L’ART-THÉRAPIE

Article rédigé par Dawn

Créer. Un processus fascinant qui peut prendre bien des formes : dessin, sculpture, musique, écriture… L’art possède de nombreuses facettes, et certain·es s’en servent notamment pour exprimer leurs émotions, leurs ressentis. Maintenant, si je vous disais que la création artistique pouvait faire partie intégrante d’une psychothérapie ? Aujourd’hui, je vais vous expliquer ce qu’est l’art-thérapie, et comment elle peut être amenée à participer au rétablissement psychologique et physique d’une personne.

L’HISTOIRE DE L’ART-THÉRAPIE

Par définition, l’art-thérapie consiste à utiliser le processus de création artistique pour améliorer l’état de bien-être de la personne, et ce quel que soit son âge et/ou sa pathologie. Bien que le terme d’art-thérapie n’apparaîsse officiellement qu’en 1945 grâce au peintre britannique Adrian Hill, l’art a toujours été vu comme un moyen d’expression thérapeutique.

Le premier à faire le lien entre art et émotions est Aristote, avec le concept de catharsis évoqué dans la Poétique. Selon lui, regarder une pièce de théâtre — en particulier une tragédie — permet aux spectateurices de se purger de leurs propres passions (pitié, crainte, colère…) en y éprouvant une certaine forme de plaisir. Ainsi, le théâtre tragique représentait un exutoire à toutes les émotions négatives, surtout la terreur. 
Toutefois, le vrai précurseur de l’art-thérapie est le Marquis de Sade : à la fin de sa vie, dans les années 1800, il organise des pièces de théâtre à l’asile de Charenton. Ces dernières, qui mêlaient patient·e·s, soignant·e·s et parfois acteurices professionnel·les, permettaient aux personnes souffrant de troubles psychiatriques de s’exprimer et libérer leurs émotions, de rompre leur isolement et d’améliorer leur estime de soi grâce aux applaudissements à la fin des représentations et la responsabilité donnée à travers le rôle à jouer. Ainsi, les personnes internées dans cet asile voyaient leur état de bien-être s’améliorer.

Par la suite, de nombreux professionnels se sont intéressés à l’effet que l’art pouvait avoir sur la santé mentale de personnes handicapées ou malades. Parmi eux, on peut citer le psychiatre Marcel Réja qui étudiait les œuvres de patient·es en hôpital psychiatrique (L’Art chez les fous : le dessin, la prose, la poésie en 1907), ou encore le psychiatre allemand Hanz Prinzhorm qui a étudié près de 5 000 dessins de patient·es dans son œuvre Expression de la folie en 1922.
Mais c’est en 1945 que le terme d’art-thérapie est utilisé pour la première fois par Adrian Hill  dans son livre Art versus Illness. Le peintre, atteint de tuberculose, est envoyé dans un sanatorium. Durant sa convalescence, il se met à peindre énormément, et les médecins constatent une amélioration rapide de son état, ce qui s’apparente presque à un miracle pour les professionnel·les de santé. On pensait alors que créer quelque chose permettait d’accompagner le corps dans le processus de guérison. 

Des études scientifiques ont été menées sur diverses catégories de personnes : des personnes âgées, des enfants atteint·e·s de leucémie, des personnes atteintes de cancer, des enfants souffrant d’asthme… Toutes ces études apportent la même conclusion, à savoir une amélioration nette de la santé mentale, avec notamment une diminution du stress ou de l’anxiété et une amélioration des fonctions cognitives chez les personnes les plus âgées (Dawn : vous pourrez retrouver toutes les références de ces articles dans la première référence en fin d’article).
Aujourd’hui, l’art-thérapie est officiellement reconnue comme une méthode thérapeutique non-médicamenteuse permettant d’améliorer la qualité de vie des patient·es et la communication avec ces dernier·es (par exemple les personnes autistes) dans une démarche de soin. On la retrouve par ailleurs citée dans plusieurs plans d’actions visant à améliorer la prise en charge de pathologies précises : la maladie d’Alzheimer, le cancer et l’autisme.

