L’ASEXUALITÉ

Article rédigé par Erica

Aujourd’hui, dans notre société, la sexualité tient une place étrangement importante. On s’y intéresse de plus en plus tôt, des entreprises en font commerce et on s’en sert parfois comme moyen de pression. Le sexe est autant au cœur de scandales que de belles histoires. Il paraît que c’est avant tout un besoin et pourtant, à l’heure où tout le monde colle des étiquettes sur tout, certaines personnes ne ressentent pas de désir sexuel. Nous vous parlons aujourd’hui de l’asexualité.

L’ASEXUALITÉ, QU’EST-CE QUE C’EST ?

L’asexualité, c’est quand on ne ressent pas ou peu d’attraction sexuelle pour autrui. Le sexe n’est pas intéressant, ni même recherché par les personnes asexuelles.

Cependant, les personnes asexuelles, également appelées Ace dans le langage courant, n’éprouvent pas forcément du dégoût pour le sexe, ce qui différencie l’asexualité de l’aversion pour le sexe. En effet, si on analyse le terme « asexuel », cela renvoie tout simplement à l’absence de désir sexuel pour quelqu’un d’autre.

EST-CE QUE L’ASEXUALITÉ EST UNE MALADIE ?

Non, c’est une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité, l’homosexualité, la pansexualité, etc. De même qu’une personne hétérosexuelle ne ressentira pas d’attirance sexuelle pour un individu du même sexe, la personne asexuelle ne l’éprouvera pour personne.

Dans tous les cas, l’orientation sexuelle ne provient jamais d’un trouble psychique. Elle ne se guérit pas, elle ne se contrôle pas. Il n’y a donc pas lieu de chercher à « soigner » l’asexualité. Même si les individus asexuels peuvent mal vivre leur identité sexuelle à cause d’une incompréhension sociétale, ils ont conscience, lorsqu’ils l’acceptent, que ce n’est pas un problème à résoudre. C’est comme ça, c’est tout.

MAIS ALORS, ON NE RESSENT PAS DE DÉSIR ?

Néanmoins, cela ne veut pas dire que ces personnes ne ressentent pas de désir sexuel du tout. La libido peut être présente, mais n’est en principe pas, ou très peu, dirigée vers quelqu’un.

Alix raconte que, lorsqu’elle avait 18 ans, elle a été attirée par un garçon, mais pas physiquement. Lorsqu’elle a eu l’occasion de passer sa nuit avec lui, elle n’a eu ni envie, ni réflexe, ni même la pensée de l’embrasser. Et pourtant, elle a passé un très bon moment.

Il ne faut pas oublier que la personne Ace ne choisit pas de ne pas ressentir de désir physique pour ses semblables. Son corps peut toutefois répondre aux stimuli sexuels, sans pour autant avoir envie de quelqu’un. Cela ne l’empêche pas d’avoir des relations sexuelles, pour satisfaire son ou sa partenaire par exemple, ou bien pour avoir des enfants. Car l’un et l’autre ne sont pas forcément liés à son propre plaisir sexuel.

Les formes d’asexualité

L’asexualité est un spectre très large, c’est-à-dire qu’elle possède un éventail d’orientations sexuelles, qui se manifestent différemment. Il en existe plusieurs formes, qui partagent un point commun : le désir sexuel n’est pas ou peu présent et non dirigé vers une autre personne.

  • Les demi-sexuels ressentent parfois de l’attirance sexuelle pour quelqu’un, mais seulement dans des cas très particuliers, lorsque le lien avec l’autre est vraiment très fort ;
  • Les grey-sexuels ne ressentent quasiment aucune attirance sexuelle, quelle qu’elle soit ;
  • Les akoisexuels éprouvent du désir sexuel lorsqu’il n’est pas partagé, mais qui s’estompe lorsqu’il est réciproque ;
  • Les aceflux ont un désir sexuel très fluctuant au cours de leur vie, qui peut être totalement absent, puis se révéler de manière très faible ;
  • Etc.

Lorsqu’on est Ace, on peut juste aimer se masturber, être excité·e seulement par une ambiance ou des objets, avoir des fantasmes qu’on ne veut pas voir se réaliser. Cela n’empêche pas d’apprécier la tendresse avant, pendant ou après l’acte, au lit ou sous la douche, rester nu·e, explorer son corps et le corps de l’autre, en parler, se faire des confidences. Parfois, c’est l’acte sexuel en lui-même qui n’est pas intéressant; parfois, c’est tout ce qui tourne autour de la sexualité. Il n’y a pas de code.

