
Témoignage d’Alexandre
Pour compléter cet article, je suis allée vers un ami avec qui j’ai déjà eu l’occasion de parler de l’hypersensibilité et il a accepté de livrer son témoignage sur ce qu’il vit et comment il le gère, à la fois en tant que personne et surtout en tant qu’homme dans un monde encore machiste…
E : Es-tu diagnostiqué par un spécialiste de l’hypersensibilité ? Comment as-tu découvert que tu étais hypersensible ?
A : Non, je me suis auto-diagnostiqué par l’expérience, la découverte de témoignages de gens « comme moi » et la lecture de nombreux ouvrages sur le sujet.
E : Comment ça se manifeste dans ton quotidien ?
A : C’est difficile à expliquer avec des mots « simples » mais je vais tâcher de faire de mon mieux. Au quotidien, mon hypersensibilité se traduit par ce que je pourrais qualifier d’acuité toute particulière, une sorte de perception intense du monde qui m’entoure et des émotions que cette perception génère en moi. Chaque son, image, odeur… captée par mon esprit peut tourbillonner en moi et produire une émotion cataclysmique (si si !) Alors qu’une personne « normale » traite ces signaux rapidement sans y attacher plus d’importance que nécessaire, mon cerveau aime amplifier le phénomène, s’aventurer à analyser dans les moindres détails, décortiquer chaque stimulis et additionner les émotions pour en produire une plus grande encore (oups).
E : Comment perçois-tu ton hypersensibilité ? (Notamment étant un homme dans un monde patriarcal et dans lequel les hommes sont moins enclins à parler de leurs émotions)
A : Enfant, j’étais moins à l’écoute de mon corps et de mes émotions, je dirais que j’avais malheureusement plutôt tendance à en « subir » les conséquences négatives (stress, anxiété, difficultés à comprendre les gens qui ne réagissaient pas comme moi…) Depuis, j’apprends chaque jour à identifier ma « surcharge émotionnelle » générée par l’hypersensibilité et ne pas me laisser submerger. Pour être franc, je n’ai pas vraiment de problème aujourd’hui avec le regard des autres. Pour moi, la sensibilité (qu’elle soit « hyper » ou non) représente avant tout la singularité et la beauté du vivant (pas que de l’être humain d’ailleurs, n’oublions pas nos amis les animaux !) À ce titre, je pourrais même dire que je me sens fier d’incarner à ce point ce qui définit l’essence même de l’Humanité (avec un grand H !)
E : Comment gères-tu cette hypersensibilité ?
A : Ça va paraître cliché mais je médite de plus en plus et je fais régulièrement du sport d’endurance ! Des activités efficaces pour revenir au corps et décharger sa tête bouillonnante.
E : As-tu des conseils à donner ?
A : À tous les hypersensibles : considérez-vous comme dotés d’une force implacable qu’on ne pourra jamais vous retirer. Celle de sentir et vivre plus fort ! Développer l’empathie est beaucoup plus facile et génère des rencontres inoubliables entre vivants. Certes ce n’est pas facile tous les jours et parfois on aimerait « moins ressentir » mais si j’avais le choix, je crois que je ne me couperais jamais de mon hypersensibilité. J’en tire une force créative qui me motive à avancer, à composer de la musique, à écrire, innover (dans mon travail et ma vie perso), apprendre encore et toujours plus sur notre monde. Comment gérer au mieux son hypersensibilité ? Accepter d’abord qu’elle fasse partie intégrante de notre personnalité puis l’épouser et vivre avec elle passionnément ! L’hypersensibilité est une véritable FORCE de vie qui ne demande qu’à être canalisée pour produire de grandes choses !

Témoignage d’Elodye
De mon côté, j’ai toujours su que j’avais un fonctionnement différent sans pour autant mettre des mots dessus et le comprendre. Je ne me sentais pas comme les autres, trop émotive, et on m’en a souvent fait la remarque. C’était un peu le truc de “y’a quelque chose qui tourne pas rond chez moi”. Avec les années et les expériences, j’ai fini par tomber sur ce mot : hyperémotivité. J’ai fait quelques recherches à ce sujet et j’ai compris que j’étais hypersensible. Après en avoir discuté avec ma mère, hypnothérapeute et ayant fait des études en psychologie, elle m’a confirmé que je l’étais bien, en plus d’être sans doute atteinte de Troubles de l’Attention et de l’Hyperactivité. Depuis, mon chemin vers l’acceptation se trace, petit à petit.
L’hypersensibilité n’est pas évidente à gérer au quotidien, mais ça n’est plus quelque chose qui me pourrit la vie. Je le prends comme une bénédiction et rejoins le témoignage d’Emy LTR sur le fait que c’est une sorte de super-pouvoir. Je suis souvent attaquée par un surplus d’émotions, surtout les négatives. J’ai tendance à emmagasiner beaucoup de choses et lorsqu’elles explosent et bien… c’est loin d’être évident, surtout pour mes proches. Mais j’apprends, tous les jour, à gérer ça en faisant de la méditation, en faisant du sport, en prenant du temps pour faire des choses qui me plaisent. Ce qui est le plus dur à supporter, c’est tous les petits désagréments du quotidien qui peuvent prendre une ampleur bien plus grande qu’elle ne l’est en réalité. Un simple imprévu peut devenir une catastrophe… Sans compter que les sons sont aussi exacerbés. Je suis très sensible aux bruits et certains sons sont insupportables à mes oreilles. Comme Emy LTR, je ne supporte pas l’ASMR, ça me fait très mal aux oreilles. Bref, ça a des avantages que je chéris, mais aussi des inconvénients que j’accepte.
À tous les hypersensibles qui lisent ceci : ne vous cachez pas. Acceptez-vous pleinement et surtout, dites-vous que votre hypersensibilité vous permet de faire ce que vous aimez. Sans elle, votre créativité serait sans doute moins accrue !

