Article rédigé par Dawn
Cet article n’a pas pour vocation d’établir un diagnostic médical ou psychiatrique. En cas de doute ou de souffrance psychologique, il est essentiel de contacter un·e professionnel·le de la santé qualifié·e ou d’encourager la personne concernée à le faire.

L’œil humain fait partie des organes les plus complexes de notre corps et est sujet à de nombreuses pathologies : myopie, conjonctivite, cataracte… Il existe toutefois une pathologie que l’on oublie souvent quand on parle des problèmes oculaires : le daltonisme. Connu, mais incompris, objet de nombreuses idées reçues… Aujourd’hui, on fait le point sur cette maladie qui altère la vision des couleurs.
LE DALTONISME : UNE PATHOLOGIE MASCULINE ?
Comme dit en introduction, l’œil humain est un organe très complexe, aussi bien par son fonctionnement que par sa structure. Et pour comprendre d’où vient le daltonisme et comment il fonctionne, il nous faut d’abord comprendre le fonctionnement de notre œil. Et plus particulièrement : comment est-ce que nous voyons les couleurs.
Pour vous expliquer comment fonctionne notre vision, je vais faire l’analogie avec un appareil photo, car il se trouve que les inventeurs de ce dispositif se sont basés sur le fonctionnement de l’œil humain pour le créer ! Et je pense qu’ainsi, ce sera plus parlant.
Tout d’abord, notre œil possède une pupille et un iris, qui ont le même rôle que le diaphragme d’un appareil photo, à savoir : faire entrer la lumière en modulant son intensité. Selon la luminosité, la pupille sera plus ou moins dilatée pour laisser passer une plus ou moins grande quantité de lumière. Ensuite, nous avons le cristallin, qui joue le rôle du zoom : en se déformant, il permet de voir nettement à n’importe quelle distance. Par la suite, nous avons la rétine, qui assure le rôle de pellicule ou de capteur (Dawn : tout dépend du modèle d’appareil photo que vous prenez comme point de comparaison). C’est sur la rétine que l’image de ce que nous voyons va se former. Et pour finir, nous avons le nerf optique, qui va convertir cette image en signal électrique qui pourra ensuite être interprété par notre cerveau.
Maintenant que nous avons vu comment fonctionnait l’œil dans les grandes lignes, nous allons nous pencher sur la rétine. En effet, c’est cette partie précise de l’œil qui est défectueuse dans le cas du daltonisme. Notre rétine est tapissée de millions de photorécepteurs et on en distingue deux sortes : les bâtonnets, qui interprètent les différents niveaux de luminosité, et les cônes, responsables de la compréhension des couleurs. Vous l’aurez donc compris, lorsqu’une personne est daltonienne, ce sont ses cônes qui sont défectueux, voire absents. On en dénombre trois sortes :
→ le cône “bleu”, sensible aux nuances de bleu et de violet ;
→ le cône “rouge”, sensible aux couleurs allant du vert au rouge ;
→ le cône “vert”, sensible aux couleurs allant du bleu clair au jaune/orange sur le spectre de la lumière.

Là encore, on peut faire une analogie avec la photographie, notamment avec le célèbre système RGB (Red Green Blue). On définit une couleur par rapport à l’intensité de bleu, de vert et de rouge qui la compose. Notre œil interprète les couleurs de la même manière.
Mais dans le cas du daltonisme, un ou plusieurs types de cônes sont touchés et présentent une sensibilité réduite ou nulle à certaines nuances de couleurs qu’ils sont censés détecter en temps normal. L’œil se trouve alors incapable d’interpréter correctement la couleur qu’il voit, car il lui manque une partie de l’information.
Mais d’où vient ce dysfonctionnement des cônes ? La cause principale est génétique et c’est là que l’intitulé de cette partie prend tout son sens : les gènes codant les cônes verts et rouges sont présents sur le chromosome X (le cône bleu, lui, est codé par un gène présent sur le chromosome 7). En effet, généralement, une personne née homme ne possède qu’un seul chromosome X (génotype XY), tandis qu’une personne née femme en possède deux, ce qui fait qu’elle présente deux copies de ces gènes (génotype XX). Comme il suffit d’avoir au moins un gène normal pour que les cônes soient fonctionnels, on peut penser que pour une personne née homme, le gène défectueux conduit forcément au daltonisme, alors que chez une personne née femme, le second gène prendra le relais. Pourtant, les personnes nées femmes peuvent également être concernées par cette pathologie, même si elles sont moins touchées grâce à ce “doublon” : si les deux gènes sont défectueux, alors la personne sera daltonienne.
