LE TROUBLE DYSPHORIQUE PRÉMENSTRUEL

DISCLAIMER : Cet article fait mention de sujets sensibles tels que les pensées suicidaires, la dépression. Si ces sujets vous mettent mal à l’aise, nous vous recommandons de ne pas lire cet article afin de vous préserver. Prenez soin de vous avant tout.
Cet article n’a pas pour vocation d’établir un diagnostic médical ou psychiatrique. En cas de doute ou de souffrance psychologique, il est essentiel de contacter un·e professionnel·le de la santé qualifié·e ou d’encourager la personne concernée à le faire.

Article rédigé par Erica

Léthargie, crises d’angoisse, idées noires… Quelques semaines avant leurs règles, certaines personnes traversent un état dépressif profond, qui impacte le quotidien. Découvrez aujourd’hui le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), qui touche environ 8% des personnes menstruées.

QU’EST-CE QUE LE TROUBLE DYSPHORIQUE PRÉMENSTRUEL (TDPM) ?

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est une forme sévère du syndrome prémenstruel (SPM), qui affecte 5 à 10% des personnes menstruées, juste avant leurs règles. Plus précisément, il apparaît pendant la phase lutéale du cycle menstruel, ce qui correspond à une ou deux semaines avant les règles, en moyenne (la moitié du cycle).

C’est notamment durant cette phase lutéale, qui survient juste après l’ovulation, que le follicule rompu se referme et constitue le corps jaune qui produit une quantité croissante de progestérone. C’est pourquoi on suppose que le TDPM est dû à un déséquilibre hormonal, en faveur d’un manque de progestérone.

Mais attention, comme le précise le Dr Boyer, si le TDPM peut être perçu comme un dérivé du SPM, les deux troubles ne sont pas à mettre au même niveau. En effet, le trouble dysphorique prémenstruel est une maladie neuro-hormonale reconnue comme maladie mentale par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE TDPM ET SPM ?

Bien qu’on puisse les confondre à cause de la méconnaissance du cycle menstruel, les deux troubles diffèrent par la durée et l’intensité des symptômes.

Pour commencer, le SPM touche environ 80% des personnes menstruées, contre 8% en moyenne pour le TDPM, selon les zones géographiques. Si le premier a un impact principalement psycho-émotionnel, les symptômes du trouble dysphorique prémenstruel se rapprochent de la psychiatrie, notamment des troubles dépressifs. La principale différence, subtile, se trouve donc au niveau de l’origine du trouble : une sensibilité hormonale pour le SPM, mais une réaction psychologique exacerbée au dérèglement hormonal pour le TDPM.

Le seul véritable point commun est le timing dans le cycle menstruel : ils se déclarent tous deux lors de la phase lutéale, une à deux semaines avant l’arrivée des règles.

Bien entendu, ces deux troubles ne sont pas comparables en termes de vécu et aucun n’est pire que l’autre, tout est une question de point de vue. Dans les deux cas, votre souffrance est légitime.

LES SYMPTÔMES DU TDPM ?

Le trouble dysphorique prémenstruel provoque des symptômes pouvant être répertoriés en trois catégories :
→ les symptômes émotionnels : labilité émotionnelle, irritabilité, tristesse de l’humeur, anxiété, crises d’angoisse ;
→ les symptômes psychiques : difficultés à se concentrer, fatigue, perte d’intérêt, impression d’être débordé⸱e, qu’on ne s’en sortira jamais ;
→ les symptômes physiques : insomnie ou hypersomnie, hyperphagie ou boulimie, gonflement des seins, maux de tête et douleurs musculaires et articulaires.
Ce qui caractérise le TDPM, c’est la répétition de ces symptômes pendant plusieurs jours, sur plusieurs cycles dans l’année. Bien entendu, ils peuvent être différents selon les personnes. 

La dépression continue est un symptôme majeur de cette maladie. De nombreuses personnes interrogées1 ont notamment fait part de pensées négatives et idées noires.

