LE SYNDROME DE DIOGÈNE

Article rédigé par Edda Charon

Cet article n’a pas pour vocation d’établir un diagnostic médical ou psychiatrique. En cas de doute ou de souffrance psychologique, il est essentiel de contacter un·e professionnel·le de la santé qualifié·e ou d’encourager la personne concernée à le faire.

Personne n’est à l’abri du syndrome de Diogène, encore faut-il savoir de quoi il s’agit. Est-ce un trouble comportemental, psychique ou mental ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

HISTOIRE ET DÉFINITION

C’est en 1966 que les toutes premières études ont été menées par deux psychiatres anglais, Mac Milan et Shaw. À cette époque, le syndrome de Diogène n’était pas nommé ainsi et les deux médecins parlaient de « décompensation sociale » ou de « décompensation sénile ».
En 1975, une publication a été rédigée par trois gériatres britanniques : Clark, Mankikar et Gray. Ce sont eux qui ont nommé ce trouble, le syndrome de Diogène, en référence à un philosophe grec du 4ᵉ siècle avant J.-C. : Diogène de Sinope. Ce dernier était connu pour son rejet des conventions sociales, notamment en vivant dans un tonneau, et pour son style de vie austère (Edda : cependant, Diogène n’accumulait rien, mais il présentait les autres signes de ce syndrome que vous verrez plus bas).

Ce syndrome est un trouble du comportement qui peut toucher n’importe qui : personne active ou chômeuse, en bonne santé ou non, vivant en ville ou à la campagne, dans une maison ou dans un appartement… ça ne compte pas. Tout le monde peut être concerné. Pour autant, le syndrome est généralement recensé chez les personnes âgées de plus de 60 ans (Edda : des cas de personnes entre 40 et 50 ans ont aussi été recensés). Lesdites personnes ont le point commun d’être isolées et d’être émotionnellement fragiles. Aussi, il a été découvert que les femmes étaient plus touchées que les hommes par ce trouble, parfois suite au décès de l’époux·se.
Ce syndrome se reconnaît par une négligence extrême du lieu de vie, une hygiène corporelle qui se dégrade, un isolement social, un déni de la réalité, ainsi qu’une accumulation d’objets, de détritus, d’emballage…

Bien que ce syndrome soit très ancien, il est, encore de nos jours, trop peu connu et trop peu documenté. En particulier, il n’apparaît pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V) (Edda : il y apparaît sous un titre un peu plus large : le trouble de l’accumulation compulsive, car on ne peut pas voir ce syndrome tout seul et indépendant mais toujours dans un contexte psychologique plus large). Cependant, il est possible de vous parler des frères Homer et Langley Collier qui, en 1947, sont tous deux décédés dans leur appartement new-yorkais, suite à l’effondrement d’un tunnel conçu par leurs soins. Ce tunnel était composé de 100 tonnes de déchets.
On peut aussi parler de Paul Léautaud (1872-1956), un écrivain critique dramatique français, qui était connu pour son dénuement et sa vie recluse, son logement rempli d’animaux et d’objets. Bien qu’il n’ait pas reçu de diagnostic, tout laisse à penser qu’il avait le syndrome de Diogène.
Enfin, il y a aussi l’aviateur et homme d’affaires américain, Howard Hughes (1905-1976), qui, bien qu’il n’ait reçu aucun diagnostic, lui non plus, passa la dernière partie de sa vie avec les mêmes symptômes que ceux du syndrome de Diogène.

LES SYMPTÔMES

L’INCURIE

La personne présentant ce symptôme ne ressent plus l’intérêt ni le besoin de prendre soin d’elle, que ce soit pour l’hygiène corporelle en général ou vestimentaire. La personne ne se lave plus, ne lave plus ses habits, etc. Ce grand manque d’hygiène peut entraîner, par exemple, des infections buccales et respiratoires. Il peut arriver que l’inverse se produise, c’est-à-dire que l’individu développe une obsession pour la propreté corporelle. Par ce symptôme, on sépare le Diogène « actif » qui accumule tout et le Diogène « passif » qui cesse totalement de prendre soin de son environnement.

LA SYLLOGOMANIE

Les personnes ayant ce trouble mental accumulent de manière compulsive beaucoup d’objets divers et variés, inutiles, brisés ou avariés. Les objets peuvent être très bien rangés comme posés de manière désordonnée dans l’habitat. Il arrive aussi qu’elles ne jettent pas lesdits objets ou les déchets de la vie quotidienne (exemple : bouteille d’eau vide, litière, emballages, etc.).
Petit à petit, l’habitat devient insalubre et le passage dans celui-ci, compliqué. Il n’est pas rare que des situations deviennent extrêmes et mettent les personnes en danger à cause des chutes et des blessures fréquentes.

Attention, une personne ayant la syllogomanie peut tout à fait ne pas avoir le syndrome de Diogène.