Pour vous donner un ordre d’idée, on estime en France que 8% des personnes nées hommes sont daltoniennes (cela fait environ une personne sur 12), contre moins de 1% pour les personnes nées femmes (une personne sur 200).
L’idée reçue selon laquelle seulement les personnes nées hommes peuvent être daltoniennes vient donc de cette différence génétique, mais aussi de l’histoire de cette maladie. Le daltonisme est évoqué pour la première fois dans les années 1800 par John Dalton, sans pour autant que l’on soit capable de recenser le nombre de personnes concernées. En 1917, on commence à dépister le daltonisme grâce au test d’Ishihara, mais là encore, peu de personnes se font dépister : les tests sont surtout pratiqués pour les milieux professionnels, encore peu accessibles pour les personnes nées femmes à l’époque. La proportion d’hommes étant nettement supérieure à celle des femmes, ces dernières étaient alors considérées comme des faux-positifs et la croyance selon laquelle seuls les hommes pouvaient être concernés par cette maladie s’est largement répandue. Il faudra attendre la fin des années 1900, et plus particulièrement 1986, pour que les chercheurs Jeremy Nathans et Thomas P. Piantanida mettent en évidence l’origine génétique du daltonisme, expliquant par la même occasion la faible représentation des personnes nées femmes. Mais encore aujourd’hui, ce manque de représentation et de sensibilisation continue à véhiculer cette idée reçue.
Le daltonisme est donc une pathologie héréditaire, mais même s’il s’agit de la cause principale, d’autres affections peuvent provoquer des troubles visuels similaires : une réaction à des médicaments, une maladie oculaire comme la rétinopathie diabétique (détérioration de la rétine), une blessure au niveau du nerf optique ou encore une lésion cérébrale peuvent donner des symptômes semblables au daltonisme.
LES DIFFÉRENTES FORMES DE DALTONISME ET LE DIAGNOSTIC
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas une, mais bien plusieurs formes de daltonisme : une pour chaque cône touché. Et là encore, on a des variations entre un cône défectueux et un cône totalement absent. On distingue toutefois trois grands groupes :
→ la deutéranopie : cette forme de daltonisme est la plus répandue et touche les cônes “verts”. Les couleurs vertes et les nuances les plus claires de rouges (les deux couleurs étant proches dans le spectre du visible, les deux sont indissociables). Lorsque le cône est présent, mais dysfonctionnel, on parle de deutéranomalie.
→ la protanopie : cette fois-ci, ce sont les cônes “rouges” qui sont absents, provoquant une difficulté à reconnaître le rouge et le vert. En revanche, le bleu et les nuances de jaune/orange sont visibles. Si le cône est présent, mais fonctionne mal, on va parler de protanomalie.
→ la tritanopie : c’est la forme la moins courante du daltonisme. En effet, elle concerne les cônes “bleus” qui sont codés par le gène présent sur le chromosome 7, et il faut deux gènes défectueux pour que les cônes soient dysfonctionnels, ce qui est plus rare. La tritanopie rend donc impossible la reconnaissance de toute couleur nécessitant du bleu, et présente le spectre de couleurs le plus restreint des trois. Si le cône est présent, mais dysfonctionnel, on parlera plutôt de tritanomalie.
En plus de ces trois formes, il en existe une dernière, extrêmement rare : l’achromatopsie. Dans cette forme de daltonisme particulière, aucun cône n’est fonctionnel ; la personne verra donc tout en nuances de gris. On considère que cela concerne une personne sur 30 000, peu importe son sexe.
Pour vous donner une petite idée de ce à quoi ressemblent les différents daltonismes, cette image vous donnera un aperçu des couleurs visibles dans chaque cas :

Comme les gènes codant chaque cône sont différents, il est tout à fait possible de cumuler les formes de daltonisme ! De même, chaque personne aura un dysfonctionnement plus ou moins important de ses cônes, ce qui nous permet de dire qu’au final, il existe autant de formes de daltonisme qu’il existe de personnes daltoniennes.
Le diagnostic du daltonisme se fait de manière assez précoce et souvent grâce à l’entourage. En effet, la personne n’aura pas conscience que sa vision des couleurs est erronée, ce seront souvent les parents et/ou les professeurs qui se rendront compte que quelque chose ne va pas. Pour déterminer si une personne est daltonienne ou non, plusieurs tests sont possibles, mais le plus utilisé est le test d’Ishihara.