CRÉER POUR EXTÉRIORISER

Tout d’abord, l’art-thérapie est une méthode thérapeutique non médicamenteuse entièrement personnalisée, puisque la personne va pouvoir utiliser le médium qui lui convient le mieux : si certain·es vont préférer les arts plastiques comme la sculpture ou la peinture, d’autres préféreront la musique, et d’autres encore se tourneront davantage vers la danse ou le théâtre. Toutes les formes d’art sont utilisables, tant que cela convient au patient ou à la patiente. 

Le CHU de Nantes définit ainsi l’art-thérapie par ces termes : « L’art-thérapie permet à la personne touchée par la maladie, d’être acteur et auteur de ses soins en affirmant son style, sa personnalité et ses goûts ». Elle permet donc à la personne qui en bénéficie : 
→ de mieux s’exprimer, voire communiquer avec les autres ;
→ d’apprendre à organiser et structurer sa pensée par le biais de la création (ce qui est par exemple le cas des personnes atteintes d’Alzheimer) ;

de trouver des moyens d’exprimer ses émotions et ses ressentis quand la personne n’arrive pas à mettre de mots dessus ;
→ d’améliorer l’estime de soi et la confiance en soi en créant.
Le plus important n’est pas la finalité – donc l’œuvre finale produite – mais le processus qui mène à sa création, car c’est à travers lui que la personne exprime ce qu’elle ressent pour s’en libérer. 

Contrairement à de nombreuses thérapies qui sont spécifiques à une pathologie ou un type de patient·es, l’art-thérapie s’adresse à tout le monde, peu importe l’âge ou la raison qui peut pousser la personne à y avoir recours : Alzheimer, autisme, handicap moteur ou mental, exclusion sociale, traumatisme, dépression… Si cette thérapie est très utilisée pour les maladies, elle sert également d’approche dans les milieux socio-éducatifs afin d’accompagner les enfants traversant des moments difficiles. Par exemple, l’art-thérapie est utilisée auprès d’enfants victimes de violences parentales pour les aider à surmonter les traumatismes liés aux mauvais traitements subis. Chacun·e peut donc avoir recours à l’art-thérapie s’iel en ressent le besoin à un moment de sa vie.

Plusieurs artistes célèbres ont par ailleurs eu recours à l’art pour traverser une convalescence. L’exemple le plus flagrant est la peintresse mexicaine Frida Kahlo, qui a découvert la peinture durant son hospitalisation à la suite d’un accident de la route. Souhaitant devenir médecin, mais voyant son rêve s’effondrer à cause de sa colonne vertébrale fragilisée, elle devient finalement peintre. Ses toiles deviennent alors un véritable exutoire pour l’artiste : ayant un rapport difficile avec son corps à cause de la maladie et des diverses opérations qu’elle a subi, elle exprime ce mal-être et ses traumatismes à travers son art, et fait de sa douleur une source d’inspiration pour ses tableaux.

COMMENT SE DÉROULE UNE SÉANCE D’ART-THÉRAPIE ?

Une séance d’art-thérapie se déroule aux côtés d’un·e professionnel·le, durant trente minutes à une heure, parfois même jusqu’à deux heures selon la personne et l’activité proposée. Ces séances peuvent avoir lieu en individuel, en binôme ou en groupe. 
Si de nombreux·euses art-thérapeutes disposent de leur propre cabinet en libéral pour accueillir leur patientèle, l’art-thérapie est présente dans de nombreuses structures, dont : 
→ des foyers d’accueil,
→ des hôpitaux et cliniques, 
→ des maisons de retraite, 
→ des écoles, 
→ des centres médico-psychologiques,
→ des centres pénitentiaires…
Dans les structures médicalisées, il n’est pas rare que l’art-thérapie soit intégrée dans les prises en charge globales des patient·es. Dans les cabinets libéraux, cela vient souvent d’une démarche volontaire de la personne qui souhaite bénéficier de cette thérapie.