“Je me sens perdue, je pleure pour rien.”
“J’ai l’impression d’être sans vie et d’avoir beaucoup de mal à relativiser.”

  1.  Témoignages recueillis depuis différentes sources, à retrouver à la fin de l’article. ↩︎

COMMENT ÇA SE MANIFESTE CONCRÈTEMENT ?

Cette maladie étant mentale, elle est généralement plus forte que la volonté, donc les personnes concernées ne peuvent pas se contenter de “faire des efforts” pour la combattre. Le TDPM vient submerger l’esprit, sans respecter aucune logique. On ne se rend en général compte que c’est arrivé que lorsqu’on en est sorti. C’est là qu’on se demande comment on a pu avoir ce type de pensées irrationnelles.

“Ce qui est étrange, nous explique Joséphine Jourdan dans son documentaire “Dans mon ventre” sur le sujet, c’est d’être dans un état dépressif lourd pendant dix jours non-stop, puis que tout redevienne normal dès l’apparition des règles.”

Pour elle, les symptômes vont crescendo : elle ressent d’abord une oppression physique dans le corps, puis le “démon”, comme elle l’appelle, prend totalement possession d’elle, sans laisser aucun contrôle. Elle ne ressent alors plus que colère, irritabilité et désespoir.

Souvent, les victimes de ce trouble ne ressentent plus ni de bonheur, ni d’envie, ni d’intérêt. C’est très violent et difficile de se sortir de la torpeur dépressive.

“Il m’est impossible de sortir du lit, de me motiver pour quoi que ce soit, je n’ai aucune énergie, sans raison apparente.”

Le Dr Boyer précise toutefois que ce n’est pas juste une sorte de dépression, c’est une vraie pathologie à part entière qui compte la dépression comme symptôme.

COMMENT FAIRE UN DIAGNOSTIC DU TDPM ?

Il n’existe pas de diagnostic “facile”, clé en main. Ni prise de sang ni examen cérébral ne sont pratiqués. C’est un·e professionnel·le de la santé, comme un·e gynécologue par exemple, qui pose le diagnostic par des questions, de la discussion, de l’écoute et surtout de la prise au sérieux.

Pour Joséphine, le problème aujourd’hui est justement l’errance médicale : “Il n’y a pas de prise en charge, parce que les femmes ne sont pas écoutées, on ne s’intéresse pas à leur santé.” 

De plus, les recherches sur le sujet n’en sont qu’aux prémices, donc les traitements ne sont ni parfaitement adaptés, ni précis.

Les messages reçus de la part du corps médical sont souvent les mêmes : “c’est dans votre tête”, “beaucoup de femmes souffrent de SPM”, “ce qui vous arrive est normal”… Mais Joséphine est formelle : “Non, toutes les femmes ne sont pas dépressives avant leurs règles, ce n’est pas normal de vouloir en finir à cause de ça.” Pour elle, le confinement a été un vrai déclencheur, mais le diagnostic n’est arrivé qu’un an et demi plus tard.

Y A-T-IL DES SOLUTIONS ?

Le problème du TDPM est qu’en plus des symptômes émotionnels, il provoque fatigue et stress, ce qui cause des déséquilibres hormonaux. Pour Charline, sage-femme, la priorité est d’agir pour pallier ces déséquilibres, qui sont responsables de presque tout le reste. Mais comment peut-on soulager l’anxiété ?

Malheureusement, pas de solution miracle. Le mieux est encore de prendre un carnet et de noter les symptômes mois par mois pour se rassurer, mieux se connaître, anticiper, adapter son quotidien.

“Il faut également se poser la question des hormones” : les contraceptions hormonales ne soignent pas la cause, mais permettent de rendre le quotidien plus agréable.
Certains médecins préconisent de prendre des antidépresseurs juste pendant cette période du mois, pour soulager les symptômes sans les guérir. Mais tout le monde est d’accord pour dire que l’important est d’avoir un suivi psychologique. En effet, il est essentiel non seulement de pouvoir parler de la maladie à son entourage, mais surtout de trouver un·e professionnel·le de santé à l’écoute, capable de mettre des mots sur le vécu et de le légitimer, qui connaît la maladie.