Ce test consiste en plusieurs planches constituées d’une multitude de pastilles colorées, dont certaines sont d’une couleur différente du reste afin de former un nombre. Le but du test est d’identifier les nombres présents sur ces planches. Si la personne est daltonienne, elle aura des difficultés à déterminer correctement les nombres. Ce test permet également de déterminer les couleurs que la personne n’arrive pas à distinguer. Voici un exemple de ce à quoi ressemble une planche de test d’Ishihara :

Si ce test est le plus utilisé, il en existe d’autres, comme l’anomaloscope de Nagel, qui consiste en plusieurs faisceaux lumineux colorés que la personne doit elle-même ajuster jusqu’à obtenir la teinte demandée par le médecin, ou le test de Farnsworth, qui utilise des jetons noirs avec des pastilles colorées que lae patient·e doit classer de la teinte la plus bleue à la teinte la plus rouge.
VIVRE AVEC LE DALTONISME : DES AMÉNAGEMENTS AU QUOTIDIEN
Souvent, on recommande aux parents de faire diagnostiquer leurs enfants dès le plus jeune âge, afin de mettre en place des aménagements le plus tôt possible. En effet, dès l’entrée à l’école, des obstacles peuvent se présenter : reconnaître les couleurs en maternelle, utilisation de codes couleurs spécifiques à partir de la primaire, cartes de géographie avec des légendes précises à utiliser… Plus le diagnostic se fera tôt, plus il sera possible de trouver des stratégies pour contourner les difficultés causées par le daltonisme.
L’une des stratégies les plus utilisées par les personnes daltoniennes est l’étiquetage des crayons : les parents peuvent apposer des étiquettes sur lesquelles est inscrit le nom de la couleur correspondante pour chaque crayon de couleur, chaque stylo, chaque feutre, pour faciliter la reconnaissance des outils et utiliser les bonnes couleurs selon les exigences. Si le personnel enseignant est sensibilisé au sujet, il pourra écrire le nom des couleurs pour les étudiant·es daltonien·nes ou les laisser utiliser les couleurs qu’iels reconnaissent. À titre d’exemple, lorsque j’étais au collège, un élève de ma classe était daltonien et notre professeur d’histoire-géographie lui recommandait d’utiliser ses propres codes couleurs pour colorier les cartes afin qu’elles soient plus facilement lisibles pour lui.
Ceci n’est qu’une astuce parmi tant d’autres, les personnes daltoniennes peuvent mettre en place de nombreuses astuces comme se fier à la texture/au motif d’un objet plutôt qu’à sa couleur pour le reconnaître, classer ses objets par couleur, utiliser des codes pour savoir comment assortir leurs vêtements… Chaque daltonien·ne possède ses propres tips pour être autonome sur tous les plans.
Au-delà de l’aspect scolaire et de la vie quotidienne, la vie professionnelle peut également être impactée par le daltonisme. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les personnes daltoniennes ont accès à quasiment tous les métiers, à partir du moment où elles ont mis en place une stratégie pour contourner les problèmes liés aux couleurs. Par exemple, on considère qu’électricien·ne est un métier inaccessible aux personnes daltoniennes à cause des codes couleurs utilisés pour les différents fils électriques. Or, les fils sont souvent bleus et rouges, qui sont deux couleurs que les daltonien·nes ne confondent pas entre elles, et les contrastes de couleurs entre les autres fils sont suffisants pour les reconnaître. Alors même si cela peut être compliqué, de nombreux métiers où les couleurs sont essentielles ne sont pas impossibles quand on est daltonien·ne. Toutefois, il existe des métiers qui sont réellement interdits :
→ les métiers de l’armée, qui utilisent des codes couleurs stricts à respecter ;
→ les métiers de la sécurité du réseau ferré national, pour les mêmes raisons que l’armée, cela concerne notamment les conducteurs de TGV et les métiers de la sécurité ;
→ les métiers de pilotes (avions, hélicoptères) ;
→ les métiers liés à la sécurité publique comme policier ou pompier, mais pour ce dernier point cela dépend du daltonisme.
Tous les métiers régis par un cadre légal strict sur la vision des couleurs sont concernés et un test d’Ishihara est souvent demandé avant l’embauche.
GUÉRIR DU DALTONISME, C’EST POSSIBLE ?
Comme beaucoup de maladies ayant une origine génétique, aucun traitement n’existe à l’heure actuelle, même si des études de thérapie génique sont en cours. Il n’est donc pas possible de guérir du daltonisme.
