Article rédigé par Maëva

La dépression affecte plus de 300 millions de personnes à travers le monde et reste l’un des troubles psychiques les plus stigmatisés. Souvent incomprise et banalisée, elle combine des dimensions émotionnelles, cognitives et physiologiques qui impactent durablement la vie quotidienne.
LA DÉPRESSION ≠ LA DÉPRIME
La dépression est une maladie psychique sérieuse et (ou puisque) reconnue par l’OMS comme l’une des principales causes d’incapacité dans le monde. Elle se caractérise par une tristesse persistante, une perte d’intérêt ou de plaisir et divers symptômes physiques et cognitifs (comme la fatigue, les troubles du sommeil, des difficultés de concentration, un ralentissement psychomoteur, un sentiment de culpabilité, des pensées suicidaires, etc.). Ces symptômes doivent durer au moins deux semaines pour que l’on puisse parler de trouble dépressif.
Souvent, la dépression est associée à la déprime, mais la déprime est un état passager de tristesse ou de lassitude, lié en général à un événement identifiable et matérialisé (comme une rupture, un stress, de la fatigue), alors que la dépression est envahissante et durable et ne se résout pas seule. La dépression affecte les fonctions cognitives, physiologiques et sociales de la personne concernée.
EUPHÉMISATION ET BANALISATION DU MOT « DÉPRESSION »
Dans le langage courant, on parle souvent de « coup de déprime », de « blues », ou de « petite dépression » pour désigner des moments de fatigue émotionnelle. Ce glissement lexical conduit à une banalisation du terme, voire à un refus d’admettre la maladie : dire qu’on est « fatigué⸱e » ou « angoissé⸱e » semble plus acceptable que « dépressif⸱ive », tant le mot effraie ou renvoie à la faiblesse. Paradoxalement, certain⸱e⸱s utilisent à l’inverse le terme « dépression » pour désigner une simple déprime, s’appropriant la maladie pour attirer l’attention ou pour dramatiser une situation. Ces usages contradictoires reflètent un malaise social autour des troubles mentaux : la société valorise la performance et le contrôle et laisse peu de place à la vulnérabilité psychique. Ainsi, beaucoup minimisent leur souffrance ou en déforment le langage, ce qui complique la reconnaissance et la prise en charge des véritables troubles dépressifs.
LE REGARD DE LA SOCIÉTÉ : ENTRE STIGMATISATION ET GLAMOURISATION
Deux perceptions de la détresse coexistent dans la perception du public : stigmatisation et glamourisation. En effet, les personnes dépressives sont perçu⸱e⸱s comme paresseux/paresseuses, négatifs/négatives, ou ingrats/ingrates, ces jugements reposent sur une méconnaissance du caractère biologique et psychologique du trouble. À l’inverse, certaines représentations médiatiques ou artistiques idéalisent la souffrance mentale. Dans ces films ou sur les réseaux sociaux, la dépression est esthétisée ainsi : un visage mélancolique, une beauté fragile, une romantisation du mal-être (Euphoria, 13 Reasons Why…). Ce traitement visuel ou poétique dénature la réalité clinique : la dépression n’a rien de sublime, c’est une souffrance diffuse, épuisante et invisible.
LES DÉPRESSIONS
Maintenant, plongeons-nous sur ce qui caractérise la dépression avec les mécanismes neurobiologiques, en évoquant le déséquilibre des neurotransmetteurs, notamment la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. Par exemple, la sérotonine intervient spécifiquement dans la régulation de l’humeur, du sommeil et de l’appétit, alors que la dopamine intervient dans celui du circuit de la récompense et de la motivation. Le déséquilibre se traduit par une diminution de la libération de ces neurotransmetteurs ou une certaine altération de leur recaptage dans la fente synaptique.
Des études d’imagerie (IRM structurelle, morphométrie à voxels) ont mis en lumière des réductions de volume de matière grise dans certaines zones cérébrales chez les personnes en épisode dépressif majeur, notamment dans l’hippocampe, le cortex préfrontal et le cortex cingulaire antérieur. Les études d’IRM ont montré une « hypoactivation » des réseaux cérébraux liés à la récompense et une hyperactivité des régions impliquées dans le traitement des émotions négatives lors de tâches ou au repos. Certaines de ces altérations structurales et fonctionnelles semblent réversibles ou au moins modifiables sous traitement (médicamenteux ou psychothérapeutique). Par exemple, le traitement antidépresseur apporte un gain de volume de l’hippocampe.
Avec des épisodes de dépression répétés, certaines zones peuvent subir ce que l’on appelle un effet neurotoxique : les capacités cognitives (attention, mémoire, traitement de l’information) peuvent être durablement altérées.