Témoignage de Dawn
Après avoir demandé à Alexandre, c’est au tour de Dawn, autre hypersensible, de répondre à mes questions pour illustrer cet article :
E : Es-tu diagnostiquée par un spécialiste d’hypersensibilité ?
D : Non, je me suis diagnostiquée toute seule après avoir fait des recherches sur internet sur le sujet.
E : Comment as-tu découvert que tu étais hypersensible ?
D : Alors, la façon dont je l’ai découvert n’est pas très joyeuse. Au lycée j’ai eu des problèmes de harcèlement scolaire, et j’ai été suivie médicalement pour stress post-traumatique et phobie scolaire pendant pratiquement deux ans.
Et pendant cette période très difficile pour moi psychologiquement, je me suis énormément remise en question, j’essayais de comprendre pourquoi j’étais comme ça. J’ai fait des recherches parce que dans ma tête je m’imaginais être bipolaire, lunatique, voire schizophrène et j’en passe. Et puis je suis tombée sur l’hyperempathie et l’hypersensibilité.
C’est comme ça que j’ai découvert que j’étais hypersensible.
E : Comment ça se manifeste dans ton quotidien ?
D : Je fais partie de ces hypersensibles pour lesquels se sont surtout les émotions « négatives » qui sont exacerbées. Ce qui fait que la tristesse chez moi se transforme en déprime, l’angoisse se transforme en crises, et l’irritation en grosse colère.
D’autant plus qu’avec mes études, la pression est très présente, alors c’est souvent que je fais des crises d’angoisse parce que j’encaisse trop de stress. Je culpabilise aussi très facilement, parce que la moindre remarque qu’on va me faire va être assimilée à un reproche et je vais culpabiliser parce que je vais avoir l’impression d’avoir vexé mon interlocuteur.
Je vais aussi avoir facilement la larme à l’œil, je ne peux pas m’empêcher de pleurer dans un moment triste ou même devant un film, je vais facilement me mettre à la place du personnage et je vais pleurer s’il pleure.
Et pareil devant les films, je ne vais pas pouvoir regarder de scènes où l’on voit un personnage souffrir, physiquement ou psychologiquement, parce que je vais avoir mal pour lui.
E : Comment perçois-tu ton hypersensibilité ?
D : Au début, je voyais surtout mon hypersensibilité comme un handicap. J’étais une éponge à émotions négatives et je le vivais un peu comme un fardeau, j’étais tout le temps triste, quand mes amis se confiaient à moi je pleurais à leur place.
Et avec le temps j’ai appris à l’accepter et à accepter le fait que oui j’étais plus sensible que les autres, oui j’étais facilement atteignable, mais cela pouvait avoir du bon car cela me permet de mieux comprendre les gens qui m’entourent et de pouvoir facilement me mettre à leur place.
Ce qui n’est pas négligeable notamment pour soutenir moralement les personnes qui en ont besoin. Maintenant je la vois plutôt comme une force.
E : Comment gères-tu cette hypersensibilité ? As-tu des conseils à donner ?
D : C’est assez compliqué à gérer, et je ne peux pas dire que j’arrive à totalement la contrôler, mais entre le moment où j’ai découvert que je l’étais et aujourd’hui j’ai fait beaucoup de progrès pour la gérer au quotidien.
Je fais surtout beaucoup d’exercices de respiration pour apprendre à me calmer lorsque je fais mes crises d’angoisse.
Si j’avais des conseils à donner, ce serait d’accepter son hypersensibilté dans un premier temps, accepter qu’elle fasse partie intégrante de nous. Et ensuite de trouver un moyen de se canaliser et de se calmer, que l’on peut appliquer lorsque l’on est submergé par nos émotions.

D’AUTRES TÉMOIGNAGESES SOURCES :
✺ Emy LTR., « L’hypersensibilité : le pouvoir des super-héros« , le 11 avril 2019 [En ligne] L’hypersensibilité : le pouvoir des super héros [Consulté le 05 avril 2020]
✺ Rozie C., « Je suis hypersensible et mon quotidien est différent du vôtre », le 08 septembre 2017 [En ligne] Je suis hypersensible et mon quotidien est différent du vôtre [Consulté le 05 avril 2020]


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