En revanche, il existe des dispositifs qui permettent d’améliorer la perception des couleurs et j’insiste sur ce point. En effet, il existe des lunettes, développées il y a peu (début des années 2010), qui agissent comme un filtre sur la lumière et qui permettent aux personnes daltoniennes de distinguer plus facilement les couleurs qu’elles sont aptes à voir. Si la personne ne voit pas le rouge, les lunettes ne lui permettront pas de voir cette couleur ! En revanche, si elle confond certaines nuances de couleurs parce qu’elles sont trop proches sur le spectre des couleurs, alors le filtre de ces lunettes lui permettra de plus facilement faire la distinction entre les nuances.
Cependant, ces lunettes ne sont accessibles qu’aux personnes deutéranopes et protanopes : la tritanopie étant plus rare, aucun dispositif n’a encore été créé pour cette forme-ci.
D’autres aides existent, comme des applications qui permettent, en utilisant la caméra du téléphone, d’identifier la couleur de l’objet sélectionnée, et des logiciels qui adaptent les couleurs de l’écran en fonction de la forme de daltonisme. Cette fonctionnalité est d’ailleurs présente dans certains jeux vidéo.
LE DALTONISME ET LA LITTÉRATURE
Dans la littérature, il y a peu de romans qui mettent en scène des personnages daltoniens. Les seuls que j’ai pu trouver se trouvent dans la catégorie jeunesse : Il faut sauver Pâques ! de Gwénaëlle Daoulas, dans lequel cinq enfants doivent venir en aide au pays de Pâques, et Tom, un jeune garçon daltonien, pourrait bien être la clé pour réussir cette quête. Un rêve en rouge d’Iman Eyitayo, met en scène Tarik, un petit garçon qui dessine tout ce qu’il voit en rouge, sans que les adultes qui l’entourent ne comprennent la raison derrière ce choix.
La littérature jeunesse sensibilise ainsi à ce sujet, en expliquant avec simplicité pourquoi certaines personnes ne voient pas le monde de la même manière que nous, mais c’est une pathologie qui pourrait également être représentée chez les adultes pour montrer les difficultés que pourraient vivre ces personnes.
Écrire un personnage daltonien, c’est explorer un monde totalement différent et parfois inadapté, comme nous avons pu le voir avec les difficultés qu’ils peuvent rencontrer. Par ailleurs, tous ces personnages sont masculins, du fait de cette idée reçue que je vous avais évoquée au tout début. Alors pourquoi ne pas écrire un personnage féminin daltonien ? Serait-elle comprise dans sa maladie ou considérée comme une menteuse ? Serait-elle prise au sérieux ? Ferait-elle face à plus de difficultés que les hommes pour cela ?
De même, dans des univers futuristes, des choses sont-elles pensées pour inclure les personnes daltoniennes ? Si on prend l’exemple des jeux vidéos, il existe aujourd’hui de plus en plus de jeux qui proposent des graphismes spécifiques pour les personnes daltoniennes afin de faciliter leur expérience de jeu (Dawn : je pense par exemple au jeu Uno qui a mis en place des symboles sur les cartes en fonction de leur couleur, avec un petit sapin pour les cartes vertes ou un petit soleil pour les cartes jaunes). Dans une société où tout est connecté, des adaptations similaires existent-elles ?
Le daltonisme peut être présenté de bien des manières et être au cœur ou non de votre histoire, à vous de l’exploiter au mieux dans votre univers.

LES SOURCES :
✺ « Daltonisme : définition, symptômes et traitements » [En ligne] Daltonisme : définition, symptômes et traitements | elsan.care [Consulté le 05 août 2025]
✺ « Daltonisme » [En ligne] Daltonisme | groupeproxim.ca [Consulté me 05 août 2025]
✺ « Le daltonisme, une anomalie haute en couleurs » [En ligne] Le daltonisme, une anomalie haute en couleurs | ramsayservices.fr [Consulté le 05 août 2025]
✺ Dr Youssef El bichara, « Daltonisme : Comprendre les Causes, les Types et les Conséquences », le 05 août 2024 [En ligne] Daltonisme : Comprendre les causes, les types et les conséquences | presbyview.fr [Consulté le 05 août 2025]
✺ « Les Yeux du Daltonisme » [En ligne] lesyeuxdudaltonisme.fr [Consulté le 05 août 2025]
✺ Dr Hugo Bourdon, « Daltonisme – Trouble de la vision des couleurs » [En ligne] Daltonisme – Trouble de la vision des couleurs | hugobourdon.com [Consulté le 05 août 2025]


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