Article rédigé par Edda Charon

Nous avons tous et toutes une peur enfouie en nous. Elle est indicible, irrationnelle, illogique. Nous en avons conscience et, pourtant, nous ne parvenons pas à la contrôler. Certaines personnes parviennent à vivre avec, d’autres arrivent à la vaincre, quand d’autres encore en souffrent parfois quotidiennement. Aujourd’hui, nous allons parler de la plus répandue : l’arachnophobie.
QU’EST-CE QUE L’ARACHNOPHOBIE
Selon le site “L’internaute”, l’arachnophobie a pour sens une peur des araignées qui se caractérise par des réactions de panique telles que les cris, la sueur, la paralysie… Lesdites réactions se manifestent lorsque la personne sujette à cette phobie se retrouve face à l’une de ces créatures et peuvent être plus ou moins intenses selon les individus. Contrairement à une éventuelle idée reçue, la peur n’est pas de se faire mordre par l’une de ces choses, mais juste de se retrouver en leur présence. Le dictionnaire “Exionnaire” résume cela par “la peur des araignées”. Cette phobie est rangée dans la catégorie de la zoophobie, soit les phobies liées à un animal. Elle peut monopoliser les pensées, influencer les décisions, les choix…
Cette phobie de ces créatures (Edda : ces créatures de l’enfer !), touche environ 40 % (soit, environ 26 millions), ou encore une personne sur quatre selon d’autres versions, de la population et si elle banalisée, voire moquée, elle reste tout de même handicapante. Effectivement, elle est si courante que les personnes qui n’en sont pas touchées n’y accordent pas grande importance et vont jusqu’à trouver cela ridicule. De plus, tellement d’individus sont touchés par cette peur à petite et grande échelle qu’il est impossible de vérifier le pourcentage exact d’arachnophobes. En effet, l’enseignante et chercheuse au Museum national d’histoire naturelle et spécialiste des araignées, Christine Rollard, note que très peu de personnes consultent pour cela.
UNE PHOBIE PAS PRISE AU SÉRIEUX
Comme rédigé plus haut, il s’agit d’une peur banalisée et très souvent moquée. Les victimes de cette phobie ont, très souvent, droit à des remarques du genre : “c’est pas la petite bête qui va manger la grosse”, “je suis sûr·e qu’elle a plus peur de toi que toi d’elle”, etc. D’autres personnes n’hésitent également pas à utiliser cette “faiblesse” pour effrayer un·e arachnophobe. Pour s’amuser. Et lorsque la victime s’énerve parce que ce n’est évidemment pas drôle pour elle, les persécuteurices s’énervent à leur tour ou rigolent encore plus (Edda : vous sentez l’agacement pointer le bout de son nez ?). Toutes ces brimades font que l’arachnophobe se retrouve quasiment obligé·e de se taire et de vivre avec alors qu’iels savent eux-mêmes qu’elle est irrationnelle, parfois même excessive.
Pourtant, cela peut réellement devenir un problème dans le quotidien pour la personne lorsqu’elle croise une araignée. La panique peut monter, la crise de larmes peut arriver, des fourmillements désagréables dans tout le corps, etc. Cela devient beaucoup plus handicapant lorsque personne n’accepte de vous aider parce qu’une araignée : “ça fait pas peur voyons…”. Pourtant, ce genre de réaction est absolument contre productif, irrespectueux et n’aide en rien la personne ayant cette phobie.
UNE PHOBIE CONSTANTE
Mais si, pour beaucoup d’individus, l’arachnophobe a des réactions démesurées (Edda : bordel de lol ?!) quelles sont ces dites réactions ? La vue d’une araignée va créer de l’anxiété, va altérer la respiration, va provoquer des crises de larmes… cela peut éventuellement provoquer de la tachycardie, des maux de ventre, des vertiges, des sueurs froides, des crises de paniques, des vomissements ou encore même des évanouissements, des paralysies ou des incontinences. La réaction émotionnelle ne diminuant pas à cause de la phobie, l’intensité ne baisse pas également. De plus, peu importe la distance, la présence d’une tierce personne, etc. rien ne rassure. L’effrayé·e n’a qu’une seule chose en tête : fuir loin du danger.
Cependant, la confrontation et/ou l’évocation n’est pas la seule source de peur pour un·e arachnophobe. En effet, l’anticipation peut être angoissante par exemple, lorsqu’on sait qu’à une certaine période de l’année, l’araignée va vouloir rentrer dans la maison/appartement pour y faire sa petite toile douillette. On peut prendre en autre exemple, la vision d’une toile d’araignée qui peut être source d’angoisse.
MAIS POURQUOI A-T-ON PEUR DES ARAIGNÉES ?
