Article rédigé par Edda Charon

Autrefois considérée comme maladie des nerfs, maintenant rangée dans la catégorie des troubles ou handicaps mentaux… Peu importe dans quelle catégorie se trouve la névrose, la personne impactée a connaissance de son existence et a conscience que c’est très souvent le résultat de plusieurs symptômes reconnaissables. Nous allons essayer de vous en parler plus en détail dans cet article.
POUR COMMENCER, QU’EST-CE QUE LA NÉVROSE ?
Terme inventé en 1770 par le médecin écossais William Cullen, puis repris par Sigmund Freud, il désigne un ensemble de pathologies psychiques, dont la personne concernée a conscience. De nos jours, on parle plus généralement de « trouble névrotique », dont font partie les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), les troubles anxieux et phobiques, ainsi que le stress post-traumatique.
Différentes classifications ont été effectuées et sont encore de mise concernant les névroses et leurs origines. Ainsi, on y trouve :
→ Les névroses de transfert, qui sont en lien avec un ou plusieurs vieux conflits qui se concrétisent en troubles mentaux (exemple : obsessions) ou en manifestations cliniques (exemple : symptômes de la phobie) ;
→ Les névroses actuelles, qui sont liées aux souffrances dites narcissiques. Elles comprennent notamment l’hypocondrie ou la névrose d’angoisse.
Freud classifia à son tour les névroses selon leurs symptômes :
→ Les névroses obsessionnelles sont caractérisées par des obsessions ou des compulsions. Læ patient·e pouvait souffrir aussi de dépression, d’attaques de panique ou encore de phobie sociale ;
→ Les névroses hystériques ont des symptômes physiques, mais pas organiques et encore moins spécifiques (exemple : mutisme, maux de tête, spasmophilie, etc.). Souvent, elles apparaissent en public de manière exagérée, voire théâtrale ;
→ Les névroses phobiques se manifestent par une angoisse de la personne concernée, alors qu’il n’y a aucun risque. En effet, l‘anticipation ou la situation peut agir comme un stimulus anxiogène chez læ patient·e. Dans ces phobies, on retrouve : l’arachnophobie, l’agoraphobie, etc.
Aujourd’hui, les névroses sont considérées comme étant des maladies de la personnalité et sont regroupées par les troubles de humeur (troubles bipolaires, dépression), les troubles anxieux (trouble de panique, trouble phobique, stress post-traumatique…), les troubles obsessionnels compulsifs et les troubles de la personnalité.
LES SYMPTÔMES ET LES CAUSES
LES SYMPTÔMES
Pour commencer, læ patient·e a parfaitement conscience de son état et ne connaît aucune altération des sens de la réalité, ce qui exclut la psychose dans les différentes catégories de névroses. On reconnaît la névrose essentiellement par une très forte anxiété, des symptômes d’hystérie, des phobies, des symptômes obsessionnels et compulsifs, ainsi que par une dépression.
En 2020, c’est 1,4 million de Français·es qui ont été soigné·es pour ce qui a été considéré comme des troubles névrotiques. D’ailleurs, les nouveaux critères, plus clairs et plus précis, permettent dorénavant de diagnostiquer et traiter plus efficacement les différents troubles mentaux.
LES CAUSES
Les causes, souvent liées entre elles, peuvent être environnementales, psychologiques et, parfois, biologiques. Parmi celles-ci, on retrouve :
→ les traumatismes du passé, en particulier ceux liés à l’enfance, qui peuvent laisser des séquelles émotionnelles ;
→ un état de stress prolongé à des niveaux élevés et en continu, qui perturbent l’équilibre émotionnel ;
→ la pression sociale (attentes, normes de la société, pression pour réussir), qui est un terreau propice au développement de ces troubles ;
→ les relations interpersonnelles difficiles, que ce soit avec la famille, avec les collègues de travail ou avec læ conjoint·e, peuvent aussi y contribuer ;
→ des prédispositions génétiques à développer ces états pathologiques chez certaines personnes (Edda : même si l’environnement conserve un rôle majeur) ;
→ d’importants changements de vie, tels qu’un divorce, un brusque décès d’un être cher ;
→ de mauvaises stratégies de protection, souvent inefficaces contre le stress (exemple : la suppression émotionnelle) ;
→ le mimétisme, comme l’observation et l’imitation de comportements, qui peut influencer de tels troubles ;
→ des déséquilibres chimiques, comme des anomalies dans les neurotransmetteurs du cerveau, qui influencent les états émotionnels.