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE ASEXUEL, ASEXUÉ ET AROMANTIQUE ?

Il ne faut pas confondre asexuel et asexué. Si le premier correspond à l’absence de désir sexuel, le second, en revanche, qualifie un individu dépourvu de sexe, c’est-à-dire d’appareil génital genré.

Les personnes asexuelles ne sont pas dépourvues d’amour et ne rejettent pas les relations amoureuses, qu’elles vivent tout simplement de manière platonique. Comme il existe des relations sexuelles sans amour, on peut vivre une relation amoureuse sans sexe.

Au contraire, les personnes aromantiques ne ressentent pas d’attirance amoureuse envers quiconque. Pour autant, ça ne veut pas dire qu’elles ne ressentent pas d’attirance sexuelle.

LE REGARD DE LA SOCIÉTÉ SUR LES PERSONNES ASEXUELLES

Il arrive un moment dans la vie où la sexualité devient un sujet plutôt central, surtout à la fin de l’adolescence. Mais il n’intéresse pas forcément tout le monde. On se sent alors différent·e. Au début, on se dit qu’on est juste un peu en retard. Mais les années passent et l’intérêt ne vient toujours pas. Les autres s’étonnent qu’on n’ait jamais eu de relations sexuelles ou même qu’on n’y ait jamais vraiment pensé. On passe souvent pour des personnes étranges, immatures ou frigides et très vite, on est un peu exclu·e.

Alors on se questionne sur notre identité sexuelle, sans penser à l’asexualité qui est méconnue, voire difficilement envisageable. Aline Mayard elle-même s’est dit « Oh non, c’est pour les loosers, les puceaux boutonneux de 40 ans, moi je suis quelqu’un de cool, je veux être cool ».

Puis vient le moment où on finit par se forcer, en se disant que ça viendra, que c’est parce qu’on a peur ou qu’on ne sait pas encore à quel point c’est bon et vital pour notre bonheur. Sauf que l’on ne prend pas de plaisir et pour Aline, c’est un peu « une sorte de violence sexuelle sans agresseur ». On peut se demander si on n’est pas, peut-être, homosexuel·le, on fait des expériences, on teste avec différentes personnes en pensant qu’on n’a toujours pas trouvé LA personne idéale. Seulement voilà, on ne peut pas changer ce que l’on est.

Si certaines personnes Ace finissent par faire leur coming-out asexuel et accepter leur orientation sexuelle sans honte, toutes n’y parviennent pas. Le regard de l’entourage proche joue un rôle essentiel. Voici donc quatre phrases à ne jamais dire à une personne asexuelle :

  • Force-toi et ça viendra ;
  • C’est juste une phase, ça finira par passer ;
  • C’est parce que tu n’as pas encore trouvé la bonne personne ;
  • Tu as peut-être un problème avec ton taux hormonal.

Pour rappel, aucune orientation sexuelle n’est jamais un problème à résoudre.

COMMENT VIVRE SON ASEXUELITÉ ?

Il est souvent difficile, pour les personnes Ace, de trouver un partenaire de vie, car la sexualité est devenue un concept normé, sociétal. Cela engendre des frustrations, des moments de vie douloureux et solitaires, des expériences honteuses, gênantes, par rapport au regard des autres, mais également, car iels tentent de trouver une vie « normale » et se forcent à faire quelque chose qu’ils n’aiment pas.

Le problème de se forcer, c’est que le corps réagit aussi bien que l’esprit. Si l’expérience peut être assez traumatisante et provoquer des blocages ou des dépressions, le corps, lui, sent que l’acte n’est pas naturel, qu’on l’oblige à faire quelque chose dont il n’a pas envie. La pénétration forcée est douloureuse, les muscles se contractent, c’est comme si l’appareil génital criait « STOP ». Aline Mayard confie qu’elle avait systématiquement envie de bâiller au moment de faire l’amour, un signe qui a été le déclencheur. Assumer son asexualité lui a vraiment ôté un poids.

Comment savoir si vous êtes asexuel·le ? Soyez ouvert·e·s sur le sujet : regardez des documentaires, écoutez des témoignages, parlez-en avec des professionnels de santé ou des associations, comme AVEN ou AVA. Chaque année, au mois d’octobre, a lieu la « Ace Week », une campagne annuelle pour sensibiliser sur le sujet.

