LA CYBERDÉPENDANCE

Article rédigé par Elodie F.

Qui n’a pas déjà entendu parler de la cyberdépendance ? Cette dépendance à Internet, aussi appelée Usage Problématique d’Internet (UPI) ou Trouble de Dépendance à Internet (TDI), est de plus en plus citée, en raison d’une augmentation de la présence des nouvelles technologies. Ordinateurs, smartphones, tablettes, montres connectées… Tous ces appareils de notre quotidien peuvent entraîner une forte dépendance. Ce mois-ci, on fait le point sur ce qu’est exactement la cyberdépendance et comment la limiter.

LA CYBERDÉPENDANCE : UN FLÉAU DE NOTRE ÉPOQUE

Dire que la cyberdépendance n’est pas liée à notre époque et à notre monde hyperconnecté serait un mensonge. Internet et ce qui l’entoure sont des outils qui occupent une place majeure dans notre quotidien. Depuis 20 ans, le corps médical s’intéresse de près au phénomène Internet et à ses effets sur l’humain, mais c’est en 1994 qu’un psychiatre américain s’est véritablement penché sur la cyberdépendance.

Ivan K. Goldberg est, à ce jour, considéré comme le fondateur du concept même de cyberdépendance et l’a énormément étudié. Il a notamment, lors d’une participation à un forum de discussion sur Internet, posté une classification des différents symptômes. Pour réaliser cette liste, il s’est surtout inspiré des diagnostics qu’il a pu effectuer sur des toxicomanes et en a conclu que cette forme de dépendance n’est rien de plus que : “un mauvais usage d’Internet, qui conduit à une détresse cliniquement significative”. Suite à cela, il a fondé un groupe d’entraide, l’Internet Addiction Support Group (Groupe de Soutien à la Cyberdépendance).

Sauf que, au lieu de véritablement traiter cette dépendance comme réelle, Goldberg a publié son billet comme une plaisanterie. Oui, la cyberdépendance – ou en tout cas son terme – est née d’une simple blague. Cependant, elle a pris une ampleur considérable quand des néophytes ont commencé à s’emparer du sujet pour discuter autour de cette fausse vraie dépendance. Le concept va parvenir aux esprits de différents chercheurs (médecins, psychiatres, scientifiques…) et aussi à des journalistes. Il devient rapidement un vrai phénomène et Goldberg est submergé d’appels, de demandes et d’entrevues pour parler de sa classification. Tout le monde se pose alors la question suivante : peut-on être dépendant·e à Internet ? Est-ce une dépendance réelle ?

Aujourd’hui encore, le terme de cyberdépendance n’est pas à 100% validé par tout le monde  : manque de spécificités théoriques et conceptuelles, défaillances scientifiques, définition controversée des critères … Quelques scientifiques et psychiatres ont cependant trouvé un lien de corrélation entre l’accès à Internet au grand public et les troubles de la santé mentale qui se sont développés dans les années 1990. Mais, pour beaucoup, cela ne suffit pas.

L’argument principal donné pour contrer l’existence de la cyberdépendance est le fait qu’Internet et son utilisation ne sont pas responsables de la dépendance. Le défi se place plutôt dans la capacité humaine à se fixer des limites (la fameuse injonction “à consommer avec modération”). Il faut donc apprendre à vivre avec cet outil de façon saine et constructive. Certains psychiatres estiment que la cyberdépendance est liée à une problématique personnelle pouvant relever d’un manque de gestion du temps, d’une impulsivité ou d’un trouble compulsif déjà présent auparavant. D’autres considèrent que la cyberdépendance est liée à l’ennui, comme moyen de le contrer et d’être toujours en activité. En bref, cet excès de consommation d’Internet provient d’un souci personnel, conscient ou non, que l’individu peut corriger de lui-même.

Quoi que l’on puisse penser, le débat existe et vaut la peine d’être discuté. D’une blague, la cyberdépendance est, aujourd’hui, devenue un véritable problème de société.

COMMENT DÉTECTER UNE CYBERDÉPENDANCE ?

Malgré les différents avis sur la question autour du terme et de la dépendance en elle-même, il existe des spécificités en fonction des différentes utilisations d’Internet. Car, ne l’oublions pas, l’Internet a beau être un merveilleux outil, il peut être facile de tomber dans ses vices. Voici les addictions auxquelles il est lié  :

  • Les jeux vidéos et jeux d’argent ;
  • Les réseaux sociaux ;
  • Le cyberamassage, qui consiste en une accumulation de contenus et d’informations récoltés sur le net ;
  • La cyberdépendance relationnelle, quand la plupart des relations sociales d’une personne sont en ligne ;
  • La cybersexualité, avec une grande consommation de contenus à caractère pornographique ;
  • Les achats compulsifs ;
  • Le boursicotage (le fait de poster ses actions en bourse), etc.

QUI EST CONCERNÉ ?

Si certain·e·s vous diront que les “jeunes”, les “millenials”, la “génération Z” sont les plus touchés par cette forme de dépendance, il n’en est rien. Aujourd’hui, absolument tout le monde peut se retrouver dépendant à une partie d’Internet, à partir du moment où iel y a accès. 

Si nous prenons l’exemple des jeux d’argent en ligne, une étude de 2008 établit un profil psychologique très intéressant des personnes dépendantes. L’âge moyen se place sur une échelle de 18 à 34 ans, avec des niveaux d’études très variés, allant jusqu’au doctorat. Pour comparer, les jeux d’argent In Real Life sont principalement pratiqués par des personnes d’environ 40 ans et avec un niveau d’études égal au baccalauréat, voire moins.