LA MISANTHROPIE

Les personnes concernées se replient sur elles-mêmes, s’isolent et vont même jusqu’à s’éloigner de leur famille et leurs amis. En parallèle, elles peuvent développer de la méfiance, de l’hostilité, voire de la paranoïa jusqu’à l’aversion envers le genre humain. Petit à petit, elles coupent tout contact avec leur entourage et vont jusqu’à refuser de les laisser entrer chez elles.

LE DÉNI DE LA RÉALITÉ

Ce dernier symptôme se traduit par le fait que la personne ne reconnaît pas la gravité de sa situation. Pour elle, rien n’est anormal, elle ne voit pas où se trouve le problème et va refuser fermement toute aide extérieure.

Tous ces symptômes peuvent passer inaperçus durant des mois, parfois des années, jusqu’à ce qu’un·e proche, un·e médecin ou le voisinage lance l’alerte.

LES CAUSES

Les véritables causes de ce syndrome sont encore mal connues des médecins, qui ne peuvent qu’émettre des hypothèses. C’est pour cette raison que la prise en charge ne peut se faire qu’au cas par cas.

DES TROUBLES PSYCHIATRIQUES PEUVENT L’ACCOMPAGNER

Les patients·es ne souffrent pas forcément que de ce seul trouble. Le Diogène peut être lié à : 
→ des troubles psychotiques ;
→ des troubles de l’humeur ;
→ des troubles obsessionnels compulsifs ;
→ un syndrome de Korsakoff (trouble neurologique qui affecte la mémoire à court terme) ;
→ une démence fronto-temporale.

UN ÉVÉNEMENT TRAUMATISANT

Si un trouble listé précédemment n’accompagne pas le syndrome de Diogène, c’est un événement traumatisant qui peut être l’élément déclencheur de l’apparition du syndrome. Ledit moment traumatisant peut être un choc émotionnel intense ou un événement très mal vécu
→ un deuil d’un proche ;
→ une agression/maltraitance récente ou ancienne ;
→ un accident de voiture ;
→ une perte de mobilité durable (par exemple : blessure, arthrose, etc.) ;
→ un changement de vie ;
→ une hospitalisation ;
→ …

LE DIAGNOSTIC ET LA PRISE EN CHARGE

Sans aucune surprise, le diagnostic se base sur une observation clinique par un·e professionnel·le de santé (médecin généraliste ou gériatre selon l’âge de l’individu). Pour cela, iel doit vérifier que læ patient·e présente à minima cinq points :
→ une absence évidente d’hygiène corporelle ;
→ des infections cutanées provoquées par des parasites ;
→ des infections respiratoires à répétition ;
→ des preuves de carences nutritionnelles ;
→ un isolement social.

Le syndrome étant souvent accompagné d’autres problèmes de santé mentale, le diagnostic du médecin est alors obligatoirement suivi d’une évaluation complète de læ patient·e par un·e psychiatre ou un·e psychologue. Pour autant, cette évaluation peut s’avérer compliquée, car la personne concernée peut ne présenter aucun signe du syndrome. Bien souvent, c’est le voisinage qui lance l’alerte suite à une invasion de nuisibles (insectes, rongeurs…) et/ou à cause des mauvaises odeurs qui émanent du lieu de vie.

Il s’ensuit alors un accompagnement sur le long terme, ainsi qu’une approche multidisciplinaire. Les professionnels·les de santé doivent absolument faire preuve d’empathie, de patience et de compréhension. Obtenir la confiance de læ patient·e est un travail crucial, mais de longue haleine.

PRISE EN CHARGE

Il faut d’abord parvenir à faire sortir læ patient·e de son lieu d’habitation, afin qu’un nettoyage indispensable et un assainissement complet de son domicile puissent être effectués par une entreprise de nettoyage professionnelle. Généralement, læ patient·e est hospitalisé·e pendant ce temps.
Mais avant tout cela, il est nécessaire de prévenir le bailleur ou le syndicat de l’immeuble,  pour qu’une prise en charge puisse s’effectuer le plus rapidement possible. Aussi, les travailleurs sociaux sont une aide précieuse pour toute la partie logement, organisation et accès aux soins pour læ patient·e.

Dans le cas où la situation est urgente et présente un risque pour la personne concernée, son domicile et/ou son voisinage, il faut contacter le service social de la mairie (CCAS).

TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX

Attention, chaque patient·e est traité·e au cas par cas. La raison à cela est qu’il faut prendre en compte les troubles comportementaux qui accompagnent le syndrome. Pour la prise en charge médicale, il existe certains services médicaux légaux et formés pour accompagner les familles, comme le centre médico-psychologique (CMP), des plateformes territoriales d’appui (PTA) ou des centres locaux d’information et de coordination (CLICS), qu’on trouve dans chaque département.