Les différentes combinaisons sont complexes, car chaque personne y réagit différemment. Ainsi, lorsque læ patient·e est pris·e en charge, les professionnel·les du corps médical doivent prendre en compte les aspects psychologiques, sociaux et biologiques, afin de pouvoir établir un traitement efficace.
QUI PEUT DIAGNOSTIQUER ET QUEL PEUT ÊTRE LE TRAITEMENT ?
LE DIAGNOSTIC
En premier lieu, læ patient·e ne peut pas s’auto-diagnostiquer. Iel doit obligatoirement aller consulter un·e médecin généraliste afin qu’iel puisse réaliser un premier bilan où la personne concernée devra décrire les symptômes ressentis ainsi que d’autres détails importants (la fréquence, l’intensité, les dates d’apparition, le retentissement sur la vie quotidienne…). Ce bilan sera ensuite envoyé à un·e psychiatre ou psychologue qui effectuera des tests et des questionnaires afin qu’iel puisse déterminer l’intensité des symptômes et chercher les possibles troubles cités précédemment.
Ce sera par la suite que læ patient·e devra prendre des rendez-vous plus rapprochés avec læ médecin généraliste pour : évaluer l’efficacité de la prise en charge, détecter la présence d’effets secondaires du traitement médicamenteux. Ce n’est que lorsque læ patient·e ressentira une amélioration que les rendez-vous médicaux peuvent s’espacer.
LE TRAITEMENT
Une prise en charge psychiatrique est plus que nécessaire dans le traitement de la névrose. Bien souvent, les thérapies cognitivo-comportementales sont choisies, car elles travaillent sur les interactions entre les pensées, les émotions et les comportements de l’individu.
Dans le cas où la psychothérapie n’est pas suffisante, alors læ médecin peut prescrire de l’antidépresseur et/ou de l’anxiolytique :
→ L’antidépresseur est un traitement de fond, qui permet de calmer l’anxiété de l’individu – Attention, ils ne sont pas prescrits dans le cadre phobique, car totalement inefficaces. Cependant, ce traitement demande une prise quotidienne, même si les symptômes ont disparu. La raison à cela est que le délai d’action est long et que c’est entre deux et quatre semaines que læ patient·e commence à en ressentir les bénéfices. L’arrêt de ce traitement doit s’effectuer progressivement, sur plusieurs semaines. Arrêté trop abruptement, cela peut engendrer une rechute ;
→ L’anxiolytique, lui, a une action rapide sur l’anxiété. C’est pour cette raison que ce médicament est prescrit au début du traitement, le temps que le traitement de fond fasse effet correctement. Il peut aussi être prescrit périodiquement pour calmer les rechutes d’anxiété.
En plus de la psychothérapie, de l’antidépresseur et/ou de l’anxiolytique, c’est aussi une liste d’habitudes de vie à adopter, telles que :
→ garder un rythme régulier pour les repas et le sommeil ;
→ pratiquer une activité sportive de minimum 30 minutes, trois à cinq fois par semaine ;
→ apprendre des méthodes de relaxation et de respiration ;
→ adopter une alimentation équilibrée, qui privilégie les fruits et les légumes, les poissons et les huiles végétales ;
→ limiter toute consommation de substance addictive (exemple : alcool, tabac…) ;
→ gérer son emploi du temps pour éviter la surcharge de travail ;
→ rester lié·e à son entourage.
Le groupe de soutien peut également être encouragé, si l’espace est sécurisé et permet aux personnes concernées de partager leur expérience, exprimer leur ressenti, etc.
QUEL EST L’IMPACT DE LA NÉVROSE DANS LA VIE QUOTIDIENNE ?