Connaître l’origine de cette peur pour les arachnophobes est assez compliqué puisqu’on ne sait pas exactement d’où vient cette peur, à moins d’avoir connu une directe confrontation. La psychologue et psychothérapeute Manuala Tomba reconnaît “on ne sait pas comment naissent les phobies”, ce qui ne facilite pas la tâche. Une théorie suppute qu’on garderait une peur ancestrale où on serait la proie et qu’il faut avoir peur pour survivre. Il existe une autre théorie, mais d’un point de vue biologique. En effet, selon certaines études, la peur pourrait être transmissible. “Mais il y a surtout des facteurs environnementaux et éducatifs, qui véhiculent des informations anxiogènes”. On peut donc songer que l’arachnophobie se développe durant la petite enfance.
Selon la spécialiste des araignées, Christine Rollard, le principal responsable de la création de l’arachnophobie est la dimension culturelle, soit l’éducation, que cela se passe à la maison ou à l’école. Elle considère même qu’il s’agit là d’une peur occidentale qu’on ne retrouve pas ailleurs. D’ailleurs, au Moyen-Âge, les araignées étaient considérées (à tort) comme des porteuses de la peste noire (on notera que cette peur est très peu présente en Afrique et en Asie car l’araignée y est perçue de manière plus positive ; notamment avec le personnage Kamaji dans “Le Voyage de Chihiro” de Hayao Miyazaki qui n’est pas sans rappeler une araignée. Aussi, pour les Première Nations, l’araignée est également positive étant donné que, d’après certaines légendes, leurs toiles tissées seraient les ancêtres des attrapes-rêves). Il est donc fort possible que cette peur soit restée ancrée et se serait renforcée à cause des différents médias. Les films dits horrifiques comme “Tarentula” ou “Arachnophobia” ainsi que les araignées géantes dans “Harry Potter” et “Le Seigneur des Anneaux” peuvent contribuer à développer cette phobie. Et ceci, au grand dam de “Spider-Man” de Stan Lee qui tente de mettre cet animal sous un jour plus positif.
L’article de l’Office Pour les Insectes et leur Environnement “D’où vient la phobie des araignées” explique les trois origines de l’arachnophobie de cette manière :
- Génétique (inné) : les premières rencontres angoissantes de l’homme préhistorique avec cette créature étrange se seront perpétuées de génération en génération pour finir par se cristalliser dans l’inconscient collectif.
- Culturelle (acquis) : informations erronées transmises par une personne symbolique (parents, instituteur …). Le cinéma et la télé font aussi beaucoup de dégâts !
- Expérience malheureuse (acquis) : rencontre traumatique, morsure douloureuse (réelle ou imaginaire…).
En résumé, il s’agit d’une phobie dite simple, mais qui reste invalidante, notamment lorsqu’il s’agit de barbecues, de camping, ou seulement d’un séjour à la campagne, etc. De plus, il n’existe pas de données scientifiques sur ce sujet. Ce qui est bien dommage. La raison à cela est qu’il y a un réel manque de sujets d’étude. En effet, il y a trop peu de personnes qui consultent ou essaient de se faire soigner pour vaincre l’arachnophobie.
PEUT-ON VAINCRE CETTE PHOBIE ET COMMENT ?
Encore selon Rollard, cette phobie provient surtout du fait que nous ignorons tout des araignées. La faute à leur apparence généralement très peu avenante qui ne donne pas envie d’en apprendre plus sur elle (telle la grosse tégénaire, velue et rapide, etc.) (Utini : je suis pas bien rien qu’à l’écriture de cette description…) ; elle ne donne donc pas une bonne image malgré les 42 000 autres espèces d’araignées (soit 1 600 espèces en France), dont seulement une quinzaine serait dangereuse pour l’Homme. Et le fait que ladite tégénaire ne soit pas dangereuse n’a aucun lien avec l’arachnophobie. En effet, la dangerosité n’a aucun lien avec cette peur, mais plutôt l’aspect. Et, effectivement, c’est irrationnel.
Afin de vaincre cette phobie ou, du moins, de la réduire et/ou de la contrôler, la spécialiste met en place des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Cela consiste à montrer des araignées de toutes formes, de différentes couleurs… D’ailleurs, toujours selon cette personne, ce sont surtout les pattes qui sont le plus effrayant. Elle peut inviter à les regarder à la loupe, à les regarder avec un œil neuf, apprendre à les voir comme des animaux “comme les autres” et non pas comme des créatures ignobles qui font peur. Cette technique ne va certainement pas mettre le.la patient.e devant sa plus grande peur. La.le psychologique va d’abord confectionner avec le.la patient.e un “thermomètre de la peur” avant de travailler sur la peur par étapes. Ceci a pour but de s’habituer avec le sujet de cette phobie. Cela peut aller de la lecture d’un livre jusqu’à la manipulation d’un bocal contenant une araignée à l’intérieur, seul.e ou en présence de le.la psychothérapeute. Le but est de faire disparaître l’anxiété à la fin de chaque séance afin de pouvoir, petit à petit, passer à l’étape supérieure. L’objectif final est d’intégrer la non-dangerosité de l’araignée ainsi que de ne plus être effrayé par son aspect. Pour cela, des exercices de respirations, de relaxations sont fondamentaux lors de ces séances.