Et côté alimentation ? Charline La Sage-femme confirme que plus c’est équilibré, mieux c’est, et recommande un suivi par un·e diététicien·ne. Elle précise cependant que certains nutriments peuvent soulager les symptômes du stress :
→ le magnésium : il contribue à diminuer la production de noradrénaline et à réguler l’activité du neurotransmetteur GABA, qui a un effet calmant sur le système nerveux ;
→ la vitamine B6 : essentielle à la production de la sérotonine, surnommée “hormone du bonheur”, qui agit sur l’humeur.

LES CONSÉQUENCES DU TDPM ET POURQUOI ON EN PARLE SI PEU ?

Le trouble dysphorique prémenstruel a un réel impact sur le quotidien. Les émotions sont si fortes et si noires qu’elles peuvent entraîner des tentatives de suicide. Certains témoins affirment devoir prendre une pilule spéciale pour calmer les moments de tension qui les mettent en danger ainsi que les personnes qui leur font face. 

Qui plus est, c’est un parcours très long, difficile et douloureux, pour la personne qui en souffre et son entourage, parfois face à un personnel médical pas toujours à l’écoute. Joséphine nous rappelle avec dépit que le TDPM est au croisement de deux sujets tabous : la santé mentale et la santé des femmes.

Beaucoup de témoignages relatent les mauvais traitements subis, notamment les clichés véhiculés et les piques gratuites sur l’humeur des femmes : tu es mal lunée, tu es de mauvaise humeur, hystérique, c’est dans la tête, c’est à la mode, tu exagères… Ces victimes ont alors tendance à minimiser leur propre souffrance, à se croire trop sensible et donc à se taire, ne sachant si elles sont seules ou non à vivre ça. Peur de se plaindre, d’être étiquetée, de légitimer des paroles sexistes… tout cela ajoute encore à l’anxiété déjà présente. Espérons que les mentalités finiront par évoluer.

LES SOURCES :

✺ Simone media, « Sarah, son combat contre le trouble dysphorique prémenstruel », le 14 octobre 2022 [En ligne] Sarah, se combat contre le trouble dysphorique prémenstruel | podcasts.appel.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ Joséphine Jourdan, « Dans mon ventre » [En ligne] @dans.monventre | Instagram.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ JoAnn V. Pinkerton, « Symptomatologie du syndrome prémenstruel », juin 2023 [En ligne] Symptomatologie du syndrome prémenstruel | msdmanuals.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ Brut, « Interview de Charline la Sage Femme », le 05 février 2023 [En ligne] Interview de Charline la Sage Femme | @brut | Instagram.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ Period Studio, « Interview de Joséphine Jourdan », le 21 juin 2023 [En ligne] Interview de Joséphine Jourdan | @period.studio | Instagram.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ « Pourquoi le magnésium est un bon allié contre le stress ? » [En ligne] Pourquoi le magnésium est un bon allié contre le stress | dergam.com [Consulté le 20 juin 2025]
✺ Francesco Bianchi-Demicheli, « Le trouble dysphorique prémenstruel : diagnostic et stratégie thérapeutique », le 08 février2006 [En ligne] Le trouble dysphorique prémenstruel : diagnostic et stratégie thérapeutique | revmed.ch [Consulté le 20 juin 2025]
✺ Laura Piccand, « Du syndrome prémenstruel au trouble dysphorique prémenstruel. Reconfiguration des représentations sur la vulnérabilité des femmes », p. 141-151 [En ligne] Du syndrome prémenstruel au trouble dysphorique prémenstruel. Reconfiguration des représentations sur la vulnérabilité des femmes | books.openedition.org [Consulté le 20 juin 2025]

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