choix sur leur refus de concevoir un enfant. Contrairement aux hommes et personnes perçues comme telles à qui peu de reproches sont faits.
Pourtant le nombre d’individus nés avec un pénis décidant de libérer leur conjoint·e de la charge mentale sur la contraception tend à augmenter. Et pour cela, ils utilisent un recours efficace : la vasectomie.

Lorsqu’une personne née avec un utérus souhaite effectuer une ligature des trompes, très souvent, elle se retrouve avec de nombreux obstacles :
→ l’âge,
→ sa capacité de réflexion,
→ le conseil de suivre un parcours psychologique,
→ des médecins réfractaires,
→ des remarques sur un potentiel changement d’avis,
→ les risques de complications suite à l’opération en anesthésie générale,
→ etc.

De ce que l’on entend des explications, il est plus facile pour un homme, ou une personne perçue comme telle, de se faire réaliser une vasectomie, qu’une ligature des trompes pour une personne née avec utérus. Des témoignages, par exemple, du vulgarisateur d’histoire Nota Bene et de l’humoriste Verino, vont dans ce sens, en tout cas. Bien que ces derniers aient pris la voie de la vasectomie après avoir eu des enfants, il est tout de même positif de noter qu’ils ont agi pour retirer la contraception de la charge mentale de leur conjoint·e.

Ainsi, la facilité, le temps de l’opération (15 minutes), les contraintes (anesthésie locale), etc. convainquent de plus en plus que la vasectomie n’est pas une si mauvaise chose.
N’en déplaise aux masculinistes qui sont persuadés que leurs testicules et/ou ce qui fait d’eux des hommes – des vrais ! – leurs seront retirés. D’autres parlent aussi d’effets secondaires, alors qu’il est pourtant reconnu que la vasectomie est plus fiable, moins invasive, moins onéreuse, plus accessible et que les effets secondaires peuvent être plus facilement mieux soignés que ceux d’une opération de ligature des trompes.

MON CORPS, MON CHOIX

Le refus de concevoir un⋅e enfant, n’est en rien un choix capricieux et égoïste décidé sur le moment. Ce n’est pas non plus une mode ! C’est une réflexion effectuée sur le long terme, une décision sérieuse et qui se doit d’être respectée que l’on soit d’accord avec ou non. C’est aussi vrai que 40 % des personnes nées avec un utérus n’ont pas  accès à l’avortement car limité ou interdit, ou que 215 millions de femmes ou de personnes pouvant tomber enceintes de par leurs habitudes n’utilisent pas de contraception alors qu’elles ne souhaitent pas avoir d’enfant ou, au moins, retarder la grossesse.

Malheureusement, environ 17 pays interdisent fermement le droit à l’avortement. À côté, 26 pays l’interdisent sauf dans le cas où la vie de la mère est en péril. Et 29 pays l’autorisent en cas de justificatif médical. En Russie, l’avortement n’est pas interdit, mais le président Poutine tente de convaincre de ne pas y procéder. Aux États-Unis, certains états interdisent l’avortement.

Nous nous étendrions bien sur le sujet, mais nous sommes persuadé⋅es que le sujet sur l’avortement mérite un article à lui seul. Nous préférons, pour l’heure, mettre en lumière combien le sujet est tabou. En effet, lorsqu’un couple ou une personne célibataire avoue leur ou son choix de ne pas vouloir d’enfant, des individus se sentent obligés de leur poser des questions indiscrètes ou de leur reprocher cette décision du genre : « c’est trop triste »,  « tu comprendras quand tu en auras », « tu ne sais pas ce qu’est le vrai bonheur tant que tu n’en as pas eu », « c’est une mode, ça va te passer », « tu vas regretter ce choix quand il sera trop tard », « fais attention à ton horloge biologique, ce sera trop tard si tu ne t’y prends pas assez tôt » ou encore dans la même gamme « l’horloge biologique va réveiller ton instinct maternel et tu vas vouloir des enfants, tu va voir » et tant d’autres que nous ne pouvons tout lister.

NE PAS VOULOIR D’ENFANTS DNAS LA LITTÉRATURE

J’ai décidé de ne pas être mère de Chloé Chaudet est une autobiographie qui relate le choix de l’autrice de ne pas avoir d’enfants. Elle y raconte les remarques quant à sa décision de vie, d’à quel point ce choix est tabou. Elle y relate les remarques incompréhensives, voire agressives d’autrui. Dans son roman La peau de Pêche, Salomé Berlioux laisse la parole à des personnes nées avec un utérus qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant.

Mais qu’est-ce que cela pourrait apporter à votre roman ?

Déjà de dénoncer ce tabou qui a la peau dure, par exemple dans un monde où la natalité est fortement en baisse et où un gouvernement tente de convaincre les couples de fonder une famille. Pourquoi pas dans un genre post-apocalyptique où on pourrait imaginer que « l’humanité » est en péril.
Dans un univers médiéval où le rôle premier de l’épouse est d’enfanter, cela pourrait laisser place à un vent de rébellion, d’un puissant désir de liberté et de réappropriation de son corps.

LES SOURCES :

✺ Éric Chaverou, « « Childfree », « SEnVol », « ginks » : en France, le refus d’avoir un enfant reste stable depuis trente ans », le 11 juillet 2019 [En ligne] « Childree », « SEnVol », « ginks » : en France, le refus d’avoir un enfant reste stable depuis trente ans | radiofrance.fr [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ Vanessa Brandalesi, « Charlotte Debest : le choix d’une vie sans enfant », p. 127 à 131 [En ligne] Charlotte Debest : le choix d’une vie sans enfant | shs.cairn.info [Consulté le 20 novembre 2024]
✺ Léa Iribarnegaray, « Ces jeunes qui refusent d’avoir des enfants, entre acte écologique et angoisse de l’avenir », le 02 septembre 2020 [En ligne] Ces jeunes qui refusent d’avoir des enfants, entre acte écologique et angoisse de l’avenir | lemonde.fr [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ Nadège Dubessay, « Génération « No bébé » : ils ne veulent pas d’enfants… mais doivent toujours le justifier », le 17 novembre 2023 [En ligne] Génération « No bébé » : ils ne veulent pas d’enfants… mais doivent toujours le justifier | humanite.fr [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ « Worldometers » [En ligne] Worldometers | worldometers.info [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ « Mon corps, mes droits » [En ligne] Mon corps, mes droits | amnesty.org [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ « Happy World Vasectomy Day! » [En ligne] Happy World Vasectomy Day! | wearechildfree.com [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ Les Décodeurs, « IVG dans le monde : la carte des pays qui autorisent, restreignent ou interdisent l’avortement », le 04 mars 2024 [En ligne] IVG dans le monde : la carte des pays qui autorisent, restreignent ou interdisent l’avortement | lemonde.fr [Consulté le 27 novembre 2024]
✺ « Faire le choix de ne pas avoir d’enfant », le 10 août 2015 [En ligne] Faire le choix de ne pas avoir d’enfant | psychologue.net [Consulté le 27 novembre 2024]

LES TÉMOIGNAGES :

✺ « We are child free » [En ligne] We are child free | wearechildfree.com [Consulté le 27 novembre 2024]

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