Surtout, interrogez-vous sur vous-même avec honnêteté et communiquez avec vos partenaires. Il n’est pas impossible que vous fassiez de belles rencontres, de personnes bienveillantes, attentives et compréhensives, qui vous conseilleront et respecteront vos envies et vos barrières. Comme le conseille Aline Mayard, tout le monde, qu’importe son orientation, gagnerait à mieux communiquer sur son intimité. Le plus important pour bien vivre votre sexualité, c’est de s’écouter et de se respecter soi-même. Connaissez vos limites, ce que vous voulez ou ne voulez pas. Comprendre que ça existe est déjà un grand pas en avant. Il existe autant de formes d’asexualité que de personnes asexuelles et vous ne vous reconnaîtrez peut-être pas forcément dans les témoignages que vous verrez sur internet. À vous de faire la part des choses.

L’ASEXUALITÉ DANS LA LITTÉRATURE

Comme dans le livre Les aventures d’une Lady rebelle, de McKenzie Lee, vous pouvez juste laisser sous-entendre que votre personnage est asexuel. Victoria Schwab a, quant à elle, choisi de mettre l’asexualité de l’un des personnages principaux au centre d’une intrigue dans Vicious. L’autrice Cordélia est connue pour mettre en scène des récits inclusifs et des personnages LGBTQIA+. Dans Tant qu’il le faudra, un roman choral qui raconte la vie de jeunes queers, un personnage du tome 2 est asexuel.

Comment faire pour vivre dans un monde où la sexualité tient une place si importante alors qu’elle ne nous intéresse aucunement ? Il faut à la fois réussir à l’accepter et trouver quelqu’un qui nous comprenne, tout en se protégeant du jugement extérieur.

Votre personnage asexuel devra vivre en dehors des sentiers battus, lutter pour ne pas se soumettre aux chemins imposés. Vous pouvez en faire une personne fière de ce qu’elle est ou quelqu’un de profondément meurtri par sa différence. Dans les deux cas, montrez les enjeux de leur orientation sexuelle, par petite touche (selon le genre de votre roman), via leurs relations : comment réagissent les parents ? Votre personnage a-t-il un·e partenaire ? Les ami·e·s ont-iels changé de comportement ?

Il n’est pas si fréquent qu’on crie notre orientation sexuelle sur tous les toits, quelle qu’elle soit. Il n’est donc pas nécessaire d’en faire un sujet public. Vous en parlerez probablement mieux dans le cadre de la sphère privée, intime. Que votre personnage cherche à changer ce qu’iel est ou bien qu’iel l’assume, vous devrez, à un moment ou un autre, évoquer son asexualité, car il y a de fortes chances que ça l’ait défini·e à un instant de sa vie. Après tout, ce n’est pas (encore) un sujet banal et facile à appréhender dans une société où on nous fait craindre d’être un tant soit peu différent·e·s.Attention, cependant, aux clichés liés à l’asexualité. Le compte Instagram @lecturesensible a récemment écrit un post sur le sujet, où elle parle notamment du trope Villainous Aromantic Asexual, le méchant qui ne ressent pas d’attirance sexuelle ou amoureuse et qui est donc forcément cruel et sans empathie. De la même manière, les personnages souffrant de Troubles du Spectre Autistique (TSA) sont souvent considérés comme immatures sur les plans social et sexuel. Or ces personnes ne sont pas forcément asexuelles, même si certaines peuvent l’être, et inversement.

LES SOURCES

✺ Alina, « Free From Desire – Comment l’asexualité m’a libérée » [En ligne] 5Free From Desire – Comment l’asexualité m’a libérée (podcasts.apple.com) [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ Loopsider, « Alix nous parle d’asexualité« , 09 juin 2021 [En ligne] Alix nous parle d’asexualité (facebook.com) [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ « Ace Week« [En ligne] Ace Week (aceweek.org)/ [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ Mélanie Fazi, « Nous n’existons pas« , Édition Dystopia 2018
✺ « Association pour la Visibilité Asexuelle » [En ligne] AVA – Association pour la Visilibilité Asexuelle (asexualite.org) [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ « Asexuel(le) : une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle pour les autres. » [En ligne] Aven-fr – Accueil (fr.asexuality.org) [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ @lecrituresensible, « Écrire sur l’asexualité« , le 04 janvier [En ligne] @lecrituresensible (instagram.com) [Consulté le 05 janvier 2022]
✺ « L’asexualité dans YA Fiction » [En ligne] L’asexualité dans YA Fiction (goodreads.com) [Consulté le 05 janvier]

Une réponse à « L’ASEXUALITÉ »

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