On peut observer des différences d’activité cérébrale, mais pas une « image » de la dépression. C’est notamment le cas du circuit de la récompense : chez les patient⸱e⸱s dépressif⸱ive⸱s, on observe une activité réduite dans cette région, ce qui explique l’anhédonie (la perte de plaisir ou la perte d’intérêt). Pour le cortex cingulaire antérieur (appelé ACC), on observe aussi une hyperactivité dans le traitement des stimuli négatifs (des réactions à des visages tristes) chez les personnes dépressives. Le cerveau fonctionne via des réseaux, en dépression, la connectivité est réduite ou désynchronisée entre certaines zones émotionnelles et cognitives.
L’hypoactivation des circuits de la récompense se trouve corrélée aux symptômes d’anhédonie ou de perte d’intérêt, l’hyperactivité de l’amygdale aux stimuli négatifs est liée à l’accentuation du biais négatif (tendance à voir le mal partout, le négatif partout). Sur le plan cognitif, des patient⸱e⸱s dépressif⸱ive⸱s peuvent avoir des déficiences de concentration, de mémoire, de vitesse de traitement. Des épisodes de dépression répétés peuvent apporter des changements structurels durables, d’où l’importance d’un traitement précoce.
QUATRE FORMES DE DÉPRESSION…
La dépression n’est pas un état unique, elle recouvre en effet plusieurs types cliniques, donc les causes, les durées et les manifestations varient.
→ La dépression majeure (ou trouble dépressif caractérisé) : C’est la forme la plus connue, les symptômes sont intenses et persistants, altérant fortement la vie quotidienne.
→ La dépression saisonnière : Elle survient généralement à l’automne ou en hiver, liée à une baisse de luminosité qui influence justement la synthèse de la sérotonine et la mélatonine, elle peut être soulagée par la luminothérapie.
→ La dépression récurrente ou épisodique : Il y a plusieurs épisodes distincts sur la vie de l’individu, elle peut alterner avec des périodes de rémission complète.
LIÉ À UNE MALADIE…
LA DÉPRESSION DANS LES TROUBLES BIPOLAIRES
Elle survient dans la phase dépressive du trouble bipolaire, alternant avec des épisodes maniaques ou hypomaniaques. Cela nécessite un traitement spécifique (car certains antidépresseurs peuvent aggraver la phase maniaque).
LA DÉPRESSION DANS LES TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ (BORDERLINE)
La dépression survient en réaction à un abandon, une séparation, une perte, elle est caractérisée par des variations rapides de l’humeur, une impulsivité et une angoisse du rejet.
UNE DÉPRESSION ÉMOTIONNELLE
LA DÉPRESSION SOURIANTE
Une personne qui semble fonctionnelle, sociale, voire joyeuse, mais en réalité, qui possède une souffrance masquée, une fatigue interne énorme et un risque suicidaire très élevé.
LA DÉPRESSION MASQUÉE PAR LA COLÈRE
Cette forme où la tristesse s’exprime par l’irritabilité, l’agressivité ou le rejet des autres, est plus fréquente chez les hommes, qui sont souvent mal diagnostiqués.
LA DÉPRESSION MÉLANCOLIQUE
Idées noires, sentiment de culpabilité écrasante, parfois accompagnée de symptômes psychotiques (comme des hallucinations).
UNE MALADIE INVISIBLE ET SOUS-ESTIMÉE
Malgré les progrès scientifiques, la dépression reste mal comprise et souvent sous-diagnostiquée, de nombreuses personnes n’osent pas consulter, par peur d’être jugées ou par méconnaissance de leurs symptômes. Pourtant, elle est soignable dans la majorité des cas par la psychothérapie, la médication ou des approches combinées.
Que faire si vous êtes en dépression, si vous soupçonnez de l’être ou si vous connaissez quelqu’un en dépression ?
Il ne faut pas rester seul.e avec sa maladie. Il faut en premier lieu en parler à quelqu’un, si possible, consulter un.e professionnel.le.
Médecin généraliste : souvent le premier contact, iel peut évaluer la gravité de la dépression et dépister d’éventuelles maladies associées et orienter vers un.e spécialiste.
Psychiatre : spécialiste des troubles mentaux, iel peut prescrire des médicaments antidépresseurs si nécessaire et suivre l’évolution de la maladie.
Psychologue / psychothérapeute : iel propose des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou d’autres formes de psychothérapie pour travailler sur les pensées, les émotions et les comportements.
Suivi régulier : même après une amélioration, un suivi est recommandé, car les rechutes sont courantes.
SOINS PHYSIQUES ET HYGIÈNE DE VIE
Selon la dépression, ce qui est proposé ci-dessous n’est pas une solution envisageable pour la personne concernée, car la dépression aspire beaucoup d’énergie. Ces pistes ne sont donc pas une injonction, seulement quelques clés réalisables dans certains cas :
→ avoir un sommeil régulier, car la privation de sommeil aggrave la maladie, avoir entre 7 et 9 heures de sommeil ;
→ avoir une alimentation équilibrée, limiter les excès de sucre et d’alcool, consommer des protéines, des fruits, des légumes ;
→ faire une activité physique, pratiquer un sport régulier comme de la marche, du vélo, de la musculation augmente la libération d’endorphine et améliore l’humeur ;
→ éviter les substances nocives comme l’alcool, les drogues ou les médicaments non prescrits.
