Article rédigé par Maëva
Cet article n’a pas pour vocation d’établir un diagnostic médical ou psychiatrique. En cas de doute ou de souffrance psychologique, il est essentiel de contacter un·e professionnel·le de la santé qualifié·e ou d’encourager la personne concernée à le faire.

Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) sont des troubles psychiatriques chroniques caractérisés par la présence d’obsessions (pensées, images ou impulsions intrusives et récurrentes) et/ou de compulsions (comportements répétitifs ou actes mentaux visant à réduire l’angoisse provoquée par les obsessions). Bien qu’ils touchent environ 2 à 3 % de la population mondiale, ils sont encore largement méconnus ou mal compris, souvent réduits à des stéréotypes (comme l’ordre ou le nettoyage excessif). Cet article propose d’explorer ce qu’est un TOC, ses manifestations concrètes, ses origines, les possibilités de traitement et le regard que porte la société sur ce trouble. Nous aborderons aussi la confusion fréquente avec d’autres diagnostics, en particulier l’autisme, et nous évoquerons une représentation littéraire du TOC afin d’enrichir la compréhension du trouble au-delà du cadre clinique.
QU’EST-CE QU’UN TOC ?
Selon la classification du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), un TOC est défini par la présence d’obsessions, de compulsions ou des deux, provoquant une souffrance significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants. Les obsessions sont involontaires, envahissantes, perçues comme inappropriées ou absurdes par la personne elle-même, mais difficiles à contrôler. Les compulsions sont des actes répétitifs ou des rituels mentaux que l’individu se sent obligé d’effectuer pour soulager l’anxiété.
Les TOC peuvent prendre des formes très diverses. Parmi les plus fréquents existent :
→ Les TOC de vérification : par exemple, vérifier de manière répétée si la porte est bien fermée, si les plaques de cuisson sont éteintes, etc ;
→ Les TOC de contamination : une peur excessive des germes ou de la saleté, accompagnée de lavages répétitifs, irrationnels ;
→ Les TOC d’ordre, de contrôle : le besoin que les objets soient placés de manière précise ;
→ Les TOC des pensées intrusives : des pensées violentes, sexuelles ou blasphématoires, vécues comme étrangères et angoissantes ;
→ Les TOC mentaux : des ruminations, des prières, des comptages silencieux.
Chaque TOC suit une logique propre au patient, souvent incomprise de l’extérieur.
LES ORIGINES DU TOC ?
Les causes des troubles obsessionnels compulsifs sont multifactorielles. Les recherches actuelles s’accordent à identifier plusieurs dimensions interdépendantes :
→ Facteurs biologiques : les données en neuro-imagerie et en neuro-biologie indiquent des anomalies dans un circuit cérébral précis, appelé circuit cortico-striato-thalamo-cortical, impliqué dans le contrôle des actions répétitives et de la régulation émotionnelle. Une dysrégulation du système sérotoninergique, notamment un déficit de la sérotonine, est également fréquemment mise en cause.
→ Facteurs génétiques : des études familiales montrent que les antécédents familiaux de TOC augmentent le risque de développer le trouble, suggérant une vulnérabilité génétique partielle.
→ Facteurs psychologiques : certains traits de personnalité, comme un perfectionnisme rigide, un besoin excessif de contrôle ou un sentiment de culpabilité exacerbé, sont souvent retrouvés chez les personnes atteintes de TOC. Ces dispositions peuvent influencer la manière dont une personne gère l’incertitude ou les pensées intrusives.
→ Facteurs environnementaux : des événements stressants ou traumatiques, en particulier dans l’enfance (abus, négligence, perte d’un·e proche), ou des changements importants (comme une grossesse, un déménagement, une rupture) peuvent jouer un rôle de déclencheur chez des personnes déjà vulnérables.
LES « TRAITEMENTS »
Les « traitements » les plus efficaces sont :
→ les thérapies cognitivo-comportementales, appelées TCC, notamment l’exposition avec prévention de la réponse (ERP), considérée comme la méthode de référence ;
→ les médicaments qui sont des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), comme la fluoxétine ou la sertraline ;
→ des approches complémentaires, comme la psycho-éducation, les thérapies de soutien, les groupes de paroles.
LE REGARD DE LA SOCIÉTÉ : INCOMPRÉHENSION ET STIGMATISATION
Les TOC sont souvent réduits à des traits de personnalité ou des manies, ce qui invisibilise leur caractère pathologique et invalidant. L’incompréhension sociale renforce l’isolement des personnes concernées, qui peuvent avoir honte de leurs symptômes et retarder leur prise en charge. De plus, certains TOCS sont jugés absurdes ou illogiques, alors qu’ils répondent à une logique anxieuse interne cohérente pour la personne.
Les TOC sont parfois confondus avec des traits associés aux troubles du spectre autistique (TSA), notamment en ce qui concerne les comportements répétitifs. Pourtant, les motivations et les vécus sont très différents : dans les TOC, les rituels visent à apaiser une anxiété intrusive, tandis que dans les TSA, il s’agit souvent de routines sécurisantes ou de stimulations sensorielles. Cette confusion peut entraîner des erreurs de diagnostic, notamment chez les enfants ou dans les formes plus atypiques.
Au-delà des stéréotypes et de la méconnaissance, les troubles obsessionnels compulsifs ont un impact majeur sur la qualité de vie. Les compulsions peuvent occuper plusieurs heures par jours, rendant difficile le maintien d’un emploi, la poursuite des études ou simplement l’organisation quotidienne. Les relations sociales en souffrent également : le besoin de cacher ses rituels, la peur d’être jugé.e ou incompris.e, ou encore l’impossibilité de participer à certaines activités peuvent conduire à un repli sur soi, voire à une rupture avec l’entourage. Par exemple, une personne souffrant de TOC de vérification pourra être en retard ou éviter de sortir, de peur d’avoir oublié une porte ouverte ou un appareil allumé. D’autres éviteront les contacts physiques ou certains lieux, par peur de la contamination. Dans les couples ou les familles, ces comportements peuvent être mal interprétés, provoquant de l’incompréhension, des tensions, voire une culpabilisation. Cet isolement, souvent renforcé par le sentiment de honte lié à l’absurdité perçue par ces pensées obsessionnelles, peut créer un terrain propice à l’anxiété, à la dépression et à une baisse de l’estime de soi. Comprendre l’impact réel des TOC sur la vie sociale et émotionnelle est donc essentiel pour favoriser une prise en charge bienveillante et adaptée.
TOC ET LITTÉRATURE
Dans son roman Le spleen du pop-corn qui voulait exploser de joie, Raphaëlle Giordano aborde de manière fictionnelle les troubles obsessionnels compulsifs à travers le personnage de Joy, une jeune femme travaillant dans une agence de marketing. Sous pression constante, Joy développe un « toc digital » : elle installe compulsivement des applications sur son téléphone pour gérer son temps, son sommeil et sa charge mentale, dans une tentative de garder le contrôle sur sa vie professionnelle et personnelle. Ce comportement devient envahissant, illustrant l’enfermement intérieur et la tension constante générés par les TOC. Le roman explore la façon dont Joy, confrontée à ses compulsions numériques, entame un processus de transformation personnelle. Cette narration offre une représentation littéraire des TOC, mettant en lumière les mécanismes internes du trouble et les défis du quotidien pour celle·ux qui en souffrent.
Il semble nécessaire de rajouter que nous n’avons pas besoin de la fiction pour comprendre véritablement ce qu’est un TOC, écoutons directement les personnes concernées, qui deviennent plus nombreux·ses sur TikTok, par exemple, et qui témoignent de leurs difficultés.
In fine, les TOC sont des troubles complexes, à la croisée de la psychiatrie, de la société et de la culture. Trop souvent réduits à des clichés, ils appellent à une meilleure compréhension clinique, mais aussi à un regard plus nuancé, respectueux de la diversité des vécus. Qu’il s’agisse de traitement, de représentation ou de reconnaissance, l’enjeu reste le même : sortir les TOC de l’invisibilité pour en faire un sujet de santé publique et d’humanité.