Sans trop de surprise, la névrose a un impact significatif à la fois dans la qualité de vie quotidienne et professionnelle :
→ dans les relations interpersonnelles, la personne concernée éprouve des difficultés dans les relations. Elle aura des moments d’isolement social ou des comportements inadaptés ;
→ des symptômes comme l’anxiété peuvent impacter les performances professionnelles et affecter à la fois la productivité et la concentration ;
→ les personnes névrosées peuvent éviter certaines activités sociales et loisirs, à cause de l’anxiété ou par crainte d’événements pouvant déclencher l’anxiété ;
→ ces troubles psychiques peuvent troubler les routines quotidiennes comme le sommeil, la concentration ou les rituels compulsifs ;
→ ces troubles peuvent amener une mauvaise gestion du stress au quotidien ;
→ la névrose amène aussi des pensées négatives encourageant une faible estime de soi ;
→ l’anxiété et l’incertitude peuvent entraîner une procrastination, rendant difficile la prise de décision ;
→ la communication peut être ardue à cause de la rumination mentale, entre autres ;
→ ces personnes peuvent avoir du mal à prendre soin d’elles-mêmes, que ce soit pour leur santé physique ou mentale, mettant ainsi à mal leur propre bien-être.
LA NÉVROSE DANS LA LITTÉRAIRE
Montgomery Clift : L’enfer du décor, de Sebastien Monod, est un mélange entre de la biographie et de l’analyse filmique d’une star hollywoodienne de son époque, victime d’un accident de voiture auquel elle a survécu et touchée par la névrose. Mailman, de J. Robert Lennon, se décrit comme « un road-movie existentiel méchamment drôle », relatant la vie d’un facteur maniaque et névrosé, qui tente de trouver la paix.
QUEL EST L’INTÉRÊT DE LA NÉVROSE DANS VOTRE ROMAN ?
Une sacrée profondeur, Edda vous dira. Votre personnage n’aurait rien à voir avec un héros juste et faussement sûr de lui, bon stratège ou bien conseiller. Il pourrait être un anti-héros, juste une personne « torturée », qui cherche à retrouver la paix dans son corps et son esprit, dans un univers bien décidé à lui mettre des bâtons dans les roues. Et tous les genres peuvent s’y prêter :
→ la medieval fantasy, où la médecine et la compréhension de la psychologie ne sont clairement pas une priorité ;
→ la romance, où la personne doit se débattre avec elle-même sans que cela fasse du mal à sa famille ou à son love interest ;
→ la science-fiction, où le bien-être mental est utilisé en propagande, pour encourager la cybernétique, avec des conséquences désastreuses et camouflées…
Et ceux-ci ne sont que quelques exemples.
Votre personnage sait qu’il est malade et cherche (ou non) à aller mieux. Peut-être que cela pourrait être sa quête principale ou la conséquence de sa descente aux enfers, au fil de toute l’histoire. À vous de voir.

LES SOURCES :
✺ Docteure en pharmacie Charline D., « Définition et symptômes de la névrose », le 29 décembre 2020 [En ligne] Définition et symptômes de la névrose | sante-le-net.com [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ « Tout savoir sur la névrose », le 25 novembre 2023 [En ligne] Tout savoir sur la névrose | livi.fr [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ Vincent Pagès, « Les névroses », p. 113 à 116, le 12 mai 2020 [En ligne] Les névroses | shs.cairn.info [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ Delphine Waquier, « Névrose – définition, causes, symptômes et traitement », le 06 novembre 2024 [En ligne] Névrose – définition, causes, symptômes et traitement | passeportsante.net [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ « Troubles névrotiques, de la personnalité et autres non psychotiques » [En ligne] Troubles névrotiques, de la personnalité et autres non psychotiques | cepidc.inserm.fr [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ « La névrose – qu’est-ce que c’est ? » [En ligne] La névrose – qu’est-ce que c’est ? | psychologueparis-7.fr [Consulté le 21 janvier 2025]
✺ « Tout ce que vous devez savoir sur Névrose » [En ligne] Tout ce que vous devez savoir sur Névrose | psychologue.net [Consulté le 21 janvier 2025]


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