L’explication derrière ces différences  :

  • La commodité : plus besoin de bouger pour accéder aux jeux ;
  • Le confort : on reste chez soi, dans un environnement connu ;
  • La facilité d’accès : Internet est partout, il suffit d’avoir plus de 18 ans et un compte en banque.

Aujourd’hui, avec l’abondance des nouvelles technologies à notre disposition, il est difficile de créer un profil précis des dépendants tant l’impact peut être varié.

QUELS SONT LES SYMPTÔMES ?

D’après la liste de Goldberg, les personnes dépendantes se reconnaissent par une forte utilisation des nouvelles technologies, qui peut entraîner  :

  • Dépression ;
  • Malhonnêteté ;
  • Culpabilité ;
  • Anxiété et peur ;
  • Sentiment d’euphorie en utilisant un appareil qui se connecte à Internet ;
  • Impossibilité de prioriser ou de planifier ;
  • Isolement ;
  • Perte de la notion du temps ;
  • Méfiance, sur la défensive ;
  • Rejet du travail ;
  • Agitation ;
  • Changement d’humeur ;
  • Sentiment de solitude ;
  • Procrastination ;
  • Ennui dans les tâches quotidiennes.

Cette liste s’accompagne également de quelques symptômes physiques  :

  • Mal de dos ;
  • Syndrome du canal carpien ;
  • Maux de tête, voire migraines ;
  • Insomnies ;
  • Problèmes de nutrition : manque d’appétit, oubli ou repas expéditifs pour ne pas rester loin de l’ordinateur ;
  • Problèmes d’hygiène ;
  • Douleurs dans la nuque et les cervicales ;
  • Problèmes au niveau des yeux : douleurs, vision trouble, yeux secs, etc. ;
  • Poids fluctuant.

Pour savoir si une personne est cyberdépendante, il existe également un court test  : le test d’Orman. Celui-ci consiste en une série de questions fermées assez globale qu’une tierce personne (comme un professionnel) pourra analyser pour faire un premier diagnostic. En aucun cas les résultats de ce test seuls ne peuvent fournir un diagnostic suffisant : ils doivent s’inscrire dans un suivi psychologique.

SORTIR DE LA CYBERDÉPENDANCE

Comme toutes les addictions, la cyberdépendance peut se soigner. Néanmoins, si la détoxification passe souvent par une phase de sevrage, celle-ci est difficilement possible pour l’usage d’Internet. Sur le site de l’association PHARE, qui prévient le mal-être et le suicide chez les jeunes, un tableau des choses à éviter et à faire a été publié pour aider les parents de jeunes dépendants.

Ces éléments peuvent donner une première approche, afin d’aider une personne à sortir de la cyberdépendance. Bien sûr, des thérapies existent et sont globalement les mêmes que pour les autres addictions : psychothérapie et hypnothérapie pour accompagner la personne dans son évolution ou encore sophrologie et art-thérapie pour un soutien plus quotidien.

COMMENT L’INTÉGRER DANS UN RÉCIT ?

La cyberdépendance, bien que récemment mise en valeur et validée, doit être traitée avec bienveillance. C’est une dépendance qui peut toucher des personnes de tout âge, de tout niveau social… Votre personnage ne doit pas être un cliché ambulant (ou du moins basé sur un jugement de valeur) et devra respecter au mieux les différents symptômes décrits plus haut. Pour être au plus près des dangers provoqués par cette addiction, n’hésitez pas à lire ou écouter des témoignages (quelques liens sont donnés dans les sources). 

Pour résumer, la cyberdépendance est un sujet souvent controversé et, pourtant, de plus en plus présent dans notre société. Vous avez des ressources à nous fournir sur le sujet ? Vous aimeriez témoigner sur votre propre expérience ? N’hésitez pas à nous envoyer un message !

LES SOURCES

✺ « Cyberdépendance« , janvier 2017 [En ligne] Fiche Cyberdépendance (phare.pads.fr) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ « Internet Sans Crainte » [En ligne] Internet Sans Crainte.fr (internetsanscrainte.fr) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ Sandra Juneau, Joane Martel, « La « cyberdépendance » : un phénomène en construction« , page 285 à 310, 2014 [En ligne] La « cyberdépendance » : un phénomène en construction (cairn.info) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ Christina Gregory, « Internet Addiction Disorder« , le 06 mai 2021 [En ligne] Internet Addiction Disorder (psycom.net) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ Servane Barrault, Isabelle Varescon, « L’addiction aux jeux de hasard et d’argent en ligne : quelles spécificités ?« , 2016 [En ligne] L’addiction aux jeux de hasard et d’argent en ligne : quelles spécificités ? (journals.openedition.org) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ Antonin Atger, « Interfeel« , 2020, Éditions Pocket Jeunesse

LES TÉMOIGNAGES

✺ Régis, « J’assume ma cyberdépendance !« , le 27 février 2012 [En ligne] J’assume ma cyberdépendance ! (psychologies.com) [Consulté le 20 mai 2021]
✺ « Cyberdépendance : le témoignage d’une mère d’un enfant accro aux jeux vidéos » [En ligne] Cyberdépendance : le témoignage d’une mère d’un enfant accro aux jeux vidéo [Consulté le 20 mai 2021]
✺ « « J.E. » dans l’enfer de la cyberdépendance« , le 25 octobre 2018 [En ligne] « J.E. » dans l’enfer de la cyberdépendance (tvanouvelles.ca) [Consulté le 20 mai 2021]

Une réponse à « LA CYBERDÉPENDANCE »

  1. […] joueur∙euse∙s, mais aussi de pathologies en rapport avec ce nouveau loisir.Dans la famille des cyberdépendances, on retrouve la dépendance aux jeux vidéo. Reconnue depuis 2018 par l’OMS comme pathologie à […]

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