Lors de la première rencontre entre læ patient·e et l’art-thérapeute, le cadre de « travail » est défini avec læ professionnel·le. Il inclut les besoins de la personne, les activités qui seront proposées lors des séances selon les intérêts et les ressources de l’individu, le nombre de séances nécessaires et la périodicité de ces dernières, ou encore si les activités seront réalisées en individuel ou en groupe.
Souvent, ces critères sont définis avec d’autres professionnel·les de santé comme des psychothérapeutes ou des médecins si cela entre dans un parcours de soin plus complet (par exemple : un·e psychothérapeute peut prescrire des séances d’art-thérapie à un·e patient·e pour l’accompagner dans son rétablissement). 

Par la suite, à chaque séance, l’art-thérapeute va privilégier un climat de confiance avec lae patient·e afin de lui permettre d’exprimer, de prendre plaisir à créer et de s’investir pleinement dans un projet important pour ellui. Par la création, la personne peut prendre conscience de choses qu’elle n’imaginait pas jusqu’à présent, se découvrir des ressources qu’elle ne soupçonnait pas, voire se défaire de blocages sur lesquels elle n’arrivait pas à mettre de mots. Le rôle de l’art-thérapeute est alors d’accompagner la personne dans cette exploration intérieure, sans jugement – que ce soit sur sa création ou sur ses ressentis –, en lui prodiguant des conseils techniques pour l’aider à représenter au mieux ce qu’elle souhaite exprimer.

Bien qu’il soit recommandé d’être accompagné·e d’un·e professionnel·le, l’art-thérapie se démocratise de plus en plus à domicile, avec notamment la multiplication des livres de coloriages pour adultes. Il est en effet avéré que le coloriage aide à se concentrer tout en lâchant prise, ce qui constitue un excellent anti-stress à moindre coût.

L’ART-THÉRAPIE ET LA LITTÉRATURE

Je n’ai pas réussi à trouver d’exemples d’ouvrages où les personnages ont recours à l’art-thérapie, cette médecine douce étant peu représentée. En revanche la série Mental, qui suit un groupe d’adolescent·es au sein d’une clinique psychiatrique, met en scène des séances où les jeunes sont invité·es à dessiner pour exprimer ce qu’iels ressentent.

L’art-thérapie peut être utilisée dans de nombreux domaines, prendre de nombreuses formes : un personnage anxieux qui participe à des séances de théâtre pour prendre confiance en lui, une personne âgée qui fait du dessin pour surmonter les effets de sa maladie, ou encore un détenu forcé (par décision de justice) de participer à des séances d’écriture pour apprendre à se connaître… Les possibilités sont infinies. Elle peut être représentée de bien des manières, à vous de voir comment l’intégrer à votre récit !

LES SOURCES :

✺ Jean-Jacques Giraud, Benoît Pain, « Présentation de l’Art-thérapie », p. 258 à 263, le 27 août 2020 [En ligne] Présentation de l’Art-thérapie | stm.cairn.info [Consulté le 20 novembre 2025]
✺ « Le rapport de Frida Kahlo à son corps » [En ligne] Le rapport de Frida Kahlo à son corps | artsandculture.google.com [Consulté le 20 novembre 2025]
✺ « Définition » [En ligne] Définition | syndicat-arts-therapeutes.com [Consulté le 20 novembre 2025]
✺ « L’art-thérapie au CHU de Nantes » [En ligne] L’art-thérapie au CHU de Nantes | chu-nantes.fr [Consulté le 20 novembre 2025]
✺ Médoucine, « Art-thérapie : créer à des fins thérapeutiques », le 21 avril 2021 [En ligne] Art-thérapie : créer à des fins thérapeutiques | passeportsante.net [Consulté le 20 novembre 2025]

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