Article rédigé par Dawn

Nous vous avons déjà parlé du cancer dans un précédent article et nous vous y avions présenté brièvement certains traitements existants. Aujourd’hui, je vais vous parler d’une méthode très peu connue en France, mais qui a déjà fait ses preuves à l’international : la protonthérapie.
LA PROTONTHÉRAPIE, QU’EST-CE QUE C’EST ?
Comme je vous le disais en introduction, la protonthérapie est une méthode de traitement contre le cancer que l’on connaît peu en France, et pour cause, seulement trois hôpitaux français disposent d’un centre de protonthérapie : l’Institut Curie à Orsay, le Centre Antoine Lacassagne à Nice, et le centre CYCLHAD à Caen.
Mais alors, en quoi consiste cette méthode que l’on retrouve davantage aux États-Unis et en Asie que sur notre territoire ?
Tout d’abord, la protonthérapie fonctionne de la même manière que la radiothérapie, à la différence près que les particules utilisées ne sont pas des photons (particules élémentaires constituant la lumière) mais des protons, les particules élémentaires qui constituent en partie le noyau des atomes.
Le but de la protonthérapie va alors être de détruire les cellules cancéreuses à l’aide de rayons ionisants, c’est-à-dire des rayons qui vont engendrer des modifications physiques dans la matière qu’ils traversent, en venant dégrader l’ADN de ces cellules. Totalement invisibles et indolores pour læ patient⋅e, les rayons vont en effet entraîner des mutations dans l’ADN qui vont par la suite engendrer la mort des cellules tumorales. Ainsi, en tuant les cellules malades, la tumeur va se réduire jusqu’à se résorber complètement et permettre une guérison totale.
Le fonctionnement de l’appareil est complexe, mais je vais tâcher de vulgariser et simplifier au maximum afin de vous permettre de comprendre comment on peut traiter une tumeur avec cette technologie.
Tout d’abord, une première partie de l’appareil va permettre la production du faisceau de protons. Pour cela, on va utiliser ce qu’on appelle un cyclotron, une grande machine circulaire destinée à accélérer les particules peu importe leur nature. En effet, il faut savoir que l’énergie d’une particule élémentaire telle qu’un proton est directement liée à sa vitesse, ainsi plus elle ira vite, plus son énergie sera élevée et inversement. Mais dans le cas des protons, cela ne s’arrête pas là : leur énergie va également permettre de déterminer la profondeur qu’ils vont pouvoir atteindre dans le corps humain. Ainsi, si on veut atteindre une tumeur proche de l’épiderme, on va utiliser des rayons de faible énergie, et à l’inverse, si on veut toucher une tumeur plutôt proche des organes internes, on va produire des rayons d’énergie plus élevée. Pour obtenir ces protons qui vont constituer notre rayon ionisant, on injecte de l’hydrogène dans le cyclotron et on soumet les atomes à des champs électrique et magnétique pour récupérer les protons et les accélérer. Une fois qu’ils ont atteint la vitesse maximale pouvant être produite par l’appareil, ils sont sortis du cyclotron sous forme d’un faisceau possédant une seule énergie.
Cependant, une seule énergie signifie une seule profondeur atteinte, or une tumeur est rarement plane… C’est pourquoi notre faisceau va subir tout un tas de traitement avant d’atteindre læ patient⋅e, pour l’adapter à la tumeur. La méthode la plus utilisée est la suivante : on va venir transformer le faisceau mono-énergétique en un faisceau de plusieurs énergies en ralentissant les protons à différentes vitesses pour pouvoir atteindre toutes les zones couvertes par la tumeur, peu importe la profondeur, en une seule fois (Dawn : il est en effet plus avantageux pour læ patient⋅e de recevoir un rayon mêlant plusieurs énergies plutôt que plusieurs rayons mono-énergétiques car cela réduit la durée de la séance de traitement, qui est déjà assez longue). Au total, il existe quatre méthodes de traitement du faisceau, chacune avec ses avantages et ses défauts, la méthode parfaite n’existe pas.
Une fois que le faisceau possède les bonnes caractéristiques, il est envoyé au ou à la patient⋅e pour irradier la tumeur après alignement parfait entre la direction du faisceau et la tumeur.
Pour vous donner une petite idée de la taille de l’appareil complet, sachez que l’intégralité des parties décrites précédemment (le cyclotron, la partie dédiée au traitement du faisceau ainsi que l’arceau permettant la rotation autour du ou de la patient⋅e pour aligner le rayon et la tumeur et envoyer le rayon) occupe une surface équivalente à celle d’un terrain de tennis, et la partie que vous voyez sur l’image ci-dessous – qui constitue la salle de traitement à proprement parlé – ne représente qu’un quart de l’appareil total (Dawn : ce qui explique en partie le fait que peu d’hôpitaux en disposent actuellement, car il est difficile voire impossible d’ajouter une telle infrastructure à un bâtiment déjà existant).