SUIVI PSYCHOLOGIQUE

Il est très important de mettre en place une psychothérapie. Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), aide læ patient·e à prendre conscience que ses pensées, ses croyances et ses comportements sont dysfonctionnels. Une thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) permet à la personne concernée de se concentrer sur des actions et des valeurs qui lui sont importantes, l’aidant ainsi à favoriser un comportement positif. La thérapie interpersonnelle, quant à elle, a pour but de briser l’isolement. Enfin, une thérapie familiale peut être proposée afin que les membres de la famille puissent aider, comprendre et soutenir leur proche.

Dans tous les cas, il est très important de s’entourer des bons intervenants, car il s’agit là d’un syndrome rare et très complexe.

COMMENT AIDER ?

Si vous connaissez quelqu’un qui a le syndrome de Diogène et que vous faites partie de son cercle de confiance, alors soyez patient·e, respectueux·se et compréhensif·ve. Votre chemin pour lui venir en aide va être long et ne pourra s’effectuer qu’étape par étape. Ne foncez surtout pas tête baissée et ne prenez pas le sujet de front. N’oubliez pas de prendre en compte le symptôme du déni de la réalité, mais aussi celui de la misanthropie. Faites preuve de douceur. Et si vous parvenez à pénétrer dans le lieu de vie, n’imposez rien. Discutez avec la personne concernée pour obtenir son accord afin de jeter certains objets, un à un.

LE SYNDROME DE DIOGÈNE DANS L’ÉCRAN OU SUR LE PAPIER

Ôte-toi de mon soleil, de Messaline Raverdy, est un documentaire belge qui relate l’histoire d’un personnage qui aide Joseph, une personne ayant le Diogène, à, petit à petit, libérer de l’espace dans son intérieur.
Le syndrome de Diogène – Éloge des vieillesses, de Régine Detambel, est un roman qui traite des idées reçues sur la vieillesse, mais aussi de ce qui est anormalement attendu de la part d’une personne âgée.Je ne porterai plus ma croix, de Nathalie Pommet, est un témoignage de l’autrice qui parle de sa mère ayant le Diogène, de son accompagnement. Dans ce roman, ce syndrome complexe est décortiqué pour que tout le monde puisse le comprendre.

L’IMPLANTER DANS NOTRE HISTOIRE

Bien que les études du syndrome de Diogène s’avèrent récentes, il a dû exister depuis bien plus longtemps sans que cela ait pu être documenté. Aussi, imaginez ce que cela serait d’avoir le Diogène durant l’époque médiévale, la renaissance… qu’est-ce que cela pourrait donner si c’était votre personnage principal qui était touché ? Quel impact aurait-il dans votre histoire ?
Dans la plupart des histoires, l’environnement n’est soit pas totalement décrit, soit démontre un lieu de vie correctement entretenu. Personnellement, je n’ai pas encore eu la surprise de lire l’inverse, de trouver l’histoire (dans de la fantasy, de la science-fiction, etc.) d’un personnage ayant le Diogène, présentant petit à petit les symptômes ou étant pris en charge et marchant vers la voie de la guérison (Edda : ou de la descente aux enfers selon votre convenance)

L’aspect psychologique serait très important dans cette histoire et ne concernerait pas uniquement le personnage principal, mais aussi les personnages secondaires et tertiaires qui se retrouvent, bon gré mal gré, impactés par le Diogène de l’héros·ïne.

LES SOURCES :

✺ « Syndrome de Diogène : causes, symptômes et traitements », le 26 mars 2024 [En ligne] Syndrome de Diogène : causes, symptômes et traitements | korian.fr [Consulté le 05 juin 2025]
✺ « C’est quoi le syndrome de Diogène ? » [En ligne] Un proche atteint du syndrome de Diogène | syndrome-diogene.fr [Consulté le 05 juin 2025]
✺ Pierre Luton, « Définition : syndrome de Diogène », le 28 décembre 2023 [En ligne] Syndrome de Diogène | elsan.care [Consulté le 05 juin 2025]
✺ Dr Julie Monnoye, « Syndrome de Diogène : Un aperçu détaillé de la syllogomanie », le 19 mars 2024 [En ligne] Syndrome de Diogène : Un aperçu détaillé de la syllogomanie | monnoye.be [Consulté le 05 juin 2025]
✺ « Le syndrome de Diogène » [En ligne] Le syndrome de Diogène | diogene-france.fr [Consulté le 05 juin 2025]
✺ Dora Laty, « Le syndrome de Diogène : définition, causes et traitement », le 06 novembre 2024 [En ligne] Le syndrome de Diogène : définition, causes et traitement | passeportsante.net [Consulté le 05 juin 2025]
✺ « Diogène – Accompagner une personne atteinte du syndrome de Diogène », 2021-2022 [En ligne] Diogène – Accompagner une personne atteinte du syndrome de Diogène | ch-candelie.fr [Consulté le 05 juin 2025]

LE TÉMOIGNAGE :

✺ Le Parisien, « Syndrome de Diogène : Je n’arrivais pas à jeter », le 27 mars 2025 [En ligne] Syndrome de Diogène : « Je n’arrivais pas à jeter » | Youtube – Le Parisien [Consulté le 05 juin 2025]

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