LES SOURCES :
✺ Ruscio, A. M., Stein, D. J., Chiu, W. T., & Kessler, R. C., « The epidemiology of obsessive-compulsive disorder in the National Comorbidity Survey Replication », 2010
✺ American Psychiatric Association, « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders » (5e éd.), 2013
✺ « Fondation Pierre Deniker » [En ligne] Fondation Pierre Deniker | fondationpierredeniker.org [Consulté le 20 mai 2025]
✺ Pittenger, C., & Bloch, M. H., « Pharmacological treatment of obsessive-compulsive disorder », juin 2011 [En ligne] Cliniques psychiatriques d’Amérique du Nord | sciencedirect.com [Consulté le 20 mai 2025]
✺ Nestadt, G., Samuels, J. F., Riddle, M. A., Bienvenu, O. J., Liang, K. Y., LaBuda, M. C., … & Grados, M. A., « Une étude familiale sur le trouble obsessionnel-compulsif », avril 2000 [En ligne] Une étude familiale sur le trouble obsessionnel- compulsif | jamanetwork.com [Consulté le 20 mai 2025]
✺ « Troubles obsessionnels compulsifs : diagnostic et prise en charge. » [En ligne] Troubles obsessionnels compulsifs : diagnostic et prise en charge | has-sante.fr [Consulté le 20 mai 2025]
✺ « Association Française de Personnes souffrant de TOC » [En ligne] Association Française de Personnes souffrant de TOC | aftoc.org [Consulté le 20 mai 2025]
✺ Leyfer, O. T., et al. (2006). « Comorbid psychiatric disorders in children with autism: Interview development and rates of disorders. » Journal of Autism and Developmental Disorders
✺ Raphaëlle Giordano, « Le spleen du pop-corn qui voulait exploser de joie », éditions Pocket, 2022 Le spleen du pop-corn qui voulait exploser de joie | babelio.com [Consulté le 20 mai 2025]


Laisser un commentaire