La protonthérapie peut être utilisée pour traiter toutes les tumeurs solides, c’est-à-dire situées sur un ou plusieurs organes. On ne peut donc pas traiter les cancers du sang type leucémie, ni les métastases qui sont des amas de cellules cancéreuses se “déplaçant” dans le corps, car cela est impossible de reproduire le placement du ou de la patient⋅e d’une séance à l’autre. Cependant, cette méthode semble bien plus adaptée que la radiothérapie pour traiter les tumeurs proches des organes sensibles comme l’œil ou les poumons, et est particulièrement recommandée chez les enfants qui le supportent mieux, du fait des effets indésirables moins violents qu’avec la radiothérapie.
PROTONTHÉRAPIE, RADIOTHÉRAPIE, QUELLE DIFFÉRENCE ?
Comme je l’expliquais dans la partie précédente, la protonthérapie se base sur les mêmes principes que la radiothérapie, bien que les particules utilisées diffèrent, et cette différence entraîne des caractéristiques propres à la protonthérapie qui la rendent plus performante que la radiothérapie.
La particularité des protons à avoir une énergie modulable constitue la caractéristique majeure en faveur de la protonthérapie. Lorsque l’on a recours à la radiothérapie, on utilise des photons, qui déploient le maximum de leur énergie à une faible distance avant de continuer à diffuser dans le corps humain à des profondeurs plus élevées. Conséquence : les tissus sains qui entourent la tumeur, et en particulier ceux derrière, sont également irradiés. Les protons, eux, délivrent le maximum de leur énergie à une profondeur précise (dépendante de cette dite énergie) puis se stoppent net. Ainsi, les tissus au-delà de la tumeur ne sont pas touchés par les rayons, et les tissus environnants y sont moins exposés.