Si jamais des signes de gravité sont remarquables, comme des idées suicidaires, ou un sentiment de ne plus vouloir vivre, une incapacité totale à fonctionner au quotidien, des troubles physiques sévères liés à la dépression (comme une perte de poids rapide, insomnies extrêmes, etc.), le numéro d’urgence en France sont ici :
→ 3114 (suicide)
→ 15 (SAMU)
La dépression est à la fois une maladie du corps et de l’esprit. Si elle reste difficile à diagnostiquer et à accepter, elle est pourtant soignable. Reconnaître sa complexité clinique, c’est déjà briser le silence qui l’entoure.
LA LITTÉRATURE COMME MIROIR ET REFUGE DE LA DÉPRESSION
Si la dépression reste souvent tue, c’est peut-être parce qu’elle échappe au langage ordinaire. Comment dire ce qui ne se ressent plus ? Comment nommer l’absence, le vide ? Là où les mots médicaux décrivent, la littérature, elle, l’explore. Depuis des siècles, des écrivain.e.s ont tenté de traduire cette expérience intérieure par l’écriture, non pas comme un simple témoignage, mais comme une manière d’habiter le trouble, de lui donner une forme. Par exemple, dans La Cloche de détresse de Sylvia Plath, elle met en scène la suffocation mentale d’une jeune femme prisonnière d’une société exigeant la perfection. La cloche est une métaphore de l’enfermement psychique de la protagoniste, du monde perçu à travers un verre opaque. Plath ne se contente pas d’écrire la dépression, elle la fait ressentir par une écriture étouffée, circulaire, où les images reviennent comme des pensées obsédantes. Ecrire, c’est survivre un peu plus longtemps à l’étouffement. Chez Virginia Woolf, la dépression se manifeste dans le rythme même de la phrase, les flux de conscience, les ruptures et les silences. Dans The Waves, l’écriture devient le reflet d’une perception altérée du monde (celle où le temps s’étire, où les sensations se brouillent, où chaque instant menace de s’effondrer). L’autrice fait de la mélancolie une matière poétique, mais jamais une esthétique de la souffrance, c’est un combat contre la dissolution de soi.
Ces œuvres rappellent que l’écriture, loin d’être un simple outil d’expression, agit comme un espace thérapeutique et existentiel. Mettre en mots la douleur, c’est la reconnaître, lui donner des contours pour ne plus s’y perdre. Beaucoup de personnes dépressives tiennent un journal, écrivent des poèmes, ou même dessinent non pas pour aller mieux immédiatement, mais pour créer un dialogue avec leur souffrance (la rendre moins abstraite, moins toute-puissante). En ce sens, la littérature et la clinique se rejoignent car toutes les deux cherchent à nommer ce qui échappe, à réintroduire du sens là où tout semble se figer. Ecrire n’efface pas la dépression, mais cela permet d’en faire une matière vivante, organique, un lieu de résistance face à la disparition. La littérature ne guérit pas, mais elle répare comme elle le peut, transformant le silence en parole, la solitude en langage commun, la détresse en trace partagée.

LES SOURCES :
✺ « Dépression » [En ligne] Dépression | who.int [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ « Comprendre la dépression », le 17 novembre 2025 [En ligne] Comprendre la dépression | ameli.fr [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ Alain Gardier et Emmanuelle Corruble, « Dépression », le 06 décembre 2019 [En ligne] Dépression | inserm.fr [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ « Quels sont les mécanismes biologiques de la dépression », le 17 décembre 2025 [En ligne] Quels sont les mécanismes biologiques de la dépression | institutducerveau.org [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ Wise T., Cleare A., Herane A., Young A., Arnone D., « Diagnostic and therapeutic utility of neuroimaging in depression: an overview », le 19 août 2014, Vol. 2014:10, pages 1509 à 1522 [En ligne] Diagnostic and therapeutic utility of neuroimaging in depression: an overview | dovepress.com [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ Zhang F., Peng W., Sweeney J., Jia Z., Gong Q., « Brain structure alterations in depression: Psychoradiological evidence », le 05 mars 2018 [En ligne] Brain structure alterations in depression:Psychoradiological evidence | pmc.ncbi.nlm.nih.gov [Consulté le 20 décembre 2025]
✺ « Dépression à répétition : quels effet sur le cerveau ? », le 13 octobre 2014 [En ligne] Dépression à répétition : quels effets sur le cerveau ? | presse.inserm.fr [Consulté le 20 décembre 2025]


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