Une autre technique consiste à faire toucher au patient·e une araignée, d’abord avec une spatule, puis à travers un gant, puis à pleine main. Cette séance durerait seulement quelques minutes et serait efficace. D’ailleurs, les patient·e·s accepteraient de s’aider d’un peu de propranolol (utilisé pour calmer l’hypertension, par exemple). Avec cette méthode, læ patient·e se déshinibe et accepte de toucher une ou plusieurs araignées puisqu’iel oublie qu’iel en a peur. D’ailleurs, une étude effectuée à la Northwestern University Feinberg School of Medicine de Chicago tend à valider cette thérapie, car les effets positifs continueraient de fonctionner même six mois plus tard.
D’autres personnes vont se tourner vers l’hypnose ou vont tenter de découvrir l’origine de cette phobie et ce qui pouvait se cacher derrière cette peur des araignées. Dans tous les cas, le chemin pour vaincre l’arachnophobie est long et probablement dissuasif puisqu’il est demandé de se confronter à cette peur. La psychologue Tomba raconta qu’elle peut demander à des patients de narrer une fois, puis une seconde fois, puis une troisième fois les événements liés à cette peur dans le but de libérer les émotions. Le but de ces séances consiste à dédramatiser l’expérience et de sortir de l’émotion et, progressivement, de la peur. Après tout selon Hermione Granger : “avoir peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même”. Serait-ce vrai pour les araignées ?
L’ARACHNOPHOBIE ET LA LITTÉRATURE
L’araignée a une place importante dans la littérature fantastique en tant que créature maléfique ou diabolique. Elle serait majoritairement féminine, le tissage étant considéré comme une fonction féminine. Dans le recueil de nouvelles “Dans la toile d’Arachné” de Stead Evangelina et Ballestra-Puech Sylvie, on apprend au fur et à mesure de la lecture que la peur irrationnelle de l’araignée provient surtout de la psychée humaine en reprenant le mythe d’Arachné et de son inceste avec son frère, Phalanx. À l’intérieur de ce recueil, on retrouve l’un des textes de Primo Levi, ancien arachnophobe, qui s’interroge sur l’arachnophobie et ce qui peut bien justifier une telle révulsion envers l’araignée.
Une histoire qui parle d’araignées s’est fait récemment adapter en manga : “Kumo desu ga, nani ka ?” (So I’m a Spider, so what?) – “Oui, je suis une araignée, et alors ?”, de Okina Baba. Cette bande dessinée japonaise relate l’histoire d’une humaine qui devient une araignée suite à une explosion qui traversa les mondes, provoquée par un combat entre un héros et un roi démon. En conséquence, l’héroïne de cette histoire va devoir survivre sous sa nouvelle forme dans un univers qui lui est totalement inconnu et avec pour adage “c’est manger ou être mangé”.
Mais créer une histoire dont l’un·e des protagonistes est arachnophobe, en plus du pan psychologique intéressant à développer, permettrait de mettre en lumière des peurs qui sont connues, qui ne peuvent être contrôlées et qui peuvent être handicapantes, surtout si le personnage doit pénétrer dans une grotte ou dans une forêt. Cela serait d’autant plus intéressant si un·e antagoniste ou un personnage lambda était une araignée douée d’une intelligence supérieure à celle de ses congénères.

LES SOURCES
✺ Jean-Baptiste Giraud, « Tout savoir sur l’arachnophobie et comment la combattre« , mai 2017 [En ligne] Tout savoir sur l’arachnophobie et comment la combattre (passeportsante.net) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ Charline D., « Arachnophobie« , le 22 mars 2019 [En ligne] Arachnophobie (sante-sur-le-net.com [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ « Arachnophobie » [En ligne] Arachnophobie : Définition simple et facile du dictionnaire (linternaute.fr) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ « Arachnophobie » [En ligne] Arachnophobie (dictionnaire.exionnaire.com) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ Elyane Vignau, « Pourquoi nous avons peur des araignées« , le 26 novembre 2012 [En ligne] Pourquoi nous avons peur des araignées (psychologies.com) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ Elyane Vignau, « Surmonter l’arachnophobie avec les thérapies cognitivo-comportementales« , le 20 mars 2019 [En ligne] Surmonter l’arachnophobie avec les cognitivo-comportementales (psychologies.com) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ « Arachnophobie : traitement, symptômes, qu’est-ce que c’est ?« , le 10 avril 2017 [En ligne] Arachnophobie : traitement, symptômes, qu’est-ce que c’est ? (maxisciences.com) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ « Peur des araignées : comment surmonter l’arachnophobie ?« , le 12 janvier 2018 [En ligne] Peur des araignées : comment surmonter l’arachnophobie ? (lamutuellegenerale.fr) [Consulté le 20 novembre 2020]
✺ Sophie Erhsam, « Les cultures de l’araignée« , le 10 mars 2020 [En ligne] Les cultures de l’araignée (en-attendant-nadeau.fr) [Consulté le 20 novembre 2020]


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