Sur l’image ci-dessus, on peut voir l’irradiation de la colonne vertébrale par radiothérapie à gauche, et par protonthérapie à droite. Plus la couleur de zone tire vers le rouge, plus la dose est élevée et à l’inverse plus elle tire vers le bleu plus la dose est faible. On peut donc bien voir que les protons ne diffusent pas au-delà de la colonne vertébrale, contrairement aux photons, les tissus sains ne sont donc pas irradiés, et la dose reçue est plus homogène qu’avec les photons (même énergie sur toute la profondeur à traiter).
Cette particularité des protons permet de traiter des tumeurs proches d’organes sensibles comme les yeux ou les poumons tout en diminuant les risques de détériorer les tissus sains. Une autre conséquence indirecte de cette particularité est le fait que les cancers secondaires sont nettement moins fréquents chez les patient⋅e⋅s traité⋅e⋅s par protonthérapie que chez celleux traité⋅e⋅s par radiothérapie. En effet, si les tissus sains sont moins touchés par les rayons ionisants, il y a moins de risques de mutations de l’ADN, les mutations étant l’une des causes possibles du développement d’un cancer.
Les effets secondaires liés au traitement par protonthérapie sont les mêmes que la radiothérapie – à savoir fatigue, nausées, migraines, ou encore alopécie dans le cas des tumeurs touchant la tête – mais sont bien moins sévères, du fait de sa relative précision. Cela en fait un traitement de choix pour les enfants, qui auront tendance à mieux le supporter.
Selon les cas, toutefois, les médecins peuvent avoir tendance à favoriser l’une des méthodes par rapport à l’autre. Et si le système de protonthérapie est indisponible au moment de la séance, peu importe la raison, il est tout à fait possible de la réaliser avec une radiothérapie pour ne pas perdre de temps dans la lutte contre la maladie. Les deux méthodes ayant les mêmes effets et le même fonctionnement, cela ne pose aucun souci particulier dans le plan de traitement.
LE DÉROULEMENT D’UNE SÉANCE DE PROTONTHÉRAPIE
Au même titre que la radiothérapie, plusieurs séances sont nécessaires avant d’avoir une rémission totale. En général, on compte 20 à 40 séances pour un plan de traitement complet.
Le premier rendez-vous consiste en une visite de contrôle durant laquelle læ médecin va faire un bilan de l’état de santé générale, et procéder à un scanner (souvent en 3D) pour localiser la tumeur et déterminer ses dimensions. Grâce à ces données, iel va pouvoir déterminer le nombre de séances nécessaires et les doses de rayons requises. Si cela concerne un⋅e⋅ enfant, un rendez-vous avec un⋅e anesthésiste sera également nécessaire car il est primordial que læ patient⋅e reste immobile durant toute la durée de la séance de traitement, ce qui est difficile chez les enfants (Dawn : en même temps, rester 40 minutes immobile, pour un.e enfant, on peut comprendre que ce soit difficile…).
Une fois tous ces paramètres déterminés, le plan de traitement peut commencer.
Une séance type se déroule comme suit :
Dans un premier temps, on réalise le positionnement du ou de la patient⋅e. Pour cela, on utilise des repères visuels – souvent des points tatoués sur le corps qui s’estompent au bout de quelques mois – que l’on aligne avec des lasers afin de reproduire avec exactitude le positionnement d’une séance à l’autre. Cela permet d’irradier toujours de la même manière, avec le même angle. Un scanner peut être réalisé afin de vérifier la position du ou de la patient⋅e, qui pourra être ajustée ensuite de manière plus précise grâce à la table sur laquelle iel sera allongé⋅e, qui est souvent robotisée.
Une fois que læ patient⋅e est positionné⋅e, le traitement peut commencer. L’appareil est aligné avec la tumeur, puis les rayons sont envoyés au ou à la patient⋅e pour l’irradier. Si nécessaire, et selon la méthode de traitement du faisceau utilisée, on peut envoyer plusieurs rayons avec des angles différents pour s’assurer que la tumeur est irradiée dans son intégralité.
Une séance dure 30 à 40 minutes, mais il faut savoir que c’est le positionnement qui prend le plus de temps. L’irradiation à proprement parler ne dure que 5 minutes grand maximum ! Pour les enfants cela sera un peu plus long, puisqu’il faut prendre en compte l’anesthésie en amont de toutes ces étapes.
LA PROTONTHÉRAPIE ET LA LITTÉRATURE
Comme vous pouvez vous en douter, il n’existe pas de romans mettant en scène un⋅e patient⋅e traité⋅e par protonthérapie, cette technologie n’étant pas encore suffisamment connue à travers le monde et les recherches étant encore en cours pour mieux comprendre son fonctionnement et comment le perfectionner.
Si vous mettez en scène un⋅e enfant atteint⋅e d’un cancer, cette méthode de traitement peut représenter un choix parfait puisqu’elle est particulièrement recommandée pour les plus jeunes. Moins d’effets secondaires et une meilleure qualité de vie, cela permettrait d’adoucir le quotidien de votre personnage d’une certaine manière. Mais attention à bien prendre en compte le fait que cette méthode ne fonctionne pas dans le cas des leucémies.
Un autre élément à prendre en compte serait la localisation de votre histoire : la protonthérapie, contrairement à la radiothérapie, n’est pas présente dans la majorité des pays à travers le monde. Si vous souhaitez écrire une histoire réaliste, il serait intéressant de se renseigner sur la présence de cette technologie dans le pays où vous souhaitez planter votre décor. La protonthérapie est très présente en Chine, en Europe, aux États-Unis et au Japon par exemple, mais elle ne l’est pas en Afrique du Sud ou en Australie. Ce site vous propose une liste exhaustive de tous les centres de protonthérapie à travers le monde.

LES SOURCES :
✺ « What is proton therapy ? » [En ligne] What is Proton Therapy ? (iba-protontherapy.com) [Consulté le 20 août 2023]
✺ « La protonthérapie », le 13 octobre 2017 [En ligne] La protontherapie (curie.fr) [Consulté le 20 août 2023]
✺ « La protonthérapie » [En ligne] La protonthérapie (uzleuven.be) [Consulté le 20 août 2023]
✺ « About proton therapy » [En ligne] About proton therapy (ncc.re.kr) [Consulté le 20 août 2023]
✺ Hui Liu & Joe Y. Chang, « Proton therapy in clinical practice » [En ligne] Proton therapy in clinical practical (cancercommun.com) [Consulté le 20 août 2023]


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